"Requiem pour L" : de la musique, jusqu'à ce que mort s'ensuive

Spectacle musical | Du mercredi 6 au vendredi 8 mars à la MC2, on pourra découvrir une troublante création signée notamment par l'immense Alain Platel.

Aurélien Martinez | Mardi 5 mars 2019

C'est une proposition difficilement classable, que l'on doit au metteur en scène et chorégraphe (des fameux Ballets C de la B) Alain Platel et au compositeur Fabrizio Cassol. Une aventure quelque part entre le concert (« quatorze musiciens de plusieurs continents se rencontrent autour du Requiem de Mozart qu'ils reconstruisent en fusionnant leurs influences musicales personnelles avec du jazz, de l'opéra et de la musique africaine populaire ») et le spectacle classique (nous sommes assis comme au théâtre, et aucune interaction n'a lieu avec le public). Mais une aventure qui emporte celles et ceux qui en acceptent les codes, et surtout le propos.

Car en fond de plateau de ce Requiem pour L, derrière une scénographie forte qui évoque le Mémorial aux Juifs assassinés d'Europe situé à Berlin, passe la vidéo d'une femme alitée (Lucie, d'où le "L" du titre) vivant ses derniers instants. Le cadre est serré sur le visage de celle qui a accepté que les images soient utilisées par Alain Platel – dont elle était une spectatrice fidèle. La mort nous est ainsi montrée en face, avec franchise mais également pudeur – notamment grâce au montage. Devant, 1h40 durant, les excellents musiciens et chanteurs emmènent Mozart (et son œuvre inachevée) dans d'autres contrées (notamment africaines) grâce au détricotage opéré par Fabrizio Cassol. Livrant ainsi une troublante messe de mort sans frontières.

Requiem pour L
À la MC2 du mercredi 6 au vendredi 8 mars


Requiem pour L.

Par Alain Platel, sous la direction musicale du compositeur Fabrizio Cassol. 14 musiciens de plusieurs continents se rencontrent autour du Requiem de Mozart.
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Le cabaret va fermer ses portes. Une dernière fois, les artistes qui l’ont fait vivre montent sur les planches. Des travestis, accompagnés de deux femmes, qui ont tout simplement vieilli, et qui remballent maintenant les costumes de leur vie passée. Mais avant, ils s’offrent donc un ultime tour de piste, où seront abordés, dans un même élan, la fuite du temps, les rêves brisés, l’humour potache… Une mise en abyme élaborée par trois Belges : l’artiste pluridisciplinaire Frank Van Laecke, le chorégraphe Alain Platel des Ballets C. de la B. (on se souvient de son fabuleux Out of Context vu à la MC2 la saison dernière), et surtout Vanessa Van Durme, comédienne à l’origine du projet, que l’on avait déjà pu découvrir dans le très beau spectacle Regarde maman, je danse, mis en scène par Frank Van Laecke et programmé à la Rampe en 2008. De ce ménage à trois est ainsi né un Gardenia

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