"Laïka" : chienne de vie

Théâtre | David Murgia. Il est des comédiens comme celui-ci que l'on suivrait n'importe où. Pour leur talent bien sûr, mais aussi parce qu'ils ont toujours quelque chose à nous dire de ce monde malade. "Laïka" en est une nouvelle preuve, à découvrir lundi 25 mars à l’Ilyade de Seyssinet-Pariset.

Nadja Pobel | Mardi 19 mars 2019

À peine étions-nous assis dans cette patinoire (lieu phare du off du Festival d'Avignon) qu'il s'est mis à parler, parler et parler encore. Comme une victime d'accident déviderait tout ce qui vient de se dérouler sous ses yeux ahuris. David Murgia n'a pas cet état de sidération, il est même étonnamment tranquille. Il est habité par cette nécessité de livrer, à toute allure, sans jamais faire riper sa diction, ses récits ; et de faire ainsi exister celles et ceux qu'on voit peu, celles et ceux que la société laisse dans un coin, au bord des rues ou dans l'isolement bien pratique de leur habitat – lorsqu'ils en ont un.

Voici que le comédien raconte à un ami ce qu'il vient de raconter à des copains éphémères de bistrot : la vie de travailleurs pauvres, de malades d'Alzheimer ou d'une prostituée. Il n'y a rien de cafardeux dans l'heure quinze passée avec eux : dans ce texte, l'auteur italien Ascanio Celestini a la politesse d'aimer ses personnages sans les stigmatiser ni les "héroïser". Être en bas de l'échelle sociale (le principe de classes existe toujours, n'en déplaise à celles et ceux qui se tiennent tout en haut de la pyramide) n'est pas qu'une longue plainte. L'aplomb de la prostituée est à cet égard éclairant lorsqu'elle affirme, via David Murgia, qu'elle n'a pas de morale mais une éthique. CQFD.

En l'air et contre tout

Debout, au milieu des cageots, l'acteur déambule, son acolyte à l'accordéon installé en fond de scène. Et il dévoile ainsi le pendant ouvrier de Discours à la nation, pièce (présenté en 2016 à l'Ilyade) déjà menée avec Celestini dans laquelle il portait la parole du patronat, de façon fatalement plus acide. Telle la mécanisation des emplois dont il parle, sa parole se fait presque automatique quand il décrit la réalité du travail de manutentionnaire : porter des caisses, petites ou grandes, mais pas nécessairement proportionnellement lourdes – « ça dépend du contenu ». Murgia parvient à rendre à la fois l'humanité de ses personnages et la déshumanisation à laquelle ils sont circonscrits, ou pire, leur négation ; Dieu, convoqué avec habileté comme une croyance populaire parmi d'autres, les ignore.

Dans ce spectacle modeste et brillant, au milieu de personnages émiettés, s'insère alors un petit chien qui, le 3 novembre 1957, envoyé par les Russes dans l'espace, fut « l'être vivant le plus proche de Dieu ». Laïka ? « C'est un chien de rue, pas un chien de bourgeois qui a la trouille » clame Murgia, sans pour autant vouloir prendre une revanche ni accuser.

Laïka
À l'Ilyade (Seyssinet-Pariset) lundi 25 mars à 20h30


Laïka

D’Ascanio Celestini. L'humanité vue du comptoir d'un bar par un messie de passage.
L'Ilyade 32 rue de la Fauconnière Seyssinet-Pariset
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Discours à la nation" : l'Appel au peuple de Murgia

SCENES | Le comédien belge David Murgia s'est associé à l'auteur italien Ascanio Celestini pour imaginer un spectacle on ne peut plus politique. Une réussite. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 1 mars 2016

Prenez quelques cageots, un acteur belge exceptionnel (David Murgia) et un auteur italien contemporain engagé (Ascanio Celestini) et vous voilà face à un spectacle sur l'économie capitaliste d'une drôlerie et d'une justesse hautement recommandables : Discours à la nation, à voir mardi 8 mars à l'Ilyade (Seyssinet-Pariset). Murgia, qui a façonné son travail, main dans la main avec Celestini, porte comme un étendard cette verve, celle des dominants qui écrasent le peuple, celle des possédants qui s'imaginent détenir la planète quand ils n'entretiennent que leur ego surdimensionné. « Le monde ne change pas, seule la place de l'homme change » nous dit-il narquois et méprisant. Mais avec cette surprenante mise en avant des soi-disant puissants, le duo made in Europe dresse en fait un portrait en force de ceux qui subissent et qui, face à autant de dédain, ne peuvent qu'un jour se réveiller. Sans jamais tomber dans la démagogie, voire le meeting politique, Murgia fait surtout preuve de son fascinant talent à raconter des histoires sans accessoires superflus.

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