Le goût du risque avec le Concentré de danses

SCENES | Nouvelle édition pour le Concentré de danses, temps fort impulsé par le Pacifique afin de promouvoir dans l’agglo la danse sous toutes ses formes. Cette année, sept lieux se sont prêtés au jeu. Mais que verra-t-on sur leur scène ? Tentatives de réponses. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 19 janvier 2016

Photo : Alex Giraud


Si, lors d'éditions précédentes, on se dirigeait bien informés vers le Concentré de danses, cette année, on y va à l'aveugle. Certes, quelques noms de chorégraphes ou de danseurs nous parlent plus ou moins, mais niveau spectacles, sur la petite dizaine proposée, on n'en a vu qu'un seul en amont, et en plus en vidéo (on y reviendra). Pas grave nous répondront sans doute les organisateurs (les différents boss des salles concernés, avec en guide spirituel le Pacifique, centre de développement chorégraphique de Grenoble), le but de ces douze jours étant de partir à la découverte de la danse d'aujourd'hui sous toutes ses formes et sans aprioris.

Avec, par exemple, une pièce qui « convoque l'intime de toute une génération » dixit son chorégraphe Thomas Lebrun (Trois décennies d'amour cerné, sur le sida ; jeudi 21 au Pacifique), une autre dansée et parlée visiblement pleine d'humour sur « un chorégraphe qui s'est engagé à faire un spectacle et qui ne le fera pas, préférant fuir plutôt que d'assumer ses responsabilités » (En souvenir de l'indien d'Aude Lachaise ; lundi 25 au Pacifique), une autre, qui nous intrigue fortement, sur un marathon de danse jusqu'à qu'il ne reste plus qu'un participant (La Gràànde Finàle, mardi 26 à l'Heure bleue – photo) ou encore une autre portée par la jeune danseuse de flamenco Ana Pérez et programmée le mercredi 27 par Antonio Placer, le nouveau directeur de Sainte-Marie-d'en-Bas qui veut justement ouvrir son théâtre vers le monde.

Abstrait et décalé

Voilà pour l'inventaire à la Prévert. Et donc, cette année, on a pu voir un spectacle en amont, par vidéo. Celui d'un chorégraphe qu'on aime bien pour son côté gentiment décalé : Christian Ubl. Avec AU (jeudi 28 et vendredi 29 à l'Hexagone), l'Autrichien installé en France s'est associé avec l'Australienne basée en Suisse Kylie Walters pour une drôle d'aventure chorégraphique au sens large – ça parle beaucoup sur scène, ça se déguise, ça joue avec des micros…

AU est un code pays signifiant aussi bien l'Autriche que l'Australie. « Deux cultures, deux parcours d'artistes, deux langages, deux mondes… mais au final : une pièce unique traduisant des actions, des situations, des postures, des états de corps, des écritures corporelles et scéniques – abstraites ou décalées – qui sont au service d'une identité secrète. » (extrait de la note d'intention). C'est donc déroutant, parfois drôle (cette valse en costumes à la fin), étrange souvent (le début avec une relecture de danses traditionnelles aborigènes), imagé par moments (les drapeaux, souvent convoqués chez Ubl) et surtout musicalement passionnant grâce à la présence sur le plateau de l'excellent Seb Martel. AU, c'est ainsi plus qu'un concentré de danses : c'est à lui tout seul un concentrés de spectacle vivant en un peu moins d'une heure.

Concentré de danses, du jeudi 21 janvier au lundi 1er février, dans divers lieux de l'agglo


La gràànde finàle

Marathon de la danse pour 12 interprètes par la Cie Volubilis et le Groupe Monofocus
L'Heure Bleue Rue Jean Vilar Saint-Martin-d’Hères
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Au

Chor. et interprétation Kylie Walters, Christian Ubl, avec Seb Martel (guitare, cithare), à partir de 8 ans
Hexagone 24 rue des Aiguinards Meylan
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Fin des jauges le 2 février, retour des concerts debout le 16 février

Covid | Le conseil de défense s’est réuni ce jeudi 20 janvier pour faire le point sur la situation sanitaire et les restrictions en vigueur. Les mesures appliquées dans les salles de concert seront levées en deux temps, a annoncé le Premier ministre Jean Castex.

Valentine Autruffe | Jeudi 20 janvier 2022

Fin des jauges le 2 février, retour des concerts debout le 16 février

Les mesures de restriction annoncées le 27 décembre par le Premier ministre dans le cadre de la lutte contre le Covid seront prochainement levées. Particulièrement contraignantes pour les salles de concert, ces dernières devront encore patienter quelques jours : la jauge limitée à 2000 spectateurs en intérieur et 5000 en extérieur reste en vigueur jusqu'au 2 février, tandis qu'il faudra attendre le 16 février pour retourner voir des concerts debout. Le 2 février, sera également levée l'obligation de télétravail et le port du masque en extérieur ne sera plus obligatoire. Le 16 février, les discothèques pourront rouvrir, et la consommation debout dans les bars sera de nouveau autorisée.

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Une Belle Saloperie, de l’ombre à la lumière

Festival | Quatrième édition en vue pour Une Belle Saloperie, ce « festival qui n’en est pas vraiment un » dédié à l’avant-garde graphique et cinématographique. Au programme, une exposition, deux projections et une bonne dose d’irrévérence.

Damien Grimbert | Mardi 18 janvier 2022

Une Belle Saloperie, de l’ombre à la lumière

Pour ceux et celles à qui ce nom intrigant ne dirait rien, une petite présentation d’Une Belle Saloperie n’est sans doute pas inutile. Suite au succès massif rencontré par son Microsaloon, un salon dédié à la microédition organisé chaque année au mois de mai dans les rues du quartier Championnet, l’association RbGp a eu envie de mettre en place un autre événement au mois de janvier, réservé cette fois à un public adulte, curieux et averti. Centré autour du thème de l’érotisme lors de ses deux premières éditions en 2018 et 2019, Une Belle Saloperie a par la suite choisi d’élargir le focus de sa programmation, sans renoncer pour autant à ce qui constitue sans doute sa caractéristique principale : mettre en avant des propositions artistiques à la fois pointues et audacieuses qui tranchent farouchement avec le tout-venant. Loin de la fadeur et du consensualisme ambiant, la manifestation présente ainsi des œuvres qui marquent, interpellent, et se contrefichent bien de faire l’unanimité. Le ton étant donné, ne reste plus désormais qu’à explorer le programme de cette quatrième édition. Sortez les mouchoirs Présentée du vendredi 21 janvier au samedi 26 février à la

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Vol au-dessus des pistes de ski

ESCAPADES | On vole, confortablement assis, au-dessus des pistes et du télésiège d’Autrans-Méaudre. Coucou aux skieurs en train de remonter, on lâche les mains, Alexis, (...)

Valentine Autruffe | Mardi 18 janvier 2022

Vol au-dessus des pistes de ski

On vole, confortablement assis, au-dessus des pistes et du télésiège d’Autrans-Méaudre. Coucou aux skieurs en train de remonter, on lâche les mains, Alexis, au départ, ne nous avait pas menti : « C’est relax, ça ne se veut pas une tyrolienne à sensation. » On ressent quand même de légères bouffées d’adrénalinette quand on prend de la vitesse (60km/h au plus fort de la pente) et quand on passe les deux pylônes qui maillent le parcours, chlac chlac sur la corde. La descente de 1, 2 kilomètre dure deux minutes, 120 secondes d’air pur dans les cheveux et de panorama magnifique sur les sommets enneigés du Vercors. Nous, on a pris la version confort, bien installés dans un siège façon parapente (petits joueurs, d’ailleurs on regrette un peu) mais il existe une version sport ; les plus téméraires pourront partir en cochon pendu, bouger à 360 degrés pendant le voyage, faire quelques figures… Si comme nous vous êtes sujet au vertige, pas de souci : ce terrible mal ne se déclare pas si vous n’avez pas les pieds ancrés au sol. L’installation il y a trois ans de la tyrolienne d’Autrans-Méaudre (appelée ici la zipline, ils ont cédé à l’anglicisme) n’avait pas enchanté tous

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Grenoble Capitale Verte Européenne 2022 : « Comment convaincre Jeff Bezos ? »

Événement | Le coup d’envoi a été donné samedi (au rabais pour cause de Covid), c’est parti pour douze mois émaillés d’événements autour de la distinction accordée à notre ville par Bruxelles : Grenoble Capitale Verte Européenne 2022. Rencontre avec le directeur de l’agence du même nom, le chef d’orchestre de l’agenda chargé de cette année, Guillaume Thieriot.

Valentine Autruffe | Mardi 18 janvier 2022

Grenoble Capitale Verte Européenne 2022 : « Comment convaincre Jeff Bezos ? »

Le principal défi pour l’agence Grenoble Capitale Verte Européenne 2022 (créée par les trois collectivités parties prenantes : ville, métropole et département) est le suivant : comment faire pour que cette année soit plus qu’une opération d’image, une somme de conférences et de discours ? Guillaume Thieriot : C’est l’une des questions que l’on s’est beaucoup posé. L’agence a deux missions : coordonner tous les événements et les défis, et piloter la communication de Grenoble Capitale Verte Européenne 2022. Tout l’enjeu, c’est de ne pas s’adresser aux personnes comme à des consommateurs, mais bien les inciter à être des acteurs de cet événement. C’est certes l’occasion de faire briller le territoire, d’accroître sa visibilité sur ce sujet, mais aussi de faire de cette année un accélérateur des transitions. Dans cette idée d’implication générale, vous avez imaginé une programmation interactive et évolutive… La programmation est particulière parce qu’elle est conçue de manière horizontale. Entreprises, associations, compagnies artistiques… Tout le monde peut participer et organiser un événement Capita

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Exclusives Masterclasses : partage de bonnes grâces

Atelier | Tam tam tam, tam tam tam ! Les pieds nus claquent sur le sol du studio de danse du Pacifique. Ce mercredi matin, neuf danseurs pro ou semi-pro de (...)

Valentine Autruffe | Mardi 18 janvier 2022

Exclusives Masterclasses : partage de bonnes grâces

Tam tam tam, tam tam tam ! Les pieds nus claquent sur le sol du studio de danse du Pacifique. Ce mercredi matin, neuf danseurs pro ou semi-pro de la région (certains arrivent de Lyon ou de Chambéry) profitent d’un cours de danse de 3 heures dispensé par François Chaignaud. Ce virtuose a ensorcelé, la veille, le public de la Rampe venu assister à Romances Inciertos, un autre Orlando. Il officie le lendemain matin pour la première des Exclusives Masterclasses organisées par le Pacifique, le CCN2 et la MC2, en partenariat avec la Rampe. L’idée est simple : profiter de la venue dans l’agglo d’artistes de renom pour offrir aux danseurs locaux ces ateliers à bas prix, associés à des tarifs réduits pour assister à leurs spectacles. Au Pacifique mercredi, des danseurs visiblement de tous styles et de niveaux variés. L’entrée en matière est timide. « C’est cool, ces workshops, mais c’est toujours un peu intimidant… On a peur de ne pas avoir la bonne valise pédagogique », commente François Chaignaud, qui s’est délesté des fards du spectacle de la veille, mais pas de ses longs ongles de diva. Place à l’échauffement/étirement/assouplissement, qui dure près d’une

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Nouveau Point d’eau

Solidarité |

Hugo Verit | Mardi 18 janvier 2022

Nouveau Point d’eau

Ce matin-là, dès la première heure, il y avait déjà pas mal d’activité dans les tout nouveaux locaux de Point d’eau, investis par l’association il y a un mois. Cet accueil de jour pour personnes en situation de précarité avait bien besoin de déménager après 28 ans passés dans des lieux trop exigus et peu adaptés à la demande. Car l’asso reçoit environ 150 personnes par matinée, venues boire un café et manger une brioche, discuter, s’informer, déposer des affaires dans la bagagerie, faire une lessive, prendre une douche ou assister à un atelier (couture, cours de français…) « On a eu la chance de pouvoir dessiner les plans des lieux afin de les optimiser par rapport à nos besoins. On a ainsi pu prévoir de vrais espaces de confidentialité pour les entretiens médicaux ou d’accès au droit, ce qu’on n’avait pas avant », souligne Manon Gatto, coordinatrice insertion. L’endroit compte également une cuisine professionnelle où neuf personnes éloignées de l’emploi viendront travailler dès le mois de mars dans le cadre d’un chantier d’insertion. Ils concocteront des plats du jour à base de produits locaux et d’invendus, proposés le midi en click and collect ou livrés à vélo avec S

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Échange avec Vincent Lindon pour "Un autre monde"

Festival Télérama | Pour sa cinquième collaboration avec son cinéaste fétiche Stéphane Brizé (qui réunit ici à nouveau devant sa caméra le couple qu’il formait en 2009 avec Sandrine (...)

Vincent Raymond | Mardi 18 janvier 2022

Échange avec Vincent Lindon pour

Pour sa cinquième collaboration avec son cinéaste fétiche Stéphane Brizé (qui réunit ici à nouveau devant sa caméra le couple qu’il formait en 2009 avec Sandrine Kiberlain dans Mademoiselle Chambon), Vincent Lindon troque le costume du vigile ou de l’employé d’usine pour celui du cadre — une "montée en gamme" sociale ouvrant à d’autres problématiques, non moins réalistes. Présenté en compétition à Venise, Un autre monde (notez l’ironie triste du titre…) est ici projeté dans le cadre du festival Télérama et assorti d’un échange en direct avec le comédien, selon toute vraisemblance par vidéotransmission compte tenu des circonstances sanitaires. Mais ne nous plaignons pas : les cinémas sont ouverts ! Un autre monde mardi 25 janvier à 20h au cinéma Le Club

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Les sorties ciné de la quinzaine

En salle | Les films qu'on a vus avant leur sortie les mercredis 19 et 26 janvier : revue de détail des deux prochaines semaines au cinéma.

Vincent Raymond | Mardi 18 janvier 2022

Les sorties ciné de la quinzaine

★★☆☆☆ Les Leçons persanes de Vadim Perelman avec Nahuel Perez Biscayart, Lars Eidinger, Jonas Nay… (19/01) 1942. Pour sauver sa peau, un prisonnier d’un camp de concentration prétend être iranien et se trouve contraint d’enseigner le persan (qu’il ignore) à un officier nazi fou-furieux. Au fil des cours qu’il prodigue, il parvient à inventer une langue ET mémoriser les noms des victimes (tré)passées par le sinistre camps. Évoquant à la fois La Liste de Schindler comme Un héros très discret pour le cadre abominable et le "miracle" qui s’y produit, ce sujet à haut potentiel tragique s’étiole toutefois dans la durée et son académisme, malgré l’interprétation glaçante de Lars Eidinger, en bipolaire roulé dans la farine de sa propre suffisance. ★★☆a

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"Un monde" de Laura Wandel : la cour des mille raclées

Le coup de cœur | Portant sur la mécanique pernicieuse du harcèlement scolaire et interprété par deux enfants déchirants de vérité, ce premier film miraculeux est une merveille de délicatesse autant qu’un tour de force de réalisation. Un choc absolu et sans nul doute une future référence sur le sujet.

Vincent Raymond | Mardi 18 janvier 2022

C’est la rentrée à la "grande école" pour Nora qui redoute d’être séparée de son aîné Abel, lequel a d’autres chats à fouetter dans la cour de récréation. Parce qu’il va s’opposer à ce que sa cadette soit bizutée, Abel devient le nouveau bouc émissaire des terreurs de la primaire. Témoin de ces sévices, Nora va désespérément tenter d’alerter les adultes. En vain, jusqu’à ce qu’un fait grave n’oblige l’institution scolaire à réagir… Il est actuellement une vague naissante, ou une vogue pour des films brefs s’attachant sans fioriture ni digression à leur sujet ainsi qu’au monde réel... Comme une douce alternative à la domination écrasante des blockbusters, rouleaux compresseurs flirtant avec les 3h de bastons filmées sur fond vert, avec des acteurs partiellement virtuels et des enjeux de plus en plus hermétiques aux béotiens — dans la mesure où ils s’inscrivent dans des "univers" addictifs fonctionnant en vase clos, reproduisant l’efficacité gravitationnelle des trous noirs qui ne relâchent jamais la matière (spectatorielle) qu’ils ont capturée. Ces "films d’à-côté" ont compris la nécessité d’aller à l’essent

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Fred Cavayé : « Je me suis un peu autocensuré pour ne pas tomber dans le plagiat »

Interview | Après y avoir déjà présenté en avant-première "Pour Elle" et "À bout portant", Fred Cavayé avait réservé l’exclusivité de son nouveau film "Adieu Monsieur Haffmann" au Festival de Sarlat. Bien lui en a pris : son drame se déroulant durant l’Occupation a remporté le Grand prix du public et le Prix d’interprétation pour Sara Giraudeau. Toujours prompt à parler fabrication, Fred Cavayé raconte l’histoire de ce film dans l’Histoire. Rencontre sarladaise…

Vincent Raymond | Mardi 4 janvier 2022

Fred Cavayé : « Je me suis un peu autocensuré pour ne pas tomber dans le plagiat »

Qu’est-ce qui vous a amené à aborder ce sujet et cette époque ? Fred Cavayé : Beaucoup de choses : l’envie date de très longtemps. Le point de départ, c’est un roman de Michel Audiard, La nuit, le jour et toutes les autres nuits, qui parle de la Libération et notamment des femmes qui se sont fait tondre. Les salauds sous l’Occupation, c’est un sujet qui avait été assez peu abordé. J’avais le souvenir de films comme Lacombe Lucien ou du formidable téléfilm Au bon beurre avec Roger Hanin. Alors quand Jean-Philippe Daguerre, l’auteur de la pièce Adieu Monsieur Haffmann, m’a envoyé le texte, je n’ai pas voulu le lire (je préférerais découvrir la pièce une fois montée), je m’en suis fait mon histoire avec le peu que j’en savais. Or sa pièce est ailleurs, en vérité, pas sur ce sujet-là. Comme j’ai la chance d’avoir de bons producteurs et d’être ami avec Jean-Philippe Daguerre de longue date, je leur ai proposé d’adapter d’une manière peut-être plus libre en faisant dévier

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Tania de Montaigne : « Peut-être qu’enfin, Claudette Colvin va faire partie de l’Histoire »

Théâtre | C’est l’histoire de Claudette Colvin, jeune fille afro-américaine qui, en 1955 dans l’Amérique ségrégationniste, quelques mois avant la fameuse Rosa Parks, refuse de céder son siège à une passagère blanche. En portant sur le plateau son essai "Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin", l’autrice Tania de Montaigne livre un seule-en-scène passionnant sur une héroïne oubliée du mouvement des droits civiques. Ça valait bien une interview avant le passage du spectacle par l’Espace Aragon de Villard-Bonnot, vendredi 7 janvier.

Aurélien Martinez | Mardi 4 janvier 2022

Tania de Montaigne :
« Peut-être qu’enfin, Claudette Colvin va faire partie de l’Histoire »

Avant d’être un spectacle, Noire a d’abord été un livre, que vous avez sorti en 2015… Tania de Montaigne : Oui. Il appartient à une collection chez Grasset, créée par Caroline Fourest et Fiammetta Venner, qui s’appelle "Nos héroïnes". L’idée de Caroline et Fiammetta était de demander à des autrices d’écrire sur une femme qui aurait fait l’histoire mais qui, pour une raison ou une autre, n’aurait pas été retenue par cette histoire. Pour en être, il fallait donc que je trouve une femme pas connue qui gagnerait à l’être ! Après une errance de quelques semaines, je me suis souvenue qu’à un moment, je voulais écrire une nouvelle sur la symbolique du bus, différente selon les moments, les pays, les cultures… Et le bus le plus connu pour moi, à l’époque, était celui de Rosa Parks. Au fil de mes lectures, j’avais griffonné deux lignes sur une adolescente qui aurait pu être Rosa Parks mais qui ne l’avait pas été pour diverses raisons. J’ai proposé ce point de départ à Caroline et Fiammeta, en leur disant que je voulais bien creuser

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Le Montagnard, fondu de fromage

Miam | Quand on rentre dans un restaurant de fondues et raclettes, il faut s’attendre à supporter la décoration folklorique de rigueur : nappes ou rideaux (...)

Jérémy Tronc | Mardi 4 janvier 2022

Le Montagnard, fondu de fromage

Quand on rentre dans un restaurant de fondues et raclettes, il faut s’attendre à supporter la décoration folklorique de rigueur : nappes ou rideaux vichy rouge, lambris, outils et skis antiques aux murs. Tout pour nous rappeler que l’habitat de montagne ressemble rarement à cela. Au restaurant Le Montagnard (ouvert le 11 novembre), les patrons ne se sont pas embarrassés à faire semblant. En reprenant l'établissement gastronomique Gillio, ils ont conservé son design élégant et sobre, gommant le fuchsia un peu criard de certains pans de murs pour les agrémenter d’éléments de décoration évoquant Grenoble et ses montagnes, dont les affiches colorées et épurées style Mid Century de Monsieur Z. Bon point pour la déco. Emmental fatal La carte est assez longue. Sur trois pages sont proposées des salades, des planches fromage et/ou charcuterie, six variétés de raclette et dix de fondue. On opte pour une classique et une aux lardons, « c’est une fondue classique avec des lardons dedans », nous explique l’un des patrons. Ce n’est pas plus compliqué que ça et on suppose celles aux cèpes ou aux oignons mitonnées sur le même principe. La texture des fondues est

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Tromperie : quelques maux d’amour

Coup de cœur | Adaptation d’un roman de Philip Roth qui lui trottait depuis longtemps en tête, la tromperie d'Arnaud Desplechin est aussi un plaidoyer pro domo en faveur du droit de l’artiste à transmuter la vérité de son entourage dans ses œuvres. Quitte à confondre amour privées et fictions publiques.

Vincent Raymond | Jeudi 23 décembre 2021

Tromperie : quelques maux d’amour

Fin des années 1980. Écrivain à succès américain provisoirement exilé à Londres, Philip accueille dans le petit appartement où il travaille sa jeune maîtresse anglaise. Entre deux galipettes, ils parlent, ou plutôt elle parle et il l’écoute, prenant des notes comme il a l’habitude de le faire depuis toujours avec ses conquêtes. Le soir, il retrouve sa compagne officielle ou ses obligations mondaines, échangeant parfois avec ses anciennes liaisons, lesquelles ont toutes laissé une trace dans son œuvre. Et vitupère à l’envi contre l’antisémitisme systémique au Royaume-Uni… Film verbal plus que verbeux, resserré autour d’un couple (pas toujours le même, bien que l’homme demeure identique), Tromperie tranche dans la filmographie d'Arnaud Desplechin par sa relative linéarité puisqu’il accompagne un double processus : l’édification d’un amour et celui de l’œuvre codépendante. Certes, Roubaix, une lumière (2019) présentait déjà une structure narrative plus “disciplinée” qu’à l’ordinaire chez le cinéaste, mais c’était surtout parce qu’elle s’inscrivait dans un genre bien p

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Mollo avec le CBD

Beurk | Nous mettons en garde le lecteur. La critique gastronomique qui va suivre n'a absolument rien de commun avec ces chevaliers du bon goût de terroir et (...)

Eloïse Bonnan | Mardi 4 janvier 2022

Mollo avec le CBD

Nous mettons en garde le lecteur. La critique gastronomique qui va suivre n'a absolument rien de commun avec ces chevaliers du bon goût de terroir et de tradition française. Là où le cultissime jambon-beurre a disparu, nous prenons autre chose sans crier au scandale. Cependant, l’avant-garde culinaire n’est pas non plus gage de qualité. Hélas, nous en savons quelque chose, depuis qu’une enseigne de burgers insolites nous a eus dans ses filets. « J’ai des clients qui sont venus tester nos burgers au CBD et qui ont trouvé ça intéressant », témoigne Thibaut, le gérant du restaurant Les Trim’Art à Grenoble. Par ailleurs chef d’entreprise dans le secteur immobilier, le jeune homme a inauguré le 18 décembre dernier sa cuisine street-food avec une carte pour le moins originale. À côté des trois burgers au CBD, l’enseigne vend heureusement des burgers classiques. Pour rappel, contrairement au THC, le CBD est une molécule ni psychoactive ni addictive. « Toutes nos recettes, on les a créées, testées et goûtées, pour faire ressortir le goût du CBD parmi les ingrédients, sans qu’il ne passe par-dessus », déclare le chef. Légalisé en France depuis novembre 2020,

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"Licorice Pizza" de Paul Thomas Anderson : sweet seventies

Le film coup de cœur | Deux jeunes gens que près de dix ans séparent apprennent à s’aimer, non sans peine. Une carte postale datant de l’époque du pétrole illimité, des waterbeds et des cols pelle à tarte confiée à d’inattendues têtes d’affiche.

Vincent Raymond | Mardi 4 janvier 2022

San Fernando, L.A., 1973. À la fois lycéen, comédien et à l’affût de la moindre opportunité entrepreneuriale, le jeune Gary Valentine tombe sous le charme d’Alana, l’assistante du photographe de l’école. Le fait qu’elle ait la vingtaine ne l’arrêtant pas, l’ado culotté engage une opération de séduction qui ne laisse pas totalement insensible sa putative dulcinée. Chronique de leur histoire, entre hauts et bas… Ne vous attendez pas à découvrir dans ce film la recette (ni la moindre apparition) de la pizza à la réglisse promise par le titre ! Cette espèce de chimère culinaire, que les papilles peinent d’ailleurs à conceptualiser — quand bien même elles auraient tâté de l’improbable Hawaïenne — doit se comprendre comme l’équivalent alimentaire doux-amer de notre mariage entre la carpe et le lapin. Une sorte d’attelage improbable entre deux caractères davantage susceptibles de créer une discordance qu’une harmonie, mais que la force de l’imagination (ou

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J'aime la Bonne Pâte !

Resto | On peut aimer l’esprit de Noël et être fatigué des recettes fantaisistes de tante Suze, qui pousse toujours le bouchon un peu (...)

Eloïse Bonnan | Mardi 4 janvier 2022

J'aime la Bonne Pâte !

On peut aimer l’esprit de Noël et être fatigué des recettes fantaisistes de tante Suze, qui pousse toujours le bouchon un peu trop loin. Pour mettre fin à cette période de gastronomie anarchique, le Petit Bulletin s’est rendu à deux pas des halles Sainte-Anne, pour s'offrir un plat de pâtes. « Nous nous sommes connus dans la sécurité bancaire et avons profité d’un plan de départ pour lancer le projet », explique Julien, l’un des deux associés des restaurants La Bonne Pâte. On n’aurait pas dit mieux pour vendre ce concept de pâtes fraîches, sauces et desserts maison qu’en l’appelant de la sorte. Les yeux en cœur, nous avons dégusté la variété de pâtes de la semaine. De généreuses tagliatelles à la sauce de Noël, toutes en crème et morilles avec pecorino par-dessus. L’assiette était aussi généreuse que tante Suze. Naturellement, nous avons tenté le tiramisu spéculos et caramel beurre salé pour co

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Roland Garros à l'affiche : fenêtres sur court

Affiches | Le geste, le court, la foule, les objets ou les joueurs eux-mêmes… Il y a mille façons d’aborder le tennis en images. Une diversité que l’on pourra (...)

Hugo Verit | Mardi 4 janvier 2022

Roland Garros à l'affiche : fenêtres sur court

Le geste, le court, la foule, les objets ou les joueurs eux-mêmes… Il y a mille façons d’aborder le tennis en images. Une diversité que l’on pourra retrouver lors de l’exposition Roland Garros à l’affiche qui, comme son nom l’indique, regroupe la totalité des affiches du tournoi international français (soit 41 propositions) réalisées entre 1980 et 2021 par des artistes comme Ernest Pignon-Ernest, Fabienne Verdier ou Pierre Alechinsky. Parmi les pièces les plus intéressantes, citons celle de Joan Miró (reprise posthume de son tableau Street Singer qui, finalement, n’a rien à voir avec le tennis malgré la présence opportune de cette grosse boule jaune en plein milieu) mais aussi l’affiche déconcertante de Jaume Plensa en 2005 : « En noir et blanc, austère, fortement saturée, elle a été très critiquée et très incomprise à l’époque. L’artiste avait en fait décidé de traiter l’alternance de bruit et de silence caractéristique de Roland Ga

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"Le jour se rêve" de Jean-Claude Gallota : fantaisie hypnotique

Danse | L’illustre chorégraphe grenoblois Jean-Claude Gallotta livre avec Le jour se rêve un spectacle de puriste, un retour sans fard aux premières heures de sa (...)

Valentine Autruffe | Mardi 4 janvier 2022

L’illustre chorégraphe grenoblois Jean-Claude Gallotta livre avec Le jour se rêve un spectacle de puriste, un retour sans fard aux premières heures de sa danse. Le rideau se lève sur dix danseurs à l’allure androgyne, moulés dans des combinaisons façon Frères Jacques, blazers noirs, arborant des cagoules colorées. Silence. Les premiers mouvements sont seulement rythmés par le bruit léger des pas sur la scène. Puis démarre la musique lancinante et chamanique composée par Rodolphe Burger, colonne vertébrale du spectacle. Lumineuse, la bande-son enveloppe les danseurs dans une transe puissante et malicieuse, faite d'une myriade de petites bulles de légèreté et de célérité. Parfois le silence revient, le temps se suspend, jusqu’à ce que les nappes de guitare de Rodolphe Burger ramènent le spectateur dans son état de ravissement hypnotique. Ne cherchez pas de sens ou de narration. Contrairement à ses dernières productions, notamment le fameux L’homme à tête de chou, Jean-Claude Gallotta s'en tient à ce qui est fondamental dans Le jour se rêve, la danse toute nue, empreinte d’une sérieuse gaieté. Souvenir de ses débuts à New York, des exercices inl

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Le Maudit Festival, rêve ou cauchemar ?

ECRANS | Le Maudit Festival est l’un des rendez-vous incontournables de la cinéphilie grenobloise, avec une sélection pointue de films qui ne laissent personne indifférent. Pour cette édition, l’équipe du festival a choisi pour thème l’onirisme, entre rêves et cauchemars.

Hugo Verit | Mardi 4 janvier 2022

Le Maudit Festival, rêve ou cauchemar ?

Maudit, on espère que ce festival ne le sera pas outre mesure. Déjà annulée l’année dernière à cause du Covid, la seconde édition de cet événement hautement cinéphile doit se tenir du 18 au 23 janvier dans un contexte sanitaire très incertain. Mais à l’heure où nous imprimons ces lignes, ça tient encore, alors parlons-en. Repris il y a trois ans par une nouvelle équipe enthousiaste, le Maudit Festival (anciennement nommé Festival des films maudits) investit le cinéma Juliet Berto avec une sélection de métrages souvent méconnus, datant pour la plupart du siècle dernier, et qui ont en commun d’évoquer le rêve, le cauchemar ou les deux en même temps. « On a commencé à travailler sur cette programmation pendant le premier confinement, un moment très particulier durant lequel le cinéma a été un véritable moteur pour nous, une source d’évasion qui nous permettait de continuer à rêver. Alors cette thématique de l’onirisme s’est naturellement imposée », raconte Sarah Onave, l’une des programmatrices. « À travers cette sélection, nous défendons un cinéma à la marge d’une certaine cinéphilie bien-pensante avec, par exemple, des films de genre qui ne sont pas considé

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Affolante Amazonie

Expo | Aussi luxuriante et foisonnante que la forêt à laquelle elle est consacrée, l’exposition "Amazonie[s], forêt-monde" au Musée dauphinois propose un parcours passionnant mêlant histoire, ethnographie et politique. À ne pas manquer !

Benjamin Bardinet | Mardi 4 janvier 2022

Affolante Amazonie

« Nous, on n’a rien inventé […]. Mais les palassissis (les blancs) eux ont inventé les voitures, les avions, les fusées, les bus, les trains... » Rapportée par Miquel Dewerer-Plana dans le cadre de son projet photographique présenté à la fin de l’exposition, cette assertion d’un jeune amérindien de Guyane a quelque chose de profondément attristant. En effet, à ses yeux, le rapport technologico-productif que les occidentaux entretiennent au monde s’impose comme le seul honorable, alors même que les populations dont il est issu en ont souvent fait les frais – et c’est là le premier mérite de cette exposition que de le souligner à travers un parcours historico-thématique savamment construit. Après une introduction qui permet de prendre conscience de l’ampleur du sujet qu’il se propose d’explorer, ce parcours s’ouvre sur une salle consacrée aux recherches archéologiques, qui nous rappelle que les traces de présence humaine sur le territoire amazonien remontent à 13 000 ans avant J.C. Rapidement, est ensuite abordée l’arrivée des conquistadors ainsi que la terreur et la fascination qu’ils éprouvent face à ces autochtones emplumés dont les représentations et les des

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Ombromanie et magie, la féérie par Philippe Beau

Jeune public | Mardi 21 décembre, une bonne raison d’emmener vos enfants, dès 7 ans, au théâtre : Philippe Beau, virtuose des ombres chinoises et autres illusions, se produit à La Rampe.

Valentine Autruffe | Jeudi 16 décembre 2021

Ombromanie et magie, la féérie par Philippe Beau

Magie d’ombres… et autres tours, c’est le spectacle idéal à voir en famille pendant cette période de fêtes. Sur scène, Philippe Beau donne vie à tout un bestiaire grâce à l’ombre projetée de ses mains contorsionnistes. Il est reconnu dans monde entier comme un expert de l’ombromanie : chat qui se gratte l’oreille, dromadaire et son guide, cerf majestueux... Le jeu de main de Philippe Beau, c’est autre chose que le fameux corbeau que l’on faisait entre frères et sœurs, en mettant ses deux mains en éventail ! Dans ce spectacle, Philippe Beau adjoint à son art premier une pincée de magie (traditionnelle et imparable, succès garanti auprès des petits) et une pointe de cinéma, pour un petit je-ne-sais-quoi de supplément d’âme… A voir ! Magie d'ombres... et autres tours | Philippe Beau from

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L'Emma d'un Flaubert bicentenaire

Littérature | Ô Gustave ! Ô Flaubert ! À toi grand romancier mort un 8 mai 1880 dans cette « jolie habitation » (...)

Eloïse Bonnan | Lundi 13 décembre 2021

L'Emma d'un Flaubert bicentenaire

Ô Gustave ! Ô Flaubert ! À toi grand romancier mort un 8 mai 1880 dans cette « jolie habitation » (dixit les frères Goncourt) du hameau de Croisset, aujourd’hui aménagée en petit musée dédié à ta personne. À toi qui refusas toute une vie, avec constance, de faire paraître la moindre photographie de ton visage. Deux cents ans après ce 12 décembre 1821 où tu vis le jour, ton nom, prononcé dans la postérité, fait encore frissonner tous les jeunes de province et de la capitale. Et lorsque ton nom résonne, cela fait la fortune de Madame Bovary. Ta scandaleuse héroïne est et restera auréolée de gloire. Ce n’est pas la Cinémathèque de Grenoble qui nous contredira, elle qui le 16 décembre consacre toute une après-midi de rencontres, conférences et projections autour du personnage d’Emma. Bovary tweetée

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Sous le sapin

Idées cadeaux | Livres, disques, spectacles, objets d'art : la rédaction du Petit Bulletin vous a concocté une sélection de cadeaux aromatisés à la sauce grenobloise à offrir à vos proches. Plus que dix jours pour garnir le pied du sapin !

La rédaction | Mardi 14 décembre 2021

Sous le sapin

Des livres, de l'art Super Cyprine de Tess Kinski Une bande-dessinée 100% grenobloise qui aborde un sujet 100% mondial : le harcèlement des femmes par les hommes. Une BD exutoire dont l’autrice raconte avoir eu l’idée après s’être sentie une fois de plus impuissante face au harcèlement quotidien qu’elle subissait. Une BD dont la super-héroïne fait de sa cyprine corrosive une arme puissante visant à instaurer un contre-pouvoir salvateur. Une BD qui revendique l’égalité et la possibilité pour les femmes de sortir la nuit sans être en permanence emmerdées. Bref une BD réjouissante qui parvient avec brio à concilier vie intime, militantisme, réalité sociale et humour. Super Cyprine de Tess Kinski, 18€, dans toutes les b

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Cécile Ducrocq - Laure Calamy : « La prostitution sans misérabilisme ni glamour »

Une femme du monde | Prolongeant leur aventure commune débutée en court-métrage (La Contre-allée, présenté à la Semaine de la Critique en 2014 et couronné d’un César en 2016), Cécile Ducrocq et Laure Calamy donnent vie à un personnage de prostituée se démenant pour trouver de quoi payer l’école de son fils. Rencontre.

Vincent Raymond | Vendredi 10 décembre 2021

Cécile Ducrocq - Laure Calamy : 
« La prostitution sans misérabilisme ni glamour »

Avant Une femme du monde, il y a eu le court La Contre-allée où l’on retrouve quasiment le même personnage de prostituée. Comment avez-vous glissé de ce court à ce premier long ? Cécile Ducrocq : À l’origine des films, il y toujours des rencontres ou des images. La Contre-allée est partie d’une image, de prostituées noires que j’avais vues dans des camionnettes près du Stade de Gerland, à Lyon. Et c’était une image bouleversante, qui m’a hantée assez longtemps parce qu’elle était à la fois tragique — parce qu’on imagine tout ce qu’il y a derrière ce filles qui sont jetées sur le trottoir —, et en même temps très belle, parce que ces femmes étaient très belles, très maquillées, éclairées à la bougies. Il y avait une image cinématographique très forte. Donc

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"Romances inciertos" : si l'Espagne de François Chaignaud nous était contée

Danse | Enfin ! Quatre ans après sa création, et trois ans après un passage remarqué au Festival d'Avignon, le spectacle "Romances inciertos, un autre Orlando" du chorégraphe, danseur et chanteur François Chaignaud sera à Échirolles (la tournée avait été interrompue par la crise sanitaire). Un sublime mélange entre danse, chant et musique baroque espagnole, pour un moment magnétique presque hors du temps.

Aurélien Martinez | Mardi 4 janvier 2022

C'est un corps chantant et dansant qui se présente au public. Un corps androgyne, celui de l'artiste polymorphe François Chaignaud, pieds nus, en talons ou perché sur des échasses, dans de flamboyants costumes baroques. En trois actes, lui qui travaille depuis des années sur l'art du travestissement interprète trois personnages : la Doncella Guerrera, jeune fille partie à la guerre sous les traits d'un homme ; l'archange San Miguel, objet de dévotion ; et la Tarara, gitane andalouse passionnée. Des « personnages qui n’ont d’autre choix que de transformer le réel à la mesure de leur désir » (extrait de la note d'intention) auxquels il donne donc corps par la danse, mais également voix par le chant, accompagné de quatre musiciens hors pair – et d'instruments comme le bandonéon, la viole de gambe, le théorbe... Tout est prouesse sur scène ; la danse bien sûr, le chant également, parfaitement maîtrisé. Et tout est fluide, envoûtant, dans ce voyage au cœur de l'Espagne baroque et de ses traditions qui nourrissent encore aujourd'hui le pays. Le grand frisson Pour imaginer ce spectacle avec le musicologue touche-à-tout Nino Lais

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"Un conte de Noël" de Desplechin : explosion de famille

Projection | Sorti à l’époque dans un savoureux contretemps printanier — il était alors présenté en (...)

Vincent Raymond | Lundi 13 décembre 2021

Sorti à l’époque dans un savoureux contretemps printanier — il était alors présenté en compétition au festival de Cannes —, Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin (2008) va bénéficier d’une projection sur grand écran en phase avec son titre et son sujet grâce aux cours de cinéma prodigués par l’ami Jean Serroy (auteur d’un tout récent ouvrage chez Glénat, Les 1000 films culte de l’histoire du cinéma) au Méliès. Septième long métrage du cinéaste, et second après le documentaire L’Aimée à se dérouler dans la ville de Roubaix dont il est originaire, ce Conte de Noël se situe aux antipodes du merveilleux de Dickens : la réunion d’une famille atomisée qu’il convoque, autour d’une matriarche en attente d’une greffe osseuse, est prétexte non à des apaisements contrits, mais à un carnaval de règlements de comptes amers et acides. Des

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Droits aux putes ! “Une femme du monde” de Cécile Ducrocq & ”Au cœur du bois” de Claus Drexel

ECRANS | Le hasard place le même jour sur les écrans deux beaux films qui, bien qu’opposés dans la forme, mettent en scène des prostitué·es témoignant de leur désir d’exercer leur profession. Une singularité de regard courageuse, à une époque où souffle un puritanisme de tartuffes.

Vincent Raymond | Mercredi 8 décembre 2021

Droits aux putes ! “Une femme du monde” de Cécile Ducrocq & ”Au cœur du bois” de Claus Drexel

D’un côté, un documentaire sur les travestis/trans/prostitué(e)s du Bois de Boulogne, que la caméra de Claus Drexel cadre en plan fixe à toutes les saisons de l’année, recueillant leurs confidences sur leur vie au quotidien, leur travail du sexe et ce qui les a conduits à le pratiquer. De l’autre, une fiction de Cécile Ducrocq où une mère courage se tue à la tâche en multipliant les passes pour payer une école de cuisine privée à son grand dadais d’ado qui tourne mal. Si dans les deux cas, il n’y a pas d’héroïsation ni d’érotisation de la prostitution, il n’y a pas non plus de misérabilisme ou d’apitoiement de dame-patronnesse sur le sort des protagonistes. Ce qui n’empêche pas les films d’être magnifiquement photographiés, offrant ici des natures mortes sublimes ; là des plans dignes de Schatzberg ou de pochettes de 33 tours. Des hommes et des femmes… Dans Une femme du monde,

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"Gens du pays", la quête de la nuance

Théâtre | Dans une époque en proie à un manichéisme certain, comment traiter le sujet du racisme sans tomber dans un poncif ou un (...)

Valentine Autruffe | Mardi 14 décembre 2021

Dans une époque en proie à un manichéisme certain, comment traiter le sujet du racisme sans tomber dans un poncif ou un autre ? C’est le défi qu’a cherché à relever Sylvie Jobert en mettant en scène Gens du Pays, d’après un texte de Marc-Antoine Cyr. Pitch : un jeune garçon noir, Martin, 14 ans, est interpellé et interrogé par une policière qui « ne se sent plus chez elle ». Elle-même partage sa vie avec un professeur enthousiasmé par la variété des couleurs de peau qui peuplent sa classe, y voyant « de l’exotisme, là où il n’y en a pas », complète Sylvie Jobert. La confrontation est inévitable, d’autant qu’intimement, « chacun est persuadé d’agir pour le meilleur ». Au milieu de cela, Martin, incarné par Mouradi Mchinda, s’interroge sur son identité et sur celle qu’on lui renvoie, entre les remarques acides de l’uniforme et les transports de l’enseignant. « C’est

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Spéciale dédicace François Hollande !

ACTUS | Des jeunes, des vieux, mais surtout des jeunes. En chair et en os à la librairie Arthaud de Grenoble ce lundi 29 novembre, François Hollande s’est vu (...)

Eloïse Bonnan | Mercredi 1 décembre 2021

Spéciale dédicace François Hollande !

Des jeunes, des vieux, mais surtout des jeunes. En chair et en os à la librairie Arthaud de Grenoble ce lundi 29 novembre, François Hollande s’est vu administrer une cure de jouvence pour la dédicace de son livre Affronter. Nous avons récolté les réactions de ces personnes dans la fleur de l’âge, avant qu’elles ne tâtonnent jusqu’à la table de l’ancien président ou n’en repartent très souriantes. Rassurez-vous, on a également tendu le micro à ceux qui ont de la bouteille !

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The Limiñanas : dans la brume électro

Psychélectrorock | En 2018, on consacrait la Une du Petit Bulletin aux Catalans de The Limiñanas avant leur venue à la Belle Electrique (déjà) ; pour notre plus grand plaisir, le groupe est de retour, avec un pari risqué mais réussi : un album en collaboration avec le DJ Laurent Garnier.

Stéphane Duchêne | Lundi 29 novembre 2021

The Limiñanas : dans la brume électro

Il y a chez The Limiñanas un tropisme collaboratif qui confine à la gourmandise, à une insatiable envie de se mélanger, d'hybrider, de copuler joyeusement. Emulez, émulez, il en restera toujours quelque chose, aurait pu dire le poète. C'est cette stratégie du mouvement perpétuel et du crash-test sans cesse réitéré qui semble maintenir la flamme des Perpignanais. Récemment il y eut les partages avec Anton Newcombe et Emmanuelle Seigner sur leur projet commun L'Epée, les invitations faites à Peter Hook et Bertrand Belin sur le précédent album estampillé Limiñanas et des embardées avec Etienne Daho, Kirk Lake ou Golden Bug. Et voilà De Pellicula qui convie le pape techno Laurent Garnier à un pas de deux. On n'ira pas jusqu'à dire qu'on aurait pu s'attendre à ce mariage de la carpe et du lapin mais connaissant les deux parties, on est finalement guère étonné. Après tout, il ne s'agit que de l'union entre deux formes de psychédélisme –

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Trois petits pas au cinéma a (enfin) 10 ans !

Jeune public | Un festival bien pensé pour les (tout-)petits, programmé les mercredi, samedi et dimanche : pas de doute, c’est enfin le retour de (...)

Vincent Raymond | Lundi 29 novembre 2021

Trois petits pas au cinéma a (enfin) 10 ans !

Un festival bien pensé pour les (tout-)petits, programmé les mercredi, samedi et dimanche : pas de doute, c’est enfin le retour de Trois petits pas au cinéma. Un cadeau de Noël anticipé avec son menu de choix exclusivement en animation : Le Menu de Petit Lièvre Brun, Zébulon le Dragon et les Médecins volants (contenant le génial Vive les mousquetaires !), les avant-premières de Princesse Dragon (la nouvelle production des studios Ankama) et de Jean-Michel le Caribou et les histoires d’amour interdites, le héros de Magali Le Huche et enfin, pour célébrer ses 20 ans, Shrek — ne serait-ce que pour retrouver l’âne… et permettre aux parents de rajeunir. Trois petits pas au cinéma du 8 au 12 décembre à Mon Ciné, Saint-Martin-d’Hères

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Le ciné-club s’anime !

ECRANS | À cette lointaine époque où l’offre en longs-métrages d’animation se résumait grosso modo au Disney (...)

Vincent Raymond | Lundi 29 novembre 2021

Le ciné-club s’anime !

À cette lointaine époque où l’offre en longs-métrages d’animation se résumait grosso modo au Disney annuel, toute proposition alternative était la bienvenue. Car elle ouvrait sur des formes et des sujets inhabituels — voire franchement désinhibés comme chez Picha ou Bakshi —, pouvant attirer un public plus large que celui circonscrit aux seuls écoliers. Ce que ce superbe cycle du Ciné-club rappelle en trois films (rares pour certains) et autant d’approches esthétiques différentes, toutes au service de l’affranchissement et de la liberté. Premier rendez-vous avec La Planète sauvage (1973) de René Laloux et Topor, où le style graphique de ce dernier et la technique du papier découpé habillent un conte futuriste dans lequel les hommes (pardon, les Oms) sont ravalés au rang d’animaux de compagnie de créatures démesurées bien plus évoluées. Jusqu’à une révolution… Plus qu’hi

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L’Autre Marché, par Miss Oscar Factory

Emplettes | Il est tout petit certes, mais sans doute plus sympathique et vertueux que la plupart des marchés qui prospèrent avant Noël. (...)

Jérémy Tronc | Lundi 29 novembre 2021

L’Autre Marché, par Miss Oscar Factory

Il est tout petit certes, mais sans doute plus sympathique et vertueux que la plupart des marchés qui prospèrent avant Noël. L’Autre Marché est un rassemblement de créateurs organisé le dimanche 5 décembre par Céline Maras, de la boutique Miss Oscar Factory, implantée tout proche de la gare de Grenoble. Ses machines à coudre et surjeteuses utilisées habituellement pour son métier et ses cours de couture seront temporairement poussées dans un coin afin d'accueillir les six artisans qu’elle a sélectionnés dans son réseau. « Ce ne sont que des petits créateurs locaux qui se sont lancés il y a peu de temps. Tous ont des produits et des univers très différents et originaux. L’idée c’est de les révéler au public et de créer la surprise », assure Céline Maras. On retrouvera ainsi Conquest Squares et ses dessins sur papier velin aux ambiances dark et ésotériques ; Patatouille Créations avec des bijoux et accessoires dans l’univers kawaii

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Et vous, à pied ou à pédales ?

GUIDE URBAIN | A l’heure où l’on ne parle que de mobilités douces, et dans la première grande ville écolo de France, le SMMAG (...)

Valentine Autruffe | Lundi 29 novembre 2021

Et vous, à pied ou à pédales ?

A l’heure où l’on ne parle que de mobilités douces, et dans la première grande ville écolo de France, le SMMAG (Syndicat mixte des mobilités de l’aire grenobloise) a publié il y a quelques jours une enquête mobilité, vaste puisqu’elle prend en compte 359 communes autour de Grenoble. Les 326000 habitants de ce territoire conduisent en majorité leur voiture. Quand on habite la Matheysine ou le Voironnais… En dix ans, cette part a quand même diminué, passant de 46 à 41%. A Grenoble-ville, les chiffres confirment l’engouement cycliste, mais la voiture reste devant avec 18% de conducteurs et 5% de passagers. Première façon de bouger : la marche à pied (43% des sondés), loin devant le biclou (12%) ! En revanche, moins d’un quart des Grenoblois utilise les transports en commun pour circuler. Cela paraît peu vu le maillage dense de la ville en matière de tram/bus. Question de coût (autour de 50 € par mois pour l’abonnement annuel de base), d’horaires (le soir, on attend parfois longtemps&helli

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"Cinéma de quartier" haute intensité

ECRANS | Après quatre années d’absence, le Cinéma de quartier des Barbarins Fourchus revient à la Salle Noire pour deux séances exceptionnelles, le temps de mettre en lumière deux œuvres hors-normes et insensées venues respectivement de Hong Kong et du Japon.

Damien Grimbert | Mardi 16 novembre 2021

Pourvoyeuses d’un cinéma bis fauché, fantasmatique et volontiers transgressif, tout entier voué à la satisfaction des pulsions primales de spectateurs en quête de dépaysement et de sensations fortes à l’issue d’une dure journée de travail, les salles de quartier ont depuis longtemps disparu de nos villes. Pour autant, leur héritage populaire, et la cohorte de films à petit budget mêlant sexe, violence, action et aventure qui les accompagnaient, sont maintenus en vie par intermittence depuis maintenant une bonne quinzaine d’années par le cinéma de quartier des Barbarins Fourchus. Pour cette nouvelle mouture après une longue, trop longue, pause, la formule a néanmoins (temporairement ?) changé : finis les double-programmes réunissant films de kung-fu, horreur gothique et westerns italiens des années 60 et 70, et place à deux films asiatiques plus récents mais tout aussi démentiels, faisant écho sans détour à la période de pandémie et de confinement traversée. Vers l’infini et au-delà Dans Symbol (2009), deuxième long-métrage de l’humoriste japonai

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"Le Fils" : si maman si ; si seulement

Théâtre | Il était une fois une famille catholique de l'Ouest de la France, que l'on pourrait classer du côté de la petite bourgeoisie. Il était une fois une mère qui, (...)

Aurélien Martinez | Mardi 16 novembre 2021

Il était une fois une famille catholique de l'Ouest de la France, que l'on pourrait classer du côté de la petite bourgeoisie. Il était une fois une mère qui, progressivement, va embrasser la cause des traditionalistes. C'est l'époque du vote de la loi dite du mariage pour tous, et de ces manifestants bien décidés à ce que cette, selon eux, « menace contre la famille » ne soit pas adoptée. C'est, surtout, l'époque où des gamins étaient traînés dans les cortèges pour scander des slogans du type « un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants ». Leur a-t-on demandé, à eux, ce qu'ils en pensaient vraiment de tout ça ? Avec Le Fils, l'autrice Marine Bachelot Nguyen a construit un texte fort (quoiqu'un brin balisé) sur une mère aveuglée par son combat. En jouant autant sur le "je" que sur une parole plus extérieure à la troisième personne du singulier, elle a offert à la comédienne Emmanuelle Hiron la possibilité d'incarner avec recul cette militante sur le tard. Son monologue captive alors pendant une heure, notamment grâce au travail sobre du metteur en scène David Gauchard – qu

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En salle : "Oranges sanguines", Haut et fort", "De son vivant", "Les Magnétiques"...

Th?ma | C'est la clef, dit-on, du succès d’un film. Bien plus que les critiques. Mais le bouche-à-oreille peut aussi évoquer des histoires de bouches… et d’oreilles…

Vincent Raymond | Mardi 16 novembre 2021

En salle :

Voix et parole vont souvent de pair, en particulier dans le vocable politique. En pleine précampagne électorale, Jean-Christophe Meurisse des Chiens de Navarre sort avec Oranges sanguines (17/11) un bijou corrosif évoquant (notamment) la figure du politique et son usage de la langue de bois à travers un ministre gérant en coulisses l’étouffement d’un scandale médiatique. Volontairement “impur” dans sa forme — une construction de saynètes rend le fil de sa narration discontinu, mais l’effet mosaïque en résultant sert admirablement le propos — ce film choral restitue l’impureté de la chose publique, les arrangements boiteux, les masques sociaux et l’hypocrisie ambiante dont, pourtant, personne n’est dupe. Dialogue, distribution, jeu sont impeccables, et si l’on rit devant ces polaroïds du cynisme contemporain érigé en norme, c’est jaune : qui est le plus monstrueux ? Chacun fabrique le monstre de son prochain. Tragiquement drôle ! Oh, ouïe, encore ! À la même date, mais plus près des tympans, une rom’-com’ charmante, cocasse et touchante de & avec Pascal Elbé, On est fait pour s’entendre (17/11) dans lequel il incarne un prof se découvra

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"L'Événement" : La peur au ventre

Le film de la semaine | Mûrie de longues années par Audrey Diwan, cette adaptation d’Annie Ernaux saisit l’ascèse et la précision de l’autrice, pour la transmuter en portrait dépourvu de pathos d’une éclaireuse engagée malgré elle dans une lutte à la fois intime et secrète. Un souffle de vivacité autour d’un sujet toujours brûlant — l’avortement. Un Lion d’Or à la clef.

Vincent Raymond | Mardi 16 novembre 2021

Brillante élève, Anne ambitionne de suivre des études de lettres et de devenir écrivaine. La découverte d’une grossesse totalement inattendue menace ses plans, mais dans la France provinciale de 1963, avorter est un crime passible de prison pour qui le commet et qui le facilite. Entre secret, honte et résolution, Anne tente de trouver des informations, de l’aide, des solutions… Tout pour que son avenir ne soit pas obéré par un événement non désiré… Trente-trois ans plus tard, un même regard. Qui interpelle et prend à témoin le public. Deux femmes, comme deux faces d’une même pièce, liées par leur “condition” et singulièrement par une postérité comparable. Deux affiches de films distingués à Venise qui se répondent en nous tendant un miroir. Et résonne en sourdine la terrible mise en garde de Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant » En 1988, Une affaire de femmes

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Audrey Diwan : « Ce que je voulais, c’est être à l’épure »

L’Événement | Parmi les invités d’honneur du 30e festival de Sarlat, la réalisatrice Aurey Diwan tout juste laurée de son Lion d’Or à la Mostra de Venise pour le coup de poing "L’Événement" — et également au centre de toutes les attentions depuis que "Bac Nord" (qu’elle a coscénarisé) triomphe au box-office. L’occasion de reprendre avec elle le fil d’une conversation entamée en 2019 entre Avignon et Gérardmer…

Vincent Raymond | Mardi 16 novembre 2021

Audrey Diwan : « Ce que je voulais, c’est être à l’épure »

Lors de notre précédente discussion, à l’époque de Mais vous êtes fou, vous évoquiez déjà votre travail sur l’adaptation de L’Événement… Audrey Diwan : J’avais déjà commencé il y a deux ans ? Au bout d’un moment on ne sait plus : comme les livres, les films, et les histoires d’écriture nous portent, c’est difficile de circonscrire la période de travail. Quand j’ai commencé à écrire, je pensais au livre depuis longtemps — je l’avais lu quelques années avant. L’angle que vous avez choisi, c’est de raconter l’histoire dans le film au présent alors que le récit par Annie Ernaux dans le livre est au passé… Je crois que c’est la clé que je cherchais. D’abord, c’est toujours complexe de mettre en scène l’auteur cherchant son œuvre — mais ça peut se faire. Ensuite, ce qui me plaisait moins dans cette idée, et la raison pour laquelle j’ai élagué cette partie du texte, c’est que si j’avais montré Annie Ernaux en train de regarder cette histoire, je l’aurais mise dans le rétro

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"A la vie", la mort aux trousses

SCENES | Ce qui demeure ; Saint-Félix, enquête sur un hameau français : on a souvent vu à la MC2 la metteuse en scène Élise Chatauret et son théâtre construit à (...)

Aurélien Martinez | Mardi 16 novembre 2021

Ce qui demeure ; Saint-Félix, enquête sur un hameau français : on a souvent vu à la MC2 la metteuse en scène Élise Chatauret et son théâtre construit à partir d'enquêtes sur le terrain. Avec À la vie, nouveau spectacle qui vient tout juste d'être créé (nous ne l'avons pas vu), elle s'intéresse à la douloureuse question de la fin de vie. Accompagnée de son équipe, elle a ainsi passé plusieurs semaines en milieu hospitalier et dans un centre d’éthique clinique. En découlera sans doute un théâtre original dans sa forme et souvent fort dans ce qu'il convoque, à découvrir du mardi 30 novembre au samedi 4 décembre. Avec notamment sur scène, Justine Bachelet, comédienne littéralement magnétique – même si tout ceci est très subjectif, on vous l'accorde. A la vie du 30 novembre au 4 décembre à la MC2, Grenoble

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En BD, la Grenobloise Coline Picaud raconte le parcours d'exilés

ACTUS | Dans le cadre du festival Migrant’Scène, Coline Picaud sera à la librairie Decitre pour dédicacer sa bande dessinée "Personne ici ne sait qui je suis". Professeure de français pour étrangers, elle y relate le destin de certains de ses "apprenants" exilés.

Hugo Verit | Mardi 16 novembre 2021

En BD, la Grenobloise Coline Picaud raconte le parcours d'exilés

Ils s’appellent Zabihullah, Télémilé, Méri, Golindya, Sutha, Maha… Ils viennent d’Afghanistan, de Guinée, du Brésil, d’Érythrée, du Sri-Lanka ou de Syrie. Tous sont des personnages de la bande dessinée Personne ici ne sait qui je suis, dans laquelle Coline Picaud raconte son quotidien en tant que professeure de français pour étrangers à la Maison des habitants du centre-ville de Grenoble. Enfin, ce n’est pas vraiment son histoire qu’elle raconte, plutôt celles de ces exilés qui ont quitté leur pays pour des raisons très diverses (amour, travail, guerre, pauvreté…) : « La Maison des habitants est l’un des rares endroits où des gens très différents se mélangent, avec un point commun : ils apprennent le français. Je voulais montrer la multitude de parcours qui existent et que tout démarre, à chaque fois, d’une décision individuelle. Ce ne sont pas des groupes qui partent, mais bien des individus. » Sur « la route des morts » Des individus qui, une fois dans notre pays, sont pourtant ramenés en permanence à leurs origines et jugés à l’aune de la méconnaissance abyssale des Français. Coline Picaud s’emploie donc, dans ce livre, à remettre un p

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Estelle-Sarah Bulle : « Au pays de la littérature, tout le monde se comprend »

CONNAITRE | Publié en 2019, son premier roman, Là où les chiens aboient par la queue, dans lequel elle raconte l’histoire de sa tante guadeloupéenne prénommée Antoine, avait été très remarqué. Estelle-Sarah Bulle signe un second ouvrage, Les étoiles les plus filantes, une fiction qui raconte le tournage au Brésil d’un film culte, Orfeu Negro, palme d’or à Cannes en 1959. Elle est l’une des auteurs invités pour les 20 ans du festival Ecrivains en Grésivaudan.

Valentine Autruffe | Mardi 16 novembre 2021

Estelle-Sarah Bulle : « Au pays de la littérature, tout le monde se comprend »

Racontez-nous votre rencontre avec ce film, Orfeu Negro. D’où vient la force de cette œuvre ? J’ai vu ce film il y a une vingtaine d’années. Jusqu’à la sortie du livre, je ne l’avais vu que sur petit écran, sur de vieilles copies pas terribles, pas dans les meilleures conditions ! Mais il ne m’a plus quittée, ces images m’ont toujours hantée. D’abord c’est le mythe d’Orphée et Eurydice, c’est un mythe très fort depuis des milliers d’années, la puissance de l’histoire est toujours là. Ce qui m’avait complètement fascinée, c’est qu’il est transposé dans les favelas du Brésil, ce monde de musique qui nous est peu familier aujourd’hui, et donc l’était encore moins à cette époque. Quand j’ai vu Orfeu Negro il y a vingt ans, il avait déjà cette patine du temps. Les favelas, Orphée, ces acteurs tous magnifiques et totalement inconnus, la musique… Et notamment la figure de

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Comment le design scandinave a envahi l’Occident

CONNAITRE | Chez maman ou au resto du coin, où que l’on aille, on a 90% de chance de croiser un meuble d’obédience scandinave. Simple et clair, le style suédois et (...)

Valentine Autruffe | Mardi 16 novembre 2021

Comment le design scandinave a envahi l’Occident

Chez maman ou au resto du coin, où que l’on aille, on a 90% de chance de croiser un meuble d’obédience scandinave. Simple et clair, le style suédois et consort rayonne dans tout l’Occident. Partons sur les bonnes bases : le fondement du design, c’est l’utilité alliée à la beauté. Quant à la Scandinavie, elle regroupe trois pays (Suède, Norvège, Danemark). Et non, l’engouement pour le design suédois n’est pas né avec Ikea. Une fois cela dit, rendez-vous avec Laurent Abry, historien de l’art, qui date très précisément le moment où le monde s’est épris du mobilier nordique. « La grande exposition de Stockholm en 1930 a donné un coup de projecteur sur le style scandinave », grâce à la présence de deux de ses précurseurs, Ferdinand Boberg et Eero Saarinen. Père de la chaise tulipe, ce dernier a « eu un impact très important sur la nouvelle génération de designers, qui vont beaucoup s’en inspirer ». Dans son sillage, Alvar et Aino Aalto, Arne Jacobsen et ses "ant chairs" (chaises fourmis), Hans Wegner - courtisé par John F. Kennedy pour le confort de ses chaises, Verner Panton et ses transats épurés… Aujourd’hui encore, la créativité scandinave es

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Le Midi / Minuit change de mains

Nouvelles têtes | « C’est un heureux hasard. On a entendu dire dans un bar que l’ancienne équipe souhaitait arrêter et trouver des gens pour reprendre le flambeau. Et (...)

Hugo Verit | Mardi 2 novembre 2021

Le Midi / Minuit change de mains

« C’est un heureux hasard. On a entendu dire dans un bar que l’ancienne équipe souhaitait arrêter et trouver des gens pour reprendre le flambeau. Et nous, cela faisait quelque temps qu’on cherchait un endroit pour travailler ensemble ! » Voilà comment Fanny, Joseph, Romain et Anouck (absente ce jour-là), les nouveaux responsables du Midi / Minuit, racontent comment ils se sont retrouvés ici. Tous intermittents du spectacle ou en passe de le devenir, ils ont donc investi ce petit théâtre associatif de la rue Saint-Laurent (25 places assises environ) en septembre dernier : « On aime ce lieu très particulier, qui a une vraie identité, où on a l’impression d’entrer chez sa grand-mère. On laisse la porte ouverte et les passants s’arrêtent par curiosité. Ce n’est pas vraiment un théâtre mais on y fait du théâtre. D’autant qu’on a la place pour accueillir des compagnies en résidence et permettre la rencontre entre des artistes locaux et extérieurs. » Que les habitués des lieux se rassurent, l’esprit du Midi / Minuit demeure avec la nouvelle équipe qui reprend les murs, l’association et le projet. Au programme, un plateau libre une fois par mois, mais aussi l

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La Bosnie dans l’objectif

Photographie | Les amoureux des Balkans peuvent se réjouir, le troisième étage de la librairie Arthaud accueille actuellement une exposition qui croise le regard de deux (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 2 novembre 2021

La Bosnie dans l’objectif

Les amoureux des Balkans peuvent se réjouir, le troisième étage de la librairie Arthaud accueille actuellement une exposition qui croise le regard de deux photographes sur la Bosnie-Herzégovine. Milomir Kovačević (dit Strasni), témoigne du Sarajevo des années 1980 à travers le portrait de ses habitants et une approche qui oscille entre humanisme et sobriété documentaire. De son côté la Française Aude Labrosse, grâce à des tirages très travaillés, dévoile son attachement à ce pays en alternant portraits de personnes rencontrées, moments de convivialité partagée, ruines de la guerre et paysages à la grandiose simplicité. Une manière de nous inciter à porter notre regard sur ce pays souvent méconnu, pourtant au cœur de l'Europe et de son histoire. Sarajevo, ville de ma jeunesse/Chroniques bosniennes, à la librairie Arthaud, jusqu'au 20 novembre

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Gourmandises alpines à La Petite Grenobloise

Local | 1244 marches pour monter à la Bastille, ça use les souliers… et surtout ça donne faim ! Non loin de la statue à l’effigie de Xavier Jouvin, un nouveau (...)

La rédaction | Mardi 2 novembre 2021

Gourmandises alpines à La Petite Grenobloise

1244 marches pour monter à la Bastille, ça use les souliers… et surtout ça donne faim ! Non loin de la statue à l’effigie de Xavier Jouvin, un nouveau pas-de-porte garni de potimarrons et de butternuts, attire notre attention. Des couleurs automnales, qui contrastent avec ce ciel bleu d’été indien, et surtout, un nom qui nous parle : La Petite Grenobloise. Un retour aux sources après la succession de restaurants italiens qui font la réputation des quais. Ouvert il y a tout juste un mois, ce restaurant qui n’a pas de local que le nom propose une carte traditionnelle avec des produits du terroir. Le cadre chaleureux du restaurant est séduisant, notamment sa belle hauteur sous plafond, qu’on ne soupçonne pas une seconde avant d'entrer. Que l’on soit plutôt friand de poisson, de viande ou de gratin dauphinois, tout est fait maison. Pour les amateurs, un vin en accord avec votre plat peut vous être conseillé par Loula et Marie, les responsables du lieu. Comptez environ 25 euros pour un plat et un dessert. Une chose est sûre, on reviendra ! Parce que c’est bon, c’est bio et dauphinois, et aussi parce qu’on a envie de goûter le reste de la carte, qui évolue au fil d

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"Les Olympiades", grands ensembles

Le film de la quinzaine | Retour au bercail pour Jacques Audiard après la parenthèse western des Frères Sisters avec une chronique contemporaine urbaine d’une sensuelle vitalité : le portrait d’un quartier métissé et d’une jeunesse qui l’est tout autant, enveloppé dans un noir et blanc somptueux et des volutes composées par Rone. Une symphonie pour quatre corps.

Vincent Raymond | Mardi 2 novembre 2021

Inattendu dans ce registre — mais qui s’en plaindra ? —, Jacques Audiard se révèle presque une âme de grisette en s’intéressant aux marivaudages du XXIe siècle entre jeunes adultes du 13e arrondissement parisien : Émilie, Camille, Nora et Amber, trentenaires représentatifs de toutes les cultures, origines et orientations, encore dans l’âge des possibles… et de l’indécision structurelle. Jadis happé par les récits sombres scandés de conflits et de violence, le cinéaste semble ici marquer une pause plus contemplative en dévidant les fils amoureux de ses quatre protagonistes. Qu’on se rassure : en scrutant la manière dont ils s’emmêlent, s’embrouillent et se débrouillent au fil du temps, Audiard cerne des formes de violences sous-jacentes psychiques ou psychologiques pas moins brutales ni traumatisantes ! Au delà du chassé-croisé sentimental, Les Olympiades s’ancre puissamment dans le territoire éponyme du film, planté de hautes tours où vit une population brassée, pour beaucoup d’origine asiatique. En cela, ce quartier constitue une réplique du monde, mais à l’échelle r

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Masques absurdes

ARTS | Dans les jours qui viennent, vous risquez de tomber à Grenoble nez à nez avec un personnage hispide au visage partiellement masqué par toutes sortes (...)

Valentine Autruffe | Mardi 2 novembre 2021

Masques absurdes

Dans les jours qui viennent, vous risquez de tomber à Grenoble nez à nez avec un personnage hispide au visage partiellement masqué par toutes sortes d’objets : chambre à air, fleurs, banane, manique usée… C’est le projet de Guillaume Dimanche, qui pendant le dur de la crise sanitaire a pris quelque 200 selfies grotesques autour du masque qui ne nous quitte plus, et les a dispersés dans la rue. « Les germes des masques sont arrivés dans cette pénurie d'invention, dans cet enfermement intérieur. […] Bien plus que n'importe quelle revendication politique, ils ont été des signes de bonne santé, la création d'un personnage, chevelu, hirsute, effrayé, halluciné, clown, portant sur lui ce que les mots et les gestes imposaient à tous », écrit l’artiste en présentation de son travail. Intitulée Frenchmasks.SGDG (pour Sans Garantie Du Gouvernement), l’expo fera l’objet d’un accrochage public à l’Artisterie vendredi 5 novembre. Frenchmasks.SGDG dans le cadre du mois de la photo, www.maison-image.fr

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"Peaux de vaches", drame rural

ECRANS | À l’instar de Paul Sanchez, Peaux de Vaches, le premier long métrage de Patricia Mazuy, est revenu ! Plus de trente ans après sa réalisation — bénéficiant au (...)

Vincent Raymond | Mardi 2 novembre 2021

À l’instar de Paul Sanchez, Peaux de Vaches, le premier long métrage de Patricia Mazuy, est revenu ! Plus de trente ans après sa réalisation — bénéficiant au passage d’une restauration bienvenue — ce drame rural ressuscite. Quelle mise en abyme, puisqu’on y assiste à la réapparition dans la vie (en apparence rangée) d’un paysan, d’un fantôme de son passé ayant pour traits ceux de son frère venant de purger dix ans de trou. S’ensuivent tensions et frictions sous l’œil de l’épouse du premier. Un trio de choc (Jacques Spiesser, le regretté Jean-François Stévenin, Sandrine Bonnaire) et une séance à la Cinémathèque en présence d’une cinéaste trop rare mais toujours juste. > Mercredi 12 novembre à 20h au Cinéma Juliet-Berto, Grenoble.

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MoulinexxX, cuisine du terroir

Electro | Si MoulinexxX s’appelle ainsi, ce n’est pas seulement pour la blague. Avoir un nom rigolo, c’est bien (parfois) mais l’ériger en concept pour en faire (...)

Hugo Verit | Mardi 2 novembre 2021

MoulinexxX, cuisine du terroir

Si MoulinexxX s’appelle ainsi, ce n’est pas seulement pour la blague. Avoir un nom rigolo, c’est bien (parfois) mais l’ériger en concept pour en faire une ligne artistique directrice, c’est mieux. Il se trouve que le bruitisme électronique de ce duo grenoblois, composé de Benjamin Vaude et Olivier Depardon, n’est pas sans évoquer le ballet robotique foutraque qui pourrait naître d’une cuisine bien équipée. Cependant, rassurez-vous, le résultat est bien plus harmonieux qu’il n’en a l’air. Ici, point de blender mais des synthés, des boîtes à rythmes, des voix, du thérémine pour des morceaux électro-rock puissants. On les avait vus jouer à la Bobine en février 2020 et ça nous avait largement convaincus de rester boire un verre de plus. À l’Ampérage, ils seront en co-plateau avec Blind Delon et leur post-punk sans répit. Blind Delon + MoulinexxX le 5 novembre à l’Ampérage

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