Mourad Merzouki : « Travailler sur l'image, la beauté, la poésie »

Danse | "Pixel", c’est la rencontre au sommet entre le chorégraphe Mourad Merzouki, star d’un hip hop généreusement éclatant, et les deux poètes des arts numériques Adrien Mondot et Claire Bardainne. Une véritable réussite. On a profité du passage par Meylan de ce spectacle créé il y a trois semaines pour interroger Mourad Merzouki. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 2 décembre 2014

Quand vous avez découvert le travail d'Adrien Mondot et Claire Bardainne, dont la démarche est de « placer l'humain au centre des enjeux technologiques et le corps au cœur des images », vous avez tout de suite été « fasciné »… D'où l'idée de collaborer ensemble ?

Mourad Merzouki : On est de plus en plus entourés d'art numérique. Quand j'ai découvert leur travail, j'ai tout de suite aimé leur côté singulier. On n'est pas dans de la vidéo décorative, trop chargée, mais dans un rapport à l'image épuré avec un aspect en trompe-l'œil bluffant qu'apportent leurs images. J'ai tout de suite eu envie d'imaginer une chorégraphie dans un espace qui serait porté par leur univers.

Vos deux univers sont pourtant très distincts l'un de l'autre – le hip hop pour vous, les arts numériques pour eux…

Oui. Du coup, le projet a été complexe à monter. Il fallait que j'imagine une structure qui puisse être dans un réel équilibre entre la danse et les arts numériques. Ça reste un spectacle de danse, mais en même temps, je voulais un vrai dialogue entre ces deux arts pour ne pas que l'on voie juste deux univers l'un à côté de l'autre.

Le spectacle s'appelle Pixel, soit l'unité de base permettant de mesurer la définition d'une image numérique. On peut aussi imaginer que les danseurs sur le plateau sont à leur manière des pixels, mais vivants, donc plus forts que les pixels immatériels…

C'est très juste. Pour moi, les pixels que je vois dans la vidéo, je les vois également en vrai dans la société : ce sont des êtres humains, c'est le collectif, mais aussi le pixel qui est exclu… Du coup, j'ai fait plein de liens entre le groupe et le pixel seul, en travaillant le solo, le duo, l'ensemble…

Le spectacle convoque beaucoup de technologie, mais tout semble fluide, évident… Qu'est-ce qui a été enregistré en amont et qu'est-ce qui ne l'a pas été ?

On a des parties entièrement enregistrées, parce que la chorégraphie va vite. Mais à d'autres moments, la vidéo est manipulée en live. C'est passionnant, le spectateur a vraiment l'impression que tout est en osmose. Après les représentations, certains me demandent souvent qui de la vidéo ou du danseur entraîne l'autre ? Une question qui montre que la rencontre marche !

Le travail chorégraphique a donc dû être différent selon les tableaux ?

Non, car quand c'est en live, Adrien et Claire suivent tout de même une chorégraphie écrite [ils manipulent la nuée de pixels depuis la régie grâce à une tablette et une palette graphique – NDLR]. Ils ont le parcours du danseur, ce n'est pas improvisé. Même si, bien sûr, d'une soirée à l'autre, on sent le côté vivant du live.

Le spectacle est plastiquement très fort et très beau. Vous avez cherché un tel rendu ?

J'aime bien travailler sur l'image, la beauté, la poésie… De manière générale, mes créations sont basées là-dessus. Je ne suis pas quelqu'un qui fait des spectacles engagés où il faut trop réfléchir. C'est probablement lié à mes débuts dans le cirque. À chaque fois que je crée, je cherche à mettre en place une image que le spectateur puisse garder dans la tête : une émotion, une énergie. Du coup, c'est aussi ce que l'on retrouve dans Pixel.

Vous avez donc pratiqué très jeune le cirque, puis c'est la découverte du hip hop qui vous a emmené vers la danse. Vous avez ensuite travaillé avec de grands chorégraphes contemporains comme Maryse Delente ou Josef Nadj.… Finalement, votre parcours démontre que le hip hop est une danse comme une autre…

Le hip hop est une danse jeune née dans la rue, qui au départ était pointée du doigt comme un simple effet de mode, une danse de banlieue… Elle ne vient pas des conservatoires ou de circuits plus traditionnels, il a fallu s'accrocher. Mais aujourd'hui, oui, la danse hip hop a véritablement atteint son âge mature, en étant à la fois dans la rue et dans les théâtres. C'est une forme artistique qui peut sans problème se croiser avec d'autres, et qui peut toucher tous les publics.

Au vu de la jeunesse de cette danse, se pose la question de sa transmission, que vous avez notamment abordée cet été aux Nuits de Fourvière (Lyon) avec Répertoire #1, patchwork d'une partie de vos anciennes créations…

Je continue toujours à être en alerte sur le sujet. Il n'y a pas de diplôme officiel de hip hop, notamment en enseignement. Pour l'instant, on est à l'étape de transmission par le spectacle, par le répertoire des différents chorégraphes. Mais c'est une question passionnante car la manière dont on va transmettre le hip hop influera sur son évolution.

À chacun de vos passages dans l'agglomération grenobloise, vos spectacles affichent complet longtemps en amont – comme cette semaine à l'Hexagone de Meylan. Ce qui est aussi le cas dans de nombreuses autres villes. Ce succès énorme n'est-il pas un brin effrayant voire paralysant ?

C'est encourageant, ça veut dire qu'il y a une fidélité du public et qu'on est très attendus. C'est ce qui me pousse à être encore plus créatif, plus imaginatif… Je suis dans une espèce de tourbillon excitant et plein d'enjeux : pour mon travail personnel, mais aussi pour la danse hip hop et plus largement pour la société dans son ensemble. J'ai grandi dans un quartier, l'idée que la danse hip hop réunisse et rassemble un public large dans la rue comme dans les salles de théâtre est capitale pour moi.

Mourad Merzouki

1973 : naissance à Lyon. Dès l'âge de 7 ans, il fréquente l'école de cirque de Saint-Priest et suit des cours de karaté et de boxe américaine. Il découvre le hip hop à 15 ans et commence alors à danser dans la rue.

1989 : création de sa première compagnie baptisée Accrorap avec Kader Attou, autre chorégaphe hip hop aujourd'hui reconnu en France.

1994 : présentation du spectacle Athina lors de la Biennale de la Danse de Lyon. « Un véritable succès qui réussit à transposer la danse hip hop de la rue à la scène. »

1996 : création de sa propre compagnie baptisée Käfig. Le premier spectacle confronte un danseur hip hop et une interprète contemporaine. Depuis cette date, 22 créations ont été présentées dans 650 villes. Plus de 2300 représentations ont été données dans 61 pays et devant plus d'1 million de spectateurs.

2006 : il reçoit le prix SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) du nouveau talent chorégraphique. La compagnie entre en résidence à l'Espace Albert Camus de Bron (près de Lyon). Il ouvre ensuite Pôle Pik, le « centre chorégraphik » de Bron.

2009 : il est nommé à la direction du Centre chorégraphique national de Créteil et du Val-de-Marne.


Pixel

Danse et numérique, dir. ar. et ms Mourad Merzouki, Adrien Mondot, Claire Bardainne. À partir de 7 ans
Hexagone 24 rue des Aiguinards Meylan
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Mourad Merzouki ("Vertikal") : « Amener les danseurs ailleurs »

Danse | Créé il y a tout juste un an à la Biennale de la danse de Lyon, "Vertikal" explore une nouvelle dimension de la pratique du hip-hop dans un spectacle qui confine, dans un premier temps, à l'exercice de style mais s'avère très rapidement convaincant tant l'utilisation de l’apesanteur fonctionne. Chorégraphe et fondateur de la compagnie Käfig, Mourad Merzouki nous en parle avant son passage par la MC2.

Nadja Pobel | Mardi 8 octobre 2019

Mourad Merzouki (

Avec Boxe boxe (2010), puis Pixel (2014) et Folia (2018), vous avez frayé avec la musique classique, les arts numériques et le baroque. Qu'est-ce qui vous a poussé à explorer désormais la verticalité ? Mourad Merzouki : Chacune de mes créations naît de rencontres. Je ne me dis pas que je voudrais travailler sur tel ou tel univers. Pour Vertikal, j'ai rencontré une compagnie (Retouramont) de professionnels de la danse verticale depuis un certain nombre d'années et je me suis intéressé à ces agrès, à cette approche du plateau et de la scène car je n'avais jamais jusque-là travaillé sur de la hauteur, de l'élévation. Je me suis retrouvé face à un dispositif qui ne pouvait que me bousculer et m’amener ailleurs avec les danseurs. Et ça été une aventure pas évidente mais passionnante parce que les danseurs ont été totalement bousculés par l’agrès qui peut être une contrainte même si, avec le temps, il apporte quelque chose d'assez intéressant avec cette impression de vol. Cette contrainte a-t-elle été plus grande qu'imaginée ou est-ce qu'assez rapidemen

Continuer à lire

Danse : nos huit coups de cœur de la saison

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Un programme entre solo, chorégraphie de groupe, reprise bienvenue ou encore concours tourné vers l'avenir.

La rédaction | Mardi 17 septembre 2019

Danse : nos huit coups de cœur de la saison

Vertikal À chaque spectacle, Mourad Merzouki confronte la danse hip-hop à une difficulté qui lui donne matière à création. Ce furent la musique baroque (Boxe, boxe), les arts numériques (Pixels) ; voici qu'il titille la verticalité du plateau avec des murs mouchetés de prises d'escalade et des déplacements latéraux. Si, au début, ses danseurs sont trop la démonstration de tous les mouvements possiblement réalisables avec cette contrainte et que le chorégraphe multiplie les séquences de danse qu'il superpose (on ne sait plus où et qui regarder), peu à peu, il oublie l'épate et se dégage alors une sensation d'apesanteur : les interprètes s'emparent des accroches du mur avec une facilité feinte. Et sa troupe respire avant d'embrayer sur un bouquet final saisissant. À la MC2 du mercred

Continuer à lire

"Acqua alta" : eau de vie numérique par Adrien Mondot et Claire Bardainne

Spectacle & co | Le duo spécialisé en « recherche et création en arts vivants et numériques » sera de retour à l'Hexagone de Meylan du mardi 9 au mardi 16 avril avec un spectacle et deux installations. De l'art immergé en somme.

Aurélien Martinez | Mardi 2 avril 2019

« Un parcours dans l'imaginaire de l'eau, avec un spectacle, un livre pop-up augmenté et une expérience en réalité virtuelle » : voilà comment Adrien Mondot et Claire Bardainne, artistes au langage plastique extrêmement fort, présentent leur proposition Acqua alta. Où l’on suit trois déclinaisons d’une même histoire, celle d’un couple dont la femme disparaît à la suite de la montée soudaine des eaux. Sur le plateau, deux interprètes plongés dans le dispositif technique cher au duo (des images numériques mouvantes, comme emportées par les danseurs) racontent ce drame avec leur corps. Dans une autre salle, ce sont des dessins qui prennent vie via une tablette. Puis c’est un casque de réalité virtuelle qui nous immerge à la recherche de la disparue… Comme toujours avec Adrien M & Claire B (le nom de leur compagnie), c’est plastiquement magnifique et narrativement poétique. Surtout les deux expériences immersives, qu’on aurait bêtement pu prendre pour des gadgets censés accompagner le spectacle : après voir vécu l’ensemble du parcours, elles apparaissent comme l’acte artistique fort de l'aventure maît

Continuer à lire

Danse : dix spectacles pour une saison

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Que les amateurs de danse se rassurent : plusieurs salles à Grenoble et dans l'agglo proposent d'excellents spectacles de danse. En voici dix, sélectionnés par nos soins.

La rédaction | Mercredi 13 septembre 2017

Danse : dix spectacles pour une saison

Welcome Les spectacles interprétés par des enfants inspirent généralement au critique professionnel la plus profonde méfiance. Sauf quand c’est la chorégraphe Josette Baïz qui met en scène son groupe Grenade, composé de jeunes danseurs issus de quartiers d’Aix-en-Provence et Marseille. Dans ce cas, nos aigreurs s’envolent et l’on applaudit chaudement le résultat au vu du talent des interprètes, qui reprendront ici plusieurs pièces composées uniquement par des chorégraphes femmes comme Dominique Hervieu et Blanca Li Pochette Surprise. On sera dans la salle pour découvrir le résultat. À la Rampe (Échirolles) les 11 et 12 octobre My ladies rock L’un des tubes du chorégraphe grenoblois Jean-Claude Gallotta s’intitule

Continuer à lire

"Le Mouvement de l’air" : Adrien M et Claire B, « artisans » numériques

SCENES | Adrien Mondot, petit prince des arts numériques, revient à l’Hexagone de Meylan (où il a été en résidence pendant trois ans) accompagné de Claire Bardainne, plasticienne, designer graphique et scénographe avec qui il s’est associé artistiquement en 2011 – la compagnie s’appelle maintenant Adrien M / Claire B. Leur nouvelle proposition baptisée "Le Mouvement de l’air" vient tout jute d’être créée : on n’a donc pas pu la voir. Mais comme leur travail est toujours passionnant et reconnaissable entre mille, on les a contactés pour en savoir plus.

Aurélien Martinez | Mardi 27 octobre 2015

Le Mouvement de l’air est un titre assez explicite. Le spectacle parle donc de l’air… Claire Bardainne : Oui, bravo ! Mais encore ?! Adrien Mondot : C’est un parcours de sensations comme on aime les faire. C’est-à-dire que la trame narrative n’a rien d’explicite comme dans un spectacle de théâtre basé sur un texte. Ce qui nous intéresse, c’est comment le mouvement fait naître des émotions. CB : Ça parle, même si ce ne sont que des sensations, de l’imaginaire de l’air en essayant de suivre le voyage d’un mouvement d’air. Aller de quelque chose de très doux de l’ordre de la brume à quelque chose de plus violent, de plus incarné. Pour ce projet, vous avez travaillé avec un chorégraphe (Yan Raballand) comme vous l’aviez déjà fait dans Pixel, le spectacle créé l’an passé avec Mourad

Continuer à lire

Danse avec les pixels

Danse | Mourad Merzouki, c'est une signature forte que l'on reconnaît d'emblée sur scène : celle d'un hip hop généreux et parfaitement maîtrisé renforcé par des (...)

Aurélien Martinez | Mardi 2 décembre 2014

Danse avec les pixels

Mourad Merzouki, c'est une signature forte que l'on reconnaît d'emblée sur scène : celle d'un hip hop généreux et parfaitement maîtrisé renforcé par des apports variés – notamment la danse contemporaine et les arts du cirque. Son nouveau spectacle Pixel ne déroge donc pas à la règle, et la suit même parfaitement. Mais la grande réussite de cette aventure, et plus largement de la plupart des précédentes, vient des mariages que le chorégraphe invente : récemment avec la musique classique du Quatuor Debussy (Boxe boxe), avec des danseurs cariocas (Käfig Brasil) ou encore avec les prodiges des arts numériques que sont Adrien Mondot et Claire Bardainne pour ce fameux Pixel. Un spectacle créé à six mains d'une grande fluidité où aucun des deu

Continuer à lire

Royal récital-chorale

SCENES | Il a inventé, exporté et institutionnalisé (au bon sens du terme) la danse hip hop à la française. Restait à la transmettre. Le pétillant Mourad Merzouki n’est (...)

Nadja Pobel | Mardi 11 février 2014

Royal récital-chorale

Il a inventé, exporté et institutionnalisé (au bon sens du terme) la danse hip hop à la française. Restait à la transmettre. Le pétillant Mourad Merzouki n’est jamais à cours d’idées, et voilà que seize ans après avoir créé Récital, il remet le couvert avec cette pièce chorégraphique fondatrice de son répertoire devenue un classique. En 1998, ils sont six sur scène et appartiennent à Käfig, une compagnie dont ils ne doutent pas qu’elle fera le tour du monde. Depuis, Merzouki, 41 ans, a été décoré de multiples fois par le ministère de la culture, s’est vu confié la direction d’un centre chorégraphique national (à Créteil), a construit un centre de formation / lieu de diffusion et un festival à Bron. Le voilà donc revenu à Récital. Ils sont désormais quarante, quatre générations au plateau : Merzouki lui-même, toujours fou de joie de fouler la scène, mais aussi des gosses qui marchent avec talent dans les pas du maître. La bande son mêle hip hop et notes orientales, les corps se saccadent comme traversés par une onde, les séquences de ballet collectif (qui prennent une allure d’heureuse meute) alternent avec des performances plus individuelles voi

Continuer à lire

À base de pouet pouet pouet pouet

SCENES | Danse / Sous la direction de l’acclamé Mourad Merzouki, la compagnie Käfig fait son petit bonhomme de chemin à travers le monde depuis déjà seize années. Pour (...)

Laetitia Giry | Mercredi 13 mars 2013

À base de pouet pouet pouet pouet

Danse / Sous la direction de l’acclamé Mourad Merzouki, la compagnie Käfig fait son petit bonhomme de chemin à travers le monde depuis déjà seize années. Pour sa nouvelle création intitulée Käfig Brasil, le sieur s’est entouré de onze danseurs cariocas et quatre chorégraphes pour l’accompagner dans l’élaboration d’un spectacle en cinq modules. De Denis Plassard à Céline Lefèvre, en passant par Octavio Nassur, chacun s’empare de l’idée du hip-hop pour la redynamiser en explorant de nouvelles possibilités gestuelles. Il est ainsi fort impressionnant de constater les écarts de points de vue d’une mini-pièce à l’autre, fort appréciable de découvrir des identités marquées. D’autant que ces points positifs sont servis par une troupe de virtuoses infatigables, à la célérité surnaturelle, comme née d’une urgence de vivre. Si rythme et diversité ne font donc pas défaut, on déplore un certain manque de classe, pour ne pas dire une place bien trop large accordée à une vulgarité malheureusement des plus consensuelles. Ou quand un passage enthousiasmant de beat-box se transforme en sons de pets (oui, oui, de pets) mimés sur scène par les danseurs, qu’un épisode bienvenu d’om

Continuer à lire

Fais ton marché

ARTS | Jeune public / Nous autres habitués des surgelés ou autres aliments empaquetés dans du plastique, nous savons désormais que nous ingurgitons sans le savoir (...)

Laetitia Giry | Lundi 4 mars 2013

Fais ton marché

Jeune public / Nous autres habitués des surgelés ou autres aliments empaquetés dans du plastique, nous savons désormais que nous ingurgitons sans le savoir quantité de cheval et déchets transformés en semblant de viande hachée. Soit. Voilà qui nous fait nous dire que l’exposition pour les jeunes enfants présentée à la Casemate depuis quelques mois se retrouve au plein cœur de l’actu – et de manière plutôt salutaire. Ne souriez pas non… L’affaire est très sérieuse. Sobrement intitulée Miam miam, elle plaît beaucoup aux marmots non-lecteurs (entre 3 et 7 ans) qui viennent déambuler en masse entre les faux étals d’un marché, fausses devantures d’épicerie ou de boulangerie. L’occasion d’un jeu de découverte des aliments, de leur origine et leur état avant décomposition/recomposition industrielle, d’un retour aux sources ludique qui a déjà vu 6000 bambins se presser à sa porte. Interactive à souhait mais accessible, Miam miam propose de tirer sur des ficelles mystérieuses pour découvrir de quel animal provient le jambon, de pêcher quelques sardines pour mieux savoir ce qu’une boite de conserve contient, ou encore de lancer une balle en mousse sur des cibles indiquant les tra

Continuer à lire

Encore !

SCENES | Les deux pièces Correria et Agwa de Mourad Merzouki étaient des bijoux chorégraphiques mêlant hip-hop et capoiera. Un travail qui a reçu lors de sa création un (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 9 janvier 2013

Encore !

Les deux pièces Correria et Agwa de Mourad Merzouki étaient des bijoux chorégraphiques mêlant hip-hop et capoiera. Un travail qui a reçu lors de sa création un accueil dithyrambique, la grande majorité des représentations se donnant à guichets fermés. Fort de ce succès (quelque 200 représentations en France et à l’étranger), le chorégraphe a de nouveau décidé de collaborer avec les onze danseurs cariocas pour Käfig Brasil. Et a invité cette fois-ci divers chorégraphes pour enrichir son écriture : Anthony Egéa, Céline Lefèvre et Denis Plassard pour la partie française, Octavio Nassur pour la partie brésilienne, ainsi que les danseurs eux-mêmes. Le résultat, découpé en cinq courts modules, sera présenté le jeudi 21 mars, à la Rampe d’Échirolles.

Continuer à lire

L'uppercut!

SCENES | Danse / Pour sa nouvelle création, Mourad Merzouki revient à ses premières amours : les arts de combat qu’il mêle au cirque en n’oubliant pas le hip-hop. Avec "Boxe Boxe", il ne renie rien de son parcours et l’enrichit aussi de la présence sur scène du détonnant Quatuor Debussy. NP

Aurélien Martinez | Mardi 10 janvier 2012

L'uppercut!

Baignée de noir, la scène s’illumine doucement pour laisser poindre quelques étoiles. Des hululements sont les premiers sons de la nouvelle création de Mourad Merzouki avant que ne se fasse entendre Schubert par le quatuor Debussy (deux violons, un violoncelle, un alto). Nous sommes loin de la folle énergie qui se dégageait de l’incroyable spectacle Agwa ou de son jumeau dansé par des Brésiliens, Correria (vus en mai 2010 à l'Hexagone). Boxe Boxe est une pièce de cordes, celles du ring, et celles travaillées par les musiciens sur leur instrument. C’est une partition qui ramène le chorégraphe de Käfig au sens premier de la signification du nom de la compagnie en allemand et en arabe : la cage. Au commencement, les corps des danseurs sont prisonniers, condensés dans une cage-ring. Seuls des gants de boxe tendus au bout de leurs bras en dépassent et entament une chorégraphie, comme des marionnettes. Suivent des duos clownesques où Merzouki délaisse le travail physique intense au profit d’un découpage des gestes, comme un film muet au ralenti. De cinéma, il est d’ailleurs question tout au long du spectacle. Les musiciens évoluent sur des chaises à roulette

Continuer à lire

Adrien Mondot : « C’est fascinant comment le seul mouvement d’un point peut évoquer tout un tas de choses »

SCENES | Pour terminer ses trois années de résidence à l’Hexagone de Meylan, le jongleur et informaticien Adrien Mondot propose une conférence-spectacle pour répondre aux nombreuses interrogations du public sur son travail. Et il en profite pour nous présenter Claire Bardainne, sa nouvelle associée dans ses pérégrinations numériques. Rencontre.

Aurélien Martinez | Lundi 12 décembre 2011

Adrien Mondot : « C’est fascinant comment le seul mouvement d’un point peut évoquer tout un tas de choses »

Un point c’est tout : une expression imagée qui marque le refus de continuer à parlementer. Ce sera comme ça, et pas autrement. Pourtant, au sens propre, la tournure revêt une autre signification : le point, c’est le départ de tout. La géométrie ne nous enseigne-t-elle pas par exemple qu’une droite est constituée d’une infinité de points ? – un point étant la plus petite portion d’étendue qu’il soit possible de concevoir. Partant de ce constat euclidien, l’artiste pluridisciplinaire Adrien Mondot a souhaité achever sa résidence à l’Hexagone par un spectacle baptisé Un point c’est tout. Avec une idée très précise derrière la tête : « J’avais le désir d’expliquer, de montrer comment les choses marchent. Les spectacles qui ont été faits par la compagnie laissent interrogateurs beaucoup de gens sur leur fonctionnement. Chaque fois que je me suis lancé dans des petites conférences pour donner des clés, j’ai trouvé ça rigolo. C’était donc un peu le point de départ du projet il y a deux ans : se dire que l’explication en elle-même peut être spectaculaire. » Un besoin de faire partager son monde numérique au plus gr

Continuer à lire

Le bonheur est dans le pré

ARTS | EXPOSITION/ Une balade sensitive au cœur d’une réalité numérique en mouvement : voilà ce que propose le jongleur et informaticien Adrien Mondot, en (...)

François Cau | Vendredi 14 octobre 2011

Le bonheur est dans le pré

EXPOSITION/ Une balade sensitive au cœur d’une réalité numérique en mouvement : voilà ce que propose le jongleur et informaticien Adrien Mondot, en collaboration avec la plasticienne Claire Bardainne. Ensemble, ils ont prolongé les recherches menées depuis quelques années par Adrien (notamment avec son maintenant fameux logiciel eMotion) ; recherches qui l’avaient entre autres conduit à élaborer Cinématique, spectacle phénoménal et onirique présenté en 2009 à l’Hexagone – où il est en résidence depuis 2008, et encore jusqu’à la fin de l’année. Pour son passage à la forme exposition, l’univers de l’artiste ne s’en voit pas réduit, bien au contraire, le duo ayant imaginé des œuvres ludiques accessibles à tous qui revisitent la notion de nature avec un minimalisme graphique bienvenu. Il est par exemple impressionnant de se promener dans un champ numérique qui se meut au gré des pas des visiteurs, ou de faire s’envoler une flopée de lettres immatérielles par la simple action du souffle. Un cheminement par les émotions les plus simples, comme des réminiscences d’enfance qui s’en

Continuer à lire

Hip hop star

SCENES | Et revoilà Mourad Merzouki, chorégraphe hip hop de la compagnie Käfig que l’on a souvent pu voir sur les scènes de l’agglo. Cette fois, il sera mi janvier à la (...)

François Cau | Lundi 12 septembre 2011

Hip hop star

Et revoilà Mourad Merzouki, chorégraphe hip hop de la compagnie Käfig que l’on a souvent pu voir sur les scènes de l’agglo. Cette fois, il sera mi janvier à la Rampe avec Boxe Boxe, sa dernière création. Une pièce entre danse et musique – puisque imaginée avec le Quatuor Debussy –, loin de la folle énergie qui se dégageait du double spectacle Agwa & Correria, présenté il y a plus d’un an à l’Hexagone (un mélange de hip hop, capoeira, samba, musiques d’Europe centrale et bossa nova). Boxe Boxe, lui, est plutôt construit autour de cordes : celles du ring, et celles travaillées par les musiciens sur leurs instruments. Merzouki délaisse ainsi le travail physique intense au profit d’un découpage des gestes, comme un film muet au ralenti… Même si le hip hop, jamais bien loin, retrouve droit de cité dans la seconde partie du spectacle.

Continuer à lire

The end

SCENES | Après trois ans de bons et loyaux services, dont une création mémorable (Cinématique), Adrien Mondot quittera l’Hexagone de Meylan où il était artiste en (...)

François Cau | Lundi 12 septembre 2011

The end

Après trois ans de bons et loyaux services, dont une création mémorable (Cinématique), Adrien Mondot quittera l’Hexagone de Meylan où il était artiste en résidence. Avant ce départ, il proposera mi-décembre Un point c’est tout. Soit « une conférence imaginaire animée par un informaticien [lui-même, NdlR], jongleur et rêveur », qui reprendra le minimalisme de la scénographie de Cinématique, et son rapport très fort au numérique. On vous en dira évidement plus au moment venu. À noter tout de même, la dernière des trois représentations se terminera par un concert du passionnant groupe grenoblois Rien, Laurent Buisson ayant collaboré avec Adrien Mondot sur Cinématique.

Continuer à lire

Grenoble fait son cirque

SCENES | Depuis la saison dernière, à l’intérieur de la plaquette thématisée de la MC2, est apparue une nouvelle catégorie : "les indisciplinés". Comprendre les artistes qui (...)

François Cau | Jeudi 23 décembre 2010

Grenoble fait son cirque

Depuis la saison dernière, à l’intérieur de la plaquette thématisée de la MC2, est apparue une nouvelle catégorie : "les indisciplinés". Comprendre les artistes qui ne rentrent pas dans les cases prédéfinies (théâtre, danse, musique), trop étroites à leur goût. Et ça tombe bien, car c’est grâce à eux que l’on a pu découvrir quelques chouettes propositions, comme la trilogie de Jan Lauwers l’année dernière mêlant habilement théâtre, musique et danse. Mais cette vaste rubrique sert aussi à abriter une faune hybride : celle des circassiens qui, depuis quelque temps, envahit les plateaux de théâtre de façon revigorante, avec la complicité extatique des programmateurs. Rien qu’à Grenoble, plusieurs signes témoignent de ce regain d’intérêt pour ce que l’on a coutume d’appeler le cirque contemporain. L’artiste en résidence à l’Hexagone de Meylan est ainsi le jongleur Adrien Mondot, qui a remplacé la très théâtreuse Muriel Vernet. À l’Amphithéâtre de Pont-de-Claix, la nouvelle directrice a décidé de faire du cirque l’un de ses axes de recherche principaux. Mais l’exemple le plus frappant de cette nouvelle donne est l’excitation impressionnante autour de la personne d

Continuer à lire

Analogies numériques

MUSIQUES | Notre oreille ne saurait mentir. Pendant la première représentation publique d’une phase de travail de Cinématique (un Adrien Mondot anxieux a préféré le terme (...)

François Cau | Lundi 25 janvier 2010

Analogies numériques

Notre oreille ne saurait mentir. Pendant la première représentation publique d’une phase de travail de Cinématique (un Adrien Mondot anxieux a préféré le terme “crash-test“ au plus usuel “filage“), la bande-son subtilement hypnotique du spectacle nous a délivré des déflagrations rock dont les échos nous semblaient étrangement familiers. Une fois les lumières rallumées, ce fut ainsi avec une surprise toute relative qu’on découvrit la présence dans les gradins de Laurent Buisson, malaxeur sonore de talent pour notamment les compagnies Encorps à Venir (dont la dernière création Espaces éphémères) ou Le chat du désert (pour Les Sermons joyeux), bien connu de nos services pour ses activités de bassiste au sein du groupe Rien, sous le pseudo fleuri de DJ Goulag. Laurent et Adrien se sont rencontrés il y a peu de temps, lors d’un labo de ce dernier au Pacifique – le courant passe bien, au point qu’Adrien Mondot demande au jeune homme de participer à la bande-son de Cinématique avec Christophe Sartori, collaborateur sonore attitré de la compagnie. Les deux musiciens apprennent à s’apprivoiser, à coordonner leurs approches respectives (des sonorités numériques pour Christophe, u

Continuer à lire

« De l’art cinétique »

SCENES | Rencontre avec celui qu’on a surnommé au PB le Geek poétique, pour qu’il nous parle de sa création toute fraîche. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Jeudi 21 janvier 2010

« De l’art cinétique »

Petit bulletin : Comment est né Cinématique ?Adrien Mondot : J’ai commencé à faire des périodes de recherche à partir du Labo 3 qui avait eu lieu au mois de mars à l’Hexagone et à la Salle noire du Théâtre de création. J’avais invité plusieurs personnes pour travailler avec moi [le graphiste Nikodem ou la danseuse Akiko Kajihara par exemple, NDLR], en ne posant aucune barrière de sujet ou autre. Le travail s’est poursuivi jusqu’en novembre, où au final on avait plein de matières très différentes les unes des autres. C’est là qu’on a commencé à réfléchir sur ce que cela pourrait rendre sur scène. Cinématique est donc véritablement parti de recherches sur le plateau. Comment définiriez-vous ce spectacle hybride, entre danse, cirque et performance visuelle ?Dans Convergence 1.0 [l’un de ses premiers spectacles, NDLR], il y avait clairement une base de cirque que je ne renie pas. Mais je me suis vite rendu compte que ce qui me préoccupait en général, c’était le mouvement sous toutes ses formes. Donc forcément, je m’intéresse à la danse, mais on ne peut pas dire que Cinématique

Continuer à lire

L’imaginarium du jongleur Adrien M

SCENES | SPECTACLE / Petit prince du jonglage et de l’informatique, Adrien Mondot investit le plateau de l’Hexagone pour sa première création dans les murs du théâtre. Et offre ainsi un moment artistique de pure grâce comme on en voit trop peu souvent. Aurélien Martinez

François Cau | Jeudi 21 janvier 2010

L’imaginarium du jongleur Adrien M

Ambiance visuelle forte pour la première création d’Adrien Mondot au sein de l’Hexagone. L’artiste en résidence, qui succède à la très théâtreuse Muriel Vernet, est associé au théâtre meylanais pour trois ans. Sachant qu’il commence depuis quelques années déjà à se faire un nom de plus en plus apprécié des professionnels de la profession, et que sa réelle reconnaissance publique ne saurait tarder (lançons les paris), le choix fait par l’Hexagone de sortir des sentiers battus en invitant un artiste multicartes passionné de jonglage apparaît audacieux et porteur de sens. Un choix qui donne par la même occasion une couleur différente à la programmation de la salle, Antoine Conjard ayant décidé de l’ouvrir pleinement aux arts du cirque pour les années à venir (on nous promet une carte blanche panorama sur le sujet la saison prochaine, évidemment coordonnée par Adrien Mondot). Promenades digitales Une scène nue, avec seulement le sol et le mur du fond blancs. Décor physiquement minimaliste mais technologiquement impressionnant. Car le plateau va s’habiller de mille formes digitales le temps du spectacle et épouser le corps des deux interprètes, à l’

Continuer à lire

Geek poétique

SCENES | CIRQUE CONTEMPORAIN. Après Muriel Vernet, c’est Adrien Mondot qui devient le nouvel artiste en résidence au Théâtre Hexagone. Rencontre avec un artiste atypique qui part cette semaine à la rencontre du public grenoblois. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Jeudi 5 mars 2009

Geek poétique

Petit Bulletin : À la base, vous n’étiez pas artiste mais informaticien… Adrien Mondot: L’informatique n’est pas une matière très épanouissante. Être enfermé dans un bureau de huit heures du matin à huit heures du soir, je sentais que j’avais pris un train pour la vie qui n’était pas le bon. J’ai donc sauté en route ! En parallèle, je faisais beaucoup de jonglage, je passais pas mal de temps à m’entraîner dans les parcs publics, puis à parcourir les festivals d’été. Et au fur et à mesure, c’est devenu de plus en plus difficile de retourner au travail le lundi matin ; jusqu’au moment où je me suis dit qu’il fallait faire un choix. J’ai senti, au cours de mes diverses pérégrinations festivalières, que c’était possible de vivre de ses rêves. Et vous avez fondé la compagnie Adrien M…En 2004, il y avait un concours organisé par le ministère de la culture qui s’appelait Jeunes talents cirque. Il fallait être un minimum structuré pour participer au concours. Je n’y croyais pas trop mais certains enchaînements de circonstances sont heureux et ça a bien marché ! Le concours a ainsi permis que la compagnie fonctionne a

Continuer à lire