Mes amis, mes amours, mes emmerdes

SCENES | "J’ai 20 ans qu’est-ce qui m’attend ?": un titre programmatique pour un spectacle inégal néanmoins enthousiasmant dans ses meilleurs moments. Merci François Bégaudeau et Joy Sorman ! Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 12 octobre 2012

Photo : Thomas Faverjon


On reproche souvent au théâtre contemporain français de ne pas s'intéresser au monde qui l'entoure. Un reproche en partie avéré, si l'on compare notamment avec ce qu'il se passe hors de France (les Anglais, par exemple, ne se privent pas d'interroger sur scène l'actualité brulante). Bien sûr, certains artistes français refusent ce constat, et c'est d'ailleurs souvent ceux qui nous passionnent le plus. J'ai 20 ans qu'est-ce qui m'attend ?, le projet de Cécile Backès, avait donc tout pour attirer notre attention. À savoir porter sur le plateau les doutes et les aspirations d'une génération dont on peine à définir les contours. La metteuse en scène, après avoir mené son enquête sur le terrain, a laissé le soin à cinq auteurs quadragénaires de livrer chacun un texte sur le sujet. À elle ensuite d'en faire un spectacle.

On stage

Des textes qui, s'ils évoquent des questions pratiques (trouver un appartement, une colocation, un boulot), ont une plus grande ambition. Et c'est justement là que le bât blesse : quand les auteurs sont dans la simple démonstration. La partie de Maylis de Kerangal, sur un jeune couple contraint de falsifier son dossier pour espérer obtenir un appartement en location, ou celle d'Arnaud Catherine, sur un jeune homme qui passe un entretien pour intégrer une coloc, n'apportent pas grand-chose, d'autant plus que Cécile Backès décide de les mettre en scène de façon grossière, limite caricaturale.

Alors que quand on a affaire à de véritables œuvres théâtrales, le spectacle trouve sa voie. Si le texte d'Aurélie Filippetti (oui, la Ministre de la culture, qui est aussi romancière) sert d'intro honnête, il faut attendre les deux derniers segments pour voir l'ensemble décoller : celui de Joy Sorman, monologue saccadé d'une apprentie en mécanique ; et surtout celui de François Bégaudeau. Partant de la problématique des stages, il propose une réflexion à la limite de l'absurde, avec six jeunes stagiaires uniquement préoccupés par le fonctionnement d'une fontaine à eau. C'est à cet instant précis que Cécile Backès trouve enfin comment diriger sa barque, et surtout ses interprètes : comme des comédiens, et non comme des caricatures d'adolescents.

J'ai 20 ans qu'est-ce qui m'attend ?
jusqu'au samedi 27 octobre, à la MC2

Rencontre avec François Bégaudeau
vendredi 19 octobre à 18h, à la bibliothèque du centre-ville.

 

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Un Printemps du livre, six coups de cœur

Festival | Qui pourra-t-on rencontrer à Grenoble et aux alentours entre le mercredi 20 et le dimanche 24 mars ? Réponses subjectives.

Stéphane Duchêne | Lundi 18 mars 2019

Un Printemps du livre, six coups de cœur

Maylis de Kerangal Un monde à portée de main Le monde à portée de main de Paula Karst, c'est celui qui s'offre à elle autant que celui qu'elle apprend à reconstituer à l'Institut supérieur de peinture de Bruxelles où elle étudie le trompe-l'œil. Un art de reproduire la matière qui la conduit jusqu'à Moscou mais aussi au studio de Cinecittà en Italie, avant qu’elle ne se voie confier le chantier du fac-similé de la Grotte de Lascaux. Mais derrière ce récit d'apprentissage, comme toujours, Maylis de Kerangal (photo) nous parle d'elle, et de cet art de faussaire virtuose qu'est l'exercice de la fiction, dans une réflexion vertigineuse sur la création. À la salle Olivier Messiaen vendredi à 16h30 (rencontre) Au musée samedi à 10h30 (rencontre) et 17h (lecture en correspondance) Thomas B. Reverdy L'Hiver du mécontentement Derrière ce titre shakespearien, Thomas B. Reverdy, qu'on peut aisément classer dans la catégorie fantôme des écrivains rock, niche une étude de cette Angleterre de 1979 au bord de basculer dans le thatchérisme et la crise (sujet très reverdyen). Mais une Angleterre d

Continuer à lire

Le monde selon Maylis de Kerangal

Littérature / rencontre | C'est désormais une incontournable des rentrées littéraires depuis au moins Corniche Kennedy (2008), et plus encore depuis Naissance d'un (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 6 novembre 2018

Le monde selon Maylis de Kerangal

C'est désormais une incontournable des rentrées littéraires depuis au moins Corniche Kennedy (2008), et plus encore depuis Naissance d'un pont, qui lui valut entre autre le Prix Médicis 2010, et Réparer les vivants (2013), également couvert de prix. Trois romans tous trois adaptés au cinéma. C'est donc peu dire qu'Un monde à portée de main était pour le moins attendu par les fidèles du style très particulier de la romancière. Où la description des gestes investit au plus profond celui de l'écriture jusqu'à l'infuser, jusqu'à faire jaillir la fiction du réel en creusant celui-ci à coups de phrases en colimaçons ou en mille-feuilles. Avec cette histoire d'une jeune femme, Paula, qui apprend l'art du trompe-l'œil et de la reproduction des matières, Maylis de Kerangal poursuit ce travail de fascination et d'exploration de ce réel à portée de fiction et inversement, de transcendance des faux-semblants. Un nouveau récit qu’elle prése

Continuer à lire

"Corniche Kennedy" : plouf !

ECRANS | de Dominique Cabrera (Fr., 1h34) avec Lola Creton, Aïssa Maïga, Moussa Maaskri, Alain De Maria …

Vincent Raymond | Lundi 16 janvier 2017

Lycéenne rangée rongée par l’ennui, Suzanne s’abîme dans la contemplation des jeunes de son âge qui, sous ses fenêtres, défient le vide en plongeant du haut de la Corniche Kennedy. Sa fascination et son désir l’emportant sur sa timidité, elle force l’entrée de ce groupe flirtant avec le risque. À plus d’un titre… Comédienne dont les cinéastes ont compris qu’ils n’avaient aucun intérêt à se priver, Aïssa Maïga se trouve cette semaine par les semi-hasards de la programmation en compétition avec elle-même sur les écrans (voir Il a déjà tes yeux). De cet absurde combat, elle sort forcément victorieuse. On ne peut pas en dire autant de cette adaptation de Maylis de Kerangal (quelques semaines après l’escroquerie aux sentiments Réparer les vivants, cela commence à peser) reposant sur du pur cliché. Cette fable de la jouvencelle bourgeoise en pinça

Continuer à lire

Max et Lenny

ECRANS | De Fred Nicolas (Fr, 1h25) avec Camelia Pand’or, Jisca Kalvanda…

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Max et Lenny

Co-écrit par François Bégaudeau, ce banlieue-film tombe sous le coup de toutes les critiques, injustes, reçues par Céline Sciamma pour son très beau Bande de filles : on est face à une vision totalement fantasmée de la vie dans les quartiers, qui accumule les clichés et charge la barque d’un misérabilisme filmé, comme il se doit, caméra à l’épaule et avec une image moche. Lenny vit dans les quartiers nord de Marseille, joue la guetteuse pour ses frangins dealers, a été mère très tôt (le père est peut-être son oncle !) mais son enfant lui a été enlevé, et elle rêve de faire du rap pour s’en sortir et récupérer la garde. Max est une jeune Congolaise sans papiers qui s’occupe de ses nombreux frères et sœurs en redoutant l’expulsion. Leur rencontre est une affaire d’amitié dont les ressorts sont prévisibles, le trouble érotique étant assez vite évacué. Le film déroule de manière parfaitement monotone ses situations, sans aucune poussée fictionnelle ou dramatique, comme s’il n’avait dans le fond rien à dire de nouveau sur son sujet, et surtout, s’il n’avait

Continuer à lire

"Réparer les vivants" de Maylis de Kerangal : cœur de l’univers

CONNAITRE | Il y a la mer, le van, puis l’hôpital. Une succession de lieux décrits avec une précision presque clinique, dont l’apparente froideur est rattrapée par le (...)

Charline Corubolo | Mardi 4 février 2014

Il y a la mer, le van, puis l’hôpital. Une succession de lieux décrits avec une précision presque clinique, dont l’apparente froideur est rattrapée par le souci d’une beauté détaillée : celle des êtres et de leurs affects. Le cinquième roman de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, dépeint les actions qui vont s’enchaîner durant vingt-quatre heures à la suite d’un accident de la route dont la victime Simon Limbres, et plus particulièrement son cœur, deviennent le centre d’une attention particulière. Les descriptions aux longueurs frénétiques rendent le style de l’auteure tortueux mais permettent de créer une rythmique dense, au sein de laquelle se nichent les tensions. Dans cette histoire de transplantation cardiaque, les sauts temporels étirent le récit alors étriqué dans un espace réduit et pesant. Les différentes étapes de cette journée sont décortiquées telle une autopsie dévoilant le talent de l’écrivaine et permettant une respiration, malgré l’extrême électricité des situations, entre les moments empreints d’une émotion débordante, sans pour autant tomber dans le pathos. Le dialogue avalé dans les phrases rend l’écriture cinématograph

Continuer à lire

À 20 ans...

SCENES | Comment est la jeunesse d’aujourd’hui ? Vaste question, à laquelle se sont attelés cinq auteurs tout juste quarantenaires (François Bégaudeau, Joy Sorman, ou (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 5 septembre 2012

À 20 ans...

Comment est la jeunesse d’aujourd’hui ? Vaste question, à laquelle se sont attelés cinq auteurs tout juste quarantenaires (François Bégaudeau, Joy Sorman, ou encore Aurélie Filippetti – comme le temps est très long dans le domaine du spectacle vivant, le projet a été lancé bien avant qu’elle ne devienne ministre). Il en résulte cinq textes, qui s’appuient sur des entretiens - documentaires effectués parallèlement en Lorraine et à Paris avec différents jeunes. Le tout sera mis en scène par Cécile Backès, et on attend tout simplement de voir ce que cela peut donner. Réponse avec J'ai 20 ans qu'est-ce qui m'attend, du 16 au 27 octobre à la MC2.

Continuer à lire

Culture : le changement, c’est maintenant ?

ACTUS | François Hollande à l’Élysée, la gauche au gouvernement, Aurélie Filippetti au ministère de la culture : un casting plus favorable au monde de la culture ? Rencontre avec deux acteurs culturels locaux du spectacle vivant pour obtenir leur ressenti à la veille des législatives, élections qui seront cruciales pour confirmer (ou non) ce casting. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 25 mai 2012

Culture : le changement, c’est maintenant ?

Le 27 mars dernier, l’Association des scènes nationales (présidée par Michel Orier, directeur de la MC2) organisait un colloque au 104 à Paris. Des représentants des principaux candidats furent conviés, pour que les acteurs culturels nationaux leur rappellent leurs positions et leurs attentes à un mois du premier tour de la présidentielle. Le même jour, à Grenoble, au Théâtre 145, le Synavi, Syndicat national des arts vivants – « un syndicat d’employeurs et de structures indépendantes dans le spectacle vivant, qui représente environ 400 structures en France, pour l’essentiel des compagnies, mais aussi des lieux, dans les domaines du théâtre, de la danse, du cirque, des arts de la rue, du conte... » – proposait un débat sur des questions similaires, avec différents élus locaux de gauche. Deux exemples de la forte mobilisation menée par le monde de la culture à la veille de scrutins jugés décisifs (les législatives sont attendues avec intérêt), comme nous l’explique aujourd’hui Fabrice Bernard, délégué régional du Synavi (avec une vision forcément subjective, puisqu’il existe de nombreux syndicats représentants diverses sensibilités – et tous les acteurs culturels ne sont

Continuer à lire