« Danser avant tout »

SCENES | Jérémy Damian a découvert le contact improvisation il y a cinq ans, alors qu’il cherchait un sujet pour sa thèse d’anthropologie. Immédiatement séduit par cette discipline, et désireux de travailler sur le corps et les émotions, il décide d’y consacrer ses recherches, à l’UPMF Grenoble. Propos recueillis par Guillaume Renouard

Guillaume Renouard | Mardi 8 juillet 2014

L'une des spécificités du contact improvisation est qu'il se pratique en binôme. Comment se déroule cette rencontre entre deux corps ?

Jérémy Damian : Le terme technique utilisé dans le jargon est « point de contact ». La technique de base consiste à établir ce point de contact avec son partenaire pour le faire rouler sans le perdre. Le but étant de pousser ça jusqu'à parvenir à un dessaisissement des volontés respectives de chaque danseur.

D'où le terme contact, donc… La notion d'improvisation est-elle aussi importante ?

Bien sûr. À partir de ce point de contact, la danse devient un momentum, un mouvement qui s'auto-entretient. On ne fait plus d'effort pour maintenir la danse, on entre dans un flot, on se laisse porter, ça coule tout seul.

Rencontre et exploration, deux dimensions qui suggèrent un certain travail expérimental sur soi…

Les participants viennent pour s'essayer, découvrir des manières de sentir, expérimenter à plusieurs. Parmi les nombreuses personnes que j'ai interviewées pour la conduite de ma thèse, beaucoup décrivent cette pratique comme un bol d'air. On découvre que la relation à l'autre peut être totalement différente de ce que l'on a appris jusque-là. Le toucher, la proximité jouent un rôle prépondérant, les barrières sont dépassées. On peut se retrouver à danser avec quelqu'un qu'on n'avait jamais vu dix secondes plus tôt et ressentir une proximité physique incroyable.

Il s'agit donc d'une pratique sociale autant que d'une discipline artistique ?

Non ! Il ne s'agit pas non plus de se laisser aller à ses sentiments. On est là pour danser avant tout. C'est pourquoi cette discipline implique de poser un cadre très fort. Il peut se passer quasiment n'importe quoi, à condition que cela reste de la danse. D'où la nécessité de créer, d'explorer en permanence. Ne pas se complaire dans la relation à l'autre.

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Full contact

SCENES | Alors que se tient en ce moment dans le Trièves le « festival international de contact improvisation et composition instantanée » baptisé Les Mille et Une, zoom sur une pratique artistique peu connue mais très fortement ancrée à Grenoble grâce à ses nombreux adeptes. Charles Perragin

Guillaume Renouard | Mardi 8 juillet 2014

Full contact

Les danseurs se meuvent dans une improvisation totale. Ils ne recherchent pas un mouvement gracieux, harmonieux. Les corps se choquent parfois, se déséquilibrent et chutent pour finalement s’ouvrir vers un autre mouvement, sans pouvoir prévoir les prochains pas : le contact improvisation est une danse tout en fluidité. Et comme toute improvisation, il implique un apprentissage technique important. Cette danse encore peu connue est née au début des années 1970 aux États-Unis, initiée par Steve Paxton. Aujourd’hui, la pratique se développe particulièrement bien à Grenoble, en particulier grâce à son ambassadrice Isabelle Üski. La danseuse et chorégraphe, à qui l'on doit notamment le très réussi Cake Shop (qui sera repris dans l'agglo la saison prochaine), n’a pas découvert le contact improvisation à la John Weber Gallery de New York, où performait l’illustre Paxton. La rencontre a eu lieu par hasard, dans une salle de danse de Barcelone, en 1999. « Là, c’était une évidence ; c’est ce que je cherchais. Le plaisir de goûter le mouvement dans l’in

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« Pas un truc d’experts »

SCENES | L’équipe du collectif grenoblois CitéDanse poursuit l’aventure débutée la saison passée sur les croisements possibles entre danse et philosophie. L’occasion d’une rencontre pour en parler, et pour revenir avec eux sur l’esprit CitéDanse, en marche depuis 1999. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 9 février 2012

« Pas un truc d’experts »

Danse et philo, le projet Martine Chebli, médiatrice chorégraphique : Jérémy a repris une volonté qui existait depuis plusieurs années, mais qui n’avait pas encore trouvé sa forme concrète à CiteDanse. L’année dernière, ça s’est matérialisé par les Curiosités danse philo qui, comme leur nom l’indique, mariaient danse et philosophie. C’était des séances de deux heures, entre midi et deux. Cette année, ça a pris un peu plus d’ampleur, puisque ça se passe sur une journée entière – quatre dimanches. Une première séance a eu lieu dimanche 4 décembre, trois sont à venir.Jérémy Damian, référent projet "Étirements" au sein du collectif : À la base, c’est parti d’une sollicitation de François Jousserandot, l’un des membres du collectif [et l’un des ardents promoteurs du contact-improvisation à Grenoble – NdlR], qui m’a dit : "ça ne te dirait pas que l’on essaie de monter

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Festival : Les 1000 et une

SCENES |

Aurélien Martinez | Lundi 31 octobre 2011

Festival : Les 1000 et une

Vous ne le savez peut-être pas, mais depuis maintenant un an, Grenoble a son festival international de danse contact-improvisation. C’est-à-dire ? Le contact-improvisation est une pratique dansée, débarqué des États-Unis où il y est né il a une quarantaine d’années, et qui consiste à rentrer en contact avec ses partenaires de diverses manières possibles. Un art très étrange aux premiers abords, de par son aspect improvisé, qui rencontre un très fort écho en France depuis quelques années, notamment à Grenoble du fait d’un nombre d’adeptes assez conséquent. Du 7 au 13 novembre, l’association Chorescence proposera donc la deuxième édition du festival Les 1000 et une. Avec, outre des stages pour les aficionados, deux soirées ouvertes au public (dont une en amont) pour assister à diverses performances : jeudi 3 novembre à l’Amphidice, et mercredi 9 à l’Amphithéâtre de Voiron.

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Les 1000 et une

SCENES |

Aurélien Martinez | Jeudi 28 octobre 2010

Les 1000 et une

Du 8 au 14 novembre se tient dans l’agglo le premier festival international français de danse contact improvisation, mouvement né aux États-Unis dans les années 70. On imagine déjà vos mines interloquées à la lecture du nom de cette discipline obscure… « Difficile à enfermer dans une case, le contact improvisation peut se comprendre comme un art-sport, une pratique physique faisant la part belle à la sensation et l’exploration, une danse improvisée née de la rencontre et de l’écoute entre danseurs. » Wouh ! Le résultat, entre aïkido, gymnastique et danse, est surprenant, défiant toute rationalité (de nombreuses vidéos disponibles sur le web parlent d’elles-mêmes). Pour le festival, organisé par l’association Chorescence et principalement axé sur la pratique, une journée porte ouverte aura lieu le mercredi 10 novembre, au Tremplin Sport Formation de Voiron. Avec, entre autres, des performances et démonstrations à partir de 20h30. Plus d’infos sur www.1001festival.fr.

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