La parole est aux poètes

SCENES | C’est parti pour la vingt-sixième édition des Arts du récit, la manifestation culturelle iséroise dont la ligne éditoriale est clairement résumée dans son titre. Un festival qui programme entre autres "Quand m’embrasseras-tu ?", l’un des plus beaux spectacles de l’année construit autour de la poésie du Palestinien Mahmoud Darwich. Rencontre avec Claude Brozzoni, le metteur en scène de ce bijou, et zoom sur le reste des propositions. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 25 avril 2013

Photo : Marc Limousin / Rocher de Palmer


Comment est né ce projet ?
Claude Brozzoni : C'est en 2009 que j'ai découvert les textes de Mahmoud Darwich. Je ne les connaissais pas auparavant, comme je ne suis pas un grand lecteur de poésie. Ça a été une rencontre très forte. Quand j'ai commencé à les lire, j'ai eu une sorte d'incompréhension, je n'arrivais pas à tout saisir. Puis il m'a fallu à peu près cinq-six mois avant que quelque chose ne se passe...

Vous avez choisi de transmettre cette poésie sur scène en l'intégrant dans un ensemble plus vaste – au contraire de metteurs en scène comme Claude Régy qui cherchent le dépouillement autour du texte...
La musique, l'interprétation d'Abdelwaheb Sefsaf, la peinture : tout est au service du texte. Il y a eu un travail important sur la langue, la diction, la ponctuation, les élisions, les liaisons – on fait tellement de liaisons de nos jours qu'on se trouve face à une sorte de mayonnaise !  L'acteur fait du texte son corps et sa chair. La musique et la peinture viennent ensuite, pour se confronter à cette parole, et la faire vibrer différemment.

Une parole portée par le comédien Abdelwaheb Sefsaf, qui irradie littéralement sur scène...
Je n'aurais pas pu faire le spectacle sans lui, parce qu'il joue et chante extrêmement bien – c'est un véritable chanteur, et non un comédien qui chante. Il retranscrit magnifiquement le souffle de la langue de Darwich.

En découle donc une sorte de cabaret poétique ?
C'est une forme de théâtre musical chanté et parlé qui s'approche plus du concert que du cabaret. Une sorte de forme à la Léo Ferré.

Mahmoud Darwich était Palestinien. Plusieurs des textes que vous avez choisis évoquent le conflit en cours. Quand m'embrasseras-tu ? est-il un spectacle politique ?
Je ne peux pas dire qu'il ne l'est pas, puisqu'il parle de Gaza, de l'occupation, de l'exil, de la prison... Mais la volonté n'était pas de faire un spectacle politique sur la Palestine – le spectacle n'est pas pro-palestinien ou anti-israélien. L'idée était plutôt de partir de la voix de cet homme, qui a parlé de son peuple mais pas uniquement, puisqu'il a évoqué cette difficulté à vivre, l'égoïsme, la violence, la vengeance. À l'intérieur de ses textes, on sent un souffle qui nous amène vers d'autres possibles. Car il parlait aussi de l'amour, du partage, d'un désir de paix, de la beauté...

Quand m'embrasseras-tu ?, mardi 14 mai à 20h, à la Rampe (Échirolles)

 

C'est au programme

Cette année aux Arts du récit, il y a donc le spectacle Quand m'embrasseras-tu ?, très grand moment d'optimisme défendu par un comédien chanteur impressionnant (Abdelwaheb Sefsaf) et trois musiciens impeccables. Mais beaucoup d'autres créations seront proposées pendant ces onze jours de festival, notamment par des artistes que l'on a souvent eu l'occasion de voir sur les scènes de l'agglomération. On pense notamment au spectacle Vy de Michèle Nguyen (à l'Odyssée d'Eybens et à l'Espace 600), qui a reçu le Molière 2011 du meilleur spectacle jeune public, et qui a déjà été programmé plusieurs fois à Grenoble.

L'incontournable Yannick Jaulin, qui est aux Arts du récit comme chez lui, dévoilera sa toute dernière création Conteurs ? Conteur à l'Hexagone de Meylan. Jennifer Anderson, elle aussi souvent vue au festival (normal, elle fait partie de l'équipe professionnelle des conteurs du Centre des Arts du récit), proposera des « visites guidées imaginaires » de l'exposition Giacometti du Musée de Grenoble. Autres locaux de l'étape, les Barbarins fourchus s'associeront à la comédienne et conteuse Jeanne Ferron pour raconter l'histoire de Macbeth (à la Salle noire). À noter enfin, au rayon des têtes d'affiche attendues avec envie, que le chanteur et musicien André Minvielle (photo), lui aussi habitué des scènes iséroises (il était programmé l'an passé aux Détours de Babel), sera le « fil rouge » de cette vingt-sixième édition – on le croisera à la Source de Fontaine, à la Bobine, ou encore au Ciné-théâtre de La Mûre.

Les Arts du récit, du lundi 13 au vendredi 24 mai, dans divers lieux de l'agglo et du département
Programmation chaque semaine en pages théâtre et sur www.petit-bulletin.fr


Quand m'embrasseras-tu ?

Spectacle musical, théâtral, pictural par la Cie Brozzoni, d'après les poèmes de Mahmoud Darwich

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Ode aux raconteurs d’histoires avec les Arts du Récit

Festival | Les Arts du Récit, festival dédié aux contes, récits et autres histoires, lèvera le rideau de sa 31e édition le jeudi 10 mai. Pendant quinze jours, plusieurs salles de spectacle de Grenoble et de l'agglomération accueilleront des artistes venus célébrer leur amour du verbe. Martine Carpentier, directrice de l'événement, déroule le programme avec nous.

Alice Colmart | Lundi 30 avril 2018

Ode aux raconteurs d’histoires avec les Arts du Récit

« Le conte est difficile à croire ; mais tant que dans le monde on aura des enfants, des mères et des mères-grands, on en gardera la mémoire. » L’équipe des Arts du récit aurait pu s’inspirer de ce proverbe (très genré) de Charles Perrault, tant depuis plus de 30 ans, elle cherche à travers son festival à faire perdurer le conte, genre littéraire qu’elle considère approprié autant pour les enfants que pour les adultes – ce qui ne va pas de soi pour tout le monde. Placée, selon Martine Carpentier, directrice du festival, sous l’égide de « l’amour, des passions, des relations hommes femmes, mais aussi du merveilleux, du symbolique et du mythologique », cette nouvelle édition convoquera ainsi une soixantaine d’artistes conteurs, comédiens et musiciens. « Les perceptions des conteurs et du conte sont parfois ringardes. Lors du festival, on présente des créations très contemporaines et on permet à leurs auteurs d’être mis en avant. » Ouverture dauphinoise Au programme, donc, des réalisations modernes qui, certaines, s’

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Martine Carpentier : « Revenir à une position d’écouteur »

SCENES | Le Festival des Arts du Récit est de retour pour sa 29e édition. Douze jours dédiés aux contes sous toutes ses formes que nous présente sa directrice.

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C’est la 29e édition du festival, mais seulement la deuxième pour vous à sa tête... Martine Carpentier : Oui, on va même dire la première complètement aux manettes et à la programmation. L’année dernière, il y avait déjà une couleur, mais on était quand même en fin de comète de la 27e édition. Après toutes ces éditions, arrivez-vous à dessiner un profil des conteurs présents lors du festival ? Je ne dirais pas un profil mais une dynamique qui commence à apparaître. J’ai choisi de programmer à peu près 70% de conteurs qui ne sont jamais venus au festival. Je n’aime pas trop les chiffres mais cela donne toujours des indications. Ce sont des conteurs de 12 nationalités différentes. Et puis sur les 37 spectacles, il y 14 créations. Les artistes que j’accueille cette année se frottent à d’autres disciplines artistiques. On a vraiment des croisements : musique, danse, chant... En nouveauté, il y a aussi cette volonté de s’approprier l’espace public. C’est-à-dire revenir à une proximité, à une oralité : des contes, mythes et légendes que les gens peuvent entendre par des g

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Aurélien Martinez | Mardi 5 mai 2015

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Un festival consacré uniquement aux arts du récit est un acte militant : sa directrice Martine Carpentier juge ainsi que cette forme de spectacle ancestrale n’est aujourd’hui pas traitée à sa juste valeur. « C’est un art pas assez porté, pas assez légitimé. Les tutelles ne le considèrent toujours pas comme un art à part entière, contrairement aux arts du cirque ou aux arts de la rue. D’ailleurs, en France, il y a deux disciplines qui ne sont pas véritablement reconnues : l’art de la marionnette et celui du conte. D’où la nécessité d’un pôle ressource comme le nôtre pour structurer la discipline. » Car le festival est « l’iceberg des activités du centre », centre qui se démène à l’année pour soutenir les artistes et défendre toutes les formes de conte. Toutes, oui. « Le conte a une image encore un peu désuète, alors qu’on est aussi bien dans un art traditionnel que dans un art de la modernité. On n’est pas seulement avec le conteur et les veillées, il y a aussi une dimension contemporaine, d’innovation. » Pas que pour les enfants Pour cette vingt-huitième édition qui aura lieu comme toujours dans de nombreux établissement

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Aurélien Martinez | Mercredi 9 janvier 2013

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Pour être honnête, on n’y allait pas forcément avec un enthousiasme démesuré. La surprise fut donc de taille : le spectacle Quand m’embrasseras-tu ? de Claude Brozzoni est l’une des propositions les plus fortes à découvrir ce semestre. « Choisir la poésie de Mahmoud Darwich [1941 – 2008], c’est donner à entendre la langue d’un poète palestinien qui, malgré la guerre, les expulsions, les trêves, la prison, a continué à chanter les hommes, la femme, la terre et sa beauté » écrit en note d’intention le metteur en scène basé à Annecy. Brozzoni a ainsi inventé un « cabaret théâtral, musical et pictural » qui recèle une intensité folle, notamment grâce à la présence habitée du comédien et chanteur Abdelwaheb Sefsaf. À découvrir le mardi 14 mai à la Rampe d’Échirolles, dans le cadre du festival Les Arts du récit. Notons aussi que le jeudi 11 avril, toujours à la Rampe, le rockeur Rodolphe Burger livrera un hommage musical à Mahmoud Darwich.

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«Une dimension de fête»

SCENES | Le festival Les Arts du récit, grand conteur d'histoires en tous genres qui investit chaque année les nombreuses salles partenaires de l'agglo, en est à sa vingt-cinquième édition. À cette occasion, Henri Touati, son directeur, nous a reçus pour évoquer le passé, le présent, et l'avenir. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 4 mai 2012

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C'est donc la vingt-cinquième édition du festival. Pourtant, aucune fête particulière n'est prévue... Cette envie de sobriété est-elle liée à la conjoncture actuelle dans le milieu culturel ?Henri Touati : La conjoncture n'est pas l'élément central, même si elle a forcément apporté une gravité dans la façon de regarder le projet culturel que l'on porte. Évidemment, faire une grosse fête au moment où l'on se débat avec certaines difficultés ne serait pas très cohérent. Et puis, de toute façon, on fait un festival qui a une dimension de fête, quoi qu'il arrive.  Malgré tout, la conjoncture vous a contraints à annuler des évènements...Cinq projets – quatre spectacles et un colloque – qui avaient été engagés, dont certains au niveau de la production, ont dû être supprimés. Car le problème d'une structure qui gère un festival, tout en ayant une activité à l'année, c'est que le festival pèse lourd. On ne peut avoir d'effets que sur le long terme lorsque l’on change une procédure. On a donc eu le sentiment qu'il fallait prendre les choses très vite, à bras le corps, et resserrer budgétairement. Quand en février dern

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CONNAITRE | SPECTACLE/ En ce mois de mai, revoilà le festival des Arts du récit. Avec une programmation comme toujours foisonnante, de laquelle on a essayé de sortir quelques propositions alléchantes. AM

François Cau | Vendredi 6 mai 2011

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Deux envies complémentaires animent l’équipe du Centre des arts du récit en Isère et son directeur, Henri Touati : défendre l’objet artistique qu’est le conte (dans ses formes les plus diverses possibles), et l’offrir à tous les publics tout au long de l’année – même si le festival est chaque printemps le temps fort du Centre. Pour cette vingt-quatrième édition, se succéderont ainsi sur les scènes des nombreux lieux partenaires, divers spectacles, lectures, récitations… Avec comme ligne directrice l’idée de « faire la part belle aux artistes qui dénoncent, qui luttent et s’engagent ». Vaste programme défendu par les femmes et les hommes programmés sur les onze jours que compte la manifestation. Zoom subjectif2011, année des Outre-mer oblige, le festival accueillera des personnalités originaires de Guadeloupe, de la Réunion, ou encore (ne soyons pas sectaires !) d’Haïti et Cuba. La conteuse haïtienne Mimi Barthélémy sera ainsi présente deux jours de suite à Fontaine : mercredi 10 mai pour une soirée Paroles et musiques des Outre-mer (avec deux autres conteuses et deux musiciens, dont René Lacaille), et le lendemain dans le spec

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«Montrer la diversité»

SCENES | Le Festival les Arts du Récit a 20 ans. 20 ans de contes en lien avec le monde contemporain, portés par des artistes de toutes origines et horizons : Henri Touati, initiateur de ce projet majeur dans le milieu du conte, est attaché à cette idée de diversité. Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 16 mai 2007

«Montrer la diversité»

Que souhaitez-vous mettre en avant pour fêter les 20 ans du Festival ?Henri Touati : L’axe premier je crois que c’est de montrer que depuis 86-87, date de création du Festival, notre activité s­’est focalisée sur la diversité. Donc la proposition de ce festival, c’est de montrer cette diversité. Par l’éclectisme ?Par la multiplicité des lieux, des formes d’accueil, des formes de spectacles et des contenus. Et puis les origines des artistes, leur dimension traditionnelle comme contemporaine montrent que raconter une histoire aujourd’hui est quelque chose d’assez simple. En même temps, la multiplicité des propositions nous permet d’avoir des univers, des mondes qui sont à chaque fois différents. C’est ça l’axe central de ce festival. Une journée très particulière, celle du 12 mai, sera une rencontre où plus de 100 conteurs vont être présents. 100 conteurs qui sont venus au Festival sur les 250 : c’est un événement de dimension nationale dans le milieu du conte, puisque c’est la première fois que l’on va regrouper tant de conteurs au même endroit. Comment va se dérouler cette rencontre ?

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