Trinidad : « Dans "Et pendant ce temps, Simone veille !", l'humour est un moyen et non un but »

Théâtre | Dans "Et pendant ce temps, Simone veille !", « quatre générations de femmes se succèdent dans un voyage qui s’étend de la lutte pour l’avortement à la procréation assistée ». Un spectacle audacieux dans le fond (même si certains partis pris peuvent être discutés) et très réussi dans la forme, puisqu’il mixe propos politiques forts et humour bienvenu. On en a parlé avec Trinidad, l’autrice et l’une des interprètes, avant son passage à l’Heure bleue.

Aurélien Martinez | Mardi 2 octobre 2018

Comment est née l'idée de ce spectacle ?

Trinidad : Tout ça remonte à 2011. J'étais encore chroniqueuse sur France Inter lorsque l'affaire Strauss-Kahn a éclaté. J'ai donc fait quelques petites chroniques sur le sujet. Et un jour, il y a eu la phrase de Jean-François Kahn sur le "troussage de domestique". Là, un truc a explosé dans mes tripes : ce n'est pas possible qu'en France, dans un pays où des femmes et des hommes ont lutté pour qu'on ait tous des droits, en 2011, on entende encore des choses comme ça dans les médias.

Je me suis donc dit qu'il fallait montrer aux jeunes d'où l'on vient. J'ai alors tout de suite eu cette image de trois femmes sur un banc avec un personnage extérieur qui viendrait donner quelques dates importantes pour l'histoire des femmes.

Le spectacle est riche en informations, mais pas simplement didactique puisque le texte et la mise en scène jouent fortement avec l'humour…

Tout à fait, car je viens du monde de l'humour. Et depuis quelques années, l'humour est devenu un moyen et non plus un but : c'est le petit verre d'eau qui fait passer le cachet. Si j'étais arrivée avec un spectacle revendicateur féministe de base, je ne pense pas que ça aurait eu le même impact. Je suis d'ailleurs surprise de voir comment il touche toutes les générations et non seulement les jeunes et les femmes.

Le féminisme est composé de plusieurs courants, qui peuvent se rejoindre mais aussi se confronter sur des questions comme, par exemple, le voile, que vous abordez en fin de spectacle en vous positionnant contre…

Ce passage, c'est une parodie que j'avais faite en 2011 pour une chronique sur France Inter sur le spectacle de Danièle Thompson L'Amour, la mort, les fringues [le petit tube Oui, je l'adore de Pauline Ester devenait, avec Trinidad, Oui, Tchador – NDLR]. C'était donc une boutade. Et en 7 ans, la boutade est devenue un acte courageux.

Le vrai danger est là : comment, dans un pays où l'on s'est battu pour nos libertés, on entend aujourd'hui des féministes expliquer que le voile est un choix… Dès qu'il y a une discussion après le spectacle, c'est là-dessus que ça part, donc c'est vraiment qu'il y a un souci.

Au vu du succès rencontré par le spectacle, vous en écrivez une version avec des hommes…

Un ami m'a soufflé cette idée, que j'ai trouvée intéressante. Il s'agit de voir comment les hommes ont traversé ces 60 dernières années. Je me suis plongée là-dedans ; beaucoup d'hommes m'ont également confié des choses. Le titre est alors venu de lui-même : Le Silence des hommes. Car dans cette période de "me too" où les hommes sont pointés du doigt, j'ai envie de montrer que non, ils ne sont pas tous comme ça. Et que beaucoup d'hommes sont victimes d'autres hommes.

Je pense qu'on se trompe quand on reste sur une question de genre alors que c'est une question de pouvoir et de domination. Il se trouve que depuis des siècles, certains hommes détiennent le pouvoir, mais je reste persuadée que si on le donne à des femmes, on aura exactement le même résultat.

Et pendant ce temps, Simone veille
À l'Heure bleue (Saint-Martin-d'Hères) mardi 9 octobre à 20h


Et pendant ce temps Simone veille !

Ms Gil Galliot, par Agnès Bove, Fabienne Chaudat, Trinidad... Dès 12 ans
L'Heure Bleue Rue Jean Vilar Saint-Martin-d’Hères
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Théâtre : quinze spectacles pour une saison parfaite (ou presque)

Panorama de rentrée culturelle 2018/2019 | Suivez-nous, on vous emmène à la MC2, à l'Hexagone, au Théâtre municipal de Grenoble, à l'Heure bleue, à l'Ilyade, à l'Espace Paul Jargot, au Grand Angle...

La rédaction | Vendredi 28 septembre 2018

Théâtre : quinze spectacles pour une saison parfaite (ou presque)

Et pendant ce temps, Simone veille ! « Quatre générations de femmes se succèdent dans ce voyage qui s’étend de la lutte pour l’avortement à la procréation assistée. » Voilà bien un spectacle audacieux dans le fond (surtout que parler de féminisme fait encore peur à certains de nos jours) et très réussi dans la forme, comme il mixe propos politiques forts et humour bienvenu. Sur scène, les comédiennes traversent les époques et les questionnements pour rappeler que le combat féministe a certes avancé, mais reste toujours d’actualité. Passionnant (même si on peut discuter de certains propos, ce qu’on essaiera de faire en octobre avec l’une des autrices). À l’Heure bleue (Saint-Martin-d’Hères) mardi 9 octobre La Rose et la hache Créé en 1979, déjà redonné en 2004 pour la réouverture (après travaux) de la MC2, La Rose et la hache est un spectacle culte de Georges Lavaudant, avec notamment sur scène le fameux comédien Ariel Garcia-Valdès, complice de longue date du metteur en scène né à Greno

Continuer à lire