Le monde comme on veut le voir

SCENES | Festival d’Avignon (6) / Sidi Larbi Cherkaoui et la compagnie Afag

Aurélien Martinez | Jeudi 19 juillet 2012

De la danse qui en met plein la vue à coups d'images évocatrices et chiadées : voilà comment l'on peut résumer (de façon lapidaire, certes) le travail du chorégraphe belge Sidi Larbi Cherkaoui sur sa création Puz/zle, présentée à la carrière de Boulbon. Dans une scénographie inventive à l'image d'un jeu de construction grandeur nature (des cubes, des grands murs, ...), les onze danseurs, à la technicité impeccable, s'en donnent à cœur joie en utilisant toutes les possibilités offertes par les éléments de décor : c'est qu'il faut tenir les deux heures que dure la pièce, quitte à sombrer de nombreuses fois dans la redondance ! Reste la force dégagée par ce Puz/zle, entre mysticisme et humanisme ; force décuplée par les musiciens présents sur le plateau, dont la chanteuse libanaise Fadia Tomb el-Hage. Un spectacle qui tournera longtemps, et que l'on découvrira sans doute dans la région sur la saison 2013/2014 (à la MC2 Grenoble en tout cas, c'est certain).

La cape et l'épée

Voilà, ça, c'était pour le In. Évidemment, comme on l'écrit depuis le début du festival, Avignon, c'est aussi le Off. Un Off qui devient de plus en plus n'importe quoi, comme une sorte de foire à ciel ouvert où le meilleur (rare, souvent dans des théâtres haut de gamme à qui l'on peut faire confiance presque les yeux fermés) côtoie le pire, n'importe quel lieu pouvant à Avignon faire office de salle de représentation – des lieux parfois gérés par des programmateurs qui ne sont pas tant soucieux de la qualité des compagnies qui viennent à eux que de leur solvabilité. Alors, quand dans cet océan démoralisant, on découvre des propositions passionnantes et inattendues, ça fait plaisir ! La Botte Secrète de Dom Juan est ainsi l'un de nos coups de cœur du Off de cette année – même si le spectacle est présent au festival depuis quelques années. Soit la compagnie Afag Théâtre (Afag pour Au fond à gauche) qui a élaboré une pièce de capes et d'épées très Robins des bois, et tout en alexandrins. Mais plus qu'un hommage béat au genre on ne peut plus galvaudé, on a affaire ici à une relecture contemporaine tour à tour féministe, engagée, voire carrément politique. Pendant 1h30, on est embarqués dans un tourbillon théâtral solidement construit, l'acmé de l'ensemble étant atteint quand les comédiens sont contraints de sortir de leur rôle du fait d'événements extérieurs (dont on ne dévoilera pas la teneur). À découvrir les jours pairs à 17h10 à l'Espace Alya.

Aurélien Martinez

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Adrien Gallo : « Les BB Brunes sont musicalement plus métissés qu’avant »

Concert | Depuis dix ans, les BB Brunes naviguent dans le vaste monde du pop-rock en français avec, dans leurs valises, tout un tas de tubes très efficaces estampillés "baby-rockers". Alors qu’ils passent par la Belle électrique dans le cadre de la tournée de leur dernier album "Puzzle", on a discuté avec leur leader Adrien Gallo.

Aurélien Martinez | Samedi 17 février 2018

Adrien Gallo : « Les BB Brunes sont musicalement plus métissés qu’avant »

Comment ont évolué les BB Brunes en 10 ans ? Adrien Gallo : Notre musique a évolué de manière assez radicale. Quand on compare entre le premier et le dernier album [Puzzle, sorti en septembre 2017 – NDLR], il y a quand même pas mal de changements dans les arrangements, dans la manière que l’on a d’approcher la musique… Le premier était très brut, alors que le dernier est plus produit, plus réfléchi entre guillemets. Et puis au niveau des influences, on s’est élargis. À l’époque, on était influencés par des groupes comme les Strokes, les Libertines, les Clash ; maintenant, on est autant influencés par le hip-hop que l’électro ou la variété française. Aujourd’hui, on assume d’ailleurs vraiment cet héritage variété française que l’on a toujours eu, avec des gens comme Michel Berger, Alain Bashung, William Sheller, Michel Delpech… On peut donc dire qu’on est musicalement beaucoup plus métissés qu’avant. Ce côté variété française se ressent pleinement dans votre volonté, assumée dès le départ, de chanter en français et non en anglais… Ça a été une manière de nous démarquer à l’époque o

Continuer à lire

Différences souhaitées

SCENES | Sidi Larbi Cherkaoui chorégraphe du partage, de l'ouverture au multiculturalisme, aux différences, a créé en collaboration avec la chorégraphe Nienke Reehorst et 10 acteurs handicapés du Theater Stap, la pièce Ook. SD

| Mercredi 10 janvier 2007

Différences souhaitées

Trente ans à peine. Et le danseur chorégraphe prodige, né d'un père marocain et d'une mère flamande, a déjà conquis les scènes européennes. Pourtant, alors que la danse le brûle dès son plus jeune âge, son père ne l'entend pas de la même oreille et résiste à la passion de son fils. Le convaincre, certes, ne fut pas aisé, mais une libération familiale s'opère tout de même. Il participe alors à des spectacles de variétés, revues, émissions de télé. À 19 ans, le très doué et déterminé danseur, remporte le prix du meilleur solo à Gand, concours initié par Alain Platel. Surprise. Suivra, alors un apprentissage fulgurant dans la fameuse école de Anne Teresa De Keersmaeker (P.A.R.T.S). Mais, la création, l'envie de s'exprimer explosent. En imposant ses messages peu "fashion", tels que la compassion, l'incitation à jouir du présent, l'amour de la vie, Cherkaoui aborde des sujets qui en ont révulsé plus d'un. Après avoir créé Rien de Rien en 2001, en collaboration avec le violoniste flamand Roel Dieltiens, et le danseur-chanteur Damien Jalet, Foi (2003), est la pièce qui le sort de l'ombre. Nombre d'éléments de cultures non occidentales se mêlent aux traversées de figur

Continuer à lire

Déshandicaper notre regard

SCENES | À l'issue d'un stage de danse contemporaine co-animé par les chorégraphes Nienke Reehorst et Sidi Larbi Cherkoui au Stap Theater en 2002, la troupe composée de dix interprètes handicapés mentaux et les chorégraphes ont créé Ook : une proposition collective intense, fraîche, décalée sur la lutte existentielle. Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 28 mars 2007

Déshandicaper notre regard

Pour seul élément scénographique, un mur couvert d'articles de presse. Articles qui furent choisis par les comédiens parce qu'ils expriment leurs désirs, leurs rêves, leurs préoccupations et colères. Car sur cette scène, on assiste à un vrai déchaînement : lieu de tous les excès, de toutes les libertés, de tous les cris et expériences, la scène est un espace non sacré et est véritablement occupée par les interprètes. Rapidement, le ton est donné. De la fumée monte sur le plateau – on ne sait si elle provient du pot d'échappement de la mobylette qui entre, ou bien si l'on est dans une boîte de nuit – et de la musique disco accompagne ce ballet motorisé. Le conducteur chante à tue tête cette chanson des années 80 ; le reste des comédiens acclame la nouvelle star. Il n'y a pas de critique du kitsch, mais une acceptation, un amusement sincère à cette ambiance Saturday Night Fever. Autre abolition des différences, celle de la hiérarchisation dans les musiques : plus tard on entendra Piaf, Brel, Iggy Pop, musique électro. Première sensation d'énergie aussi avec cette première scène, fulgurante et décalée. Après l'euphorie, les corps s'écroulent après le coup d'un pistolet pos

Continuer à lire

Preview

SCENES | La saison 2007 / 2008 en danse

| Mercredi 26 septembre 2007

Preview

Ni orageDisons le d’emblée : le travail de Josef Nadj nous est cher. Le chorégraphe sait mêler subtilement danse, théâtre, arts plastiques, arts visuels, langage, textes. Et ses spectacles se sont imprimés au fil des années en nos mémoires, souvenirs artistiques puissants. Pêle-mêle on se souvient de Les Philosophes, Les Veilleurs qui proposent des univers absurdes, drôles, noir où la danse se fait acrobatique, où les gestes et paroles des hommes costumés nous intriguent. En 2006, il fut artiste associé du Festival d’Avignon. Il y crée Paysage après l’orage, dans lequel il danse seul, accompagné de musiciens, les magnifiques Akosh Szelevényi (saxophone) et Gildas Etevenard (percussions). Nadj parle de Paysage après l’orage comme «d’un autoportrait face au paysage». Il devient alors plasticien, peintre-danseur du paysage situé à quelques kilomètres de sa ville natale à la frontière de la Hongrie et de la Roumanie. Paysage après l’orage se jouera du 29 au 31 janvier à la salle de création de la MC2. Ni paradisAprès La Danse, une histoire à ma façon, un solo dansé par le chorégraphe Dominique

Continuer à lire