Le Ballet de l'Opéra de Lyon : « Une compagnie de formation classique au répertoire néoclassique et contemporain »

Danse | Le Ballet de l’Opéra de Lyon est l’une des compagnies françaises les plus réputées dans le monde de la danse contemporaine. À l’occasion de sa venue à la MC2 avec deux œuvres de William Forsythe, rencontre avec Yorgos Loukos, directeur du Ballet, qui nous en explique le fonctionnement, du choix des chorégraphes invités au recrutement des danseurs.

Aurélien Martinez | Lundi 14 mai 2012

Comment présenter le Ballet de l'Opéra de Lyon ?

Yorgos Loukos : C'est une compagnie de formation classique, mais qui a un répertoire néoclassique et contemporain. On a donc des danseurs classiques qui, habituellement, dansent les grandes œuvres du répertoire – Le Lac des cygnes, Giselle, La Belle au bois dormant... – comme le faisaient les grandes compagnies classiques à l'époque.

Mais suite à un choix artistique, pris il y a 28 ans – ça fait autant d'années que je suis directeur de la compagnie –, nous optons pour des créations de chorégraphes contemporains. Contemporain au sens de notre époque : ils sont parfois de style néoclassique, parfois de style moderne. Le Ballet est donc une compagnie particulière : d'autres compagnies de cette taille, avec une trentaine de danseurs, sont souvent dirigées par des chorégraphes, dont le travail principal est de faire leurs propres chorégraphies. Ce qui n'est pas mon cas.

Comment construisez-vous le répertoire d'une compagnie comme le Ballet ?

Nous avons des relations privilégiées avec des grands chorégraphes, qui sont grands maintenant mais qui, il y a 28 ans, l'étaient un peu moins – comme nous tous ! Je pense à Jiří Kylián, William Forsythe, Maguy Marin, Trisha Brown... Nous avons plusieurs pièces de ces chorégraphes dans notre répertoire – une dizaine de Jiří Kylián, autant de William Forsythe, de Mats Ek, de Maguy Marin...

Ensuite, nous avons commencé, il y a 6 / 7 ans, à collaborer avec les postmodernes américains, comme Merce Cunningham et Trisha Brown. Et nous avons aussi des créations de très jeunes chorégraphes français, de cette toute nouvelle génération : Boris Charmatz, Rachid Ouramdane, Jérôme Bel, Alain Buffard, Christian Rizzo...

Un répertoire large que vous tournez dans le monde entier...

L'autre particularité de la compagnie est que certaines des productions ont eu un très grand succès international, à l'image du Cendrillon de Maguy Marin, que nous avons fait en 1985. La compagnie voyage donc énormément – entre 40 et 50 représentations par an à l'étranger. Cette année, nous avons été à Hong Kong, l'année dernière aux États-Unis, en Russie... On est pratiquement tous les ans à Paris. Et nous faisons aussi beaucoup de tournées en région, notamment en Rhône-Alpes...

Comment se passe la transmission des pièces du chorégraphe au Ballet ?

Il y a deux possibilités. La première, c'est quand je passe commande à des chorégraphes qui viennent faire une pièce pour le Ballet. Ce n'est donc pas une transmission : ils créent par rapport à la troupe qu'ils trouvent dans le studio. Ils sont inspirés par les danseurs, par tel ou tel morceau de musique, par les diverses possibilités de décor... Ce sont donc des pièces qui sont faites pour nous. Il y en a deux ou trois par an.

L'autre possibilité, c'est ce dont vous venez de parler : je choisis telle pièce, parce qu'elle me plaît... Par exemple, suite à la mort de Merce Cunningham, j'ai envie de reprendre certaines de ses pièces pour que son répertoire ne disparaisse pas. Les assistants viennent, font leur casting et choisissent les danseurs qu'ils considèrent les plus aptes pour apprendre ce style de travail... Ou alors, quand c'est un chorégraphe à qui je demande de me donner une de ses pièces, il vient lui-même, il choisit la distribution, ses assistants travaillent d'après ses pas, et lui corrige sur le plan stylistique.

Le Ballet vient à Grenoble avec Workwithinwork et Quintett, deux pièces de William Forsythe, chorégraphe avec qui vous travaillez depuis longtemps...

Forsythe a été nommé au Ballet de Francfort en 1984, l'année où j'ai été nommé à Lyon, comme codirecteur [la directrice a été Françoise Adret jusqu'en 1991 – NdlR]. Tout de suite, j'ai fait appel à Forsythe. Ça a très bien marché, notamment car c'est un chorégraphe issu du milieu classique, qui utilise les capacités techniques des danseurs. Depuis ce moment-là, on n'a pas arrêté de collaborer.

Comment sont recrutés les danseurs ?

Avant, on faisait des auditions, mais c'était beaucoup trop long. Il y avait 400 personnes, ça nous mobilisait pendant trois ou quatre jours, on devait stopper les répétitions. Là, comme nous faisons pas mal de tournées, plein de gens viennent suivre des cours avec nous, ce qui me permet de voir de nouveaux danseurs. Et si j'ai des postes disponibles – ce qui n'est pas très fréquent, car peu de gens veulent partir ! –, on regarde si le profil peut convenir...

Soirée William Forsythe
Par le Ballet de l'Opéra de Lyon
Du mardi 22 au jeudi 24 mai, à la MC2.

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