"Harvey" : Laurent Pelly, avec plaisir

Théâtre | Théâtre. Un homme et son ami imaginaire... qui se trouve être un lapin : c'est le nouveau spectacle de Laurent Pelly qu'on pourra découvrir à la MC2 début janvier.

Aurélien Martinez | Mardi 8 décembre 2020

Photo : (c) Myr Muratet - Opéra national de Paris


« Bien sûr que le théâtre est avant tout du plaisir, je ne vois pas pourquoi il en serait autrement », nous avait déclaré un jour en interview Laurent Pelly (que l'on connaît bien à Grenoble pour avoir dirigé le feu Centre dramatique national des Alpes il y a une quinzaine d'années et offert un paquet de créations inoubliables). Voilà, résumé en quelques mots, pourquoi le metteur en scène est de ceux qui font du bien à un monde théâtral français parfois vraiment trop prise de tête. Avec lui, la scène devient le réceptacle à tout un imaginaire débridé, le sien comme celui du public qu'il n'enferme pas, au contraire, chacun étant libre de s'évader à ses côtés.

Début janvier, on sera donc dans la grande salle de la MC2 pour la première de son nouveau spectacle justement créé à la MC2, avec pas mal de monde au plateau, dont le très connu Jacques Gamblin ou encore un comédien grenoblois que l'on adore, Grégory Faive. Il montera un texte de 1944 écrit par la dramaturge états-unienne Mary Chase sur un homme doté d'un ami imaginaire, lapin de deux mètres prénommé Harvey (d'où le titre de la pièce). Un matériau propice à, une nouvelle fois, laisser son imagination prolifique nous transporter, nous simples mortels ? On attend que ça.

Harvey
À la MC2 du mercredi 6 au samedi 9 janvier.


Harvey

Texte Mary Chase, mise en scène Laurent Pelly
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Voici 23 spectacles pour une saison théâtrale grenobloise variée

Panorama de rentrée culturelle 2020/2021 | Les théâtres de Grenoble et de l'agglomération ont de nouveau dégainé des programmations bourrées de propositions qu'on avait envie de défendre. Suivez-nous ! Par Aurélien Martinez et Nadja Pobel

La rédaction | Mercredi 14 octobre 2020

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Western ! À Grenoble et aux alentours (ce que l’on appelle de par chez nous le Dauphiné), Serge Papagalli est une légende qui foule les scènes de la région depuis maintenant 50 ans. Pour célébrer cet anniversaire comme il se doit, et avant de le croiser fin novembre sur grand écran dans le film Kaamelott (le fameux Guethenoc le paysan, c’est lui) d’Alexandre Astier, notre homme se lance dans le western-spaghetti et théâtral, lui qui revendique fièrement ses origines italiennes. Avec une douzaine de comédiennes et comédiens à ses côtés (dont pas mal de fidèles de chez fidèles toutes générations confondues), son Western ! était forcément très attendu par un paquet de monde. Dont nous. AM À la MC2 du mardi 13 au jeudi 22 octobre Au Théâtre Jean-Vilar (Bourgoin-Jallieu) vendredi 6 et samedi 7 novembre Au

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John-Harvey Marwanny, un conseiller pour la vie

CONNAITRE | « Inventeur du concept de développement personnel sans douleur, spécialiste du bien-être pour tous, moi, John-Harvey Marwanny, je vous propose d’accéder à l’épanouissement individuel le plus absolu » explique son site internet. Ce drôle de personnage sera jeudi à la librairie les Modernes pour un « super quizz manger ». C'est-à-dire ?

Jean-Baptiste Auduc | Lundi 17 octobre 2016

John-Harvey Marwanny, un conseiller pour la vie

Une moustache et un postiche. Voilà en deux mots John-Harvey Marwanny, maître du développement personnel sans douleur qui débarque à Grenoble pour un soir. Une notion un peu floue ? Il nous éclaire : « C’est un concept développé par la Marwanny Corporation, et qui a pour but d’aider les gens à s’épanouir dans la vie. » L’artiste burlesque use donc de tous les moyens, dont des conférences musicales, pour faire passer son message. On peut y découvrir d’improbables powerpoints où les slides de chats se mêlent aux grands concepts de management. En intermède, il enchaîne sur des chansons aux textes dévastateurs : il veut « tuer un banquier, faire taire Laurent Ruquier, brûler quelques hypermarchés ». Sinon, la Marwanny Corporation édite aussi tout un tas de livrets, dont le superbe – accrochez-vous – Brillez de mille feux dans les dîners mondains grâce aux trésors de la connaissance de John-Harvey Marwanny. À la librairie les Modernes, JHM présentera un quizz, appuyé sur son opuscule. Le thème sera la nourriture. Alors attendez-vous à des questions loufoques sur l’anthropophagie ou les glaces parfumées à la viande

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Que faire à Grenoble pendant les vacances de Noël ?

CONNAITRE | Si cette période de l’année n’est pas la plus riche culturellement parlant (doux euphémisme), il y a tout de même moyen de s’occuper intelligemment. Le PB vous propose un programme jour par jour, fait de visites, de cinéma, de musique, de spectacles… Libre à vous de le suivre ou non, dans l’ordre ou dans le désordre. La rédaction

Aurélien Martinez | Mardi 22 décembre 2015

Que faire à Grenoble pendant les vacances de Noël ?

Mercredi 23 décembre Avant-dernier jour pour foncer au fameux Marché de Noël de Grenoble et ainsi se mettre dans l’ambiance fêtes si ce n’est pas encore fait. Un journée qui se terminera avec un concert gratuit du groupe Funky Caravane à 18h square du Docteur Martin. Jeudi 24 décembre Si de la famille et/ou des amis viennent vous rendre visite à Grenoble pendant les fêtes, emmenez-les absolument au Musée archéologique de Grenoble. Oui, on en a déjà souvent parlé, mais comme pas mal de monde ne semble pas encore connaître l’un des lieux les plus fascinants de la ville… En plus, l’entrée est gratuite, donc vous pouvez y aller en nombre. Attention tout de même : le musée est fermé le mardi et les 25 décembre et 1er janvier. Vendredi 25 décembre

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"L’Oiseau vert" : du très grand Pelly !

Théâtre | 2h20 qui ne souffrent d’aucun temps mort : avec "L’Oiseau vert" de Carlo Gozzi, Laurent Pelly a mis sur pied une fable visuellement fantastique défendue par des comédiens excellents. Du très bon théâtre, généreux et source de plaisir. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mercredi 6 mai 2015

« Quand on travaille sur des plateaux de la dimension de celui de la MC2, c’est indispensable selon moi de perdre le spectateur dans une image. J’aime bien, quand le spectacle démarre, ne plus savoir où est la réalité concrète, géographique. D’ailleurs, L’Oiseau vert nécessite cette rêverie, cette poésie de l’image. » Voilà ce que nous déclarait la semaine passée le metteur en scène Laurent Pelly juste avant de faire son grand retour à Grenoble avec ce fameux Oiseau vert, spectacle créé à Toulouse que nous n’avions pas pu voir avant sa venue à la MC2. On est donc allés le découvrir le soir de la première grenobloise, dans une salle blindée : ô joie, on a retrouvé Laurent Pelly sous son meilleur jour. Le directeur du Théâtre national de Toulouse est ainsi parfaitement arrivé à « perdre le spectateur dans une image » comme il l’a si souvent fait du temps où il dirigeait

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Aurélien Martinez | Mardi 28 avril 2015

Laurent Pelly : « Perdre le spectateur dans une image »

La légende raconte qu’un jour, dans la bibliothèque du Cargo (le nom de la MC2 au siècle dernier, avant les travaux), le metteur en scène Laurent Pelly tomba par hasard sur la pièce L’Oiseau vert de Carlo Gozzi. Coup de foudre immédiat pour cet auteur italien du XVIIIe siècle aujourd’hui oublié, l’histoire ayant plutôt retenu son rival Carlo Goldoni. Pelly trouva pourtant dans ce texte une matière propice à déployer son univers théâtral grandiose – il est question de princes qui s’ignorent, de tentative de mariage entre un père et sa fille et, forcément, d’un animal étrange. Laurent Pelly : « L’œuvre de Gozzi ne ressemble à aucune autre. Son théâtre est joyeux, burlesque, violent, extrêmement poétique… » Pourtant, à l’époque, alors qu’il était au Centre national des Alpes, il n’a jamais touché à la pièce. C’est chose faite aujourd’hui, puisqu’il l’a mise en scène il y a quelques mois au Théâtre national de Toulouse qu’il dirige depuis 2008 avec la dramaturge et metteuse en scène Agathe Mélinand. E

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La Voie de l’ennemi

ECRANS | De Rachid Bouchareb (Fr-ÉU, 1h58) avec Forest Whitaker, Harvey Keitel, Brenda Blethyn…

Christophe Chabert | Mardi 6 mai 2014

La Voie de l’ennemi

Remake contemporain de Deux hommes dans la ville de José Giovanni, La Voie de l’ennemi remplace la ville française par un désert américain à la frontière mexicaine et ne s’intéresse qu’à un homme sur deux, un prisonnier condamné pour le meurtre d’un Marshall qui, à sa libération, tente de retrouver le droit chemin guidé par sa conversion à la religion musulmane. Mais, dans ce sud de l’Amérique frileux entre lutte contre l’immigration clandestine, économie mafieuse et trauma post-11 septembre où l’Islam est le nouvel ennemi d’une Nation en guerre, le criminel repenti devient suspect désigné d’un shérif rancunier. Bouchareb avance donc sa thèse avec une lourdeur éléphantesque et un académisme plombant où chaque scène est annexée au propos développé, laissant de côté toute tension dramatique. Le cinéaste n’a par ailleurs aucun sens du contre-emploi, chaque acteur venant faire peu ou prou ce qu’on attend de lui – Whitaker joue la victime, Keitel le flic obsédé, Blethyn la bonne âme désarçonnée, Guzman le bad guy latino… On se croirait face à un vieux téléfilm rempli de clichés et de chromos sur une Amérique que Bouchareb investit pour mieux lui cra

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"The Grand Budapest Hotel" : Wes Anderson à tous les étages

ECRANS | Avec "The Grand Budapest Hotel", Wes Anderson transporte son cinéma dans l’Europe des années 30, pour un hommage à Stefan Zweig déguisé en comédie euphorique. Un chef-d’œuvre génialement orchestré, aussi allègre qu’empreint d’une sourde inquiétude.

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

The Grand Budapest Hotel, au départ, c’est un livre, lu par une jeune fille blonde sur un banc enneigé de la ville de Lutz, à côté de la statue de son auteur. Ce livre raconte l’histoire du Grand Budapest Hotel telle qu’elle fut rapportée à l’écrivain lors d’un séjour dans ses murs au cours des années 1960 par le propriétaire de l’hôtel, Zéro Moustapha. Cette histoire est aussi celle de Mr Gustave, concierge du Grand Budapest du temps de sa splendeur dans les années 1930, juste avant le début de la guerre, mentor et ami de Zéro. Le Grand Budapest Hotel était alors un bastion du luxe et du raffinement au cœur de l’Europe, dans la République de Zubrowka. À l’arrivée, The Grand Budapest Hotel est un film de Wes Anderson, autrement dit une pure création : rien de tout cela n’existe, tout a été réinventé par l’imaginaire du cinéaste. Mais ce monde fantaisiste laisse deviner en transparence la véritable Histoire européenne, du temps de ses heures les plus tragiques. Partition virtuose La narration en poupées russes qui lance le film – un récit à l’intérieur d’un récit à l’intérieur d’un récit –, redoublé par les const

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Le Congrès

ECRANS | Ari Folman va là où on ne l’attendait pas après "Valse avec Bachir" : une fable de science-fiction qui interroge le futur du cinéma et mélange prises de vue réelles et animation vintage. Ambitieux, inégal mais souvent impressionnant, "Le Congrès" est aussi un formidable hommage à son actrice, Robin Wright. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 3 juillet 2013

Le Congrès

La mort du cinéma, annoncée depuis maintenant trois décennies, produit ce curieux paradoxe : chaque fois qu’un metteur en scène s’empare du sujet, il en tire une œuvre qui, à l’inverse, semble célébrer ses capacités de résistance. On se souvient du Holy motors de Carax, mais c’est aussi le cas du Congrès d’Ari Folman. Pas d’ambiguïté sur le discours du film : ce monde où les studios proposent aux acteurs de signer le «dernier contrat de leur carrière», avant de les scanner intégralement puis d’utiliser leur image dans des productions sur lesquelles ils n’ont plus aucun droit de regard, ressemble à une extrapolation cauchemardesque du passage au numérique actuel. C’est ce que décrit le premier acte du film, très impressionnant : Robin Wright, dans son propre rôle, est pressée par son agent (Harvey Keitel) et par le chef particulièrement odieux et inculte du studio Miramount (Danny Huston) de mettre un terme au lent calvaire qu’est devenu son parcours de comédienne en acceptant ce deal à la fois monstrueux et salvateur. Le choix de Robin W

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Gagarine’s way

MUSIQUES | Habitué à tutoyer les sommets, Laurent Pelly se confronte ici carrément à l’espace avec "I Cosmonauti Russi", récit musical du dernier voyage d’une équipée interstellaire, avec en toile de fond l'effondrement de la plus grande utopie du XXème siècle. Propos recueillis par Hugo Gaspard

| Mercredi 16 mars 2005

Gagarine’s way

Comment avez-vous découvert l’œuvre de Battista Lena ?Laurent Pelly : Par hasard. J’étais à Nantes où je créais Le Voyage de Monsieur Perrichon. Je cherchais une musique pour le spectacle et je suis tombé sur Banda Sonora, un autre disque de Battista. Je ne l’ai pas choisi pour Perrichon, mais pour mon spectacle suivant, Le Roi Nu. A l’époque, je ne savais pas qu’il y avait un lien entre Michel Orier et lui (Les disques de Battista Lena sont sortis chez Label Bleu, la maison de disque créée et longtemps dirigée par l’actuel directeur de MC2, ndlr). Faut-il voir ici une charge politique contre le communisme, comme justement dans Le Roi Nu ?I Cosmonauti Russi n’a pas vraiment de message idéologique, c’est certes une métaphore du communisme, mais surtout un hommage à ces pionniers de la conquête spatiale, tous ces cosmonautes morts au cours des vols, qui ont été sacrifiés sur l’autel de l’expérimentation en Union soviétique. Avec l’équipe, on a visionné récemment un reportage sur Gagarine qui passait sur la chaîne Histoire. On ne connaît pas forcément l’histoire de celui qui

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Paradoxe onirique

SCENES | Après le beau succès de son Alice au Pays des Merveilles, Laurent Pelly s’attaque à un autre cauchemar scénique présumé : "Le Songe" d’August Strindberg. N’ayant pu assister à une répétition, on se console avec une interview du maestro. Propos recueillis par François Cau

Christophe Chabert | Mercredi 8 mars 2006

Paradoxe onirique

Comment le processus de création a évolué entre les deux temps de répétition ?Laurent Pelly : On a répété un mois cet été, en se focalisant d’abord sur le texte, le sens, et puis un autre mois maintenant. C’est beaucoup et en même temps très peu pour une pièce comme cela, avec tous ses tiroirs et ses ressources infinis… Entre ce laps de temps j’ai travaillé seul, et je me suis rendu compte que la pièce est à la fois autobiographique, qu’il n’y a pas un détail à l’intérieur qui ne se rapporte pas à la vie de Strindberg, à sa personnalité complexe et bouillonnante, et à la fois que le sujet était la contradiction de l’humain, à la petite échelle de l’auteur mais aussi de celle de notre monde. Strindberg joue sur les paradoxes, sur la nature humaine et ce que la société en attend…Oui… Mais ce n’est pas une pièce à message, Strindberg n’est pas un théoricien, il est sur l’instant de manière très violente, ce qui entraîne des fulgurances d’une grande lucidité, des choses qui peuvent se rapporter à chaque personne de manière très intime ; et dans le même temps des délires incohérents, notamment par rapport à la rel

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So long, mister P

SCENES | Si l’année 2007 est a priori sa dernière année comme Directeur du Centre Dramatique National des Alpes (son mandat arrive bientôt à terme), Laurent Pelly n’entend pas se laisser aller à un quelconque vague à l’âme, et nous réserve encore des surprises dont il a le secret pour cette fin de saison. FC

| Mercredi 10 janvier 2007

So long, mister P

La sphère théâtrale française est en ébullition. Hasard des calendriers, un nombre conséquent de structures (théâtres nationaux et centres dramatiques) voient les mandats de leur directeur arriver à terme durant l’année civile 2007. Le hic, c’est que le sort des postes en question est dans les mains de notre Ministre de la Culture, Renaud Donnedieu De Vabres, dont l’activité (pas catastrophique mais presque) s’est caractérisée par une propension notable à la commisération occasionnelle, et au pourrissement quasi systématique des dossiers urgents. Il y a un mois, on pensait encore, avec cette candeur juvénile qui fait une partie de notre charme, que cet état de fait allait s’appliquer à ce point précis. En d’autres termes, que les mandats allaient être prolongés sans grandes surprises jusqu’aux prochaines élections présidentielles, voire jusqu’aux municipales. Jusqu’à ce que RDDV surprenne son monde en nommant Olivier Py (jusqu’ici en charge du Centre Dramatique d’Orléans) à la succession de Georges Lavaudant au Théâtre de L’Europe – Odéon à Paris. Un choix loin d’être illégitime mais étonnant pour tout le monde (y compris Lavaudant, qui se voyait bien reconduit), qui laisse augu

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Les malades imaginaires

SCENES | Théâtre / Le Centre Dramatique National des Alpes s’empare de l’ultime pièce de Copi, Une Visite Inopportune. Laurent Pelly jubile tandis que le public découvre un texte mordant et horriblement mélancolique. FC

| Mercredi 7 février 2007

Les malades imaginaires

Une Visite Inopportune est une farce superbement grotesque, où les pires mesquineries se hurlent avec une drôle de méchanceté au rythme des claquements de portes. Le dernier projet théâtral de son auteur, qui abordait ici la mort en face avec cynisme avant de l’accueillir à contrecœur. Sur scène, l’espace se fond dans une chambre d’hôpital surdimensionnée, aux murs fatalement mouvants. Sur le lit, Cyrille, acteur de théâtre mourant du sida, jouissant en permanence de son caractère imbuvable sur ses infortunés visiteurs, interprété par le paroxystique Jean-Claude Durand. Cyrille fait son dernier tour de piste, pour les spectateurs les plus improbables qui soit (un très vieux garçon énamouré, un journaliste silencieux, une infirmière opiomane-friendly, une cantatrice en plein «veuvage nerveux», et enfin un professeur affamé traumatisé par les tricycles). Il en fait des tonnes dans l’abject, dans le jeu de l’attraction / répulsion avec orgueil et passion. Pour camper le pivot de cette comédie macabre, le comédien adopte un jeu volontiers outrancier, sur la corde raide du “ça passe ou ça casse“, qui se délite néanmoins au fil des tableaux, et du rapprochement de l’

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Le couple en morceaux

MUSIQUES | Opéra / La Voix Humaine et Le Château de Barbe- Bleue, deux œuvres lyriques courtes, sont transcendées par les interprétations magistrales de Felicity Lott et d’Hedwige Fassbender. SD

| Mercredi 7 mars 2007

Le couple en morceaux

Rapprocher La Voix Humaine de Francis Poulenc du Château de Barbe-Bleue de Bela Bartok, s’avère un choix judicieux de la part de Laurent Pelly. Dramaturgiquement, les liens se font entres ces œuvres toutes deux en un acte. Dans le monologue très fragmenté de La Voix humaine, tragédie amoureuse, intelligente d’écriture musicale et littéraire (le texte est de Jean Cocteau et l’adaptation musicale fut réalisée en 1958 par Poulenc), une femme seule, abandonnée par son “chéri” s’entretient au téléphone avec lui. L’atmosphère, est dès le début, angoissée. Le rôle est chanté et vraiment joué par la très intense soprano Felicity Lott à la prononciation parfaite. Émouvante, légère, elle est aussi profondément femme blessée - sa voix aérienne devient alors aigus clairs sans stridence, et évoque le désespoir rentré, contenu. Car cette femme aime encore cet homme qui la quitte, et cette rupture - à laquelle elle ne parvient à se résoudre - la rend coupable. L’œuvre lacunaire, morcellée, du fait de la conversation téléphonique où le contact se rompt pérpétuellement, contraste avec Barbe-Bleue. Dans, cette dernière pièce, Judith, la quatrième femme de Barbe-Bleue qui a quitté famille et vie “

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