Morel et Choplin, un peu plus près de Tchernobyl

Aurélien Martinez | Mardi 2 décembre 2014

Photo : Patrick Najean


La Nuit tombée d'Antoine Choplin (auteur qui est aussi le directeur du festival l'Arpenteur) est un roman fort qui se confronte à la catastrophe de Tchernobyl à travers une figure singulière : celle d'un père qui veut absolument retourner sur les lieux du drame pour récupérer la porte sur laquelle sa fille aujourd'hui décédée a laissé des traces. Un voyage sur un temps très court, avec la nuit en toile de fond, au plus près des habitants de cette zone interdite. « Je n'ai pas fait un travail de journaliste ; mon but était surtout de comprendre ces personnes et de partager des instants avec elles, autour d'un verre de vodka ou en chantant » nous avait expliqué Antoine Choplin lors de la sortie du livre en 2012.

La metteuse en scène Chantal Morel, figure grenobloise d'un théâtre exigeant centré sur le verbe, a décidé de monter ce texte avec deux comédiens. Après l'avoir créé ce printemps dans la cadre du Festival de caves, elle redonne le spectacle dans son Petit 38 qui porte bien son nom : chaque soir, dans ce lieu exigu, le spectateur est comme le lecteur, au plus près des personnages, comme immergé avec eux – grâce notamment à la bande son évocatrice. Avec une économie de moyens et un brin de lyrisme appuyé, Chantal Morel livre une proposition (baptisée Ce quelque chose qui est là) tendue, centrée sur certaines figures du récit – dont un poignant liquidateur de centrale à l'agonie. Et recrée un bout d'Ukraine dévastée en tout juste une heure.

AM

Ce quelque chose qui est là, jusqu'au jeudi 15 janvier, au Petit 38

 


Ce quelque chose qui est là...

D'après "La nuit tombée" d'Antoine Choplin, avec Roland Depauw et François Jaulin, ms Chantal Morel
Midi / Minuit (ex-Petit 38) 38 rue Saint-Laurent Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Scènes obliques : en route vers l'Espace interculturel de la montagne

ESCAPADES | Vendredi 17 et samedi 18 septembre, l'association Scènes obliques, à qui l'on doit chaque été l'exigeant festival L'Arpenteur, proposera dans le Grésivaudan la deuxième édition de ses Rendez-vous au manoir, préfiguration d'un futur et intrigant Espace culturel international de la montagne.

Aurélien Martinez | Mardi 7 septembre 2021

Scènes obliques : en route vers l'Espace interculturel de la montagne

De la musique (des Balkans, avec Stracho Temelkovski), des projections (de courts-métrages documentaires par Tomas Bozzato avec un groupe d'élèves du collège Belledonne) ou encore d'autres propositions assez atypiques (comme une pièce radiophonique immersive de Jean-Manuel Warnet sur une expédition au Groenland) : avec la deuxième édition de ses Rendez-vous au manoir, l'équipe de l'association Scènes obliques continue le travail qu'elle mène à l'année dans le Grésivaudan, notamment avec son festival L'Arpenteur. Tout en annonçant la suite, ambitieuse. « Avec ces Rendez-vous, on essaie déjà d’esquisser ce que sera l'Espace culturel international de la montagne (ECIM) sur lequel on travaille depuis trois ans, avec l'idée d'en faire un centre culturel de rencontre, du nom de ce label d'État su

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Cimes artistiques avec le Festival de l'Arpenteur

SCENES | « Rien n'interdit de penser que tout se passera bien cet été », nous avait déclaré en avril Antoine Choplin, directeur artistique de l'Arpenteur, emblématique (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 2 juillet 2021

Cimes artistiques avec le Festival de l'Arpenteur

« Rien n'interdit de penser que tout se passera bien cet été », nous avait déclaré en avril Antoine Choplin, directeur artistique de l'Arpenteur, emblématique festival isérois (depuis 25 ans tout de même). Il avait donc raison ! Après une édition 2020 en modèle réduit, on retrouvera ainsi avec plaisir, début juillet, cet événement montagnard à la programmation souvent haut de gamme entre spectacles, concerts et à-côtés divers – banquet pentu, promenade littéraire, bivouac sous les étoiles... C'est que le village des Adrets-en-Belledonne, à 30 minutes de Grenoble, et ses alentours offrent un cadre absolument splendide pour ce genre d'expériences artistiques originales. Bien sûr, et c'est même le cœur de l'Arpenteur, il y aura également des formes plus classiques pendant la semaine de festival : un bd-concert (Là où vont nos pères d'après l’œuvre phare de l'Australien Shaun Tan, prix du meilleur album au Festival d'Angoulême 2008), un solo théâtral (Cl

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L’Arpenteur : « Rien n’interdit de penser que tout se passera bien cet été »

Festival | Alors que, faute de perspectives rassurantes, certains gros festivals d’été commencent à être annulés, d’autres, plus petits, veulent tout de même y croire. C’est le cas de l’Arpenteur, passionnante manifestation pluridisciplinaire dont la 26e édition est annoncée du 3 au 10 juillet aux Adrets-en-Belledonne, près de Grenoble. On a passé un coup de fil à son directeur Antoine Choplin pour en savoir plus.

Aurélien Martinez | Mardi 13 avril 2021

L’Arpenteur : « Rien n’interdit de penser que tout se passera bien cet été »

« Bonjour. Nous sommes heureux de vous confirmer que Scènes obliques maintient la 26e édition du Festival de l'Arpenteur qui se déroulera du 3 au 10 juillet 2021, aux Adrets-en-Belledonne (Isère). » Si le monde de la culture est toujours à l’arrêt du fait de la pandémie (avec un flou total quant à la date de la réouverture des lieux culturels), des festivals d’été pensent déjà à l’après. C’est le cas de l’Arpenteur donc, petite manifestation aux grandes ambitions (« théâtre pentu et parole avalancheuse », dixit son sous-titre) qui se déroule chaque été dans la montagne près de Grenoble. Même si cette annonce n’engage l’équipe qu’à l’instant T, comme nous l’a expliqué le directeur artistique Antoine Choplin. « Jusqu’à très récemment, j’ai travaillé avec naïveté et candeur en me disant qu’il n’y aura aucun problème cet été – contrairement à l’an passé [le festival avait été annulé, et un petit événement de remplacement organisé – NDLR]. Mais depuis quelques semaines et le nouveau confinement, on se dit que ça ne sera peut-être pas aussi simple. » Pourtant, il veut quand même y croire,

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Choplin en mouvement

Littérature | Littérature / Au Petit Bulletin, on connaît bien le directeur artistique de l’Arpenteur, le beau festival qu’organise l’association Scènes Obliques dans le massif de Belledonne. Antoine Choplin vient de publier un nouveau roman, Nord Est, aux éditions La Fosse aux ours.

Martin de Kerimel | Mardi 6 octobre 2020

Choplin en mouvement

Dans un style épuré, cette histoire de personnages qui quittent un camp et se dirigent vers des plaines lointaines séduit dès les premières lignes. Elle évoque les migrations d’hier et d’aujourd’hui, sans se situer en un lieu précis. L’auteur ne se voit pas comme le militant d’une cause quelconque, mais admet qu’une accumulation de faits d’actualité pourrait avoir déclenché son envie d’écrire sur le sujet. « De manière confuse, ce roman est en moi depuis longtemps, ou en tout cas la question du retour des camps, indique-t-il. J’ai lu Primo Levi, bien sûr, ou d’autres comme Georges Hivernaud. J’ai une fascination sur ce que font les hommes et les femmes pour continuer à se tenir debout dans ces circonstances. » Par ailleurs, il laisse un large champ à l’imaginaire, quitte à ce que chacun perçoive dans ses écrits un environnement familier : « Je me suis tourné vers un sujet que j’avais laissé en sommeil : celui de la montagne. Je l’avais abordé pour des écrits plus brefs et poétiques, mais je ne l’avais jamais travaillé comme un décor persistant. » On ne serait pas étonné que les Isérois y trouvent un plaisir particulier…

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L'Arpenteur : « Offrir une vision alternative du monde »

Festival | Niché dans la montagne près de Grenoble (aux Adrets-en-Belledonne pour être précis) et sous-titré « théâtre pentu et parole avalancheuse », l’Arpenteur est l’un des festivals les plus singuliers de la région, mêlant propositions culturelles classiques et formats plus atypiques en lien avec ce territoire géographiquement particulier. Zoom sur ce que nous réserve sa 24e édition en compagnie du directeur artistique Antoine Choplin.

Aurélien Martinez | Mercredi 19 juin 2019

L'Arpenteur : « Offrir une vision alternative du monde »

C’est un festival petit par la taille (logique, il est organisé dans la montagne, entre Grenoble et Chambéry, et dans des espaces à taille humaine – un parc, une salle de mairie, une cour d’école…) mais grand par ses ambitions. Car on l’écrit chaque année, mais l’équipe de l’association Scènes obliques qui le porte depuis plus de 20 ans construit son Arpenteur avec la même exigence qu’une scène nationale implantée en ville, là où l’on imagine plutôt (à tort sans doute) ce genre d’aventure. Un territoire particulier qui, forcément, joue sur la programmation comme nous le confirme Antoine Choplin qui pilote l’aventure. « Cette montagne, c’est ce qui fait l’ADN du festival depuis l’origine avec ce paysage à la dimension clairement poétique. Et même, parfois, un peu politique par cette capacité qu’ont nos montagnes à offrir à nos regards une vision alternative et différente du monde. L’altitude permet de prendre un peu de distance, de regarder les choses de loin et autrement. » Chemins de traverse La programmation de l’édition 2019, regroupée sous la thématique "(se) construire" (« avec ce pronom réfléchi

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Ascensions artistiques avec l'Arpenteur

Festival | Du vendredi 6 au samedi 14 juillet se déroulera la 23e édition du Festival de l’Arpenteur, situé là-haut dans la montagne, aux Adrets-en-Belledonne. Un événement comme chaque année exigeant dans ses propositions mais, surtout, généreux dans sa forme.

Aurélien Martinez | Mardi 19 juin 2018

Ascensions artistiques avec l'Arpenteur

C’est l’un des festivals pluridisciplinaires les plus audacieux de la région grenobloise qui, depuis 1996, propose spectacles, concerts, rencontres et autres sur les pentes du massif de Belledonne – d’où son sous-titre évocateur et poétique à la fois : « théâtre pentu et parole avalancheuse ». Car l’association Scènes obliques qui l’organise, et notamment son boss et auteur Antoine Choplin, est convaincue que la culture peut essaimer partout, même loin des gros centres urbains riches en établissements culturels et en artistes. À chaque édition la programmation s’en ressent donc, Antoine Choplin faisant se côtoyer formes artistiques participatives (une déambulation-découverte ici, un atelier d’écriture en marche là, une scène ouverte plus loin…) et spectacles plus classiques mais portés par des artistes haut de gamme, de ceux justement que l’on voit à l’année dans les gros centres urbains évoqués plus haut. Du neuf et des reprises Cette fois-ci encore, les spectatrices et spectateurs curieux auront droit à du qualitatif, comme à un duo flûte-violoncelle entre la flûtiste Sylvaine Hélary et la grande violon

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"Le Chagrin d’Hölderlin" : fenêtre sur romantisme

Théâtre | Voilà, c’est la dernière création pour la metteuse en scène phare de Grenoble Chantal Morel dans les murs du Petit 38, tout petit lieu du quartier (...)

Aurélien Martinez | Mardi 31 janvier 2017

Voilà, c’est la dernière création pour la metteuse en scène phare de Grenoble Chantal Morel dans les murs du Petit 38, tout petit lieu du quartier Saint-Laurent qu’elle a fait vivre pendant plus de 20 ans. Aujourd’hui, elle a décidé d’en laisser les clés au jeune collectif Midi/Minuit, pour voguer vers de nouvelles aventures théâtrales ici ou là (elle n’a pas voulu nous en dire plus). Mais avant de s’échapper, elle livre donc une ultime pièce, sur un auteur qu’elle affectionne depuis longtemps : Friedrich Hölderlin. Un poète et philosophe allemand qui vécut entre le XVIIIe et le XIXe siècle, en plein romantisme. Une figure importante de la littérature allemande (mais certes moins connue que Goethe) qu’elle choisit d’approcher sous l’aspect biographique, en retraçant sa vie (plutôt que de donner à entendre sa prose). Un choix qui aurait pu donner un spectacle austère ou didactique, surtout si on ne connaît pas Hölderlin : c’est à tout l’inverse que nous sommes conviés. Dans une très belle scéno

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Bonne altitude au festival de l'Arpenteur

CONNAITRE | Au cœur du massif de Belledonne, entre Grenoble et Chambéry, un festival pluridisciplinaire petit par la taille mais grand par ses ambitions. Rendez-vous début juillet.

Aurélien Martinez | Mardi 21 juin 2016

Bonne altitude au festival de l'Arpenteur

Chaque été, de nombreux petits festivals se lancent dans une programmation pluridisciplinaire, avec du théâtre, de la musique, des lectures… Un choix qui a le mérite de balayer large, mais qui donne parfois l’impression d’un joyeux mais pas toujours très cohérent fourre-tout. Ce qui n’est pas le cas de l’Arpenteur, sans doute l’une des manifestations estivales iséroises les plus passionnantes. Peut-être parce qu’elle est pensée par une équipe dirigée par un homme qui est surtout auteur : Antoine Choplin. Peut-être aussi parce qu’on est dans un espace-temps particulier : celui de la montagne (le massif de Belledonne), au cœur d’une géographie qui donne son sous-titre au festival : « théâtre pentu et parole avalancheuse ». Résultat : les propositions de l’Arpenteur sont souvent surprenantes, voire décalées, avec notamment tout un travail autour de la marche : des lectures poétiques dans un refuge, des promenades où chacun devient lecteur… Mais, comme chaque année, il y a aussi des spectacles plus classiques (dont beaucoup nous sont inconnus, ce qui n’est pas plus mal), à vivre tranquillement assis, que ce soit à l’écoute de la musique klezmer du

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Le Petit 38 voit plus grand avec le collectif Midi/Minuit

ACTUS | Ça s’active du côté du Petit 38 : le lieu tenu par la metteuse en scène Chantal Morel va ainsi être ouvert continuellement pendant les six prochains mois, avec des spectacles presque tous les soirs. La faute à Midi / Minuit, jeune collectif qui en veut. On fait les présentations. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 11 janvier 2016

Le Petit 38 voit plus grand avec le collectif Midi/Minuit

Le Petit 38, c’est un lieu à part à Grenoble, situé rue Saint-Laurent. Un local qui aurait dû être un restaurant, mais que la metteuse en scène Chantal Morel et son équipe ont finalement transformé en 1997 en place culturelle. Un petit espace avec une antichambre d’accueil à l’entrée et une salle d’une trentaine de places au fond. Depuis presque vingt ans, le Petit 38 accueille divers spectacles programmés par Chantal Morel, dont parfois les siens. Aujourd’hui, elle souhaite « le partager ». Le collectif Midi / Minuit a du coup vu le jour, porté par deux jeunes comédiens et metteurs en scène issus du Conservatoire de Grenoble : Élisa Bernard et Florent Barret-Boisbertrand. Pour lancer une nouvelle dynamique, comme nous l’a expliqué Florent Barret-Boisbertrand. « C’est venu de discussions avec Chantal. À la base, j’avais voulu la rencontrer pour voir s’il y avait la possibilité de faire un spectacle au Petit 38, un lieu que j’aime énormément. Elle m’a alors expliqué que, pour diverses raisons, c’était plutôt compliqué en ce moment au Petit 38, qu

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L’incendie maîtrisé de Choplin et Mingarelli

CONNAITRE | Roman épistolaire écrit à quatre mains par Antoine Choplin et Hubert Mingarelli, "L’Incendie" est une œuvre sensible et poignante au récit bien ficelé. Critique avant la venue des auteurs au Clos des Capucins de Meylan.

Nathan Chaudet | Mardi 26 mai 2015

L’incendie maîtrisé de Choplin et Mingarelli

« C’est pas glorieux mais c’est la vérité. » L’Incendie, c’est cette recherche de la vérité, l’envie de se confesser et le besoin de se repentir. Mais c’est aussi une réflexion sur l’amitié, le temps qui passe et le poids des souvenirs. Un roman qui plonge dans la mémoire de Pavle et Jovan, deux amis de régiment qui reprennent contact après un long silence. D’abord anodines, les lettres se font de plus en plus franches et les sujets abordés devienent de plus en plus lourds. Antoine Choplin et Hubert Mingarelli, les deux auteurs de ce court roman épistolaire, livrent les informations au compte-gouttes, donnant progressivement au lecteur de petits indices sur le fond de l’histoire qui mènera à un événement tragique lié à la guerre en ex-Yougoslavie. Un évènement avec lequel « chacun agit comme il peut pour vivre et s’arranger ». L’Incendie se lit sans s’arrêter, comme on regarderait une série au suspense captivant. Le réalisme de cette correspondance est le résultat de la méthode de travail des deux écrivains qui ont choisi d’incarner chacun un personnage, n’écrivant chaque lettre qu’après avoir reçu la précédente. Des lettre

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« Pas un festival d’intellos de la ville »

SCENES | Sous-titrée « passer les bornes », la nouvelle édition du festival l’Arpenteur aura lieu comme toujours dans la commune montagneuse des Adrets-en-Belledonne, entre Grenoble et Chambéry. Rencontre avec son boss Antoine Choplin pour en savoir plus. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 1 juillet 2014

« Pas un festival d’intellos de la ville »

Faire un festival en pleine montagne, ça change forcément la donne : tel est le créneau du festival l’Arpenteur, dirigé par l’auteur Antoine Choplin et l’association très justement nommée Scènes obliques. « La notion de territoire joue sur un plan poétique. De notre montagne, on voit la ville dans la vallée, le regard porte loin... » Le territoire est donc une porte d’entrée poétique vers une exigence artistique qui est pourtant la même que celle d’autres festivals plus urbains – on a d’ailleurs souvent loué dans ces colonnes la pertinence de la programmation, qui mélange aussi bien découvertes que têtes d’affiche de scènes subventionnées. Antoine Choplin se félicite d’ailleurs d’arriver à croiser les publics, entre les spectateurs du coin qui n’ont pas les mêmes facilités d’accès à la culture que les Grenoblois et ceux qui inscrivent l’Arpenteur sur leur calendrier culturel au même titre que d’autres festivals ou salles de spectacle. « On n’est pas un festival d’intellos de la ville qui viennent prendre l’air au début de l’été ! » Même s’il sait aussi rassurer ce fameux citadin : « On n’a pas forcément les pieds dans la gadoue à l’Arpenteur ! 

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Chantal Morel, l'exigeante

Théâtre | À l’occasion de la reprise de son "Pauvre fou !" au Théâtre Prémol, on a rencontré la metteuse en scène Chantal Morel, figure emblématique de la scène théâtrale grenobloise, pour l’interroger sur quelques dates fortes de son parcours.

Aurélien Martinez | Lundi 16 septembre 2013

Chantal Morel, l'exigeante

1997 : ouverture du Petit 38, quartier Saint-Laurent En quittant le Centre dramatique national fin 1989, à cause d’un étouffement, d’un manque de compréhension, on a repris la compagnie jusqu’en 1994. On tournait beaucoup, et il y avait alors une vraie fatigue de tout le monde. Je pense qu’on était arrivés au bout de ce système : venir dans un lieu, jouer, se casser. Une des personnes qui travaillait avec nous avant qu’on aille au CDNA avait pris cet endroit rue Saint-Laurent pour en faire un resto, mais ça n’a jamais marché. On est donc venus là, pour réfléchir. On s’est mis autour de la table, on a lu des textes, on a échangé. Un jour, je me suis mise à côté d’un comédien qui lisait un texte, et ça a été un véritable choc de le voir de si près… C’est hallucinant [l’architecture du lieu fait que l’on est à quelques mètres (voire centimètres) des comédiens – NDLR]. 2005 : Fermeture du Rio, couvent Sainte-Cécile C’était un relai exceptionnel. Le théâtre n’avait que comme souci d’avoir une dame devant un agenda pour nous donner les périodes disponibles. Du coup, on était renvoyés à comment l’on se débrouille chacun

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Le discret

SCENES | Dans la rubrique spectacle vivant, chaque été, il y a les mastodontes (les Nuits de Fourvière, les 7 collines, Avignon...), et les autres. Des festivals (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 19 juin 2013

Le discret

Dans la rubrique spectacle vivant, chaque été, il y a les mastodontes (les Nuits de Fourvière, les 7 collines, Avignon...), et les autres. Des festivals plus discrets, portés par de petites équipes, qui arrivent pourtant à se frayer un chemin dans la cohue de juillet. C’est ainsi le cas de l’Arpenteur, manifestation iséroise qui en est à sa dix-huitième édition. Niché dans le cadre splendide du massif de Belledonne, entre Grenoble et Chambéry, l’Arpenteur défend un « théâtre pentu et une parole avalancheuse »  – 2013 est même placée sous le signe du « déséquilibre ». L’association Scènes obliques, et son directeur artistique Antoine Choplin (qui est par ailleurs romancier), concoctant alors une programmation réfléchie entre grands noms fédérateurs et projets plus atypiques pensés pour le lieu et sa géographie. Le spectateur curieux peut ainsi varier les formes au gré de ses envies : une marche rencontre, une balade poétique, un banquet pentu... Niveau spectacles, seront au rendez-vous cette année le comédien et auteur Jérôme Rou

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La nuit lui appartient

CONNAITRE | Auteur du "Radeau" (2003) et du "Héron de Guernica" (2011), l'Isérois Antoine Choplin revient lors de cette rentrée littéraire avec une œuvre mirifique. D’une simplicité touchante et d’une féroce portée existentielle, "La nuit tombée" relate la catastrophe de Tchernobyl de façon rare, unique. Critique et entretien. Orlando Fernandes

Marlène Thomas | Jeudi 20 septembre 2012

La nuit lui appartient

Gouri a pour seul bien matériel sa moto, attelée à une remorque, vide et bringuebalante. Le protagoniste du roman La nuit tombée d'Antoine Choplin n'a qu'une idée en tête : retourner sur les lieux de la catastrophe de Tchernobyl. Retrouver son ancienne demeure ravagée et, surtout, mettre la main sur cette porte. Une porte quelconque, si ce n'est qu'elle renferme des écrits que Gouri et sa fille, défunte après le drame écologique survenu en Ukraine en 1986, se plurent à marquer de leur empreinte. Rien ne l'arrête, pas même un service de sécurité vilipendant et peu indulgent. La quête de Gouri est d'une pureté exceptionnelle : refermer cette porte afin de ressusciter le souvenir de sa fille, d'acquérir ce bien qu'ils ont partagé, il fut un temps. Qui, en 2012, peut raisonnablement se satisfaire d'une porte ? Cet objet quotidien est l'un des seuls que l’on ouvre et ferme avec une attention particulière. À l'instar de ses propres souvenirs. Le souvenir, point névralgique de l’œuvre, prend ici un caractère unique. L’auteur a beau s’appuyer sur un événement plutôt récent, son œuvre a tous les traits d’un classique intemporel : « Je n’emploie jamais le term

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"Pauvre fou !" : dessine-moi un spectacle

SCENES | La metteuse en scène grenobloise Chantal Morel se confronte à la figure impressionnante de Don Quichotte. Mais plus qu’un agréable spectacle de facture classique, son "Pauvre fou !" est une aventure artistique et politique imaginée avec les habitants du quartier de la Villeneuve. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 21 août 2012

Don Quichotte est un monument de la littérature espagnole, écrit au début du XVIIe siècle par Miguel de Cervantes. Chantal Morel, figure incontournable du théâtre grenoblois (et national), s’empare de ce matériau riche en interprétations pour en livrer une version subtile et parcellaire (2 heures de spectacle). Au début de la représentation, Don Quichotte apparaît d’emblée comme le chevalier que l’on connaît, même si bien sûr, des failles se dessinent, l’écuyer Sancho Panza essayant par exemple de raisonner son maître qui s’évertue à prendre des moulins pour des géants. Les comédiens Louis Beyler et Roland Depauw sont très justes lorsqu’ils incarnent le duo, insufflant avec tact une dose de comique. Et la mise en scène au cordeau de Chantal Morel, portée par une scénographique ingénieuse (une grand espace pour les scènes de groupe, et une passerelle au-dessus pour les scènes à deux), les met habilement en avant. Fabrique d’utopies Mais Pauvre fou !, malgré ses allures de pièce de théâtre très classique, n’en est pas vraiment une, et c’est justement ici que se trouve le cœur du projet. « Puis, si Don Quichotte prend des moutons

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Là-haut

SCENES | Comme chaque été, le festival de l’Arpenteur investit les lieux de vie de la commune montagneuse des Adrets (massif de Belledonne, près de Grenoble) pour offrir au public des propositions artistiques souvent exigeantes. AM

Aurélien Martinez | Vendredi 24 juin 2011

Là-haut

Le rockeur Rodolphe Burger avec un ciné-concert passionnant ; le violoncelliste Greg Gilg avec un trio musical qui va sûrement envoyer du lourd ; la comédienne Valérie Brancq avec un spectacle coup de poing sur la prostitution… Chaque année, le festival de l’Arpenteur, lové aux Adrets, dans la vallée du Grésivaudan, propose une programmation hétéroclite et travaillée. Car ce n’est pas parce qu’une manifestation culturelle se déroule dans un petit village qu’elle doit forcément être au ras des pâquerettes. L’équipe programme aussi bien des artistes locaux que des internationaux, malgré certaines idées reçues : « C’est comme s’il fallait que le monde rural se contente de tout ce qui se passe en terme de mécaniques de décentralisation, d’irrigation des territoires ; ce monde rural semblant condamné au local d’une certaine manière. » Flash back L’aventure Scènes obliques (du nom de l’association porteuse du projet) débute en 1992 : « Le premier évènement a été un festival dans la vallée du Vénéon, en Isère : on avait vraiment cette croyance en la montagne comme terrain d’accueil et d’expérimentation du sensible. » L’expéri

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"Home" de Chantal Morel : paroles, paroles…

Théâtre | Chantal Morel : pilier du théâtre made in Grenoble, artiste exigeante et passionnante. Normal donc que la MC2 lui confie les clés de son petit théâtre trois (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 12 novembre 2010

Chantal Morel : pilier du théâtre made in Grenoble, artiste exigeante et passionnante. Normal donc que la MC2 lui confie les clés de son petit théâtre trois semaines durant. Après des efficaces Possédés de Dostoïevski (en janvier 2009 à la même MC2), elle nous revient avec Home : un texte de l’Anglais David Storey qu’elle avait déjà monté deux fois auparavant, en 1981 et 1986. Elle le reprend aujourd’hui pour élaborer une pièce basée autour du jeu des acteurs, impeccable : du véritable théâtre en somme. Mais là où l’on reste sur notre faim, c’est lorsqu’il s’agit d’aborder la raison même de cette proposition. Certes, on reconnaît ici et là la patte de Marguerite Duras (qui signa l’adaptation), certaines répliques étant cinglantes et démontrant là encore que les comédiens ont véritablement compris ce qu’il en retournait. Peut-être même trop… Le texte, évoquant la folie sans jamais la nommer, se concentre ainsi autour de cinq personnages en attente permanente, qui essaient tant bien que mal de se raccrocher à

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Marathon Dostoïevski

SCENES | On l’a fait ! Plus de six heures de théâtre (entractes compris) pour cette adaptation fleuve du roman de Dostoïevski par Chantal Morel ; et au final, une (...)

François Cau | Lundi 12 janvier 2009

Marathon Dostoïevski

On l’a fait ! Plus de six heures de théâtre (entractes compris) pour cette adaptation fleuve du roman de Dostoïevski par Chantal Morel ; et au final, une belle réussite. Car cette grande fresque historique contant l’histoire de jeunes révolutionnaires souhaitant renverser l’ordre établi se prête assez bien à l’univers théâtral. La scénographie très sobre renforce la tourmente des personnages, englués dans leurs idéaux. Un seul bémol : on reste sceptique sur le fait d’avoir fait de Nicolaï Vsévolodovitch Stavroguine un personnage en retrait, limite atone, alors que dans le roman, il s’agit d’un aristocrate fougueux fascinant toutes les personnes qu'il rencontre. A voir jusqu’à dimanche à la MC2.

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Possession

SCENES | La MC2 accueille cette semaine l’adaptation fleuve (compter 7 heures avec les entractes !) des Possédés de Fédor Dostoïevski par Chantal Morel. La metteure en scène revient avec nous sur la création. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Lundi 5 janvier 2009

Possession

Petit Bulletin : Qu’est-ce qui a vous amené à vous lancer dans ce projet ?Chantal Morel : Les Possédés est un livre que j’ai lu il y a longtemps, et que j’ai relu, relu et relu. Au bout d’un moment, j’ai fini par admettre qu’il y avait là quelque chose qui m’obsédait. Il y a déjà cette dimension de Dostoïevski, cette façon qu’il a de regarder nos vies, comment on essaie de se dépatouiller avec le très haut et le très bas, je trouve qu’il y a peu d’autres auteurs capables de produire de la matière pour réfléchir à ça. Il y a eu une longue maturation, puis un concours de circonstance, la rencontre avec des producteurs qui m’ont dit “Arrête de dire que tu vas le faire, fais-le“. Entre l’obsession intime et les conditions extérieures, il faut parfois sauter le pas ! Le roman a été écrit en réaction à un assassinat, comme une diabolisation des mouvements radicaux, mais finalement, il y a une certaine forme d’objectivité qui finit par se dégager.J’aime énormément ça chez Dostoïevski : chaque fois qu’il a essayé de dire qu’il allait écrire pour telle ou telle raison, il a été balayé par les mouvements de la vie, par

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