"May B" : danse-la comme Beckett

Danse | La création culte de Maguy Marin sera reprise à la MC2 du mercredi 25 au vendredi 27 avril par la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues sous le nom de "De Sainte-Foy-lès-Lyon​ à Rio : May B à la Maré, une fraternité". Immanquable.

Nadja Pobel | Lundi 23 avril 2018

Photo : Sammi Landweer


Avec De Sainte-Foy-lès-Lyon​ à Rio : May B à la Maré, une fraternité, c'est une page de l'histoire de la danse que nous verrons à la MC2. Cette pièce n'a jamais cessé d'être présentée depuis sa création en 1981, à l'exception de pauses de deux ou trois ans : dingue ! La danseuse Lia Rodrigues (dont les travaux chorégraphiques récents ont été vus à Grenoble – Pindorama, Pororoca, Incarnat…) faisait alors partie de la distribution. Trente-cinq ans plus tard, elle l'a transmise aux élèves en formation continue de l'École de danse libre qu'elle a montée à la Maré, une des favelas les plus âpres de Rio de Janeiro. Le résultat est remarquable.

Inspirée par l'œuvre du dramaturge Samuel Beckett (d'où le côté très danse-théâtre du résultat), May B posait déjà à l'époque tant d'éléments de ce qui fera la force du travail chorégraphique de Maguy Marin : une conscience politique aigüe des dominants et dominés mêlée à un souffle de vie qui affleure des décombres. Semblables à des zombies ayant passé des heures sous les gravas sans doute dus à un séisme ou des bombardements, ses personnages sont grimés d'argile, encombrés dans des costumes qui les grossissent parfois ; ils font bloc commun ou se mobilisent en petits groupes, se séparent parfois, excluent aussi… La solitude est une composante de cette partition qui fait surgir un personnage de Fin de partie ou les Pozzo et Lucky d'En attendant Godot au son de Franz Schubert, Gilles de Binche et Gavin Bryars – avec son entêtant Jesus Blood never failed me yet.

Entre séquences jouées, dansées, marchées, May B est un ovni dont pas un geste n'a été modifié depuis la première. Et qui n'a rien perdu de son propos. Les élèves de Lia Rodrigues perpétuent ainsi cet artisanat et continuent de faire résonner cette ritournelle vertigineuse : « Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. »

De Sainte-Foy-lès-Lyon à Rio : May B à la Maré, une fraternité
À la MC2 du mercredi 25 au vendredi 27 avril


De Ste-Foy à Rio de Janeiro : May B à la Maré, une fraternité

Chor. Maguy Marin, transmission aux stagiaires interprètes de Nucleo 2 de l’École libre de Maré de Lia Rodrigues
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Maguy Marin : l'urgence d'agir" : salut la compagnie !

ECRANS | de David Mambouch (Fr, 1h48) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 4 mars 2019

Prenant l’emblématique pièce May B (1981) comme fil rouge, le documentariste David Mambouch retrace le parcours de la chorégraphe Maguy Marin en sa compagnie et celle des membres… de sa compagnie. Un regard intime et familial embrassant près d’un demi-siècle d’une aventure chorégraphique particulière… Cela fait près de quarante ans que David Mambouch suit au plus près le travail de la chorégraphe, dans les coulisses et en bord, voire sur scène. Et pour cause : il est son fils. C’est donc de l’intérieur qu’il peut témoigner de la progressive construction d’une œuvre, dans sa cohérence et son intégrité morale (en résonance avec des enjeux sociaux et des problématiques historiques, économiques ou humanistes), mais aussi de ses nécessaires évolutions artistiques (comme l’introduction de la parole et le glissement vers la "non-danse") rendant plus intelligible encore le propos ou le message politique sous-tendant chacune des créations de l'artiste. Portrait collectif d’une femme de troupe ind

Continuer à lire

"Fúria" : le tourbillon de la (dure) vie

Danse | La chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues sera mardi 15 et mercredi 16 janvier à la MC2 avec un nouveau spectacle furieusement réussi.

Aurélien Martinez | Mardi 8 janvier 2019

Il y a des propositions qui plongent le public dans un tourbillon intense, le prennent par les tripes pour le laisser à la fin de la représentation dans un état proche de la sidération. Fúria de la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues est de celles-ci. Soit un spectacle qui monte, qui monte, qui monte… Et qui explose grâce à neuf interprètes à l’investissement et la technicité (on les croirait pris de spasmes) dingues. Comme un immense cri chorégraphié orchestré par une artiste brésilienne soixantenaire qui compte sur la scène internationale – on a d’ailleurs souvent pu la voir dans l’agglo avec des créations fortes comme Pindorama, Pororoca ou encore Incarnat. Une danse sans frontières et pétrie de références sociopolitiques (celle qui crée ses spectacles dans la favela de Maré, à Rio de Janeiro, là où sa compagnie est basée, a fait de nombreuses recherches en amont, notamment sur la place des Noirs au Brésil) pour une pièce qui n’écrase pourtant pas le spectateur, bien au contraire : libre à chacun de mettre ou non des mots ou des idées derrière les images proposées et savamment construites – tout

Continuer à lire

Danse : nos huit coups de cœur ou attentes pour cette saison

Panorama de rentrée culturelle 2018/2019 | Avec des grands noms de la danse contemporaine comme des plus confidentiels mais non moins passionnants.

La rédaction | Mardi 18 septembre 2018

Danse : nos huit coups de cœur ou attentes pour cette saison

Comme un trio « La littérature, pensais-je, pouvait peut-être encore faire danser les mots, ces mots qui attendent patiemment qu’on les pousse dans un corps brûlant les pieds sur demi-pointe. » Voilà ce qu’écrit le chorégraphe grenoblois Jean-Claude Gallotta en note d’intention de sa prochaine création qu’il dévoilera en avant-première fin septembre à la MC2. Une pièce pour trois interprètes basée sur le fameux Bonjour Tristesse de Françoise Sagan, roman culte plein de fougue. On en attend beaucoup. À la MC2 jeudi 27 septembre et du mardi 11 au samedi 15 décembre À l’Agora (Saint-Ismier) vendredi 28 septembre À l’Oriel (Varces) samedi 29 septembre SEИS La compagnie Arcosm, qui fut en résidence les trois dernières saisons à la Rampe, reviendra à Échirol

Continuer à lire

"Deux mille dix sept" : vivement la Maguy Marin de 2018

Danse | La papesse de la danse-théâtre en France sera mercredi 16 et jeudi 17 mai à la MC2 avec sa dernière création. Qui, malgré la force de son propos, nous a laissés de marbre.

Aurélien Martinez | Lundi 14 mai 2018

Le capitalisme c’est pas bien, et ça a fait beaucoup de mal : voilà, résumé de façon lapidaire, le propos de la dernière création de la chorégraphe Maguy Marin baptisée Deux mille dix sept – elle a cherché un titre longtemps, avant de choisir celui-ci, on ne peut plus factuel (la pièce a été créée l'an passé). Un propos largement documenté en amont qu’elle illustre, comme à l'accoutumée, avec force d'images soignées plus théâtralisées que chorégraphiées. Pourquoi pas (surtout que son analyse est pertinente), mais dans ce cas précis, tout est beaucoup trop appuyé, désincarné et long pour toucher le spectateur. Et semble même par moments daté de chez daté. « L'état social actuel est assez catastrophique, de plus en plus de gens tentent de survivre, prennent des bateaux pour vivre… Cette situation n'arrête pas de cogner » nous avait-elle répondu il y a quelques semaines lorsque, dans le cadre d'une interview à l'occasion de la reprise à la MC2 de son spectacle culte

Continuer à lire

Maguy Marin : « On devrait tous se lever et agir »

Danse | Immense danseuse et chorégraphe multiprimée, Maguy Marin, enfant d’exilés du franquisme, n'a de cesse, depuis 40 ans, de mettre son art au service de la résistance à la violence du monde. Ce qu’elle démontre une nouvelle fois avec sa dernière création "Deux mille dix sept" et la transmission d'une de ses œuvres phares ("May B") à de jeunes danseurs brésiliens ; deux pièces à découvrir à la MC2. Rencontre en amont.

Nadja Pobel | Lundi 23 avril 2018

Maguy Marin : « On devrait tous se lever et agir »

Vous êtes une chorégraphe bien installée dans le paysage de la danse contemporaine française, avec pas mal de "tubes" à votre actif – May B (1981), Cendrillon (1985), Description d'un combat (2009), Bit (2014)… À côté de ce travail de création, la transmission est aussi un de vos engagements, comme l’on peut s’en rendre compte avec le spectacle De Sainte-Foy-lès-Lyon​ à Rio : May B à la Maré, une fraternité… Maguy Marin : May B a traversé 35 ans, plus de 90 danseurs l'ont dansé dont des jeunes, moins jeunes, expérimentés ou non. Il y a eu un brassage de différents parcours. C’est un vrai établi de travail qui offre des outils à de jeunes danseurs : c'est ce rapport générationn

Continuer à lire

Danse : dix spectacles pour une saison

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Que les amateurs de danse se rassurent : plusieurs salles à Grenoble et dans l'agglo proposent d'excellents spectacles de danse. En voici dix, sélectionnés par nos soins.

La rédaction | Mercredi 13 septembre 2017

Danse : dix spectacles pour une saison

Welcome Les spectacles interprétés par des enfants inspirent généralement au critique professionnel la plus profonde méfiance. Sauf quand c’est la chorégraphe Josette Baïz qui met en scène son groupe Grenade, composé de jeunes danseurs issus de quartiers d’Aix-en-Provence et Marseille. Dans ce cas, nos aigreurs s’envolent et l’on applaudit chaudement le résultat au vu du talent des interprètes, qui reprendront ici plusieurs pièces composées uniquement par des chorégraphes femmes comme Dominique Hervieu et Blanca Li Pochette Surprise. On sera dans la salle pour découvrir le résultat. À la Rampe (Échirolles) les 11 et 12 octobre My ladies rock L’un des tubes du chorégraphe grenoblois Jean-Claude Gallotta s’intitule

Continuer à lire

"Trois Grandes Fugues" : un quatuor pour trois chorégraphes

Danse | Superbe affiche de rentrée à la MC2 pour le fameux Ballet de l'Opéra de Lyon qui reprend les "Grandes Fugues" magistrales de Maguy Marin et d’Anne Teresa de Keersmaeker. Et s’approprie celle de Lucinda Childs, venue spécialement à Lyon cet été pour la créer. Jean-Emmanuel Denave et Nadja Pobel

La rédaction | Vendredi 23 décembre 2016

Maguy Marin, Anne Teresa de Keersmaeker, et maintenant Lucinda Childs... Que de succès féminins pour Ludwig van Beethoven et sa Grande Fugue, l'une de ses dernières pièces musicales composée entre 1824 et 1825. Ces trois grandes dames de la danse ont, chacune dans leurs univers dissemblables, été fascinées par ce quatuor à cordes, controversé à l'époque de sa création et aujourd'hui considéré comme le sommet de l’œuvre de l’Allemand. Car Beethoven y entremêle la puissance d'expression dramatique qu'on lui connaît à une forme de composition des plus complexes : une savante combinaison de sonate, de fugue et de variation, ainsi qu'une structure contrapuntique. Inventant sa danse au plus proche des partitions musicales qu'elle entreprend de travailler, on imagine alors la jubilation d'Anne Teresa de Keersmaeker devant un tel monstre sacré. Sa Grande Fugue, créée en 1992 et transmise au Ballet de l'Opéra de Lyon en 2006, dessine, avec huit interprètes

Continuer à lire

Danse : les cinq spectacles à ne pas louper cette saison

Panorama 2016/2017 | Avec des nouveautés, des reprises, des stars et même un concours. Suivez-nous.

Aurélien Martinez | Lundi 24 octobre 2016

Danse : les cinq spectacles à ne pas louper cette saison

Pindorama La Brésilienne Lia Rodrigues, chorégraphe des émotions à fleur de peau et du dépassement des limites du corps, voit la danse comme un combat. Après des passages à la Rampe ou à l’Hexagone, elle sera cette saison à la MC2 avec un Pindorama (un mot qui, dans la langue tupi, désigne le Brésil d’avant la colonisation) que nous n’avons pas vu mais qui nous intrigue fortement. Attention, choc possible, surtout que le dispositif scénique (qu’on ne dévoilera pas) fera tout pour le renforcer. À la MC2 du mercredi 16 au vendredi 18 novembre ______ [re]connaissance Un concours de danse ? Oui ! Sur deux soirs, douze compagnies de toute la France (voire de l’étranger pour certaines) présentent une pièce courte pour trois à cinq danseurs. Un temps fort appréciable vu la diversité remarquable que l’on découvre chaque année dans la salle qui accueille le concours. Et un temps fort ludique, les spectateurs étant amenés à voter pour décerner l’un des trois prix qui, justement, offriront une im

Continuer à lire

"Bit" de Maguy Marin : la vie, une farandole

SCENES | Dans sa dernière pièce baptisée "BiT", la chorégraphe Maguy Marin tisse une frêle farandole sur le fumier de l'histoire et dans un univers sonore techno. Une ronde de nuit, aussi brève et poignante que la vie d'un groupe et celle d'un individu.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 mai 2016

Sur une scène plongée dans la pénombre, des bourdons martèlent leurs masses électroniques en fusion sur le tambour de nos tympans. Un véritable enfer techno au beau milieu duquel, incongrus, six danseurs entament une farandole sur six plans inclinés. Un pas sur le côté, deux pas en avant, main dans la main, ils filent ensemble leur petite joie de vivre collective alors qu'autour d'eux, les rasoirs d'acier de la musique découpent l’espace et le temps en lamelles acérées. Il y a "bit" et "bit" semble vouloir dire Maguy Marin à travers ce contraste ; rythme et rythme. Si important pour la chorégraphe, ce n'est pas le tempo ou la cadence répétitive du mouvement, mais le cœur rythmique de chaque individu, comme de chaque collectif. La musique qui bat entre nous Maguy Marin entremêle ainsi les cadences infernales de la techno avec les rythmes d'une farandole, petite frise humaine se découpant sur le plateau, s'égayant en gestes presque enfantins, montant et descendant les pentes de la vie et du monde... « La seule question qui vaille au fond, déclare la chorégraphe, c'est : comment produire de la musicalité entre nous ? Comment les rythmes

Continuer à lire

Cendrillon au pays des jouets

SCENES | Ils transpirent, étouffent, en bavent littéralement, les danseurs du ballet de l'Opéra de Lyon derrière leurs masques à la fois poupons et étranges, trop à l'étroit (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 11 décembre 2013

Cendrillon au pays des jouets

Ils transpirent, étouffent, en bavent littéralement, les danseurs du ballet de l'Opéra de Lyon derrière leurs masques à la fois poupons et étranges, trop à l'étroit dans leurs habits boursouflés... Pour Cendrillon, sa première création en 1985 avec le ballet de Lyon, Maguy Marin ne ménage pas ses interprètes ni les fondements de la danse classique. « Je ne renie pas cette pièce même si elle est très loin de moi ; à présent, je ne suis plus trop dans cet esprit. Mais ça fait partie d'un processus. C'est un exercice intéressant de se confronter à une partition et un livret déjà écrits, ça permet de traverser des choses singulières et de passer entre elles pour exprimer autre chose, justement. » La pièce de répertoire est transposée ici dans un univers de jouets, de pantins maladroits, de pantomime, où le féerique et la naïveté s'y disputent à la cruauté et aux angoisses infantiles. Cendrillon est un peu godiche en esquissant ses entrechats et en se raccrochant à son balai ; son prince est un peu fade et fat dans ses mouvements aux raideurs de soldat de plomb. Maguy Marin a inclus tellement d'obstacles et de difficultés dans sa pièce que celle-ci exige par

Continuer à lire

Onde de choc

SCENES | Chorégraphe des émotions à fleur de peau et du dépassement des limites du corps, Lia Rodrigues présentera à l’Hexagone sa création Pororoca. Une expérience physique aussi singulière qu’intense. Jean-Emmanuel Denave

Aurélien Martinez | Jeudi 6 décembre 2012

Onde de choc

Image arrêtée : une grappe baroque et bariolée de onze danseurs, figée en bord de scène. Puis, c’est une déferlante, un jet pulsionnel et rageur d’objets divers : chaises en plastique, bibelots, morceaux de papiers… Une fois débarrassé du vieux rapport sujet-objet, ce corps collectif s’ébranle, se répand, se dilate, traversé d’emblée par des mouvements contradictoires, multiples, éclatés. Tel un puzzle dont les onze pièces ne s’emboîteraient jamais parfaitement, mais qui pourtant existerait comme un tout, et dont nous allons partager l’existence, les heurts, les systoles et les diastoles. Pororoca, titre de la pièce, désigne "le bruit qui détruit" et le mascaret, cette grande vague qui remonte l’Amazone à contre-courant. Et comme dans Les Vagues de Virginia Woolf, les expressions de chaque individu ne se détachent ici jamais d’un grand mouvement qui les dépasse. On pense aussi aux sculptures de Rodin dont les figures s’entrelacent au bloc de matière dont elles ne s’extirpent pas totalement. Groupe d’individualités

Continuer à lire

Sculpteuse de corps

SCENES | La chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues nous avait retournés en 2005 à la Rampe avec son Incarnat – on lui avait même offert la une, c’est dire ! Une création (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 7 septembre 2012

Sculpteuse de corps

La chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues nous avait retournés en 2005 à la Rampe avec son Incarnat – on lui avait même offert la une, c’est dire ! Une création dérangeante, politique (sa compagnie est implantée dans une favela de Rio de Janiero), entre danse, arts plastiques et performance. Elle sera à l’Hexagone de Meylan le mardi 18 décembre avec Pororoca, sa nouvelle pièce pour onze danseurs qu’on nous assure être animée par la même force. On veut bien le croire !

Continuer à lire

«Le changement est plutôt sain»

SCENES | La chorégraphe Maguy Marin, directrice du Centre chorégraphique national (CCN) de Rillieux-la-Pape, quittera ses fonctions à l’été 2011. L’occasion de l’interroger sur ses motivations avant son passage en novembre prochain à la MC2, avec ses deux dernières créations. Propos recueillis par Dorotée Aznar

François Cau | Mercredi 8 septembre 2010

«Le changement est plutôt sain»

Petit Bulletin : Pourquoi quittez-vous la direction du CCN ?Maguy Marin : Je suis à Rillieux [une ville à la périphérie de Lyon – NDLR] depuis douze ans. Avant, je dirigeais le CCN de Créteil... Aujourd’hui, j’ai envie de créer en dehors de mes fonctions de directeur d’un CCN. Ensuite, je pense que le CCN de Rillieux existera réellement en tant que structure quand il ne sera plus attaché à un seul nom. Et, si j’ai eu beaucoup de plaisir à être à Rillieux, cela m’a demandé également une présence très suivie. J’ai envie de retrouver un autre temps de travail. On a pu lire que vous souhaitez « reprendre votre liberté », est-ce bien de cela dont il s’agit ? La liberté, c’est un bien grand mot. S’engager à la tête d’une structure comme le CCN, c’est un peu comme avoir un enfant : quand on l’a, on ne peut plus sortir tous les soirs. Cela demande beaucoup d’attention, beaucoup de présence. Ce n’est pas que je n’ai pas été libre pendant douze ans, mais je n’avais pas la possibilité de partir en résidence dans une autre ville, de m’absenter trop longtemps. Je reprends ma mobilité plus que ma liberté. Je vais limiter m

Continuer à lire

Éloges de la lenteur

SCENES | Danse / Deux très grands rendez-vous chorégraphiques cette semaine : Turba de Maguy Marin et Kinkan Shonen de la Cie Sankai Juku. Deux pièces qui, chacune dans son style, dilatent le temps et remontent aux origines du monde... Jean-Emmanuel Denave

François Cau | Mercredi 27 janvier 2010

Éloges de la lenteur

Depuis plusieurs années, Maguy Marin ralentit et intensifie le geste chorégraphique : elle a fait marcher de manière répétitive ses interprètes au milieu de grands miroirs dans Umwelt, les a assis devant des pupitres dans Ah ! Ah !, et les compose en différents tableaux quasi picturaux dans Turba. Cette pièce, créée en 2008, est pourtant un hymne au désordre, au chaos fertile en nouvelles formes de vie... Il s'agit en l'occurrence d'une adaptation du De Natura Rerum de Lucrèce, poème philosophique épicurien, où tout n'est que mouvement et transformation ! Mais si la turbulence ne se traduit pas ou plus à travers la mise en mouvement des corps, elle se concrétise d'une autre et géniale façon en faisant circuler les intensités de leurs présences sur scène, les images qu'ils cristallisent un instant, en éclatant aussi le texte de Lucrèce dit par les danseurs en différentes langues. Ce théâtre-danse du fragment et de l'éclat est très proche du théâtre composite et polyphonique de François Tanguy. Pièce chorale, Turba fait danser les émotions, les mots, les masques, les "cadrages", les chants, les costumes, les tableaux (avec des références évidentes à Velasquez par exemple)...

Continuer à lire