Catherine Contour : « Inventer des manières de se relier à l'autre à travers la danse »

Spectacle | La chorégraphe-exploratrice aime « suivre des chemins buissonniers ». Dans le cadre de la programmation de l’événement isérois Paysage > Paysages, elle présentera vendredi 7 et samedi 8 juin, de 9 à 23 h (oui !), sa création "Une Plage en Chartreuse", dernier opus de ses "Suites japonaises". L’artiste nous en dit plus sur les coulisses de ces journées itinérantes entre Grenoble et le massif chartrousin, et entre « danses, écoutes, gestes, films, collations, déplacements, échanges ou encore rêveries ».

Nathalie Gresset | Lundi 3 juin 2019

Photo : Felipe Ribon / Maison Contour


Comment le projet Une Plage en Chartreuse est-il né ?

Catherine Contour : C'est une idée ancienne. Je vis dans la région depuis une vingtaine d'années et je suis amoureuse de la Chartreuse. La culture japonaise m'intéresse aussi depuis longtemps, notamment dans le rapport à la nature et au temps. Depuis trois ans, j'ai effectué plusieurs résidences en France et au Japon qui m'ont permis d'élaborer cette pièce mettant en résonance ce massif et la région du Kyushu. Je suis entourée pour ce projet par une équipe d'une quinzaine de personnes, constituée notamment de danseurs, musiciens et chercheurs.

Quels parallèles dessinez-vous entre la Chartreuse et cette région japonaise ?

Il existe pas mal de correspondances entre les deux, dans les paysages notamment. Tout comme certaines régions du Japon, la Chartreuse recèle des endroits sauvages, abrupts et contrastés, à la fois sombres et lumineux. Une certaine spiritualité reliée à la nature habite également ces deux lieux. Lors de cette Plage en Chartreuse, il y aura plusieurs petits clins d'œil au Japon avec un bento pour le repas ou encore des plateaux-espaces d'accueil en bois inspirés du Japon.

L'association des mots "plage" et "Chartreuse" semble de prime abord assez paradoxale. Pourquoi avoir choisi ce titre ?

Les "Plages" sont des formes artistiques atypiques que je développe depuis 11 ans. Ce sont des manières d'habiter poétiquement un lieu, qui se déploient dans l'espace et dans le temps ; à la différence des "Plongées" qui sont des séries d'immersions plus courtes.

Je cherchais à remplacer le mot "spectacle". J'ai tiré au hasard un mot dans le dictionnaire et je suis tombée sur "plagiste". J'ai trouvé l'interview d'une plagiste dans les années 1950 qui expliquait comment elle préparait l'espace, accompagnait les gens pendant la journée et le soir venu, rangeait et effaçait toutes traces de passage. Je me suis alors désignée "artiste-plagiste" et certaines de mes pièces ont pris la forme de "Plages". Les spectateurs sont devenus des "baigneurs" invités à percevoir par tous les sens.

Comment ces deux journées vont-elles se dérouler ?

On va évoluer d'un lieu à l'autre entre Grenoble et le balcon sud de la Chartreuse. Il y aura des moments en intérieur et d'autres en extérieur, des passages à pied et quelques-uns en car. La journée sera divisée en plusieurs séquences de danse, d'écoute, de repos, de marche, de projection, d'échanges…

Il y a tout un travail chorégraphique sur les rythmes à l'échelle de la journée avec des ralentissements et des passages plus vifs. La "Plage" est ouverte à tous sans besoin de compétences particulières. Le principe est de constituer une petite communauté qui traverse ensemble ces différentes propositions. À certains moments, les baigneurs seront plus spectateurs ou auditeurs, et à d'autres, ils pourront choisir leur manière de partager une expérience, un peu comme sur une plage où chacun profite du lieu à sa façon – baignade, lecture…

Que souhaitez-vous transmettre à travers cette création ?

Le fil conducteur de mes créations est d'inventer des manières de se relier à l'autre à travers la danse dans des espaces variés et dans des relations un peu autres que celles qui se jouent dans l'espace scénique traditionnel. Je désire aussi partager une pratique de création un peu moins dans le spectaculaire et dans une économie de moyens, où se travaille finement les relations au lieu, au temps, aux autres et à son propre corps. Et je souhaite aussi proposer, avec cette "Plage", d'expérimenter la Chartreuse autrement.

L'outil hypnotique est au centre de votre travail depuis une vingtaine d'années. Comment se manifeste-t-il dans vos créations ?

Certaines personnes sont sceptiques face à l'hypnose. C'est pourtant un processus naturel qui se développe sans qu'on en soit conscient. C'est également une technique précise qui n'a rien d'ésotérique. J'ai décidé de puiser dans cette technique pour créer un outil au service de la création artistique et poursuis activement cette recherche.

Par exemple, dans Une Plage en Chartreuse, l'utilisation de l'outil hypnotique pourra favoriser l'amplification d'une manière d'être là, présents avec tous nos sens, et, en même temps, de pouvoir rêver à des ailleurs et ainsi créer des passerelles grâce à notre imaginaire. Cet outil a changé beaucoup de choses pour moi dans la mise en œuvre et le processus de création ainsi que dans le travail du corps, du geste et de la danse avec des formes d'écriture innovantes.

Une Plage en Chartreuse

  • Vendredi 7 et samedi 8 juin de 9 à 23h, entre Grenoble et le balcon sud de la Chartreuse. Départ et retour à Grenoble. Tarif : 15 euros
  • Réservation avant le 6 juin auprès du Pacifique (lepacifique-grenoble.com)
  • Une version plus courte d'Une Plage en Chartreuse sera proposée le 16 juin, de 6h30 à 12h30, dans le cadre du cinquième Grand Rassemblement du Centre chorégraphique national de Grenoble

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"Une plage au Pont-de-Claix" : sea, sex and sun

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Aurélien Martinez | Jeudi 24 mai 2012

Vous vous définissez comme une "artiste plagiste". C’est-à-dire ? Catherine Contour : J’ai une petite histoire à vous raconter. Depuis longtemps, je fais des propositions aux formes multiples et variées. On me demande souvent ce que c’est, si je suis plasticienne, chorégraphe, on voit que j’aime le son, le design, les jardins... Je suis en fait sur plusieurs domaines, de façon transversale, alors qu’en France, c’est plutôt sectorisé. Ça pose des questions. Pour ma part, j’aime beaucoup les passages de frontières, la porosité entre les différents genres... Pour un festival sur ces formes hybrides venues d’ailleurs, on m’avait incitée à définir mon travail, comme je ne fais pas vraiment de spectacle, ni de workshop, ni d’atelier... J’ai alors pris mon dictionnaire, je l’ai ouvert au hasard, et je suis tombée sur le mot plagiste. En lisant la définition, je me suis dit que c’était tout à fait ça ! Car je travaille sur les espaces, sur les gens qui viennent dans ces espaces, sur l’organisation du temps qui passe.... Donc si je suis plagiste, je peux dire que je fais des plages ! À partir de là, tout s’est un peu construit suivant

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