Igor : « Chez Dromesko, personne n'est dressé ! »

Spectacle | Depuis 1990, le Théâtre Dromesko, fondé par le couple charismatique Igor et Lily, propose des spectacles atypiques entre cirque, théâtre, danse et musique, comme on avait par exemple pu s’en rendre compte il y a dix ans avec le fabuleux "Arrêtez le monde, je voudrais descendre". Bonne nouvelle : voilà le duo, leurs interprètes et leurs animaux de retour avec leur baraque-théâtre posée sur le parvis de la MC2 pendant deux semaines pour donner leurs deux dernières créations : "Le Jour du grand jour" et "Le Dur désir de durer". Ça méritait bien une interview du fameux Igor Dromesko.

Aurélien Martinez | Mardi 26 mars 2019

Diriez-vous que vous venez du monde du cirque ?

Igor Dromesko : Pas tout à fait du cirque… Moi, je suis allé quatre fois dans ma vie au cirque quand j'étais petit, emmené par mes parents ! Mais on peut dire que dans les années 1980, avec Bartabas et mon frère Branlo, on a un peu donné naissance à ce que l'on appelle aujourd'hui le nouveau cirque, pas tant avec Zingaro [compagnie renommée de théâtre équestre aujourd'hui pilotée par Bartabas – NDLR] qu'avec le Cirque acrobatique et burlesque du Baron Aligre…

En 1990, vous rompez pourtant avec Bartabas pour créer, avec votre femme Lily, la compagnie Dromesko et votre premier (et mythique) spectacle La Volière Dromesko. Quelle était votre idée à l'époque ?

On n'a jamais d'idée, on est plus sur des envies ! Pas parce qu'on est bêtes et qu'on vit en caravane, mais parce qu'on fonctionne à l'instinct et au ressenti… La Volière, c'est parti quand Lily était enceinte de notre deuxième fille : à chaque fois qu'elle sortait, au lieu de s'offrir des tartes aux fraises et autres fixettes de femme enceinte, elle achetait des oiseaux. On s'est retrouvés avec une centaine d'oiseaux, il fallait faire plein de volières pour les recevoir ! De là est parti le spectacle avec environ 200 oiseaux…

Depuis, il y a toujours des animaux sur scène avec vous, mais pas de façon spectaculaire comme dans les cirques traditionnels…

C'est ça. De toute façon, chez Dromesko, personne n'est dressé, que ce soit les danseurs, les musiciens, les comédiens ou les animaux ! On se connaît bien les animaux et nous, on fait tout ensemble : c'est une question de complicité. Sur scène, ils sont eux-mêmes, comme nous.

C'est un peu une particularité du Théâtre Dromesko, cette espèce de porosité entre la fiction et le réel. D'ailleurs, on met tous les gens qu'on aime sur scène ! Nos filles y sont depuis leur enfance, et elles sont toujours avec nous – l'une est sur scène, l'autre fait la lumière.

D'où le fait qu'à chacun de vos spectacles, on a comme l'impression de rentrer dans votre monde, impression renforcée par le lieu dans lequel le public est reçu…

Les baraques qu'on monte sont à la fois l'enveloppe, notre petit théâtre forain, et le décor. C'est un ensemble. D'ailleurs, j'aime autant faire le montage de la baraque que jouer le spectacle, j'ai autant de plaisir à mettre la table qu'à partager un repas avec les gens qui viennent…

Donc oui, quand les gens rentrent dedans, ils rentrent vraiment chez nous, ils le sentent. Et c'est pour ça qu'à chaque fois, on a toujours fait nous-mêmes nos structures, comme la volière à l'époque ou la baraque de maintenant. On est comme des escargots, on voyage avec notre maison quand on tourne.

Comment naissent vos spectacles ?

On ne part jamais d'une vaste idée. Quelque fois, ça part d'un petit truc : un clou, un tabouret… Et plein de choses s'agglomèrent autour. La vie est comme un poème qu'on ne peut pas disséquer, n'essayons pas d'être plus intelligents qu'elle !

Et les deux que vous jouerez à Grenoble ?

Avant de faire Le Jour du grand jour, le premier volet de la sorte de diptyque qu'on proposera à Grenoble, on avait plusieurs pistes, avec des gens comme Matthias Langhoff ou Jacques Bonnafé, mais rien n'en est sorti. Puis l'une de nos filles s'est mariée. On a alors tout simplement décidé de partir sur les cérémonies ; les mariages, enterrements et autres étant des moments pour lesquels on est obligé de se maquiller, de se costumer, d'avoir des musiques… Comme au théâtre finalement, où l'on met des choses très intimes sur le plateau pour les donner aux autres. L'aventure a alors été lancée. Et comme le mariage de notre fille s'était bien passé, c'était comme si on avait déjà répété quelque chose !

Quant au Dur désir de durer, c'est plus une sorte de continuité du Jour du grand jour – d'où le mot diptyque. Ça part du même endroit, dans le même espace en bi-frontal, mais ça va ailleurs. C'est comme un morceau de vie qu'on aperçoit mais on ne sait jamais où est le début et la fin, où est la mort… C'est très vaste… Comme notre monde en fait !

Le Jour du grand jour
À la MC2 du mardi 2 au samedi 6 avril

Le Dur désir de durer
À la MC2 du mardi 9 au samedi 13 avril


Le Jour du Grand Jour

Par le théâtre forain les Dromesko
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Le dur désir de durer

Par le théâtre forain les Dromesko
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Le Jour du grand jour" : le jour d’un grand spectacle

Spectacle | La géniale compagnie Dromesko s'installe sur le parvis de la MC2 pendant deux semaines (du 2 au 13 avril pour être précis) avec deux spectacles entre cirque, théâtre, musique et danse.

Nadja Pobel | Mardi 26 mars 2019

Avant même de voir ce qu’il en retourne, il y a ces titres : Le Jour du grand jour pour ce travail dévoilé en 2014, et Le Dur désir de durer, dernière création en date (2017) des Dromesko. Au-delà des assonances et répétitions verbales, il est dans les deux cas question de plonger au cœur de l’intime. Concernant Le Jour du grand jour, seul spectacle des deux que nous ayons vu, il s’agit d’une série de cérémonies inscrites au cœur d’un dispositif bi-frontal particulièrement adapté. Les mines déconfites, le stress des grandes occasions, le rire, les piaillements des familles réunies : toutes les expressions humaines se condensent dans ces 90 minutes entre enterrements, mariages et baptêmes. Mais, dans ces rituels bien calibrés, l’étrangeté guette comme l’animalerie de la compagnie est bien sûr de la partie : un cochon déroule de son groin le tapis rouge, un oiseau échassier défie avec majesté l’assemblée… Ni tout à fait du cirque (quoique cette compagnie soit une des pionnières de son profond renouvellement

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Dromesko : détour de manège

Spectacle | Cette semaine, l’équipe du Théâtre Dromesko s’arrête du côté de la MC2 pour nous proposer sa nouvelle création "Arrêtez le monde, je voudrais descendre". À défaut d’avoir pu voir de quoi il retournait, on a soumis Igor, son directeur artistique, à la question.

François Cau | Lundi 16 février 2009

Dromesko : détour de manège

Comment est né le Théâtre Dromesko ? Igor : C’est venu quand on a arrêté le cirque Zingaro, dont j’étais l’un des créateurs avec Bartabas. Je suis parti en 1989 parce que ça devenait un peu la grosse usine. Pendant un an et demi, j’ai fait d’autres choses, j’ai fait une fille, notamment, mais j’avais envie de repartir sur d’autres projets artistiques. Créer Dromesko était une façon de réaliser ce rêve. Depuis dix ans, le Théâtre Dromesko est installé à la Ferme du Haut Bois, à Saint-Jacques-de-la-Lande, dans une friche agricole. Comment cela a influé sur votre art ? Quand le maire de Saint-Jacques nous a proposé cet endroit, c’était encore des champs avec des vaches autour, il y avait juste un centre commercial mais sinon il n’y avait personne, c’était une ville nouvelle qui se construisait – on était là avant la plupart des habitants. Maintenant, il y a des immeubles partout, comme une espèce de village gaulois retranché qui ne voudrait pas voir que le béton a gagné. C’est un port d’attache pour nous, un endroit où, quand on revient de tournée, on gare les camions et on s’installe direct

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