"Je demande la route" : humour sans frontière signé Roukiata Ouedraogo

Humour | Critique enthousiaste de ce spectacle à découvrir vendredi 5 octobre à la Faïencerie le La Tronche.

Aurélien Martinez | Mardi 2 octobre 2018

Photo : Fabienne Rappeneau


« Vous avez une drôle de façon de draguer en France. Avec des fleurs ? Chez moi, quand un garçon fait la cour à une fille, il lui ramène du poulet braisé, du mouton au four… Des trucs utiles quoi ! La drague, ça commence par le ventre avant de finir dans le cœur. » En un peu plus d'1h15 et avec un tas d'images et d'anecdotes comme celle-ci, la comédienne Roukiata Ouedraogo nous raconte son riche parcours de petite fille burkinabée avide d'apprendre (tout commence par une récitation devant une classe de 180 élèves – 180, oui) à jeune adulte débarquée en France des rêves plein la tête mais contrainte de se confronter à la rudesse des indigènes (ah, le sens de l'hospitalité des voisins !) et au climat hostile (ce fameux froid si froid). Une histoire intime qui ne l'empêche pas de s'aventurer sur des terrains plus difficiles, comme lorsqu'elle aborde la violence de l'excision ou les préjugés auxquels sont constamment confrontés les acteurs et actrices noirs.

Je demande la route est ainsi l'un de ces spectacles rangés dans la case humour parce qu'il faut bien leur trouver une place, mais qui est en fait tout simplement du théâtre. Du théâtre de surcroît à l'écriture solide (Roukiata Ouedraogo et son co-auteur et co-metteur en scène Stéphane Eliard savent décrire les situations avec justesse) et à l'interprétation efficace (grâce à l'énergie et le sens de la distance de Roukiata Ouedraogo). Car si la comédienne fait rire, comme elle le fait également sur France Inter dans l'émission Par Jupiter ! de Charline Vanhoenacker, elle a conscience qu'elle n'est pas là que pour amuser le public mais également pour lui offrir, presque sans avoir l'air d'y toucher, de la matière à réflexion. Et ça marche. Le succès grandissant qu'elle connaît depuis la création de ce seule-en-scène en début d'année ne devrait donc pas s'arrêter de sitôt : tant mieux.

Je demande la route
À la Faïencerie (La Tronche) vendredi 5 octobre à 20h30


Je demande la route

Par Roukiata Ouedraogo
La Faïencerie 74 Grande Rue La Tronche
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Roukiata Ouedraogo : « Je ne suis pas une humoriste, je suis une raconteuse d’histoires drôles »

Humour | Quelle excellente surprise que ce "Je demande la route", seule-en-scène dans lequel la comédienne burkinabée Roukiata Ouedraogo, médiatisée notamment pour ses chroniques sur France Inter, revient sur son riche parcours de jeune écolière en Afrique devenue artiste en France. Original, drôle, très précis théâtralement : voilà là l’un de nos coups de cœur humour de la saison, à découvrir vendredi 5 octobre à la Faïencerie de La Tronche.

Aurélien Martinez | Mardi 2 octobre 2018

Roukiata Ouedraogo : « Je ne suis pas une humoriste, je suis une raconteuse d’histoires drôles »

D’où vient l’expression Je demande la route qui a donné son nom au spectacle ? Roukiata Ouedraogo : C’est une tradition qu’on pratique au Burkina Faso et dans quelques autres pays d’Afrique de l’Ouest. C’est une façon très polie de quitter son hôte avec sa bénédiction. Vous, quand vous voulez partir, vous dites que vous allez prendre la route. Nous, on la demande, et trois fois même ! La première fois, l’hôte entend mais ne dit rien ou dit seulement "ah oui, d’accord". La deuxième fois, il dit "ah oui c’est vrai, mais bois un peu d’eau avant", et tu restes encore un peu. La troisième fois, il te donne enfin la route, avec sa bénédiction, ce qui est très important car nous, quand on voyage, on n’a pas d’assurance maladie, d’assurance rapatriement et tout ça ! Un spectacle qui, comme vous venez de le faire, joue avec les différences entre les deux cultures sans pour autant les hiérarchiser… C’est exactement ça ! Je voulais que tout le monde en prenne pour son grade tout en ne vexant personne. Juste dire qu’on est tous pareils, qu’on peut tous rire ensemble avec bienveillance et dans

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