"Fraternité, conte fantastique" : SOS de Terriens en détresse

Théâtre | [REPORT] « Il était une fois l'histoire d’une humanité qui avait perdu la moitié d’elle-même et qui décida d’inventer un lieu dédié à l’attente de ses absents. » Avec "Fraternité, conte fantastique", à voir à la MC2, la metteuse en scène Caroline Guiela Nguyen propose un nouveau spectacle fleuve empli d'émotions. Il n'est pas impossible que celles et ceux qui se prennent au jeu finissent les yeux humides.

Aurélien Martinez | Mardi 16 novembre 2021

Mise à jour 22/11 : Le spectacle est reporté à une date indéterminée, un membre de l'équipe ayant été testé positif au Covid-19.

Dans le vaste monde du théâtre contemporain parfois arc-bouté sur l'abstraction, l'autrice et metteuse en scène Caroline Guiela Nguyen est l'une de ces artistes qui croient le plus en la force du récit, en ses capacités à captiver le public, à lui faire ressentir des émotions... Créé cet été au Festival d'Avignon, Fraternité, conte fantastique, son dernier spectacle en date après l'acclamé Saïgon, prend justement son temps pour déployer une histoire et ainsi laisser se mouvoir sur la durée (3h10) les pièces du puzzle.

L'action se déroule dans un centre de soin et de consolation, structure inventée par les êtres humains afin d'apaiser celles et ceux dont les proches ont mystérieusement disparu. Un postulat narratif très science-fiction qui permet pourtant à Caroline Guiela Nguyen de proposer une pièce terre à terre centrée sur la fraternité. Quand l'absence inexpliquée des uns laissent les autres sans possibilité d'agir, la communauté permet d'avancer ensemble dans l'inconnu ; d'espérer alors que tout espoir semble vain...

Les uns contre les autres

Cette pièce, qui résonne involontairement avec la pandémie mais a été imaginée avant, ne lâche jamais son postulat de départ. Caroline Guiela Nguyen s'aventure pleinement dans le fantastique avec, notamment, de longues scènes dans une cabine de messages où les vivants parlent aux disparus (un parent à son enfant par exemple). Là où le recul cynique aurait pu être une option dramaturgique, elle s'intéresse avec empathie à ses personnages dévastés, sans jamais craindre le ridicule – ou le pathos comme diront les plus hermétiques.

« En France, plus qu'ailleurs, je ne sais pas exactement pourquoi, c'est comme s'il y avait une barrière sanitaire entre l'émotion et l'intelligence, la réflexion » déclarait-elle à France Culture il y a quelques mois. Dans une scénographie comme toujours avec elle grandiose, et aidée par une troupe de comédiens professionnels et amateurs touchants, elle déploie son odyssée avec conviction. Et émeut autant qu'elle donne de la force à l'idée de fraternité.

Fraternité, conte fantastique


Fraternité, conte fantastique

De Caroline Guiela Nguyen.
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Maguy Marin : « On devrait tous se lever et agir »

Danse | Immense danseuse et chorégraphe multiprimée, Maguy Marin, enfant d’exilés du franquisme, n'a de cesse, depuis 40 ans, de mettre son art au service de la résistance à la violence du monde. Ce qu’elle démontre une nouvelle fois avec sa dernière création "Deux mille dix sept" et la transmission d'une de ses œuvres phares ("May B") à de jeunes danseurs brésiliens ; deux pièces à découvrir à la MC2. Rencontre en amont.

Nadja Pobel | Lundi 23 avril 2018

Maguy Marin : « On devrait tous se lever et agir »

Vous êtes une chorégraphe bien installée dans le paysage de la danse contemporaine française, avec pas mal de "tubes" à votre actif – May B (1981), Cendrillon (1985), Description d'un combat (2009), Bit (2014)… À côté de ce travail de création, la transmission est aussi un de vos engagements, comme l’on peut s’en rendre compte avec le spectacle De Sainte-Foy-lès-Lyon​ à Rio : May B à la Maré, une fraternité… Maguy Marin : May B a traversé 35 ans, plus de 90 danseurs l'ont dansé dont des jeunes, moins jeunes, expérimentés ou non. Il y a eu un brassage de différents parcours. C’est un vrai établi de travail qui offre des outils à de jeunes danseurs : c'est ce rapport générationn

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Saga "Saïgon"

Théâtre | La jeune metteuse en scène Caroline Guiela Nguyen proposera à la MC2, du mardi 7 au samedi 11 novembre, une fresque théâtrale (3h20 tout de même), ovationnée cet été à Avignon, sur le destin des Vietnamiens contraints à l'exil en France au milieu des années 1950.

Nadja Pobel | Mardi 24 octobre 2017

Saga

Après avoir fait un détour par Flaubert (Elle brûle, adapté de Madame Bovary) et proposé le récit d'une perte (Le Chagrin), la jeune metteuse en scène Caroline Guiela Nguyen a embrassé un sujet qui coule dans ses veines : celui de son histoire personnelle qui croise le récit contemporain de l'Indochine, du Vietnam et de la France. Elle a alors porté sur le plateau, de façon panoramique, ce qui s'est joué entre Saïgon et Paris au cours de la seconde moitié du XXe siècle, soit notamment le déchirement des "Viet kieu", poussés à rejoindre la métropole à la chute de Diên Biên Phu parce qu'ils collaboraient avec les Français et qui, à partir de 1996, ont eu l'autorisation de revenir en Asie. Qui sont-ils ? Comment conjuguer cette double culture ? En faisant un spectacle qui mêle comédiens français et vietnamiens, amateurs et professionnels, dans lequel les deux langues s'entendent et se nouent, en construisant un décor laissant la place à une cuisine où les plats sont préparés en direct pa

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"Le Chagrin" : quand le théâtre fait du vent

SCENES | Jusqu'à samedi à la MC2, la compagnie Les Hommes Approximatifs présente "Le Chagrin", mis en scène par Caroline Guiela Nguyen. Sous couvert d’une fable touchante sur le deuil, on se retrouve face à une caricature de tout ce que peut recouvrir l'expression théâtre contemporain.

Aurélien Martinez | Jeudi 3 décembre 2015

C'est l'histoire d'un mort que personne n'arrive à enterrer. Surtout ses deux enfants, qui réagissent chacun à leur manière. Voilà pour le postulat, à la portée forte et universelle, du Chagrin, spectacle de la compagnie Les Hommes Approximatifs précédé d’une bonne réputation – dont une nomination aux Molières 2015, catégorie "metteur en scène d'un spectacle de théâtre public". Dans un astucieux décor bleu (une sorte de chambre d'enfant assez effrayante, à moins que ce ne soit un temple pour les morts) chargé en divers accessoires estampillés "jeune compagnie de théâtre dans le vent" (des paillettes, de la terre, des perruques colorées...), quatre personnages jouent la difficulté du deuil alors que la vie, banale, doit continuer. Tout est sur le non-dit, le chagrin du titre étant littéralement enfoui. Ah, l’écriture au plateau ! Ce Chagrin avait tout pour déchirer le cœur (et pour nous plaire, nous qui défendons sans cesse le théâtre qui cherche à se renouveler, à inventer de nouvelles formes – bref, le théâtre dit contemporain). Sauf qu'aucune

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L’union fait la force ?

CONNAITRE | Cette semaine démarre la Quinzaine contre les discriminations à Seyssins, l’une des multiples initiatives de ce genre dans l’agglo. Sa singularité ? Elle est animée par un artiste, Ali Djilali-Bouzina, qui défend son projet mordicus et évoque l’éventualité d’une future mutualisation. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Lundi 2 mai 2011

L’union fait la force ?

Petit Bulletin : On vous connaissait homme de théâtre, comment vous êtes-vous retrouvé dans l’organisation de cet événement ?Ali Djilali-Bouzina : La manifestation existe depuis une dizaine d’années, et se déroule sur une quinzaine de jours depuis maintenant trois ans. Pour ce genre d’initiatives, il faut un politique qui lance l’idée, qui soit la pierre angulaire – là, il s’agit de Michel Baffer, le maire de Seyssins. Je suis allé le voir un jour en lui disant que cette question de l’autre, de la discrimination m’intéressait artistiquement, et désormais, je mets en place la coordination de la quinzaine. On propose des spectacles, majoritairement gratuits ; on accomplit tout un travail en direction des scolaires, on multiplie les rencontres, les débats ou même les formations. Le but est de faire tomber les clichés, d’expliquer le principe au plus grand nombre, d’impulser les choses pour créer du lien et de développer des projets dans des endroits qu’on n’aurait pas imaginés. C’est comme ça que ça marche, par la sensibilisation, dans les écoles particulièrement. Comment est perçue cette intervention dans le processus éducati

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