Les danses folklos de Denis Plassard

SCENES | Chaque société a les danses rituelles qu'elle mérite. Dans sa dernière création, le chorégraphe Denis Plassard invente les nôtres avec légèreté et cocasserie. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 avril 2014

Photo : Christian Ganet


« Depuis une vingtaine d'années, je voue une grande passion pour les danses folkloriques contemporaines. J'ai effectué beaucoup de recherches, voyagé à travers le monde à ce sujet, et la pièce que vous allez découvrir en est un résumé. Pour l'anecdote, cette passion est née lorsque, jeune danseur, j'étais en tournée en Normandie. Réveillé à deux heures du matin à mon hôtel, j'ai découvert dans la salle des petits-déjeuners un groupe de VRP dansant la Vrpe... »

En anthropologue aussi décontracté que farfelu, le chorégraphe Denis Plassard ouvre ainsi, en bord de scène, une série de conférences dansées sur de singuliers rituels dansés qu'il aurait, soi-disant, observés ici et là : auprès d'une population indigène de VRP donc, mais aussi dans un cabinet de psychologue pour thérapie de couple, sur Internet, parmi des activistes intervenant dans les espaces publics, au sein d'un cénacle de femmes haut placées s'exerçant à prendre la parole avant une réunion comme les All Blacks se motivent avec le haka avant de se saisir d'un ballon de rugby... Chaque speech "scientifique" du chorégraphe-conférencier est suivi d'une courte démonstration par six très bons danseurs de sa compagnie Propos.

Un travail de faussaire

« La structure des danses s'appuie essentiellement sur des constructions inspirées des danses traditionnelles réelles, précise Denis Plassard. Mais le propos n‘est pas de les plagier ou de les caricaturer. Le travail d‘écriture chorégraphique est résolument contemporain... La construction d'un rituel est un travail de faussaire, tous les aspects de l'écriture chorégraphique sont questionnés au regard de la réalité dans laquelle la danse est censée prendre place. »

Pour un peu, durant ce spectacle léger et fort drôle, on pourrait croire que ces rites contemporains existent ! Il faut dire que Denis Plassard a eu la bonne idée de s'immiscer parmi des pratiques ou des problématiques très actuelles : l'attente des pères anxieux dans les couloirs d'une maternité, le phénomène du coaching pour cadres survitaminés, les interactions en chaîne sur Internet, les saluts complexes des bandes urbaines, les sectes et leur goût de l'apocalypse...

Avec Rites, le chorégraphe lyonnais poursuit son cheminement singulier, débuté en 1990, tramant sur scène texte, danse, humour. Et continue à croquer (après le camping, le roman-photo, la critique d'art...) les travers de notre société contemporaine.

Rites, mardi 15 avril à 20h, à la Rampe (Échirolles)


Rites

Par la Cie Propos, chor. Denis Plassard. Voyage exotique au cœur des rituels de notre société moderne : de la danse "calorifage " pratiquée exclusivement sur les parkings des centres commerciaux à la " Tri danse " qui classe le personnel des entreprises lors de séminaires de motivation, en passant par la valse de fin de soirée qui se danse sous les tables des banquet

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Rites

Par Xavier Gresse, Jim Krummenacker, Géraldine Mainguet, chor. et texte Denis Plassard, à partir de 12 ans
Hexagone 24 rue des Aiguinards Meylan
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Le Photographe" : à ton image

ECRANS | De Ritesh Batra (Ind.-All.-É.-U., 1h49) avec Nawazuddin Siddiqui, Sanya Malhotra, Farrukh Jaffar…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Modeste photographe des rues de Bombay, Raphi tombe sous le charme de Miloni, appartenant à une classe supérieure. Pourtant, la jeune étudiante accepte de jouer le rôle de sa fiancée dans le but de persuader la grand-mère de Raphi de continuer à prendre ses médicaments… Ritesh Batra a une cote pas possible depuis le succès de The Lunchbox (2013). Tant mieux pour lui : cette aura lui a déverrouillé les portes trop hermétiques du cinéma occidental et permis de tourner avec des pointures (Redford, Fonda, Dern, Rampling, Broadbent etc.), pour des résultats hélas mitigés – en témoigne À l’heure des souvenirs (2018). De retour au bercail avec une comédie oscillant entre portrait social et conte romantique, Batra semble fort soucieux de respecter le cahier des charges d’un film "concernant" portant sur la survivance d’un système violemment hiérarchisé en Inde, où chacun a intégré dès la naissance l’étanchéité des castes et l’impossibilité de lutter contre ce déterminisme. Au

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"Les Météorites" : des étoiles dans les yeux

ECRANS | De Romain Laguna (Fr, 1h25) avec Zéa Duprez, Billal Agab, Oumaima Lyamouri…

Vincent Raymond | Lundi 6 mai 2019

Nina, 16 ans, a lâché le lycée et bosse pour l’été dans un parc d’attraction. Seule à voir une météorite zébrer le ciel, elle y lit un signe du destin et se sent invincible. Alors Nina ose, agit selon son cœur et ses envies, quitte à essuyer de cosmiques déconvenues. Elle grandit… Bonne nouvelle : une génération de comédiennes est en train d’éclore et, en plus, on leur écrit des rôles à la hauteur de leur talent naissant, donnant au passage de la jeunesse d’aujourd’hui une image plutôt féminine et volontaire. Après la révélation Noée Abita dans Ava de Léa Mysius (2017), voici Zéa Duprez en Nina. Mais le volontarisme de Nina n’exclut pas une dose d’ingénuité lorsqu’il s’agit d’affaires de cœur : on n’est pas sérieux quand on a 16 ans, on croit en l’éternité de l’amour et l’on déchante avec d’autant plus de cruauté. Le réalisateur Romain Laguna fixe des instantanés d’un été à part, ainsi que les mille et une facettes d’une héroïne tantôt farouche et rugueuse quand elle roule des épaules pour r

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Festival Stéréogramme Passionata : popcorn et pellicule au 102

Cinéma | Films expérimentaux, found footage, fictions audacieuses, documentaires de création… C’est à un gigantesque brassage de genre et formats cinématographiques que nous convie le festival Stéréogramme Passionata, organisé vendredi 6 et samedi 7 avril au 102.

Damien Grimbert | Mardi 3 avril 2018

Festival Stéréogramme Passionata : popcorn et pellicule au 102

À l’origine étaient cinq collectifs, de dimension variable et basés dans différentes villes, mais réunis par la même passion frénétique et débordante pour la collection, diffusion, manipulation et fabrication d’ « images en mouvement » : Gran Lux à Saint-Étienne, Météorites à Lyon, Le Spoutnik à Genève, Vidéodrome 2 à Marseille et Art Toung! à Grenoble. À force de se croiser d’un événement à un autre, vint logiquement l’idée de se réunir le temps d’un week-end pour échanger en bonne et due forme. Et plutôt que de rester dans l’entre-soi, de convier le public à la fête. C’est ainsi qu'est né, de façon très informelle, le festival Stéréogramme Passionata, avec une première soirée de projection le vendredi réunissant un moyen-métrage choisi par chacun des collectifs, suivie dès le lendemain d’une journée en forme de feu d’artifice cinématographique qui transformera temporairement le 102 en véritable multiplexe alternatif, avec différentes séances projetées dans quatre ou cinq salles différentes. Au programme ce soir Forcément, le rassemblement d’un si grand nombre de fondus de pellicule n’allait pas accoucher d’une programma

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"À l’heure des souvenirs" : (petit) drama-tea

ECRANS | de Ritesh Batra (G.-B., 1h48) avec Jim Broadbent, Charlotte Rampling, Harriet Walter…

Vincent Raymond | Lundi 2 avril 2018

Vieux divorcé bougon, Tony occupe sa retraite en tenant une échoppe de photo. Il est confronté à son passé quand la mère de Veronica, sa première petite amie, lui lègue le journal intime de son meilleur camarade de lycée, Adrian. Seulement, Veronica refuse de le lui remettre. À raison… À mi-chemin entre le drame sentimental à l’anglaise pour baby-boomers grisonnants (conduite à gauche, tasses de thé, humour à froid et scènes de pub) et l’enquête alzheimerisante (oh, la vilaine mémoire qui nous joue des tours !), ce film qui n’en finit plus d’hésiter se perd dans un entre-deux confortable, en nous plongeant dans les arcanes abyssales de souvenirs s’interpénétrant (et se contredisant) les uns les autres. Une construction tout en méandres un peu téléphonée qui fait surgir ici un rebondissement, là Charlotte Rampling, et permet à Jim Broadbent d’endosser à nouveau un ces rôles de gentils râleurs-qu’on-aimerait-bien-avoir-pour-grand-père/père/tonton/compagnon qu’il endosse comme une veste en tweed. À siroter entre un haggis et un scone.

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Isabelle Carré : « Olivier m’a amenée ailleurs en me rendant plus âpre »

ECRANS | La maternité présente de multiples facettes, difficiles à traiter pour certaines lorsque la loi s’en mêle. Entretien avec Isabelle Carré et le réalisateur Olivier Peyon, en écho au film "Une vie ailleurs" qu'ils sortent ce mercredi 22 mars.

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Sébastien Valignat, maître de (la) conférence

Théâtre | Le comédien et metteur en scène adapte (librement) sur scène le fameux "Petit traité de toutes vérités sur l'existence" de Fred Vargas, et c'est une réussite. Le résultat est à découvrir mardi 7 mars à l'Ilyade de Seyssinet-Pariset.

Nadja Pobel | Mardi 28 février 2017

Sébastien Valignat, maître de (la) conférence

Au premier abord, on imagine une récréation. Après s'être attaqué à la finance mondiale via T.I.N.A. puis aux prémices de la Grande Guerre avec Quatorze, Sébastien Valignat (compagnie Cassandre) adapte une drôlerie de l'auteure française Fred Vargas. Un Petit traité de toutes vérités sur l'existence, devenu « conférence » entre ses mains, dispensé à l'ère où il faudrait aussi bien savoir de quoi est composé chimiquement le hachis parmentier de la cantine que la fibre textile du pyjama des enfants. Secondé sur scène par un graphique alambiqué que son acolyte dessine à coups de mots et d'images aimantés au tableau, Sébastien Valignat digresse. Il commence par son village en Normandie et les vers de terre qui « bouffent les morts », fait un détour par l'amour (« mais comment le garder ? »), passe par le mystère du blouson à capuche – et de la pluie qui s'arrête dès lors que l'on s

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The Lunchbox

ECRANS | De Ritesh Batra (Inde-Fr-All, 1h42) avec Irrfan Kahn, Nimrat Kaur…

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

The Lunchbox

S’il fallait une preuve ultime de la mondialisation en cours dans le cinéma d’auteur et de l’uniformisation esthétique qu’elle produit, The Lunchbox serait celle-là. En effet, jamais film indien n’avait paru si peu indien dans sa facture, si occidentalisé, si loin de Bollywood et même des cinéastes qui ont cherché à s’en démarquer. Conséquence : on prend un plaisir étrange, presque coupable, à le regarder, comme on goûte un plat typique mais débarrassé de ses épices les plus puissantes. De cuisine, il est justement question dans The Lunchbox, qui commence par un quiproquo pour le coup très local : un plateau-repas préparé par une épouse dévouée n’atterrit pas sur le bureau de son mari mais sur celui d’un comptable solitaire et dépressif. S’ensuit une drôle de relation culinaro-épistolaire où l’épouse révèle son insatisfaction et le comptable son envie de briser sa vie triste et routinière. La première partie est une brillante comédie qui repose sur une mise en scène millimétrée ; la deuxième, moins enthousiasmante, développe les fils sentimentaux de l’intrigue, et cherche à créer une émotion un peu trop fabriquée pour véritablement convaincre. Faisant l

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Chorégraphe bicéphale

SCENES | Si l’on n’a pas toujours défendu les spectacles de Denis Plassard et de sa compagnie Propos, on approuve le choix d’une soirée 100% Plassard ce jeudi à la (...)

François Cau | Lundi 15 mars 2010

Chorégraphe bicéphale

Si l’on n’a pas toujours défendu les spectacles de Denis Plassard et de sa compagnie Propos, on approuve le choix d’une soirée 100% Plassard ce jeudi à la Rampe, avec deux propositions du chorégraphe lyonnais. Elle semelle de quoi ? (Carmen) d’abord, mêlant la musique classique de Bizet au hip hop. Il y a de l’idée derrière tout ça, c’est même assez agréable à regarder (notamment grâce aux quelques trouvailles scénographiques, comme cette scène où l’on ne voit que les baskets blanches des danseurs), mais on ne s’emballera pas outre mesure… Non, si l’on défend la soirée de la Rampe, c’est pour le spectacle Derrière la tête. Denis Plassard s’est ainsi créé un solo sur mesure d’une réelle inventivité, où il se joue de la perception du public. Il commence le spectacle dos à la salle, affublé d’un masque sur le derrière du crâne. Les mouvements sont donc inversés, le corps se contorsionnant d’une drôle de manière et devenant plus souple vu sous cet angle – restez debout, mettez vos mains au sol et imaginez que votre avant soit votre arrière : oui, vous êtes gymnaste ! Mais Plassard ne tombe pas dans la facilité stylistique qui aurait consisté à ne se baser que sur c

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