"Perdu connaissance" : Adrien Béal dans les plis de la vérité

Théâtre | Les questionnements qui nourrissent les spectacles du metteur en scène Adrien Béal sont a priori inépuisables, comme on pourra une nouvelle fois le constater à l'Hexagone de Meylan.

Nadja Pobel | Lundi 25 mars 2019

Photo : Vincent Arbelet


Annoncé comme un spectacle questionnant la vérité en s'appuyant sur la manière dont le philosophe Michel Foucault l'a traitée, Perdu connaissance, créé en octobre dernier au Centre dramatique national de Dijon, est aussi une pièce sur la solitude. Peut-être celle-ci révèle-t-elle d'ailleurs, presque au sens chimique, l'intériorité de chacun des six protagonistes…

Avec cette scénographie imposante et intrigante matérialisant une loge de gardienne d'école, le metteur en scène Adrien Béal dispose ainsi d'un lieu à recoins et à coulisses laissant entrevoir le dehors et cachant des mystères à l'image du texte elliptique, écrit au plateau au cours d'improvisations. Cette fille débarquée dans la loge où vivait sa sœur qui a littéralement « perdu connaissance » est-elle vraiment celle qu'elle prétend être devant la directrice d'école suspicieuse de prime abord ? Cette dernière est-elle aussi lisse qu'elle apparaît alors que, durant des années, elle et son mari n'ont pas utilisé entre eux la verbalisation – « c'était plus équilibrant que de se parler des choses du quotidien » ?

Adrien Béal, qui nous avait déjà séduits à l'Hexagone avec Le Pas de Bême (et dont compagnie du Théâtre Déplié porte particulièrement bien son nom), déploie ici une intrigue dans laquelle il distord aisément la notion de temps par de simples phrases annonçant que des mois se sont écoulés depuis la scène précédente. L'étrangeté est le contrepoint de la vérité recherchée. Ces vies accidentées s'exposent paradoxalement dans une étonnante fluidité de jeu.

Perdu connaissance
À l'Hexagone (Meylan) mardi 26 et mercredi 27 mars à 20h


Perdu connaissance

Par la Cie Théâtre Déplié
Hexagone 24 rue des Aiguinards Meylan
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Le Pas de Bême" : questions pour un spectateur

Théâtre | Que se passe-t-il lorsqu’un lycéen décide de ne rendre plus que des copies blanches à ses professeurs ? Avec "Le Pas de Bême", le metteur en scène Adrien Béal livre une création surprenante dans la forme comme dans le fond, qui parie sur l'intelligence du public. On lui en sait gré.

Aurélien Martinez | Mardi 7 mars 2017

Des chaises, placées en rectangle dans une salle quelconque, sur lesquelles s'asseyent les spectateurs. Au centre, sur cette scène improvisée, trois comédiens sortis du public jouent avec cette configuration originale, et jouent surtout les différents personnages du spectacle, se les échangeant au fil de la représentation. Même le principal, celui autour de qui le récit se noue : le jeune Bême, qui n'aura donc pas de visage clairement incarné. Avec Le Pas de Bême, le metteur en scène Adrien Béal a voulu mener un travail sur la notion d’objection, en s'inspirant du roman L'Objecteur du dramaturge français Michel Vinaver (dans l'univers militaire, une jeune recrue est mise en prison pour refus d'obéissance) qu'il transpose dans le plus familier système scolaire. Avec cette fois-ci, en antihéros, un adolescent parfaitement intégré qui, un jour, se met à ne rendre que des copies blanches, sans explication. C'est à partir de ce moment-là que la machine, dont les rouages ont été inconsciemment intégrés par tous (profs, parents, camarades de classe...), va commencer à dérailler. Ambition intime Avec ce point de départ f

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