Galilée éclairé

Nadja Pobel | Mardi 21 septembre 2021

Photo : © Simon Gosselin


En choisissant de monter un texte passionnant et d'une actualité tragiquement permanente, Claudia Stavisky signe, avec La Vie de Galilée, son meilleur spectacle depuis Blackbird (2008). Dans un décor clos tout en hauteurs, dans lequel Galilée se calfeutre, étouffe et travaille à notre discernement, elle signe une mise en scène sobre qui rend grâce à ce mathématicien pour qui le but des sciences est de « poser une limite aux erreurs infinies ». Au XVIIe siècle, Galilée n'a eu de cesse de s'opposer aux lois divines et d'étayer, via l'observation des astres, les hypothèses de Copernic avant lui : la Terre tourne autour du Soleil.

Dans ce texte dont l'écriture est entamée au commencement de la Seconde Guerre mondiale et sera révisé jusqu'à la mort en 1956 de Bertolt Brecht, le dramaturge dit l'impossible humilité de l'humain face à l'univers et les ravages des dogmes religieux, ridicules, tellement ridicules. Philippe Torreton endosse avec gravité cette responsabilité au fil des décennies que traversent son personnage. L'acteur, qui n'a plus rien à démontrer de son talent, est au centre de ce travail sans pour autant irradier les autres. C'est même l'exact inverse : à l'instar des élèves de Galilée, il permet à son entourage (ses camarades de jeu) d'être de plus en plus convaincants tout au long de ces 2h35.

La vie de Galilée, 5-7 octobre à la MC2


La vie de Galilée

Avec Philippe Torreton, Gabin Bastard, Alexandre Carrière, etc.
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Arturo Ui, Philippe Torreton et les résistibles populismes

Théâtre | La fameuse pièce de Bertolt Brecht évoquant l'accession au pouvoir d'Hitler sera donnée à la MC2 du mardi 7 au samedi 11 mars. Dans une version voulue modernisée par le metteur en scène Dominique Pitoiset. D'accord, mais bof...

Aurélien Martinez | Mardi 28 février 2017

Arturo Ui, Philippe Torreton et les résistibles populismes

Un peu d’histoire pour commencer. La Résistible Ascension d'Arturo Ui est une œuvre du dramaturge allemand Bertolt Brecht terminée en pleine Seconde Guerre mondiale. Elle met en scène la figure d’Arturo Ui, chef de gang qui, en proposant son aide au mal en point trust du chou-fleur de Chicago, va gravir les marches du pouvoir. Et se transformer en être immonde… Ici, Ui est donc clairement Hitler (grimé en Al Capone), Bretch usant de la distanciation pour livrer une « farce historique » très engagée – surtout pour l’époque. Plus de 65 ans après la parution de la pièce, le metteur en scène Dominique Pitoiset s’en empare. Non pas pour mettre une nouvelle fois en lumière la folie hitlérienne mais pour dénoncer les populismes à l’œuvre aujourd’hui dont l’ascension doit, elle aussi, être résistible – les références à l’actualité sont légion pendant les deux heures de représentation, et libre au public d’imaginer une personnalité plus contemporaine sous les traits de Ui. L’attention est louable, et parfaitement mise en mouvement, notamment grâce au fascinant Philippe Torreton dans le rôle-titre. Po

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"La Vie de Galilée" : divertissement haut de gamme

Théâtre | Quand l'un des plus grands metteurs en scène français (Jean-François Sivadier) remonte l'un des ses spectacles phares ("La Vie de Galilée" de Brecht) toujours avec son comédien fétiche (Nicolas Bouchaud), on ne peut que s'enthousiasmer. Ce que l'on fait ici du coup.

Aurélien Martinez | Mardi 6 janvier 2015

Nicolas Bouchaud–Jean-François Sivadier, c'est la quintessence du rapport comédien–metteur en scène. Une Rolls Royce théâtrale. Le talent du premier, véritable bête de scène capable de donner vie à n'importe quel matériau, couplé au savoir-faire du second, faiseur de théâtre au sens noble du terme, offre à chaque fois des étincelles. Ensemble, ils se sont penchés sur Feydeau, Molière, Shakespeare, Büchner ou encore Brecht : des dramaturges qui ont écrit de véritables machines à jouer où le plaisir des comédiens et – surtout – du public est constant. Si tant est que les artisans d'aujourd'hui les prennent telles quelles, en assumant cette partie de jeu (qui peut aussi côtoyer des propos plus graves), ces œuvres du répertoire sont des petits bijoux indémodables. Science politique C'est l'une de ses machines que Jean-François Sivadier a décidé de remonter, après une première version à succès en 2002 : La Vie de Galilée de Bertolt Brecht. Soit le parcours de l'un des plus grands scientifiques de l'histoire qui s'est confronté à un pouvoir religieux bien décidé à conserver l'ordre établi – la terre au centre d

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Grégory Faive : « Je ris pour ne pas pleurer »

SCENES | Quand un comédien et metteur en scène grenoblois s’empare de l’excellent "Petit lexique amoureux du théâtre" de Philippe Torreton et le complète par quelques textes piochés ici et là (du Shakespeare, du Lagarce, voire même du Muriel Robin), ça donne "Pourvu qu’il nous arrive quelque chose". Un spectacle accessible et généreux à mettre devant tous les yeux. Rencontre avec Grégory Faive et critique plus qu’enthousiaste. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 13 mai 2014

Grégory Faive : « Je ris pour ne pas pleurer »

Le spectacle rencontre un succès impressionnant depuis sa création en 2011... Grégory Faive : Je suis très heureux. Je profite de chaque représentation et de chaque retour avec le public parce que c’est rare – c’est la première fois que ça m’arrive ! C’était assez inattendu en plus, parce que j’ai préparé ce spectacle en marge d’un autre [Une souris grise de Louis Calaferte – ndlr]. C’était une tentative, pour voir ce que ça allait donner. Je suis donc heureux que ça plaise, que ça marche, et que ça soit reçu par un public si varié – ce qui, là aussi, n’a pas toujours été le cas dans mes autres spectacles ! Pourvu qu’il nous arrive quelque chose ouvre des discussions avec les amateurs de théâtre, les professionnels, les néophytes... J’imaginais que ce serait intéressant de partager ce texte, mais je n’avais pas prévu qu’il fasse écho aussi positivement chez les gens qui prati

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La Pièce manquante

ECRANS | De Nicolas Birkenstock (Fr, 1h25) avec Philippe Torreton, Lola Dueñas…

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

La Pièce manquante

André découvre un matin que sa femme Paula est partie, le laissant seul avec ses deux enfants. Ils décident ensemble de cacher la chose au reste de la famille mais aussi à la petite communauté rurale dans laquelle ils vivent. Raconté comme ça, l’argument de La Pièce manquante ressemble à un prototype de téléfilm France Télévisions. À l’écran, c’est exactement ce que l’on voit : une enfilade de scènes attendues dialoguées comme du Plus belle la vie et filmées sans la moindre audace. La platitude généralisée du résultat, où tout le monde semble s’appliquer consciencieusement à ne jamais sortir de ce psychodrame étriqué farci de silences et de mines déconfites, où l’on ne nous épargne aucun cliché du genre (le premier flirt de l’adolescente, qui fait du trampoline comme sa mère avant elle) et où la moindre tentative de romanesque retombe comme un soufflé (l’enquête du détective, pas crédible pour un rond) tient du mystère absolu. Mystérieuse aussi, la carrière de Philippe Torreton : comment peut-il être aussi ambitieux dans ses choix théâtraux, et aussi mal avisé lorsqu’il tourne pour le cinéma ? Christophe Chabert

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"Cyrano de Bergerac" : l’amour fou par Pitoiset et Torreton

Théâtre | Deux heures trente qui passent comme une lettre à la poste : le "Cyrano de Bergerac" mis en scène par Dominique Pitoiset et interprété par Philippe Torreton est une réussite éclatante, qui redonne ses lettres de noblesse au théâtre de répertoire. On dit oui !

Aurélien Martinez | Vendredi 22 mars 2013

Les plupart des grands textes, dont on nous assure à longueur de plaquette qu’ils sont toujours d’actualité (façon de justifier des choix souvent guidés par de simples soucis de remplissage – oui, Molière, Shakespeare & co déplacent encore les foules), sont de véritables machines à jouer. Les prendre de la sorte aujourd’hui est une excellente manière de les transmettre au public. Cette semaine à la MC2, le metteur en scène Dominique Pitoiset livre ainsi un Cyrano de Bergerac savoureux car défendu par des comédiens investis, avec au centre un Philippe Torreton royal et magistral. Refusant le grandiloquent auquel certains comédiens nous ont habitués en interprétant Cyrano (dont l’inoubliable Depardieu dans le film de Jean-Paul Rappeneau), il donne à son personnage, ce grand amoureux qui se sacrifiera justement par amour, une humanité touchante, tout en accentuant avec panache son côté cabotin lettré. Une performance captivante. Balcon 2.0 Car il y a dans ce spectacle une véritable envie d’attraper le public pour l’emmener dans les arcanes du très savoureux texte d’Edmond Rostand : une p

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Présumé coupable

ECRANS | De Vincent Garenq (Fr, 1h45) avec Philippe Torreton, Noémie Lvovsky…

François Cau | Mercredi 31 août 2011

Présumé coupable

Un cran au-dessus d’Omar m’a tuer, mais pas beaucoup plus, Présumé coupable revient sur l’affaire d’Outreau à travers le regard d’Alain Marécaux, huissier de justice accusé à tort de viols pédophiles en réunion, puis victime d’un engrenage judiciaire conduit par le tristement célèbre juge Burgaud. C’est justement ce regard univoque, cette absence de contrechamp au drame de Marécaux qui emmène Présumé coupable sur les rails rouillés du film-dossier. Le protagoniste est absolument innocent aux yeux du spectateur, comme il est absolument coupable aux yeux de la justice ; son calvaire ne donne lieu qu’à de l’indignation, jamais à des interrogations. De même, les personnages qui l’entourent sont enfermés dans un manichéisme démonstratif (Burgaud, chargé au-delà de toute limite) ou par le style télévisuel français (l’avocat parle comme un avocat, les flics comme des flics …). La mise en scène de Garenq trouve parfois son ton, mais surtout quand elle l’emprunte au Audiard d’Un prophète. Quant à Philippe Torreton, il a beau payer physiquement de sa personne pour être crédible, il n’arrive jamais tout à fait à faire oublier l’acteur derrière le personnage. Christophe Chabert

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