Tout ça pour ça

Aurélien Martinez | Jeudi 28 mars 2013

Photo : Ruth Walz


Si le nombre incalculable de propositions culturelles adressées au public oblige à un zapping effréné, on peut parfois prendre le temps de la réflexion et oser un lapidaire : pourquoi ? Oui, pourquoi Luc Bondy, metteur en scène de renom, a-t-il choisi de monter cette pièce de Pinter (Le Retour, publiée en 1964) avec ce casting-là (une pléiade de stars qui n'a pas été sans conséquence sur le budget de la création) ?

Sur le texte de Pinter, et la nouvelle traduction de Philippe Djian, c'est l'incompréhension : une œuvre fade et poussive, malgré un sujet sulfureux (une femme fait irruption dans une famille uniquement composée d'hommes, et choisit volontairement de rester avec eux pour se prostituer) qui questionne quant à sa pertinence aujourd'hui – « un ramassis de clichés misanthropes et misogynes » écrira même la romancière Nancy Huston dans une tribune publiée par Libération.

Quant au casting vertigineux (Bruno Ganz, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Pascal Greggory...), il laisse pantois, aucune de ces figures du théâtre et du cinéma ne crevant plus la scène qu'un quidam inconnu – ce qui permet aux deux comédiens moins bankable (Jérôme Kircher et, surtout, l'excellent Micha Lescot) de briller. En résulte plus de deux heures de théâtre qui, à une autre époque, auraient peut-être paru modernes ou sulfureuses ; mais qui, le temps jouant, semblent dramatiquement tourner à vide.

Aurélien Martinez

Le Retour, du jeudi 4 au mercredi 10 avril, à la MC2


Le Retour

Texte de Harold Pinter, ms Luc Bondy, avec Bruno Ganz, Emmanuelle Seigner, Pascal Greggory, Louis Garrel, Jérôme Kircher et Micha LescotUn universitaire expatrié aux États-Unis vient présenter à son père et à ses frères la jeune femme qu’il y a épousée. Celle-ci, prise dans le dense réseau des désirs croisés de ce groupe de mâles, finira par se prostituer à eux sans qu’on puisse précisément déceler si ce sont eux qui l’exploitent, ou si c’est elle qui va se servir d’eux. L’oeuvre s’ouvre sur un homme qui lit un journal en silence, dans un banal séjour avec chaises, fauteuils et canapé.
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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" ADN" : les racines et la terre par Maïwenn

ECRANS | ★★☆☆☆ De et avec Maïwenn (Fr., 1h30) avec également Louis Garrel, Fanny Ardant, Marine Vacth…

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Son grand-père Émir, qui périclitait en Ehpad, meurt. Très proche de lui, Neige (Maïwenn) vit plus douloureusement son départ que le reste des siens. En hommage, elle décide de prendre la nationalité algérienne… Épidermique, le cinéma de la cinéaste Maïwenn est depuis toujours nourri par ses joies, cris ou deuils intimes : Neige est ici son double, Émir un décalque de son grand-père (déjà évoqué par le passé) et la famille dysfonctionnelle à l’écran un reflet de la sienne propre (elle aussi assaisonnée jadis). Seulement, ADN laisse une impression de confusion dérangeante. Porter la mémoire d’un combattant de l’indépendance algérienne devenu amnésique avant de mourir (quel symbole !) et traiter en comédie une séquence de funérailles (quels acteurs !), pourquoi pas ? Mais les fixettes de son personnage sur la religiosité de son aïeul comme la candeur romantique enveloppant son désir de passeport algérien la montrent tout aussi immature, hors-sol, que le reste de sa parentèle. ADN n’est certes pas un film de paix ni d’apaisement, mais une question que Maïwenn se pose à elle-même, à laquelle elle seule pe

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"L'Heure de la sortie" : classe tous risques pour Laurent Lafitte

ECRANS | De Sébastien Marnier (Fr, 1h43) avec Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Pascal Greggory…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Drame au Collège Saint-Joseph : le professeur de français d’une classe pilote regroupant des enfants précoces s’est défenestré. Pierre Hoffman est recruté pour le remplacer, à quelques semaines du brevet. Il va vite constater que ses élèves, comme l’établissement, sont atypiques… Dans Irréprochable (2016), Sébastien Marnier avait déjà montré son appétence pour les prédateurs troubles. La troupe de surdoués sociopathes qu’il anime ici (une sorte de précipité des manies déviantes des ados de Haneke ou de Lars von Trier dans l’ambiance mortifier du Tour d’écrou d’Henry James) pousse un cran plus loin le malaise, avec ses jeux sadomasochistes, son discours catastrophiste et son extra-lucidité ingénue confinant à la prescience. Jusqu’à l’ultime minute, on ne sait en effet si l’on se trouve dans un thriller psychologique ou bien dans une œuvre fantastique. Assumant les codes du cinéma de genre, Marnier exacerbe les pulsions propres à l’âge de ses protagonistes, érotise les corps avec insistance (not

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Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne qui place les autres au centre de l’histoire »

ECRANS | Suite lointaine d’un des plus grands triomphes des Studios Disney qui avait glané 5 Oscar (dont celui de la meilleure actrice pour Julie Andrews), "Le Retour de Mary Poppins" est le Disney de Noël 2018. Rencontre avec le réalisateur et l’interprète de la nounou magique.

Vincent Raymond | Mercredi 19 décembre 2018

Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne qui place les autres au centre de l’histoire »

Signer la suite d’un film considéré comme un classique depuis un demi-siècle a de quoi impressionner, non ? Rob Marshall : À chaque étape, cela a été impressionnant. Et un travail colossal. Mais si quelqu’un devait s’atteler à la tâche, je voulais que ce soit moi, car ce film signifie énormément pour beaucoup de personnes de ma génération. Il fallait que cette suite reflète dignement l’esprit du film de 1964, même si la barre était particulièrement haute. Avec mes co-scénaristes Dave Magee et John de Luca, nous avons dû créer un script pour lier les parties musicales entre elles. Car les livres de P. L. Travers fonctionnent par épisodes ; il n’y a pas vraiment de narration liant les chapitres les uns aux autres. Puisque Le Retour de Mary Poppins dépeint l’époque de la Grande Dépression à Londres, il fallait comprendre les difficultés de cette période et trouver un écho très contemporain. C’était un exercice d’équilibriste d’arriver à cett

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"L'Homme fidèle" : garrelement réussi

ECRANS | de et avec Louis Garrel (Fr, 1h15) avec également Laetitia Casta, Lily-Rose Depp…

Vincent Raymond | Jeudi 20 décembre 2018

Un jour, Marianne annonce à Abel qu’elle est enceinte de leur ami Paul et qu’elle le quitte. Abel encaisse. Dix ans plus tard, Paul est mort et Abel revient dans la vie de Marianne, désormais mère de Joseph. Il faut aussi compter avec Ève, jeune sœur de Paul, éprise depuis toujours d’Abel… Serait-ce un Conte moral inédit d'Éric Rohmer, une romance truffaldienne, un drame bourgeois chabrolien où soudain surgit une fantastique étrangeté ? À moins qu’il ne s’agisse d’une de ces relectures à la Desplechin revivifiant le genre "film en appartement parisien"… L’Homme fidèle, comme Louis Garrel, ne peut renier sa filiation avec la Nouvelle Vague et ses héritiers – elle est de toute façon constitutive de son identité, pour ne pas dire inscrite dans ses gènes. Synthèse habile du cinéma des aînés, bénéficiant du surcroît de la "patte" d’un coscénariste chevronné en la personne de Jean-Claude Carrière, ce film est une splendeur d’équilibre, de délicatesse et de surprises – les réactions des protagonistes étant tout sauf convenues. Ainsi, la brutale scène de rupture initiale pourrait-elle tenir de la comédie comme du d

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"Le Retour de Mary Poppins" : Mary à tout prix (et pareille à elle-même)

ECRANS | De Rob Marshall (ÉU, 2h10) avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Lundi 17 décembre 2018

Trente ans se sont écoulés depuis le départ de Mary Poppins. La voici de retour, quasi identique, pour s’occuper des enfants de Michael Banks, alors que leur père, jeune veuf, s’emploie à sauver leur maison d’une saisie. Heureusement, sa magie sera le sucre qui aidera la médecine à passer… Disons-le tout net, cette suite est une délicieuse mine de paradoxes. Tout d’abord parce qu’elle s'applique davantage à répliquer l’opus initial qu’à le prolonger, histoire de montrer l’immutabilité de la nounou – laquelle, pourtant, a changé de physionomie en changeant d’interprète (Emily Blunt). Ainsi le ramoneur est-il ici remplacé par un allumeur de réverbères (même genre de monte-en-l’air, en plus propre sur lui) ; l’oncle Albert s'envolant au plafond troqué par une cousine Topsy vivant tête-bêche ; la séquence champêtre en animation par… une séquence champêtre en animation (avec une touche de cabaret en sus). Bénéficiant des évolutions techniques contempora

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Jérôme Kircher : « Un "Monde d’hier" pour rendre physique la pensée de Stefan Zweig »

Théâtre | Après un premier passage la saison dernière, "Le Monde d’hier" est de retour à la MC2 qui a donc eu l’excellente idée de reprogrammer ce spectacle sobre mais puissant basé sur l’autobiographie-testament du fameux écrivain autrichien Stefan Zweig (1881–1942). Jérôme Kircher, qui porte cette aventure seul au plateau, nous en dit plus.

Aurélien Martinez | Mardi 13 novembre 2018

Jérôme Kircher : « Un

« C’est important de dire ce texte maintenant. D’abord parce qu’il est très beau ; tout ce que Stefan Zweig décrit sur la vie artistique de la fin du XIXe siècle à Vienne, je trouve ça magnifique. Ensuite parce que ce qu’il raconte peut faire penser à aujourd’hui, avec la montée des nationalismes partout… Zweig montre parfaitement comment tous ces gens très intelligents et très engagés dans leur vie artistique et culturelle n’ont rien vu venir. » Si les mots de l’homme de lettres autrichien ont 75 ans, ils sont toujours aussi pertinents nous assure le comédien Jérôme Kircher qui les livre seul sur scène, avec intensité dans une mise en scène pourtant sobre. « Pour que ça soit puissant, je ne voulais surtout pas jouer un personnage, je me suis interdit d’incarner Zweig. L’idée, c’était de ne pas faire de théâtre du tout mais de plutôt rendre physique sa pensée. Je pense que c’est ça que les spectateurs aiment bien : ils ne voient pas un acteur qui joue mais un acteur qui pense. » « 10% du livre » Car oui, le spectacle plaît visiblement au public vu qu’il va bientôt approcher les 300 représentations en trois ans. «

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"The House that Jack built" : la mort va si bien à Lars von Trier

ECRANS | Le cinéaste danois s'insinue dans la tête d’un serial killer aux ambitions (prétentions ?) esthétiques démesurées pour en retirer une symphonie en cinq mouvements criminels. Une variation sur la mégalomanie et le perfectionnisme artistiques forcément un brin provoc’ mais adroitement exécutée.

Vincent Raymond | Lundi 15 octobre 2018

Jack (Matt Dillon) aurait tellement voulu être architecte… Un destin contraire l’a fait ingénieur et affligé de TOC lui empoisonnant la vie, surtout lorsqu’il vient de commettre un meurtre. Car si l’on y réfléchit bien, le principal tracas de Jack, c’est de devoir obéir à ses pulsions de serial killer… Peu importe si son esthétique ou ses dogmes évoluent au fil de sa prolifique filmographie (et lui confèrent au passage l’apparence d’un splendide magma), Lars von Trier parvient à assurer à celle-ci une indiscutable cohérence par son goût maladif du défi stylistique et de la provocation morale, que celle-ci transparaisse dans la diégèse ou dans le discours d’accompagnement. Épouser, comme ici, le point de vue d’un détraqué jouissant dans l’esthétisation de la mise à mort de ses victimes participe évidemment de cette démarche : la mécanique humaine et celle, perverse, du suspense conduisent inconsciemment le spectateur de The House tha

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"Un peuple et son roi" : astre déchu

ECRANS | Dans cette fresque révolutionnaire entre épopée inspirée et film de procédure, Pierre Schoeller semble fusionner "Versailles" et "L’Exercice de l’État", titres de ses deux derniers longs-métrages de cinéma. Des moments de haute maîtrise, mais aussi d’étonnantes faiblesses. Fascinant et bancal à la fois.

Vincent Raymond | Mardi 25 septembre 2018

1789. La Bastille vient de tomber, et le roi quitte Versailles après avoir signé la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen soumise par l’Assemblée. Dans les rues de Paris, la famille d’un souffleur de verre est portée par ce vent d’espérance. Et si le peuple avait enfin voix au chapitre ? Moment-clé de notre histoire, tournant civilisationnel du fait de sa résonance sur les nations voisines, de son potentiel dramatique et de ses conséquences contemporaines, la Révolution française constitue un morceau de choix pour tout amateur de geste épique, de combats d’idées et d’élans tragiques. Filmer l’exaltation d’une guerre civile éclatant sous l’auspice des Lumières et la conquête de la liberté par le peuple a déjà galvanisé Abel Gance, Sacha Guitry ou Jean Renoir. Comme eux, Pierre Schoeller rallie ici la quintessence des comédiens de son époque : le moindre rôle parlé est donc confié à un·e interprète de premier plan – Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Louis Garrel, Izïa Higelin, Laurent Lafitte, Denis Lavant... Le défilé en est étourdissant, mais pas autant que celui des députés ayant à se prononcer par ordre alphabétique de circons

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"Fortuna" : pas si neutre que ça...

ECRANS | de Germinal Roaux (Sui.-Bel., 1h46) avec Kidist Siyum Beza, Bruno Ganz, Patrick d’Assumçao…

Vincent Raymond | Mardi 18 septembre 2018

Hébergée dans un monastère suisse à la frontière italienne, Fortuna, jeune Éthiopienne de 14 ans, se découvre enceinte d’un autre réfugié vivant au même endroit mais beaucoup plus âgé qu’elle. Si elle veut garder l’enfant, il n’en va pas de même pour le père qui se fait la belle… De la déconnexion entre la forme et le fond… Autant le cinéaste Germinal Roaux, photographe de métier, nous en met plein la vue par la somptuosité de son cadre (1:33, noir et blanc ultra contrasté, plans archi composés, clairs-obscurs magnifiant le décor neigeux, les visages et les rudes bâtisses…) et nous interpelle par la pertinence de son récit, en prise directe avec la plus brûlante des actualités (la situation des réfugiés, rejetés par tous les États, trouvant à peine asile chez des religieux) ; autant on est déconcertés par sa pseudo-morale finale montrant un "bon père" encourager une gamine seule, désorientée, abusée et abandonnée par l’adulte qui l’a mise enceinte, à ne pas avorter en brandissant son libre arbitre – ou un "merveilleux" instinct de vie. Peu importe, en définitive, à ce brave moine que Fortuna hypothèque ainsi son avenir en se privant d’études,

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"9 doigts" : Ossang n’a pas perdu la main

ECRANS | L’épisodique écrivain, chanteur et réalisateur français F. J. Ossang est de retour avec un nouvel objet manufacturé aux saveurs intemporelles, empruntant sa cosmogonie au polar comme au fantastique, et sa linéarité à la courbe d’une spirale. Meilleure réalisation au dernier Locarno Festival, forcément.

Vincent Raymond | Mardi 20 mars 2018

Une gare, la nuit. Magloire se soustrait à un contrôle de police et court. Sa fuite le mène à un homme agonisant sur une plage, qui lui remet une liasse de billets. Un cadeau empoisonné lui valant d’être traqué par Kurtz et sa bande. Capturé, Magloire va être coopté par ces truands… 9 doigts raconte un peu mais, surtout, invoque, évoque, provoque. Beaucoup de voix au service d’un film noir à la Robert Aldrich que viendra insidieusement "polluer" une inclusion de radioactivité. Également d'une histoire de survivance paradoxale : celle d’un héros malgré lui, dépositaire d’un trésor qui n’est pas le sien, embarqué dans un rafiot vide au milieu d’escrocs rêvant d’un gros coup, échouant tous à le concrétiser. Une métaphore du cinéma, où pour durer il vaudrait mieux voyager léger, à l’écart des apprentis-sorciers, quitte à se retrouver isolé. Mais libre d’agir à sa guise, de créer un monde non orthodoxe, à gros grain et son saturé, avec des fermetures à l’iris, des ruptures de ton, des ellipses… Ossang ne saurait mentir Fidèle à sa ligne mélodique (cette signature néo-rétro ayant contribué à forger un renouveau esthético-narra

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"Le Redoutable" : JLG, passionnant portrait chinois

ECRANS | Une année à part dans la vie du cinéaste Jean-Luc Godard (Louis Garrel à l'écran), quand les sentiments et la politique plongent ce fer de lance de la Nouvelle Vague dans le vague à l’âme. Une évocation fidèle au personnage, à son style, à son esprit potache ou mesquin. Pas du cinéma juste ; juste du cinéma, par Michel Hazanavicius.

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

1967. Au sommet de sa gloire, Jean-Luc n’est pas à une contradiction près : s’il provoque en public en professant des slogans marxistes ou égalitaristes, il aspire en privé à une union conformiste de petit-bourgeois jaloux avec la jeune Anne. Tiraillé entre son Mao et son Moi, le cinéaste passe de l’idéologie au hideux au logis. L’insuccès de La Chinoise ne va rien arranger… Toutes proportions gardées, la vision du Redoutable rappelle celle du film AI, cette étonnante symbiose entre les univers et manière de deux cinéastes (l’un inspirateur, l’autre réalisateur), où Spielberg n’était jamais étouffé par le spectre de Kubrick. L’enjeu est différent pour Michel Hazanavicius, à qui il a fallu de la témérité pour se frotter à un Commandeur bien vivant – certes reclus et discret, mais toujours prompt à la sentence lapidaire ou la vacherie définitive. Hommage et dessert En savant théoricien-praticien de l’art du détournement, Hazanavicius a extrait du récit autobiographique d’Anne Wiazemsky Un an après une substance purement cinématographique et godardienne (faite de références intellectuelles, de cale

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"Le Serpent aux mille coupures" : mort sûre violente

ECRANS | de Éric Valette (Fr.-Bel., int. -16 ans, 1h46) avec Tomer Sisley, Terence Yin, Pascal Greggory…

Vincent Raymond | Mardi 4 avril 2017

Un rendez-vous entre truands qui tourne mal transforme un coin de campagne en apparence tranquille en champ de bataille pour un soldat perdu, la pègre internationale, la police et des paysans racistes. Les balles vont siffler ; elles ne seront pas de paille… Adaptée de et par l'écrivain DOA, cette série B sans figure totalement positive rappelle, le soleil en moins, le Canicule du romancier Jean Vautrin (puis du cinéaste Yves Boisset). Tomer Sisley joue les semeurs d’ivraie en investissant une ferme et prenant en otages ses propriétaires, mais tout brutal qu’il soit, il paraît finalement débonnaire comparé aux autres abominables débarquant d’un peu partout – dont l’épouvantable Tod, expert en tortures asiatiques. Si les écorchements et/ou scarifications prodigués par icelui remplissent leur office de produit d’appel gore, ils présentent moins d’intérêt que le traitement (un peu superficiel, hélas) d’un certain monde rural solidement ancré dans son conservatisme xénophobe. Lequel doit beaucoup à une troupe d’interprètes peu connus.

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Festival des Maudits Films : ça commence mardi !

ECRANS | Du mardi 17 au samedi 21 janvier au cinéma Juliet Berto se déroulera la 9e édition de l’incontournable Festival des Maudits Films, dédié au cinéma bis… de B à Z. On (...)

Damien Grimbert | Mardi 10 janvier 2017

Festival des Maudits Films : ça commence mardi !

Du mardi 17 au samedi 21 janvier au cinéma Juliet Berto se déroulera la 9e édition de l’incontournable Festival des Maudits Films, dédié au cinéma bis… de B à Z. On y reviendra, comme à notre habitude, de façon bien plus détaillée la semaine prochaine, mais ne considérez surtout pas ça comme un prétexte pour rater la projection inaugurale de ce mardi dédiée au film culte Le Retour des Morts-Vivants. Première et quasi dernière incursion derrière la caméra de Dan O’Bannon, scénariste pour John Carpenter (Dark Star), Ridley Scott (Alien) et Tobe Hooper (Lifeforce), Le Retour des Morts-Vivants est surtout l’un des tout premiers films à insuffler un peu d’humour potache et de décontraction à l’univers plutôt anxiogène du film de zombies. Résultat, une comédie horrifique ultra-rythmée et furieusement 80’s, mêlant dans un cocktail parfaitement dosé punks survoltés, militaires débordés et zombies dévoreurs de cerveaux. Un vrai classique ! Le Retour des Morts-Vivants Mardi 17 j

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"Réparer les vivants" : Simon, as-tu du cœur ?

ECRANS | de Katell Quillévéré (Fr, 1h43) avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval…

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

À l’hôpital où des parents viennent d’apprendre que Simon, leur ado accidenté, se trouve en mort cérébrale, un médecin aborde avec tact la question du don d’organes. Ailleurs, une femme attend un cœur pour continuer à vivre… Cette transplantation du roman multiprimé de Maylis de Kerangal sur support cinéma présente des suites opératoires tout à fait attendues, en regard du protocole suivi. En convoquant une galerie d’interprètes popu/tendance autour d’un sujet touchant à un drame intime et à l’éthique, Katell Quillévéré est en effet assurée d’avoir son film-dossier programmé en amorce de mille débats, et que ses comédien(ne)s recevront un prix ici ou là. D’accord, elle nous évite avec raison toute forme d’hystérie et de tachycardie artificielle dans le montage (pour ne pas singer Urgences), mais le rythme est tout de même bien pépère et l’ambiance cotonneuse. Sage, gentiment didactique et surtout un brin trop aseptisé.

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Sauvages

ECRANS | de Tom Geens (G.-B./Fr./Bel., 1h45) avec Paul Higgins, Kate Dickie, Jérôme Kircher, Corinne Masiero…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Sauvages

Filmer la résilience comme un tableau naturaliste, en restituant sans les enjoliver des sensations primaires, le contact direct avec les éléments. Puis montrer le réapprentissage de la parole, de la communication, de la civilisation en passant d’une quasi abstraction visuelle à une poétique élaborée de l’image… Le parti-pris de Tom Geens est sacrément osé : avec un minimum d’explications, il pose un drame né d’un traumatisme, lequel s’enchâsse dans un mystère et se raccorde à une sorte de légende mystique ! Tout va pourtant se déployer progressivement, logiquement, comme un végétal étend sa ramure avec le temps. On parle ici d’expérience de cinéma pour le spectateur. VR

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Remember

ECRANS | de Atom Egoyan (Can., 1h35) avec Christopher Plummer, Martin Landau, Bruno Ganz…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Remember

Dénué de quiétude, le cinéma d’Atom Egoyan porte en lui les remous d’un drame originel, d’une fracture violente dont chaque film observe les conséquences — ou plutôt, les séquelles. Nul besoin d’être grand clerc pour déceler dans cette obsession comme dans ses nombreux films marqués par les voyages ou les pèlerinages, des références au cataclysme que fut le génocide des Arméniens. Egoyan a fait de la mémoire des disparus l’un des piliers majeurs de sa carrière, et des survivants leurs dépositaires luttant pour qu’elle ne soit pas oblitérée. Sans doute le plus connu, De beaux lendemains (1997) en constitue un exemple loin d’être isolé : Exotica (1994) ou plus récemment Captives (2014) racontaient en adoptant la forme du thriller comment ceux qui restent dissolvent leur vie présente dans réactivation obstinée de leurs souvenirs. Remember croise à nouveau les genres en mêlant thématique historique (de la grande Histoire, puisqu’il s’agit de la traque d’un ancien nazi)

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Heidi

ECRANS | D'Alain Gsponer (Sui., 1h50) avec Anuk Steffen, Bruno Ganz, Quirin Agrippi…

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Heidi

Déjà cuisiné à toutes les sauces visuelles, le roman montagnard de Johanna Spyri fait l’objet d’une nouvelle adaptation au bon lait de l’alpage. Classique et plutôt respectueuse du texte original, elle vise clairement à devenir la nouvelle référence en la matière, remplaçant les versions technicolor poussiéreuses et/ou non-helvétiques. Passé la surprise de découvrir Bruno Ganz en grand-père bougon, on est vite attendris par les cavalcades pastorales de la gamine, l’absence de mièvrerie et la reconstitution soignée. L’œil se régale donc ; l’oreille moins. On envierait presque les Suisses-Allemands, qui apprécieront ce conte dans leur… euh… mélodieux idiome, et non dans son doublage français grotesque, lequel a de quoi nous rendre chèvre.

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"Saint Laurent" : soudain, Gaspard Ulliel

ECRANS | En dépassant l’exercice du biopic poli, Bertrand Bonello dépeint un Saint Laurent en gosse paumé au centre d’une ruche en constante ébullition. Et s’intéresse uniquement aux difficultés qu’a eues le couturier à accepter son statut d’icône.

Aurélien Martinez | Mardi 23 septembre 2014

C’est sa mère qui lui dit qu’il vit « hors du monde », c’est un mannequin qui explique que son feu chien était « son seul lien » avec le réel, c’est son amant qui le qualifie de « gosse »... Dans son film, Bertrand Bonello prend la figure mythique de Saint Laurent avec une irrévérence tendre qui donne tout son intérêt au biopic. Une démarche que n’avait pas menée en début d’année Jalil Lespert dans son appliqué et terne Yves Saint Laurent, sans doute intimidé par le mythe et par un Pierre Bergé qui contrôle encore plus l’image de son compagnon depuis la mort de ce dernier en 2008. Chez Bonello, exit la figure de Bergé (qui n’avait d’ailleurs pas donné son approbation au projet), ramenée à un personnage de plus dans la galaxie d’un génie tourmenté. Une galaxie que Bonello filme comme un défilé de mode où chaque mannequin intervient sporadiquement dans le cadre, avec une distribution haut de gamme – Jérémie Renier en Pierre Bergé dépassé, Léa Seydoux

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Refroidis

ECRANS | De Hans Peter Molland (Norvège, 1h56) avec Stellan Skarsgard, Bruno Ganz…

Christophe Chabert | Mardi 23 septembre 2014

Refroidis

Un paisible conducteur de chasse-neige apprend l’assassinat de son fils et découvre qu’il jouait les passeurs à l’aéroport pour des trafiquants de drogue. Il décide de se venger en remontant la filière… Cet argument classique de "vigilante movie", Hans Peter Molland le détourne de brillante manière en le tirant vers une comédie caustique et très noire. Il y a d’abord ce gimmick, plutôt amusant, de la recension des cadavres et de leur appartenance religieuse avec des cartons sur fond noir ; il y a surtout la nature même des truands du film, complètement cinglés, à commencer par le big boss maniaco-dépressif adepte de la vie saine et hygiéniste qui demande à ses hommes de main de surveiller si son gamin mange bien ses cinq fruits et légumes par jour. Les origines ethniques des diverses bandes (Norvègiens, Suédois, Serbes…) sont longuement commentées dans des dialogues ponctués de réflexions politiques, notamment celle, hilarante, sur la nécessité d’un état providence dans les pays froids ! La nonchalance du récit et sa manière digressive de surprendre l’action pour brosser sa galerie de portraits rappellent bien entendu le Tarantino première manière.

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La Jalousie

ECRANS | De Philippe Garrel (Fr, 1h17) avec Louis Garrel, Anna Mouglalis…

Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

La Jalousie

Depuis ce film somme qu’était Les Amants réguliers, le cinéma de Philippe Garrel est entré dans son crépuscule, ne conduisant qu’à des caricatures sans inspiration. La Jalousie, aussi bref qu’interminable, ressemble ainsi à un territoire desséché où les fantômes garreliens, dont son propre fils Louis, le seul avec la petite Olga Milshtein à insuffler un tant soit peu de vie dans l’encéphalogramme plat de la dramaturgie, errent dans des décors vidés de tout, se parlant en aphorismes qu’on a du mal à tenir pour des dialogues. Le noir et blanc n’est qu’un effet de style, le film fuit son titre comme son ombre et sombre dans un psychodrame autarcique et épuisant, que les petites musiques composées par l’incunable Jean-Louis Aubert ne font que renforcer dans sa banalité. Christophe Chabert

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La Vénus à la fourrure

ECRANS | Une actrice, un metteur en scène, un théâtre et "La Vénus à la fourrure" de Sacher-Masoch : un dispositif minimal pour une œuvre folle de Roman Polanski, à la fois brûlot féministe et récapitulatif ludique de tout son cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 novembre 2013

La Vénus à la fourrure

À sa sortie, on avait pris Carnage pour une sorte de repli stratégique de la part de Roman Polanski. L’adaptation de la pièce de Yasmina Reza venait après ses déboires avec la justice suisse, et le choix d’un huis clos à quatre personnages lui permettait de tourner vite en déclinant en virtuose sa science du découpage et de la mise en scène. Surtout, il y circulait une rage que l’on imaginait circonstanciée, là encore liée à cette énième humiliation dans une vie déjà chaotique. Derrière sa réjouissante santé, par-delà la comédie de mœurs labyrinthique à laquelle Polanski nous convie, La Vénus à la fourrure poursuit ce double geste de façon enthousiasmante. C’est une charge virulente contre l’époque et ses travers, ici pris sous l’angle de la lutte des sexes, et c’est à nouveau un huis clos tiré d’une pièce de théâtre, signée cette fois David Ives ; sauf que cette fois, le théâtre est le lieu et la matière du film, même si, en transparence, le cinéaste vise aussi tout ce qu’i

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Un château en Italie

ECRANS | De et avec Valeria Bruni Tedeschi (Fr, 1h44) avec Louis Garrel, Céline Sallette…

Christophe Chabert | Jeudi 24 octobre 2013

Un château en Italie

Une actrice qui ne joue plus rencontre un acteur qui en a marre de jouer ; avec lui, elle veut avoir un enfant. Pendant ce temps, son frère se meurt du sida et sa mère, aristocrate déchue, veut vendre le château familial… Il est plus facile pour un chameau et Actrices, les deux premiers films réalisés par Valeria Bruni Tedeschi, exaspéraient par l’impudeur avec laquelle elle étalait sa vie et son métier, sans jamais trouver une forme cinématographique autre que l’ordinaire de l’auteurisme à la française. Un château en Italie fait la même chose, et quiconque connaît un peu sa biographie – qui, pas de bol, est en partie aussi celle de sa très médiatique sœur – passera son temps à chercher les clés pour démêler ce qui relève ici de la vérité et de la fiction. Un jeu aussi vain que lassant, qui pousse parfois loin la plaisanterie – Garrel travesti refusant un rôle à un cinéaste manifestement gay, si ce n’est pas une référence à l’affaire Laurence Anyways… Dommage, car Bru

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Dans la forêt

SCENES | Le Retour de Baptiste, nouveau spectacle du Grenoblois Jean-Cyril Vadi, est l’adaptation de la pièce Au beau milieu de la forêt de la jeune dramaturge (...)

Aurélien Martinez | Lundi 14 octobre 2013

Dans la forêt

Le Retour de Baptiste, nouveau spectacle du Grenoblois Jean-Cyril Vadi, est l’adaptation de la pièce Au beau milieu de la forêt de la jeune dramaturge Katja Hunsinger. Prenant au pied de la lettre le titre initial, Jean-Cyril Vadi a imaginé une scénographie au cœur d’une forêt sombre, parsemée de divers troncs d’arbre. C’est au sein de ce milieu hostile, en quasi-autarcie, que vivent les deux parents de Baptiste, qui ne s’attendaient pas au retour de leur enfant. Encore moins au fait qu’il soit accompagné d’une femme. Le choc sera donc rude, surtout que Rose, l’épouse de Baptiste, est d’une culture différente : le metteur en scène a ainsi confié le rôle à une comédienne lituanienne, qui ne parle pas un mot de français, et qui a donc appris le texte phonétiquement (même si, bien sûr, elle le comprend, la pièce ayant été jouée en Lituanie, pays qui a compté dans le parcours de Jean-Cyril Vadi). En résulte un spectacle construit en différents tableaux entrecoupés de noir : un procédé souvent utilisé au théâtre, qui sectionne ici l’action, permettant de réaliser des sauts temporels, et d’alterner moments de vie et d’autres, plus tendus. Car ce retour ne ser

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Incompréhension totale

SCENES | Pour sa première mise en scène en tant que directeur de l’Odéon (prestigieuse scène parisienne), le metteur en scène Luc Bondy a choisi de monter Le Retour (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 9 janvier 2013

Incompréhension totale

Pour sa première mise en scène en tant que directeur de l’Odéon (prestigieuse scène parisienne), le metteur en scène Luc Bondy a choisi de monter Le Retour d’Harold Pinter, avec un casting haut de gamme convoquant entre autres Louis Garrel, Bruno Ganz, Emmanuelle Seigner ou encore Pascal Greggory. Sauf que la sauce ne prend jamais, les comédiens s’embourbent, semblant constamment chercher le sens de cette pièce datée au propos étrange (une famille d’hommes accueille la nouvelle femme de l’un d’eux avec désir). Et l’on se demande alors en sortant de la salle : mais pourquoi tout ça ? À voir (ou pas) à la MC2 du 4 au 10 avril.

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Dans la maison

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Kristin Scott-Thomas, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Jeudi 4 octobre 2012

Dans la maison

Germain Germain (bonjour Nabokov !) est un prof de français désespéré par la nullité de ses élèves. Alors qu’il lit leurs médiocres rédactions à sa femme qui, elle, tient une galerie d’art contemporain sur le thème sexe et pouvoir (bonjour Sade !), l’une d’entre elles sort du lot. L’élève y raconte son envie de s’introduire dans la maison de l’un de ses camarades pour s’approcher de cette vie bourgeoise, avec une mère archétypale des « femmes de la classe moyenne » (bonjour Flaubert !). Germain pense qu’il y a là un talent à canaliser, sans savoir qu’il met le doigt dans un dispositif dangereux : celui qui brouille la frontière entre la réalité et la fiction, mais aussi celui de François Ozon, qui déroule ici une mécanique ludique où l’on ne sait jamais si ce que l’on nous raconte est le fruit d’une narration objective, si celle-ci a été influencée par les conseils de Germain ou encore si elle n’est que le reflet de l’imagination de son élève. Le voyeurisme littéraire de l’un rencontre le voyeurisme réel de l’autre, et tout le monde finit par vivre son fantasme (d’auteur frustré, d’adolescent orphelin, de femme délaissée) par procuration. Ozon s’amuse manifestement – et

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Sport de filles

ECRANS | De Patricia Mazuy (Fr, 1h41) avec Marina Hands, Bruno Ganz…

François Cau | Lundi 23 janvier 2012

Sport de filles

Il y a un grand film à réaliser sur le dressage équestre, les rapports entre le cavalier et son animal, leurs correspondances indicibles – mais de toute évidence, ce n’est pas celui-ci. Le gros problème, c’est qu’on ne sait pas vraiment de quoi cause Sport de filles, tant sa forme est en permanence à contretemps du fond. Le script embrasse plusieurs pistes qu’une mise en scène et un montage indolents peinent à suivre ; même les compositions originales de John Cale semblent victimes d’une greffe ratée sur les séquences qu’elles illustrent. On peut se reposer sur les honnêtes performances d’un casting foutraque et attachant pour passer le temps, et on ne pourra pas s’empêcher, pendant toute la durée du film, de rêver aux promesses du Cheval de Guerre de Steven Spielberg. FC

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Les Bien-aimés

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 2h15) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier…

François Cau | Mardi 12 juillet 2011

Les Bien-aimés

Une mère et sa fille. Dans les années 60, la mère (Ludivine Sagnier) fait la pute pour se payer des chaussures et tombe amoureuse d’un médecin tchèque qu’elle quitte au moment du Printemps de Prague. Au début des années 2000, la fille (Chiara Mastroianni) s’éprend d’un gay malade du sida, tandis que la mère (Catherine Deneuve) retrouve son amant de l’époque (Milos Forman). Plus que jamais, le cinéma de Christophe Honoré joue de la référence (Truffaut et ses romans cinématographiques sont les grands parrains du film) mais aussi de l’autoréférence : comme dans Les Chansons d’amour, Alex Beaupain a composé de pénibles intermèdes musicaux, sans doute ce qu’il y a de moins bien dans le film. Pénible aussi, la capacité d’Honoré dialoguiste à mettre dans la bouche de ses acteurs un texte bourré de poncifs sentencieux sur l’amour, la vie, le temps qui passe. Ratée enfin, l’évocation de l’époque : la reconstitution au début donne une sensation désagréable d’entre-deux, ni rigoureuse, ni fantaisiste, et quand le 11 septembre passe par là, on change vite de chaîne. Si Les Bien-aimés s’avère toutefois supérieur aux précédents Honoré, c’est grâce à l’énergie

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Essential killing

ECRANS | La fuite désespérée d’un taliban afghan dans l’Est de l’Europe, ou comment un acteur physique et mutique, Vincent Gallo, se livre à corps perdu à son metteur en scène, Jerzy Skolimowski, pour une œuvre prenante et picturale. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 1 avril 2011

Essential killing

Étrange aventure que cet Essential killing. Aventure est le mot qui convient, tant le film sur l’écran paraît se confondre avec les conditions de son tournage, et tant son acteur, l’immense Vincent Gallo, semble éprouver réellement la souffrance de son personnage. Gallo incarne un taliban afghan qui, après un attentat contre des soldats américains, réussit à s’échapper de la prison où on l’a torturé, et se lance dans une cavale à travers une Europe de l’Est enneigée. Mais le film de Skolimowski n’a que peu à voir avec la tradition du survival movie ; on est ici dans une œuvre radicale, un film de metteur en scène et un one man film d’autant plus impressionnant que l’homme en question n’y prononce pas un seul mot. L’idée derrière ce silence est simple : plus Gallo retourne vers une forme d’animalité pure, plus l’humanité de son personnage éclate à l’écran. Du rouge sur une toile blanchePris dans un piège à loup, dormant dans une mangeoire remplie de paille, mangeant des baies ou dévorant un poisson encore vivant, Gallo fait l’expérience d’une régression vers l’état de nature. Mais quelque chose ramène le personnage vers le monde des hommes : des flashbacks oniriques où,

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