Faites entrer l'accusée

SCENES | Adoptant à bras le corps le chaotique "Ekaterina Ivanovna" du Russe Leonid Andreïev (1871 – 1919), David Gauchard signe un spectacle d'une sidérante âpreté. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 18 mars 2014

Photo : Thierry Laporte


Dans Des couteaux dans les poules, ancien spectacle de la compagnie L'unijambiste inédit à Grenoble, Vincent Mourlon interprétait, avec une intensité si redoutable qu'on se demande encore s'il était dans le sur-mesure ou dans la composition, un médiocre laboureur dont la femme s'éveille au langage et au désir au contact d'un meunier lettré. Dans Ekaterina Ivanovna, cette semaine à l'Hexagone, il campe un peintre hâbleur aux mœurs marginales qu'éclabousse l'effondrement du couple d'un ami député accusant avec une violence meurtrière sa femme d'adultère. Et sa prestation fait sourdre un doute similaire...

Car tel est le théâtre de David Gauchard, le metteur en scène derrière ces distributions, depuis la fin de sa trilogie shakespearienne qui le vit rajeunir des tragédies du barde d'Avon avec une malice confinant à l'insolence.

Mise à nu

Une conséquence directe de sa décision de réinterroger son art est de le confronter à des auteurs plus contemporains : hier David Harrower, aujourd'hui Leonid Andreïev, sulfureux et pourtant méconnu dramaturge russe dont il adapte ici l'un des textes les plus féroces, rendant à ses comédiens une place que la vidéo et la musique avaient parfois trop tendance à leur ravir. Même si, paradoxalement, c'est avec ce spectacle qu'il retrouve le guitariste et fidèle collaborateur de la compagnie Olivier Mellano.

Les compositions pour piano et ondes Martenot de ce dernier constituent les rares respirations d'un vaudeville dramatique qui, à mesure qu'il se déploie, ressemble à s'y méprendre à une dantesque descente aux enfers. Celle de Marie Thomas, formidable de renoncement dans le rôle de cette bourgeoise détraquée par la jalousie maladive de son compagnon – au point de s'abîmer dans la débauche –, et dont la performance (le terme n'est pas anodin) culmine en un monologue chorégraphié où, mi-combattante féministe mi-putain au bord de la crise de nerfs, elle vocifère toute la douleur qu'il y a à être une femme dans un monde d'hommes.

« Je voudrais que les hommes blêmissent d'effroi en lisant mon livre, qu'il agisse sur eux comme un opium, comme un cauchemar, afin qu'il leur fasse perdre la raison, qu'on me maudisse, qu'on me haïsse, mais qu'on me lise... et qu'on se tue » déclarait Andreïev dans son Journal. La rédaction, elle, décline toute responsabilité.

Ekaterina Ivanovna, jeudi 20 et vendredi 21 mars à 20h, à l'Hexagone (Meylan)


Ekatérina Ivanovna

De Léonid Andreïev, ms David Gauchar. Tout commence par trois coups de feu. En Russie, au début du XXe siècle, Guéorgui Dmitriévitch Stibéliov député à l’assemblée vient d’essayer d’assassiner sa femme, Ekatérina Ivanovna. Il l’accuse d’adultère. Le meurtre est évité mais le couple explose et au fond de cette femme, quelque chose est mort. Accusée à tort, Ekatérina entame une lente et sourde descente aux enfers… C’est une onde de choc qui grandira d’acte en acte. Enfants, mères, frère et sœur, amis, témoins et profiteurs, tous seront irradiés
Hexagone 24 rue des Aiguinards Meylan
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Inuk", douce froideur signée David Gauchard

SCENES | Après avoir beaucoup travaillé Shakespeare, le metteur en scène de la compagnie L'unijambiste s’adresse pour la première fois aux petits (dès 7 ans) et aux grands. Et part au pays des Inuits pour un spectacle sensoriel d’une qualité rare. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 31 mars 2016

C’est comment la vie dans les glaciers ? Ça craque. Cette sensation autant que ce bruit irriguent la nouvelle création de David Gauchard (cie L’unijambiste), conçue après un voyage de deux semaines sur la banquise – à Kangiqsujuaq, porte d’entrée du Nunavik, la terre des Inuits du Québec. Oui, ça craque et ça part en lambeaux comme la planète se réchauffe. Il était ainsi impensable et impossible pour le metteur en scène de ne pas évoquer la catastrophe climatique actuelle, non par démagogie (inexistante ici) mais plus sûrement par simple conscience. Sans didactisme, le texte relatif à cette question n’apparaît que dans les cartels des surtitres à destination des adultes, les enfants restant les yeux rivés au plateau sur lequel les pas des Inuits craquent lorsqu’ils bougent sur cette fausse glace en débris, laissant s’échapper un son d’une justesse absolue. Gauchard a, par ailleurs, également su instaurer les sensations de froid et d’hostilité dans lesquelles évoluent ses personnages, personnages semblant lutter de toutes leurs forces contre des vents contraires. Fondre devant l’inconnu Sans suivre de trame narrative précise, les séquences s’enchaî

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Cyril Teste et David Gauchard

SCENES | Moderne Cyril Teste est un metteur en scène à l’univers passionnant et à l’écriture scénographique percutante – il utilise les nouvelles technologies et le (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 9 janvier 2014

Cyril Teste et David Gauchard

Moderne Cyril Teste est un metteur en scène à l’univers passionnant et à l’écriture scénographique percutante – il utilise les nouvelles technologies et le numérique de façon poétique et judicieuse. On pourra découvrir son travail jeudi 27 et vendredi 28 février à l’Hexagone de Meylan, puisqu’il mettra en scène Tête haute, un texte tout public de Joël Jouanneau sur l’histoire d’une petite fille abandonnée par ses parents, roi et reine. Sur scène, il transposera le principe des livres pop up, où les pages dévoilent des architectures de papier en volume. Alléchant...   Classique Toujours à l’Hexagone, mais les jeudi 20 et vendredi 21 mars, on retrouvera le metteur en scène David Gauchard, adepte des remixes théâtraux de Shakespeare. Mais cette fois-ci, notre homme se confronte à l’écrivain russe Leonid Andreïev et sa pièce Ekatérina Ivanovna dat

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Jouer à Shakespeare

SCENES | David Gauchard termine sa trilogie shakespearienne sur une note résolument optimiste. Avec "Le Songe d’une nuit d’été", il convoque à nouveau la vidéo et une bande son (pop) pour dynamiser ce texte complexe et loufoque. Musique, maestro ! Nadja Pobel (avec Aurélien Martinez)

Aurélien Martinez | Lundi 30 janvier 2012

Jouer à Shakespeare

Il y a eu Hamlet / Thème et variations pour questionner l’héritage et l’importance des choix. Puis un Richard III sombre (et génialement incarné par le granitique Vincent Mourlon) pour restituer une réflexion politique sur le pouvoir. Déjà deux claques saluées à chaque fois dans nos colonnes. Non content de faire du théâtre, David Gauchard et sa compagnie L'Unijambiste y adjoignaient de la vidéo et de la musique à haute dose. Le trio hip-hop Abstrackt Keal Agram, Robert le Magnifique et Psykick Lyrikah pour Hamlet auxquels se rajoutait Olivier Mellano (guitariste de Dominique A ou Miossec entre autres) sur Richard III. Plus de live avec Le Songe mais une bande son à tomber par terre (et d’ailleurs éditée) avec sur scène le beatboxer Laurent Duprat et toujours Robert le Magnifique, Thomas Poli et Laetitia Shériff aux commandes. La méthode (qui n’a rien d’un g

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«Je fais mes classiques»

SCENES | Après Hamlet / thème & variations et Richard III, le metteur en scène David Gauchard clôt sa trilogie shakespearienne et urbaine avec Le Songe d’une nuit d’été. Rencontre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 23 janvier 2012

«Je fais mes classiques»

Avec Le Songe d’une nuit d’été, une pièce très féerique, vous bouclez votre trilogie mixant Shakespeare et nouvelles technologies sur une note très positive…Oui, c’est voulu. Auparavant, il y a eu Hamlet, un spectacle sur l’héritage et le fait de faire des choix – suis-je ou non le fils du Danemark, c’est ça la vraie question. Après, il y a eu Richard III, avec une réflexion politique sur le pouvoir – l’arrivée au pouvoir, le fait de s’y maintenir en évinçant les contre-pouvoirs… Et j’ai eu envie de terminer la trilogie avec une comédie, en partant d’une phrase du philosophe Gilles Deleuze : « le système nous veut triste et il nous faut arriver à être joyeux pour lui résister ». C’est une interrogation qui m’est venue à l’esprit à un moment : peut-être que le fait de rire ensemble est un moyen de résister, en cette période de montée du populisme ; où il n’y avait même pas six mois, je ne savais pas que l’on avait trois A, alors que m

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Shakespeare 2.0

SCENES | Le Songe d’une nuit d’été est l’une des œuvres les plus magiques de Shakespeare. Un récit où interviennent, au sein d’une étrange forêt, deux jeunes couples, (...)

François Cau | Vendredi 6 janvier 2012

Shakespeare 2.0

Le Songe d’une nuit d’été est l’une des œuvres les plus magiques de Shakespeare. Un récit où interviennent, au sein d’une étrange forêt, deux jeunes couples, un roi des fées, et des comédiens en pleine répétition. La compagnie L’Unijambiste de David Gauchard, déjà croisée par deux fois à l’Hexagone de Meylan avec deux Shakespeare enlevés (Richard III et Hamlet), s’attaquera donc à cette pièce complexe, toujours avec l’envie de « conjuguer Shakespeare et les arts numériques » dans des spectacles urbains, musicaux et hypnotiques.  

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Richard III outrenoir

SCENES | THÉÂTRE. Au milieu des deux cent sept mises en scène d’un texte de Shakespeare visibles chaque année, celle de David Gauchard détonne littéralement, avec son Richard III urbain, musical et hypotonique. Aurélien Martinez

François Cau | Mercredi 27 janvier 2010

Richard III outrenoir

Après la claque Hamlet, thème & variations (présenté il y a trois ans à l’Hexagone), on attendait non sans impatience la relecture par la compagnie L’unijambiste d’un autre monument shakespearien qu’est Richard III. Quelle ne fut pas notre surprise : alors qu’on subodorait logiquement que David Gauchard allait réutiliser les recettes qui lui avaient si bien réussi la fois précédente (à savoir mixer habilement la verve et la narration shakespeariennes aux sons très contemporains de l’électro et du hip hop), on se retrouve face à une version on ne peut plus fidèle à l’œuvre originelle – là où dans Hamlet il se permettait de tout passer au shaker. Bien sûr, le metteur en scène conserve son univers artistique, mais il le met pleinement au service du texte retravaillé pour le plateau par le traducteur André Markowicz. Son Richard III devient alors un spectacle froid et tendu, qui hypnotise ceux qui acceptent de se laisser guider dans ce monde de folie. Et je dis wii Si David Gauchard conserve son équipe d’Hamlet (le rappeur Arm, plume

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Thèmes et variations

SCENES | Interview / Pour l’avoir déjà vu, on peut vous assurer sans rougir que non seulement le “Hamlet” qui ouvrira glorieusement la saison de l’Hexagone est une véritable tuerie, mais qu’il nous permettra en plus de voir sur scène le meilleur rappeur français du monde, Arm de Psykick Lyrikah. En attendant, rencontre avec David Gauchard, metteur en scène. Propos recueillis par François Cau

| Mercredi 20 septembre 2006

Thèmes et variations

Qu’est-ce qui a motivé la mise en place du projet, la rencontre avec le texte ou avec les musiciens ?David Gauchard : Désolé, mais c’est une troisième réponse, la rencontre avec le traducteur. J’ai commencé par travailler sur Ekaterina Ivanovna de Leonid Andreïev, dans une traduction d’André Markowicz. À l’issue du projet, André m’a demandé si j’avais lu Hamlet, tel qu’il l’avait retraduit. Tout est parti de là : il a traduit tout Dostoïevski et d’autres ouvrages de langue russe. Dans cette littérature, il y a un grand emploi du vers décasyllabe, là où en France on privilégierait l’alexandrin. C’est une forme qu’on retrouve dans le théâtre Élisabéthain ; il a donc adapté Shakespeare en décasyllabe, c’est le seul à l’avoir fait pour l’instant. Comment l’aspect abstract hip hop s’est-il greffé au projet ?J’ai rencontré Robert le Magnifique (compositeur, DJ et interprète du rôle d’Horatio dans la pièce) sur Ekaterina Ivanovna. Je cherchais à bosser sur la Troisième Symphonie de Górecki, et je devais adapter ma mise en scène par rapport à la seule version CD que j’avais à disposition, ce qui éta

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To mix or not to mix

SCENES | Critique / Choix audacieux pour un début de saison, la création de la compagnie l’Unijambiste réconcilie avec talent les fans de Shakespeare et d’électro hip hop. Même si l’expression est galvaudée, on serait tenté de qualifier Hamlet Thèmes & Variations de spectacle total, tant l’alchimie des formes sert une vision subtile de l’antique tragédie. François Cau

| Mercredi 11 octobre 2006

To mix or not to mix

Hamlet version abstract hip hop ? Après tout pourquoi pas : du Roméo queer refoulé de Baz Luhrmann au Richard III crypto-fasciste de Richard Loncraine, le 7e art a tellement dévoyé le pauvre Shakespeare à la sauce post-moderne qu'on n’en est plus vraiment à ça près. En même temps, l'intitulé est clair : Thème & Variations, un jeu annoncé sur le texte et surtout la substance sonore, l’un des axes majeurs de la création. En homme avisé, David Gauchard s'est entouré d'un casting de rêve. Prenant pour base la nouvelle traduction du texte, signée André Markowicz, le metteur en scène s'est adjoint les services d'un trio létal pour sa bande-son : Tepr, My Dog is Gay (le duo d'Abstrackt Keal Agram) et le non moins grandiose Robert Le Magnifique (voir ci-dessous). De superbes compositions, à même de survivre à la création de façon autonome, vaillamment soutenues par les flows des comédiens (parmi lesquels on retrouve Arm, MC de Psykick Lyrikah, et par ailleurs auteur des excellents “interludes“ condensant la narration). Ajoutez à cela une contribution plastique de la marionnettiste Émilie Valantin (Philémon et Baucis, Les Castelets en Jardin), et vous obtenez un projet presqu

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