"Discours à la nation" : l'Appel au peuple de Murgia

SCENES | Le comédien belge David Murgia s'est associé à l'auteur italien Ascanio Celestini pour imaginer un spectacle on ne peut plus politique. Une réussite. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 1 mars 2016

Photo : Antonio Gomez Garcia


Prenez quelques cageots, un acteur belge exceptionnel (David Murgia) et un auteur italien contemporain engagé (Ascanio Celestini) et vous voilà face à un spectacle sur l'économie capitaliste d'une drôlerie et d'une justesse hautement recommandables : Discours à la nation, à voir mardi 8 mars à l'Ilyade (Seyssinet-Pariset). Murgia, qui a façonné son travail, main dans la main avec Celestini, porte comme un étendard cette verve, celle des dominants qui écrasent le peuple, celle des possédants qui s'imaginent détenir la planète quand ils n'entretiennent que leur ego surdimensionné.

« Le monde ne change pas, seule la place de l'homme change » nous dit-il narquois et méprisant. Mais avec cette surprenante mise en avant des soi-disant puissants, le duo made in Europe dresse en fait un portrait en force de ceux qui subissent et qui, face à autant de dédain, ne peuvent qu'un jour se réveiller. Sans jamais tomber dans la démagogie, voire le meeting politique, Murgia fait surtout preuve de son fascinant talent à raconter des histoires sans accessoires superflus.


Discours à la nation

Par David Murgia et Carmelo Prestigiacomo, texte et ms Ascanio Celestini, à partir de 16 ans
L'Ilyade 32 rue de la Fauconnière Seyssinet-Pariset
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Laïka" : chienne de vie

Théâtre | David Murgia. Il est des comédiens comme celui-ci que l'on suivrait n'importe où. Pour leur talent bien sûr, mais aussi parce qu'ils ont toujours quelque chose à nous dire de ce monde malade. "Laïka" en est une nouvelle preuve, à découvrir lundi 25 mars à l’Ilyade de Seyssinet-Pariset.

Nadja Pobel | Mardi 19 mars 2019

À peine étions-nous assis dans cette patinoire (lieu phare du off du Festival d’Avignon) qu'il s'est mis à parler, parler et parler encore. Comme une victime d'accident déviderait tout ce qui vient de se dérouler sous ses yeux ahuris. David Murgia n'a pas cet état de sidération, il est même étonnamment tranquille. Il est habité par cette nécessité de livrer, à toute allure, sans jamais faire riper sa diction, ses récits ; et de faire ainsi exister celles et ceux qu'on voit peu, celles et ceux que la société laisse dans un coin, au bord des rues ou dans l'isolement bien pratique de leur habitat – lorsqu'ils en ont un. Voici que le comédien raconte à un ami ce qu'il vient de raconter à des copains éphémères de bistrot : la vie de travailleurs pauvres, de malades d’Alzheimer ou d'une prostituée. Il n'y a rien de cafardeux dans l'heure quinze passée avec eux : dans ce texte, l’auteur italien Ascanio Celestini a la politesse d'aimer ses personnages sans les stigmatiser ni les "héroïser". Être en bas de l'échelle sociale (le principe de classes existe toujours, n'en déplaise à celles et ceux qui se tiennent tout en haut de la pyramide) n'e

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Geronimo

ECRANS | De Tony Gatlif (Fr, 1h44) avec Céline Salette, Rachid Yous, David Murgia…

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Geronimo

Le début, picaresque et "kusturickien", de Geronimo, où l’éducatrice incarnée par la toujours géniale Céline Salette, vient faire la leçon à des jeunes de banlieue turbulents, témoigne d’une jolie vivacité de la part de Tony Gatlif. Cette fraîcheur est toutefois de brève durée : plus qu’un banlieue-film revisité par ce spécialiste de la culture gitane, c’est un West Side Story d’aujourd’hui que raconte Gatlif, où deux bandes rivales, l’une turque, l’autre manouche, s’écharpent suite au mariage entre Nil et Lucky. Cela donne quelques séquences où l’affrontement est autant musical et chorégraphique que physique, mais la mise en scène peine à suivre cette énergie dégagée par ses protagonistes. La rigueur, c’est ce qui manque cruellement à Geronimo pour transformer en instants de cinéma ses intentions ; celles-ci sont pourtant intéressantes, notamment le travail sur les décors, mélangeant friches industrielles transformées en tags géants, nature sauvage et cités urbaines. Mais les personnages les traversent sans vraiment s’y fondre, comme si les mythologies éternelles (familles rivales, amour impossible, cœur pur sacrifié) peinaient à s’incarner da

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