"Vertiges" de Nasser Djemaï : ma famille va craquer

Théâtre | Avec "Vertiges", l’auteur et metteur en scène grenoblois Nasser Djemaï termine sa trilogie autour de la construction identitaire brillamment entamée avec "Une étoile pour Noël" et "Invisibles". Une nouvelle pièce intense et (trop) dense centrée sur un réel peu vu sur les plateaux de théâtre : c’est justement ce qui fait sa force.

Aurélien Martinez | Lundi 16 janvier 2017

« L'identité n'est pas un héritage mais une création. Elle nous crée, et nous la créons constamment » : voilà ce que déclarait en 2006 le fameux poète palestinien Mahmoud Darwich (1942 – 2008) au journal Le Monde. Des mots qui résonnent parfaitement avec le projet artistique que Nasser Djemaï développe depuis 2005, à tel point qu'il les utilise pour ouvrir la note d'intention de sa nouvelle création Vertiges.

Une pièce créée mi-janvier à la MC2 qui clôt ainsi sa trilogie sur l'identité et les racines initiée avec Une étoile pour Noël (dans laquelle un gamin prénommé Nabil va accepter de s'appeler Noël pour se conformer aux désirs d'une partie de la société) et Invisibles (sur les chibanis, ces travailleurs magrébins restés en France sans leur famille). « C'est comme si, d'une certaine manière, Nabil tue son père sur Une étoile pour Noël ; le même Nabil, qui s'appelle Martin, retourne dans les enfers pour lui parler dans Invisibles ; et, à la sortie des enfers, ramène la lumière auprès de sa famille – c'est Vertiges. Mais le danger est de propager un nouvel incendie » nous expliquait le metteur en scène et auteur il y a un an.

« Monde parallèle »

Le point de départ de Vertiges est le retour de Nadir, fils si brillant, dans l'appartement familial du fait de la maladie du père vieillissant. Un appartement étouffant où vivent donc presque en vase clos les parents, immigrés maghrébins à la maîtrise incertaine du français (Nasser Djemaï leur a écrit des phrases sans pronoms relatifs), avec le frère et la sœur de Nadir, l'un et l'autre plus modernes à leur manière.

Avec cette matière, Nasser Djemaï ouvre de nombreuses portes (les liens familiaux, la condition de ces immigrés écartelés entre deux pays, le poids de la religion…) et s'essaie à plusieurs styles (la pièce part sur un schéma très réaliste qui volera vite en éclats), donnant une réelle sensation de vertige à l'ensemble. Un trop-plein qui noie quelque peu le discours et laisse imaginer que Nasser Djemaï n'a pas assez confiance en son histoire.

Alors que c'est au cœur de ce récit que se trouve toute la force de Vertiges. Dans ce drame familial intense, fait de cris et de joies, mettant en scène des personnages qu'on ne voit que rarement sur les scènes de théâtre. « Il existe des mondes parallèles, tout près de chez nous […], des kystes urbains perçus aujourd'hui comme des prisons à ciel ouvert, des ghettos » écrit Nasser Djemaï en note d'intention. En découle un théâtre qui n'est pas voyeur ou moralisateur, mais simplement juste. Et pleinement contemporain.

Vertiges
À la MC2 jusqu'au samedi 28 janvier


Vertiges

Texte et ms Nasser Djemaï, avec Fatima Aibout, Clémence Azincourt, Zakariya Gouram, Martine Harmel, Issam Rachyq-Ahrad, Lounès Tazaïrt Après plusieurs années d'absence, en pleine tourmente personnelle, Nadir tente de retrouver un semblant de tranquillité et d'échapper à la réalité de son quotidien...
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Nasser Djemaï : « Je crains qu’après cette crise, la culture soit la dernière roue du carrosse »

Théâtre | Alors que le pays est en plein confinement, nous avons décidé de nous intéresser au sort des professionnels de la culture. On a donc passé plusieurs coups de fil, dont un au metteur en scène et auteur grenoblois Nasser Djemaï qui avait cette saison trois spectacles en tournée dans toute la France, dont sa dernière création "Héritiers". Haut-parleur et dictaphone allumés (télétravail oblige), c’est parti.

Aurélien Martinez | Jeudi 26 mars 2020

Nasser Djemaï : « Je crains qu’après cette crise, la culture soit la dernière roue du carrosse »

CComment, en tant que metteur en scène et auteur, vivez-vous cette période de confinement pendant laquelle vous ne pouvez plus montrer vos spectacles ? Nasser Djemaï : Comme pour beaucoup de monde, ce n’est pas simple, d’autant plus que j’ai aussi une troisième casquette qui est celle du producteur. Cette saison, la compagnie avait trois spectacles – Héritiers, Vertiges et Invisibles – sur les routes, avec environ 70 dates. Ces spectacles devaient s’équilibrer financièrement avec la tournée, mais forcément, avec pratiquement un tiers de dates en moins du fait de la situation actuelle, ça va être compliqué… Les dates de tournée prévues en mars, avril ou mai on

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"Héritiers" : famille d’écueils par Nasser Djemaï

Théâtre | Nasser Djemaï est un artiste multicasquettes (auteur, metteur en scène et comédien) passionnant que l’on prend plaisir à suivre depuis le début de sa carrière (...)

Aurélien Martinez | Mardi 19 novembre 2019

Nasser Djemaï est un artiste multicasquettes (auteur, metteur en scène et comédien) passionnant que l’on prend plaisir à suivre depuis le début de sa carrière entamée à Grenoble il y a une quinzaine d’années. Au fil de ses propres créations, il propose un théâtre ancré dans le réel, au plus proche de notre monde contemporain et de ses enjeux – il met par exemple souvent en scène des personnages immigrés ou issus de l’immigration, interrogeant ainsi finement la notion de construction identitaire. Pour sa sixième pièce tout juste créée à la MC2, il a quelque peu déplacé son regard en s’intéressant à une jeune trentenaire empêtrée dans des questions d’héritage ; d’où le titre Héritiers et cet astucieux décor d’immense maison bourgeoise. Mais a malheureusement perdu en pertinence. Car malgré une note d’intention (distribuée en salle) plus qu’explicite (« L’idée est qu’après notre propre mort vient celle de nos traces »), les tenants et aboutissants du texte deviennent confus au fil de la représentation, Nasser Djemaï ayant fortement chargé la barque de son récit comme s’il devait impérativement produire un discours exhaus

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Théâtre : quinze pièces pour une saison parfaite

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Des créations très attendues, des succès enfin à Grenoble, des découvertes... Suivez-nous dans les salles grenobloises et de l'agglo.

La rédaction | Mardi 17 septembre 2019

Théâtre : quinze pièces pour une saison parfaite

La Buvette, le tracteur et le curé Et voici la nouvelle pièce de l’inénarrable humoriste dauphinois Serge Papagalli, qui sera créée début octobre et tournera ensuite dans pas mal de villes autour de Grenoble. Avec toujours cette fameuse famille Maudru, dont Aimé, le chef de famille (Papagalli lui-même, parfait), et Désiré, le neveu un peu attardé (Stéphane Czopek, grandiose). Où cette fois, visiblement, il sera question d’une énième reconversion de cet agriculteur à la retraite, mais aussi d’un curé un peu strict nouvellement venu. Vivement les retrouvailles ! À partir d’octobre dans de nombreuses villes de l’Isère Tournée complète sur www.papagalli.fr Incertain Monsieur Tokbar

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Théâtre : les temps forts de la saison grenobloise

Panorama 2016/2016 | Pour cette saison 2016/2017, on vous a concocté un programme varié entre spectacles coups de poing, aventures atypiques et classiques rassurants. Suivez-nous, que ce soit à la MC2, à l'Hexagone, au Théâtre de Grenoble, à la Rampe, à la Faïencerie, au Théâtre en rond...

Aurélien Martinez | Jeudi 13 octobre 2016

Théâtre : les temps forts de la saison grenobloise

LA 432 « Un spectacle intelligent pour ceux qui ne veulent pas réfléchir » : voilà comment les légendaires Chiche Capon présentent leur LA 432, que l’on a classé en théâtre parce qu’il faut bien le mettre quelque part. Sauf que c’est beaucoup plus que ça : un déferlement burlesque et musical (leur ritournelle Planète Aluminium reste très longtemps en tête) porté par des comédiens clownesques survoltés qui n’hésitent pas à secouer le public (ou à lui taper dessus). Joyeusement régressif ! Au Théâtre municipal de Grenoble mardi 22 novembre ________ Fables Un spectacle où certaines fables de Jean de La Fontaine (1621 – 1695) sont mises en scène par deux joyeux comédiens qui s’amusent véritablement à camper les différents animaux

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"Une étoile pour Noël" : bonté pas si divine par Nasser Djemaï

Théâtre | Avec "Une étoile pour Noël", l’auteur, metteur en scène et comédien (oui, tout ça à la fois) Nasser Djemaï livre un seul-en-scène survolté et drôle au sous-texte percutant. Ou comment un gamin prénommé Nabil va accepter de s’appeler Noël pour se conformer aux désirs de certains adultes – et, plus largement, d’une partie de la société. Une recréation (le spectacle a vu le jour dix ans plus tôt) plus que bienvenue qui nous a donné envie d’en discuter avec son concepteur. Magnéto.

Aurélien Martinez | Mardi 13 octobre 2015

Une étoile pour Noël ou l’ignominie de la bonté : voilà qui est on ne peut plus clair. Nasser Djemaï ne masque pas le propos qui l’anime en l’affichant clairement dans le titre de son spectacle. Il nous l’explique, au lendemain de la première à la MC2 de la nouvelle version de cette pièce qui a vu le jour en 2005. « Le modèle dominant me fascine beaucoup. Toutes ces valeurs et tous ces codes qui se déversent sur nous en permanence : voilà comment il faut être, voilà comment il faut penser. Je trouve qu’il y a une vraie fracture avec une partie de la population qui ne se reconnaît pas dans ces valeurs plutôt bourgeoises, catholiques et blanches. » Une étoile pour Noël, c’est en partie son histoire : celle d’un gamin que la grand-mère d’un de ses camarades de classe a décidé de prendre sous son aile pour l’élever, « pour en faire une personne modèle ». « C’est vraiment comment faire en sorte, avec la plus grande bonté et le plus grand amour sincère, que ce petit soit à l’abri de tout. C’est toute l’ambigüité de la bienveillance : comment on projette des choses par rapport à soi. »

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"Immortels" : Nasser Djemaï en mode mineur

Théâtre | Après s’être intéressé aux aînés avec l’excellente pièce "Invisibles", l’auteur et metteur en scène grenoblois Nasser Djemaï colle aux basques d’une jeunesse plus politisée que désabusée avec "Immortels". Du théâtre en prise directe avec le monde, et notamment la crise économique contemporaine, qui ne convainc néanmoins pas pleinement.

Aurélien Martinez | Mercredi 19 février 2014

Ils étaient sept : quatre garçons et trois filles. Un groupe visiblement uni, qui s’est retrouvé amputé d'un de ses membres. C’est pour comprendre pourquoi son grand frère Samuel est mort que Joachim se rapproche des six autres, de cette famille d’adoption. Chacun réagira différemment face à ce frère apparu soudainement, entre rejet et fascination, voire transfert affectif. Ils sont donc sept comédiens sur scène, habillés comme à la ville (jeans slim, sweats à capuche, baskets...), évoluant dans un décor sobre matérialisant la plupart du temps l’appartement de l’un d’eux – la scénographie est réussie, convoquant avec subtilité la vidéo. Et ils sont donc sept à jouer les grands adolescents, avec tout ce que cela implique : de l’emphase, de l’emportement, de l’empressement... Des attitudes d’« immortels » qui prennent véritablement sens dans les moments les plus théâtraux, comme ce jeu de rôle entre un pays endetté, une agence de notation et les marchés financiers. Le club des losers Ils sont donc sept jeunes, à parler de tout et de rien, mais surtout de tout. Le "tout" pour ces révoltés politisés étant la crise qui s’abat sur eux avec viol

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Nasser Djemaï, success story

Rencontre | Le Grenoblois Nasser Djemaï doit être un homme comblé : son spectacle Invisibles, créé en novembre 2011 à la MC2, connaît toujours un succès phénoménal. En plus (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 28 novembre 2012

Nasser Djemaï, success story

Le Grenoblois Nasser Djemaï doit être un homme comblé : son spectacle Invisibles, créé en novembre 2011 à la MC2, connaît toujours un succès phénoménal. En plus d’une tournée conséquente dans toute la France (avec des dates en Belgique et en Suisse), il a cartonné au Festival d’Avignon cet été (dans le Off "haut de gamme"), et il sera redonné la semaine prochaine à la MC2 (avant une nouvelle reprise au printemps prochain, les spectateurs affluant en masse). Une réussite due à un projet généreux et exigeant, sur lequel on n’attendait pas forcément l’auteur-interprète d’Une étoile pour Noël et des Vipères se parfument au jasmin (deux comédies douces-amères où il campait seul en scène une dizaine de rôles). Avec Invisibles, il s’intéresse aux travailleurs immigrés d’Afrique du Nord restés en France sans leur famille, en les représentant sur scène grâce à une brochette d’acteurs chibanis (cheveux blancs en arabe) touchants. Un proposition théâtrale forte, sur laquelle Nasser Djemaï est plu

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"Invisibles" de Nasser Djemaï : mon vieux

Théâtre | Pour sa troisième pièce en tant qu’auteur, le Grenoblois Nasser Djemaï s’intéresse aux travailleurs immigrés restés en France sans leur famille. Et offre un spectacle d’une justesse de ton remarquable.

Aurélien Martinez | Mercredi 23 novembre 2011

Les invisibles, ce sont ces « travailleurs immigrés, écartelés entre les deux rives de la Méditerranée, qui ont vieilli ici, en France » explique en note d’intention l’auteur et metteur en scène Grenoblois Nasser Djemaï. « Ils sont restés seuls, pour des raisons diverses. La France est devenue leur pays, mais ils sont devenus des fantômes. » Un constat cruel et désabusé sur une société française qui a longtemps fait appel à une immigration de travail, mais qui a ensuite refusé de considérer ces travailleurs comme des citoyens à part entière. Nasser Djemaï s’est ainsi servi d’une histoire à la Wajdi Mouawad centrée sur la quête des origines (à la mort de sa mère, un jeune homme apprend qu’il a un père, et part à sa recherche) pour dresser le portrait de ces Chibanis (cheveux blancs en arabe) aujourd’hui à la retraite et vivant en groupe dans des foyers, loin de la collectivité et – surtout – de leur famille restée au bled. Je t’aime, moi non plus En suivant les énigmatiques derniers mots prononcés par sa mère sur son lit de mort, Martin, agent immobilier à la morale douteuse, se retrouve au contact de cinq de ces

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"Les Vipères se parfument au jasmin" : Nasser Djemaï, conteur moderne

Théâtre | Nasser Djemaï raconte des histoires croisées, enroulées autour de celle de Shéhérazade, jeune apprentie bouchère prise en étau entre les menaces d’expulsion (...)

Aurélien Martinez | Lundi 4 mai 2009

Nasser Djemaï raconte des histoires croisées, enroulées autour de celle de Shéhérazade, jeune apprentie bouchère prise en étau entre les menaces d’expulsion adressées à sa famille et les avances d’un prétendant fortuné. Pourtant, suite à la rencontre avec un prof de chant, et contre toute attente, elle se révèlera avoir une voix en or et espérera ainsi changer de destin. Pour son deuxième solo (après Une étoile de Noël, présenté à l’Hexagone et qui connu un joli succès), Nasser Djemaï y va à fond : il interprète sur scène la petite dizaine de personnages, jonglant entre les uns et les autres sans aucun effet scénique. Il est assez impressionnant de le voir jouer seul une scène écrite pour trois personnages. Mais cet aspect intéressant du spectacle renferme ses limites intrinsèques : notre conteur, pour différencier la fille de la mère ou de la camarade de classe, doit forcer le trait sur chacun de ses héros ordinaires, quitte à tomber quelques fois dans l’excès (on pense à « l’homme de culture », volontairement caricaturé à l’extrême, ce qui serait presque trop). Qu’importe serions-nous tentés de dire : on se laisse tout de même emba

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