Dessine-moi un acteur

SCENES | Le comédien Frédéric Giroutru monte avec brio "Pour Louis de Funès", le manifeste pour l'acteur écrit par Valère Novarina. Un seul-en-scène ardu mais captivant.

Aurélien Martinez | Mardi 29 septembre 2015

Photo : Éric Cantisano


Quand on est routier, on se doit d'avoir dans son camion un calendrier avec des femmes en petites tenues. Quand on est comédien, on se doit d'avoir dans ses toilettes des citations du Pour Louis de Funès de Valère Novarina – au pif : « le vrai acteur qui joue aspire à rien avec autant de violence qu'à pas être là ». Car l'auteur et metteur en scène a imaginé un véritable manifeste pour l'acteur, pivot selon lui de l'art théâtral.

Un texte riche, puissant et pas forcément très accessible malgré la figure convoquée (Louis de Funès, « athlète de la dépense », n'est finalement qu'un prétexte) que le comédien Frédéric Giroutru, souvent vu dans les mises en scène d'Olivier Py, a choisi de porter sur scène, de façon brute évidemment – « tout décor pouvant se traduire par une idée est à déconstruire immédiatement » écrit encore le jusqu'au-boutiste Novarina.

Pendant une heure, il porte haut et avec élan la logorrhée novarinesque qui le fascine depuis ses études au Conservatoire de Grenoble. En résulte un spectacle du coup lui aussi difficilement accessible, mais résolument intense si l'on accepte de plonger à corps perdu en son sein, guidé par un comédien épatant et fascinant dans l'investissement qu'il y met.

Pour Louis de Funès, du jeudi 1er au samedi 3 octobre au Tricycle / Théâtre de poche


Pour Louis de Funès

De Valère Novarina, par Frédéric Le Sacripan Être acteur ? Qu'est-ce que c'est que cette maladie-là ?
Théâtre de Poche 182 cours Berriat Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Dominique Pinon : « On a la sensation d'infini quand on lit les textes de Valère Novarina »

Théâtre | Adepte d’un théâtre exigeant et joueur avec la langue, l'auteur et metteur en scène Valère Novarina s’amuse de la profusion. Ses mots, ceux de sa dernière pièce "L'Homme hors de lui", seront délivrés sur la scène du Déclic, à Claix, par le comédien et mâcheur de mots Dominique Pinon. Rencontre en amont.

Nadja Pobel | Mardi 9 octobre 2018

Dominique Pinon : « On a la sensation d'infini quand on lit les textes de Valère Novarina »

Comment définiriez-vous la langue si particulière de Valère Novarina ? Dominique Pinon : C'est difficile à dire. Elle me paraît à la fois contemporaine et intemporelle. Elle est aussi biblique parfois – Valère est un spécialiste de la Bible. Ce n'est pas une langue savante du tout, c'est presque une langue pauvre. C'est une profusion de paroles pour remplir l'espace de la scène mais ce n’est pas vain, ça a beaucoup de sens. Et il est toujours question de la mort. J’aime ce télescopage de pensées et de mots et l'effet comique que ça produit, au sens noble du terme, sans vulgarité. Il y aussi une forme de stupeur. L'Homme hors de lui est un homme qui se regarde, c’est une espèce de duo entre lui et le spectateur, un jeu de miroir. Vous parlez de langue pauvre mais le vocabulaire, lui, n'est pas pauvre… Oui, mais il y a plein de néologismes dans ses listes. Les noms qu'il invente, je les trouve géniaux. C'est très drôle. On a la sensation d'infini quand on lit ses textes, une parole qui se recrée, se régénère, qui rebondit l'une sur l'autre. Est-ce que jouer ces par

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Étudiants, au spectacle !

Numéro étudiant | « En trouvant super naze de mettre les gens dans des cases » chantait Vincent Delerm dans son morceau "Catégorie Bukowski". Ouais, on a des références au PB. Et on n’obéit pas forcément au chanteur en livrant une sélection on ne peut plus subjective de spectacles à voir selon le cursus suivi par vous autres étudiants. Sachant que tout le monde est libre de sortir des cases !

Aurélien Martinez | Jeudi 6 octobre 2016

Étudiants, au spectacle !

Pour les étudiants en sciences Max Bird On en a déjà parlé précédemment, on en remet une couche : l’humoriste Max Bird, qui « pense être, dans l’âme, plus un scientifique qu’un humoriste », est excellent dans son Encyclo-spectacle. Excellent et également passionnant quand il parle des dinosaures ou encore des effets de l’alcool sur le corps humain. De l’humour intelligent donc, avec en plus la possibilité pour les chercheurs en herbe de causer avec l’artiste après la représentation – enfin, on s’engage peut-être un peu trop, mais c’est souvent ce qui se fait à la Basse cour. À la Basse cour du jeudi 6 au samedi 8 octobre _______ Pour les étudiants en économie Celui qui tombe Adam Smith et consorts, c’est sympa mais bon, l’histoire de la manufacture d’

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Épître au jeune acteur

SCENES | Soutenu par Jacques Osinski, le metteur en scène grenoblois Benjamin Moreau présente sur la scène du Petit théâtre de la MC2 son Amphitryon, d’après le texte de (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 7 janvier 2010

Épître au jeune acteur

Soutenu par Jacques Osinski, le metteur en scène grenoblois Benjamin Moreau présente sur la scène du Petit théâtre de la MC2 son Amphitryon, d’après le texte de l’Allemand Heinrich von Kleist, qui définissait sa pièce comme une « comédie d’après Molière » (il avait commencé à traduire le texte avant de finalement en livrer sa propre adaptation en 1807). Le mythe d’Amphitryon évoque ainsi la perfidie des Dieux qui descendent sur terre métamorphosés en êtres humains : Jupiter prendra ainsi les traits du roi Amphitryon parti à la guerre, et charmera la reine Alcmène qui n’y verra que du feu… Pour incarner ce trio tourmenté, Benjamin Moreau a choisi des comédiens issus de sa compagnie (l’Atelier), aux physiques jeunes, ce qui peut surprendre là où l’on attendait des Amphitryon imposants. Plongeant à corps perdus dans l’intrigue, les déclamations des comédiens se font alors tragiques (le choix d’une Alcmène statique peut se comprendre mais laisse pantois), les costumes baroques, les décors sobres et un brin kitsch. L’Amphitryon de Benjamin Moreau ne sort donc pas des sentiers battus, ce qui ravira les puristes de la performance théâtrale

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