Tania de Montaigne : « Peut-être qu'enfin, Claudette Colvin va faire partie de l'Histoire »

Théâtre | C’est l’histoire de Claudette Colvin, jeune fille afro-américaine qui, en 1955 dans l’Amérique ségrégationniste, quelques mois avant la fameuse Rosa Parks, refuse de céder son siège à une passagère blanche. En portant sur le plateau son essai "Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin", l’autrice Tania de Montaigne livre un seule-en-scène passionnant sur une héroïne oubliée du mouvement des droits civiques. Ça valait bien une interview avant le passage du spectacle par l’Espace Aragon de Villard-Bonnot, vendredi 7 janvier.

Aurélien Martinez | Mardi 4 janvier 2022

Photo : Giovanni Cittadini Cesi


Avant d'être un spectacle, Noire a d'abord été un livre, que vous avez sorti en 2015…

Tania de Montaigne : Oui. Il appartient à une collection chez Grasset, créée par Caroline Fourest et Fiammetta Venner, qui s'appelle "Nos héroïnes". L'idée de Caroline et Fiammetta était de demander à des autrices d'écrire sur une femme qui aurait fait l'histoire mais qui, pour une raison ou une autre, n'aurait pas été retenue par cette histoire. Pour en être, il fallait donc que je trouve une femme pas connue qui gagnerait à l'être !

Après une errance de quelques semaines, je me suis souvenue qu'à un moment, je voulais écrire une nouvelle sur la symbolique du bus, différente selon les moments, les pays, les cultures… Et le bus le plus connu pour moi, à l'époque, était celui de Rosa Parks. Au fil de mes lectures, j'avais griffonné deux lignes sur une adolescente qui aurait pu être Rosa Parks mais qui ne l'avait pas été pour diverses raisons. J'ai proposé ce point de départ à Caroline et Fiammeta, en leur disant que je voulais bien creuser mais qu'il n'y aurait peut-être finalement rien. Elles m'ont dit de foncer !

Finalement, il y a bien une histoire, peu connue : celle de Claudette Colvin. Une histoire que vous découvrez – presque ! – avec les lecteurs…

Il y a deux obligations dans la collection. D'abord la taille – on ne peut pas faire une énorme biographie. Et, ensuite, il faut que la personne qui écrive ne soit pas extérieure à son sujet, qu'elle se retrouve dans le livre d'une façon ou d'une autre. J'ai alors essayé de trouver une forme qui permette au lecteur d'être comme moi ; qu'il puisse se dire au fil du livre : ah bon je ne savais pas, mais c'est dingue… Que l'on découvre ensemble qui est cette adolescente, ce que c'est que d'être noire dans cette partie des États-Unis dans les années 1950, ce que c'est que de faire ce geste-là… Et finalement, qu'est-ce qu'un héros, une héroïne ; qu'est-ce qu'une lutte, un moment politique ? Des questions qui résonnent toujours aujourd'hui…

En mettant en avant la figure de Claudette Colvin, espérez-vous que l'histoire lui accorde la place qu'elle mérite, au même titre que Rosa Parks ?

Oui, même s'il y a des similitudes avec Rosa Parks. Aujourd'hui, Rosa Parks est partout, jusqu'en France : des écoles, des bibliothèques, des stations de RER portent son nom. Mais c'est très récent. Car Rosa Parks, toute Rosa Parks qu'elle soit, a également été oubliée de l'histoire pendant un long moment. C'est parce que Martin Luther King meurt en 1968, et qu'en 1970 des gens se disent qu'il faudrait célébrer les quinze ans du boycott, que soudain certains se souviennent de Rosa Parks. À partir de ce moment, Rosa Parks devient Rosa Parks, et est alors réinventée au fil des ans en figure incontournable du mouvement, jusqu'à l'hommage public au Capitole à sa mort.

Aujourd'hui, je commence à voir un petit peu, même si c'est plus timide, la même chose arriver avec Claudette Colvin, depuis notamment qu'elle a demandé l'an passé à ce que son casier soit enfin vierge. Peut-être qu'après tout ce temps, elle va faire intégralement partie de cette histoire.

Votre livre est paru en 2015, puis est devenu un spectacle en 2019. Ce passage à la scène a-t-il été une évidence ?

Oh que non ! C'est parti de Stéphane Foenkinos [scénariste, réalisateur et frère de l'écrivain David Foenkinos – NDLR] : il a lu mon texte, et a tout de suite voulu en faire un spectacle dans l'esprit du livre, avec moi sur scène pour amener les spectateurs vers Claudette Colvin. Quand il me l'a proposé, j'ai bien sûr répondu non, parce que ce n'est pas mon métier ! Tout en lui disant que c'était une super idée, que j'acceptais volontiers qu'il le fasse avec une comédienne.

Il a visiblement eu gain de cause…

Oui ! Un jour, il m'a appelée en me disant qu'un théâtre nous proposait une date ; juste une lecture. Je devais simplement lire l'adaptation qu'il avait réalisée pendant que lui faisait des projections très simples en fond – les mêmes que dans la pièce aujourd'hui ! J'ai fini par accepter. On a alors travaillé ensemble la question de la lecture, du rythme, du silence… Au fur et à mesure, j'ai compris comment il voulait attraper ce texte, cette histoire…

Lors de cette première et unique lecture, il y avait dans la salle des habitués du théâtre, mais aussi deux classes de lycée professionnel – avec des élèves qui, pour la plupart, n'étaient jamais allés au théâtre de leur vie – et une association qui s'occupe de mineurs isolés. Après la lecture, j'ai parlé avec tous ces jeunes : ils avaient été captivés par l'histoire de Claudette Colvin. Il y en a même un qui m'a annoncé vouloir écrire après m'avoir entendue. Alors là, je me suis dit que si le théâtre c'est ça, je voulais finalement bien en faire ! De fil en aiguille, on a créé la pièce en une semaine, et on s'est lancés en 2019.

Vous voilà devenue comédienne ; mais vous restez vous-même sur scène…

Si j'ai finalement accepté, c'est parce que Stéphane ne m'a pas demandé de jouer Claudette Colvin, mais de garder la place que j'ai dans le livre, celle d'autrice. Je raconte donc simplement une histoire sur scène, celle de Claudette Colvin.

Le spectacle tourne depuis 2019, avec de nombreux arrêts du fait de la situation sanitaire. Et il a connu une nouvelle vie en 2021 avec une captation diffusée par France Télévisions…

Oui ! Elle a été diffusée pendant le confinement, donc un nombre incroyable de gens l'a vue – même si je joue toute une vie entière, jamais je n'arriverais à égaler ce nombre de spectateurs ! Et ce qui est encore plus incroyable, c'est que souvent, les captations marquent la fin de l'exploitation d'une pièce. Là, c'est l'inverse : on a des dates qui se sont rajoutées suite à la captation. Il y a donc une super tournée de prévue. Reste à savoir si l'on pourra la faire…

Cette captation permettra peut-être à Claudette Colvin, qui est toujours en vie (elle a 82 ans), de voir le spectacle ?

On lui a fait savoir. Peut-être qu'elle la verra si elle en a envie… Mais ça doit être quand même particulier un spectacle sur soi… Moi, si j'étais à sa place, je ne sais pas si j'aurais envie de le regarder !

Noire
À l'Espace Aragon (Villard-Bonnot) vendredi 7 janvier à 20h


Noire

Par Tania de Montaigne.
Espace Aragon 19 boulevard Jules Ferry Villard-Bonnot
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Boîte noire" : crime en bande réorganisée

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Vincent Raymond | Mardi 7 septembre 2021

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Grenoble : 11 bons plans pour le réveillon du 31 décembre 2018

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"Série noire" : noir c'est noir

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La zone sale, les épaves et la laideur : le cinéma le Méliès ne craint pas de déprimer ses spectateurs en programmant Série noire (1979) d’Alain Corneau lors de son prochain "cours de cinéma". Le principe est simple : une projection suivie d’une leçon dispensée par l’érudit Jean Serroy. Des conférences qui tournent autour de film méconnus ou oubliés, qui se transmettent entre cinéphiles, que leur succès ait été immense, nul ou éphémère. Ce jeudi, on sera plutôt du côté de l’immense : Série noire a ainsi réussi à devenir un classique avec le temps. Il faut dire que le film, nommé cinq fois aux César de 1980, a des arguments non négligeables : le texte et les dialogues sont de la main de Georges Perec, l’écrivain français auteur des Choses. Dans ce long-métrage à l’ambiance sombre, Franck Poupart (Patrick Dewaere), minable représentant de commerce, rêve d'une vie plus aventureuse. Quand sa femme (Myriam Boyer) le quitte et qu'il se retrouve sans emploi, il n’a plus rien à perdre. Avec le soutien de Mona (Marie Trintignant), prostituée de 16 ans dont il est amou

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Dernière marche pour les Inouïs du Printemps de Bourges

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Dernière marche pour les Inouïs du Printemps de Bourges

Dans un célèbre télé-crochet musical, on appellerait ça "l'épreuve du feu". Seuls quelques heureux élus sont passés entre les mailles de la présélection pour accéder à l'ultime étape des Inouïs du Printemps de Bourges : le live. En Rhône-Alpes (les anciennes régions ont été ici conservées), ils sont huit à batailler pour une place (ou deux, ou trois, ou peut-être zéro, selon un calcul savant qu'il serait trop long d'expliquer ici) et un beau coup de projecteur au Printemps. Huit répartis en deux groupes de quatre pour ces ultimes auditions. Ainsi, dès que Saint Sadrill, Leïla Huissoud, Parquet et Pratos auront achevé d'en découdre sur la scène du Marché Gare à Lyon, ce sera au tour de Nikitch (photo), Tracy de Sa, Terrenoire et Kcidy de tenter d'accrocher le pompon sur celle de la Bobine. Le premier, de son vrai nom Nicolas Morant, aura l'avantage (qu'on se rassure, il ne sert à rien) de jouer à domicile, dans la catégorie électro/funk/house, et appartient à cette faune d'anciens musiciens classiques qui ont décidé de mettre leur virtuosité aux services des sons de l'époque.

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"Le Secret de la chambre noire" : photos-souvenirs

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Jeune homme sans histoire, Jean devient l’assistant de Stéphane, photographe miné par le décès de son épouse et vivant seul dans sa propriété avec sa fille Marie. Au cours des multiples séances où elle sert de modèle, Jean réalise l’amour qu’il lui porte et la nécessité pour eux de quitter ce lieu toxique. S’entourant d’interprètes français solides comme Olivier Gourmet et Tahar Rahim, le Japonais Kiyoshi Kurosawa construit un récit non dénué de finesses psychologiques et formelles, mais qui passe après un (trop) grand héritage gothique sur le fantôme et son reflet. Le film tente de se démarquer par un point de vue plus naturaliste qui, malheureusement, s’essouffle dans le troisième acte par manque d’émotion et d’intensité. La retenue formelle empêche toute immersion et ne reste qu’en surface d’une histoire qui aurait mérité plus de passion, de rage et de désespoir.

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"Patinoire" : one-man-show circassien par Patrick Léonard

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Aurélien Martinez | Mardi 22 novembre 2016

Le cirque, c’est souvent une foule d’acrobates qui, sur scène, nous en mettent plein la vue avec des numéros de haute volée. C’est aussi, parfois, des formes plus intimistes qui n’en perdent pourtant pas en force, comme c’est le cas avec le spectacle Patinoire de Patrick Léonard. Patrick Léonard ? L’un des cofondateurs et directeurs de la fameuse compagnie québécoise Les 7 doigts de la main, que l’on voit souvent dans le coin – elle sera par exemple mi-décembre au Grand Angle de Voiron avec l’excellent Traces. Un nom gage de qualité donc. « Du rire et des larmes » Créé en 2011, Patinoire est ainsi un seul-en-scène dans lequel Patrick Léonard fait preuve d’une inventivité folle pour faire cirque avec tout ce qui lui passe sous la main – « une grenouille, une cuillère, un ukulélé, une chaise, une table » comme noté dans la note d’intention. Mais également « du divertissement, un soupçon de désespoir et de vulnérabilité, un corps qui craque, du rire et des larmes ». Tout ça oui, et plus encore. Plus encore car Patrick Léonard n’est pas qu’un simple interprète capable de faire des acrobaties en se tenant s

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Cirque : nos cinq coups de cœur de l'année

Panorama 2016/2017 | Au Petit Bulletin, on adore les artistes qui s'envoient en l'air. La preuve avec cette sélection de spectacles riche en surprises et émotions fortes.

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Fenêtres Recréation d’un spectacle vieux de quinze ans, ce solo initialement interprété par le circassien Mathurin Bolze (qui l’a imaginé) a été transmis à Karim Messaoudi, passé comme lui par Centre national des arts du cirque. Un pur moment de grâce visuelle sur un homme enfermé dans un appartement et qui ne semble trouver d’échappatoire que par les airs, grâce à un sol trampoline. Grandiose. À l’Hexagone (Meylan) mardi 15 et mercredi 16 novembre _______ Patinoire Un solo entre cirque, théâtre et clown qui fonctionne parfaitement. Logique, il est l’œuvre d’un des fondateurs du collectif québécois de circassiens Les 7 doigts de la main. Patrick Léonard, seul en scène donc mais accompagné d’un fatras d’objets (qui auront une importance capitale pendant le spectacle), met en place une drôle de tension qui captive autant qu’elle surprend. Et quelle fin vertigineuse ! À l'Ilyade (Seyssinet-Pariset) mardi 29 novembre _______

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Balladur on the beach

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Dans le film Libre et assoupi de Benjamin Guedj, trop librement adapté du roman presque éponyme du Lyonnais Romain Monnery, il y a cette scène inutile mais drôle où le héros interprété par Baptiste Lecaplain se réveille en sursaut d'un rêve en marmonnant : « Tu nous manques Balladur ! » Et c'est vrai que ce n'est pas faux. C'est sans doute inconsciemment très exactement pour cette raison (ou pour tout à fait une autre) que le groupe villeurbanno-grenoblois Balladur a choisi de se baptiser ainsi plutôt que Wauquiez ou The Nadine Moranos. C'est un détail car, en dehors d'une certaine langueur monotone qui n'est pas sans rappeler Verlaine, certes, mais aussi l'ancien premier ministre de François Mitterrand donc, Balladur a autant à voir avec Balladur que la new wave avec la réforme du CPE. Surtout, Balladur est bien plus sexy que Balladur et cela, on le sait depuis la publication de leur maxi sur... cassette (non, la nostalgie n'a pas de limites), Dream Baby, nanti d'un fort beau scopitone, comme on disait sous De Gaulle. Il s'est passé deux ans mais revoilà ce groupe qui, à l'instar de son homonyme, ne fait pas de pro

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Nuit Noire et Satan : incantations lo-fi

MUSIQUES | Invités sur scène par l'asso Après le Chaos, Nuit Noire et Satan abolissent les frontières entre punk et métal.

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Dernier concert de la saison pour l’irréprochable asso Après le Chaos, qui proposera ce samedi à la Baf un plateau réunissant sur scène les irréductibles, énergiques et bruyants Satan, dont on a déjà eu plus d’une fois l’occasion de vous vanter les mérites dans ces pages (jetez-vous si ce n’est déjà fait sur L’Odeur du Sang, leur dernier album en date sorti au printemps), et le « one-man-band fairy black métal » Nuit Noire. Formé en 1997 à Toulouse par une chaude nuit d’été, Nuit Noire commence sous la forme d’un duo black-métal composé de deux frères, Tenebras et Akhron. Après le départ d’Akhron en 2003, le groupe continue un temps avec la contribution d’un nouveau batteur, Nicoblast, avant de se transformer à partir de 2012 en one-man band sur scène. Musicalement, la formation évolue également avec le temps, oscillant progressivement vers un son plus proche du punk et du post-punk, sans jamais abandonner vraiment pour autant ses influences black-métal originelles. Auteur au fil des années d’une discographie pléthorique (près d’une vingtaine de sorties, et on

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Que la septième édition du festival L’Échappée noire ait lieu la semaine de la sortie de notre numéro rentrée littéraire est un signe du destin trop évident pour ne pas s’en préoccuper. « Faire découvrir la littérature noire sous un nouveau jour », tel est le but de l’équipe de l’association Anagramme, qui s’intéresse cette année aux vampires. Au programme, des lectures bien sûr (dont une au Musée archéologique : frissons garantis !), mais aussi des conférences (notamment avec Jean Marigny, ancien prof de littérature anglaise et américaine à la fac de Grenoble qui a beaucoup travaillé le sujet des vampires), ou encore un spectacle d’AhténAthéâtre, compagnie qui nous a souvent intrigués. Pour tout ça, et plus encore, rendez-vous du vendredi 4 au vendredi 11 octobre, dans le quartier Saint-Laurent (camp de base de cette édition) et ailleurs ! Aurélien Martinez

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Photographie / Faite de pièces sombres abritant en grande partie des petits formats, l’exposition Chambre noire pour amateurs éclairés nécessite un état d’esprit précis. L’idéal est sûrement d’y aller avec le désir de découvrir quelques trésors, de surprendre son œil au contact des nombreux daguerréotypes, instantanés et autres techniques photographiques développées entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. À partir des originaux de la collection de la famille Flandrin (dont bien des membres furent des photographes professionnels ou amateurs), se dresse un panorama à la fois historique et intime. On découvre ainsi les évolutions progressives du médium photographique et le rôle des Flandrin à cet égard. Un diaporama consacré aux photos d’enfants illustre à merveille le changement d’attitude devant et derrière l’objectif à mesure que la technique s’affine : de la photo d’atelier guindée où le sujet pose, on passe au naturel de la prise de vue rapide. Comme les peintres impressionnistes sortis de leur atelier, les photographes vont au contact du bouillonnement de la vie, avec notamment des séries de photos de loisirs : la montagne, les automobiles, les courses hippiq

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ACTUS | Cela fait maintenant un an que les incontournables Barbarins Fourchus ont quitté le Théâtre 145 pour la Salle noire. Ils entament aujourd’hui leur deuxième saison dans leur nouvelle maison qu’ils souhaitent la plus ouverte possible. État des lieux en leur compagnie. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 15 octobre 2012

Après l’an 1

La Salle noire, donc. Rue Ampère, dans les anciennes usines Cémoi. À quelques mètres du Théâtre 145 certes, mais dans une ambiance totalement différente. Ici, les nouveaux immeubles côtoient les bureaux impersonnels : ce n’est plus le cours Berriat. « On a vécu ce déménagement avec une certaine peur » nous explique Sergio Zamparo. « On est arrivés à la Salle noire après deux années de combat par rapport à notre délogement du 145 [la Mairie avait besoin des murs pour le pôle de création théâtral qu’est devenu le Tricycle – NdlR]. L’idée était de poursuivre le travail qu’on avait effectué au 145 : les rencontres avec le public, les bals populaires, le cinéma de quartier... Un travail qui avait commencé à porter ses fruits au moment où l’on partait ! » Mais La Salle noire, « ça ne veut pas forcément dire recommencer à zéro. Le fait par exemple que l’on ne soit plus dans un théâtre mais dans une salle, ça change, et en bien ». Car l’éclectisme des Barbarins se trouve décuplé dans cet espace modulable à l’extrême, qui p

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Présumés coupables

CONNAITRE | Les amateurs de lectures policières – et plus globalement tous les curieux – vont être contents : la sixième édition du festival L'Échappée noire est prévue du (...)

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Les amateurs de lectures policières – et plus globalement tous les curieux – vont être contents : la sixième édition du festival L'Échappée noire est prévue du mardi 9 au samedi 13 octobre, dans divers endroits de Grenoble et de son agglomération. Avec toujours son concept d’un lieu / un thème / une lecture quotidienne, l’équipe de l’association Anagramme, qui chapote la manifestation, investira cette année la Bibliothèque du centre-ville, l’Ampérage, le Musée de la Révolution française de Vizille, ou encore le Stade des Alpes (c’est à la mode, tout le monde s’y met – en même temps, faut bien que ce stade serve à quelque chose). Il s’agira, comme toujours, de mêler les mots, en organisant par exemple des rencontres entre la plume d’auteurs de polar (dont celle du Français Marcus Malte, à l’honneur cette année) et l’univers d’artistes (comme le slameur Bastien Mots Paumés, ou a comédienne Marie Despessailles). AM

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Noël au balcon, Pâques au tison, deuxième. La double manifestation (une première en décembre donc, une seconde au printemps), organisée par le collectif grenoblois Mann’Art(e), continue sur sa lancée : à savoir proposer, sur plusieurs jours, un évènement pluridisciplinaire festif et populaire. L’an passé, on avait aisément pu constater la réussite du projet, où un public hétéroclite se rassemblait ici et là, autour du bar, devant la scène… Car cet élan fédérateur et chaleureux résultait aussi du lieu choisi : la Salle noire, au cœur des anciennes usines Cémoi, et son espace modulable à souhait permettant d’abolir les frontières entre spectateurs passifs et artistes évoluant seulement sur le plateau. Au programme pour ce Noël au balcon qui coulera sur cinq jours, une performance croisant musique, danse contemporaine et arts plastiques, avec les compagnies La Batook et La Scalène, accompagnées par l’artiste grenoblois Nikodem (le jeudi) ; du flamenco-klezmer avec les Gadjenko (le samedi) ; ou encore le retour tant attendu du Cinéma de quartier des Barbarins Fourchus (le lundi). Car depuis le mois dernier, ce sont eux les tauliers de la Salle noire. Il semble donc logique d

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Drapeau noir

MUSIQUES | Les Barbarins Fourchus fêtent ce week-end l’inauguration de la Salle Noire, clôturant ainsi le feuilleton à rebondissements des négociations de leur départ du Théâtre 145. Sur place, on a rencontré Delfino, voix et âme barbarine. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Lundi 21 novembre 2011

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Petit Bulletin : Vos longues discussions avec la municipalité ont finalement abouti… Delfino : En fait, je ne sais toujours pas si c’est signé. Le deal, c’est qu’on va être gestionnaire pour trois ans de cette salle qui devient notre outil de travail, qu’on va essayer de rendre vivant en accueillant d’autres compagnies. Mais après, on a très peu de moyens, on ne peut plus mettre de techniciens à disposition. On va revenir à nos créations, et à des propositions qu’on faisait plus à nos débuts, des apéros-concerts, des petits cabarets, on poursuit aussi nos partenariats avec le festival de la Marionnette, ça se met en place doucement. Et qu’en est-il des ateliers que vous aviez développés dans le quartier ? Ça continue, c’est justement pour ça qu’on voulait rester dans ce coin. Pendant dix piges, on s’est efforcés d’ouvrir ce Théâtre 145 sur l’extérieur, de le rendre vivant et pas seulement quand il y avait un spectacle. Il faut qu’on fasse vivre ce nouveau lieu. On n’est pas loin, on a fait 200 mètres. On se retrouve dans un quartier… on pourrait être à Lille, ce sont les mêmes bâtiments, les mêmes bétonneurs, les mêmes ar

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Butô deux fois qu’une

SCENES | Depuis maintenant huit ans, la compagnie locale Encorps à venir propose des spectacles inspirés de la danse butô, dont la grande qualité est malheureusement proportionnelle à la discrétion de leur réception. Rencontre avec la chorégraphe / interprète Adéli Motchan, à l’occasion de la création de Sous la pluie noire. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Vendredi 18 mars 2011

Butô deux fois qu’une

Petit Bulletin : Qu’est-ce qui vous a poussée vers la danse butô ?Adéli Motchan : A la base, je viens du cirque, où j’ai fait carrière pendant dix ans - en fait, jusqu’au jour où j’ai vu un spectacle de danse butô. Ça m’a complètement bouleversée, je savais que c’était ça que je voulais faire. C’est un art très ancré dans l’Histoire d’un pays, des traditions culturelles qui ne sont pas les nôtres… Comment l’avez-vous adapté ?Ce qui me plaît dans cette danse, c’est avant tout l’émotion, cette expressivité radicale. L’esthétique et le jeu d’acteur, c’est de ça dont je m’empare. Le point de départ de la compagnie était de faire des créations in situ, mais vous vous retrouvez depuis quelques créations sur des scènes de théâtre…J’aimerais pouvoir continuer à créer dans des lieux insolites. Nous avons eu la proposition du CCSTI il y a quelques années pour concevoir un spectacle à la Casemate, mais une fois qu’on a pris le parti de passer par la Mairie pour avoir du soutien, on nous a dit qu’il fallait faire du plateau. Donc je m’y suis mise, mais c’est vrai que ça me manque d’investir

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Pellicule d’épiderme

ARTS | Puisqu’une fois n’est pas coutume, enthousiasmons-nous encore du travail d’un artiste japonais. Le gagnant de cette semaine : un certain Mikio Watanabe, et ses saisissantes gravures en clair-obscur. Laetitia Giry

François Cau | Vendredi 10 décembre 2010

Pellicule d’épiderme

Vous l’avez sans doute déjà remarquée sans pour autant en franchir la porte : la galerie Eliane Poggi, cachée le long de la ligne de tram entre la Place de Verdun et l’Office de tourisme, est bien placée mais ne paye pas de mine. A l’intérieur, les œuvres pullulent, disparates et d’inégal attrait… Aujourd’hui, l’on ne peut que gentiment vous enjoindre à faire le pas, et pousser l’audace jusqu’à monter à l’étage, lequel accueille le fruit d’un travail pour le moins extraordinaire : celui du japonais Mikio Watanabe. Ce dernier utilise « la manière noire », une technique de gravure sur cuivre tombée en désuétude avec l’arrivée de la photographie, mais ayant connu un regain d’intérêt au vingtième siècle. Patiemment, l’artiste sculpte-dessine des formes féminines arrondies et polies, un peuple d’ombres ni exhibées, ni dissimulées, plein d’une pudeur sans encombre. Une réelle grâce émane de chaque gravure, évitant l’écueil du voyeurisme ou celui d’une simple contemplation. Le velouté obtenu grâce à la technique utilisée déploie la chair sur la surface, comme une incarnation légère exempte des aléas de la lourdeur potentielle de la représentation graphique. Un mystère en somme, celui de l

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Vénus Noire

ECRANS | Cinéma / Après La Graine et le mulet, Abdellatif Kechiche confirme sa place au sommet du cinéma français avec Vénus noire, un film sans concession sur le calvaire de Saartjie Baartman, exhibée, humiliée et disséquée par le peuple et l’aristocratie européenne du XIXe siècle. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 21 octobre 2010

Vénus Noire

Elle s’appelait Saartjie Baartman ; mais on l’exhibait sous le nom de Vénus Hottentote, d’abord dans les foires londoniennes, puis dans les salons de l’aristocratie française et enfin, post-mortem, à l’Académie Royale de Médecine de Paris. Née dans une peuplade sud-africaine, emmenée en Europe par son maître Caezar, elle n’aura été qu’un objet de fantasme et de curiosité pour ceux qui bafouèrent son identité et violèrent son corps aux proportions exceptionnelles : un postérieur et des parties génitales surdéveloppées, baptisées par la science «tablier hottentote». Du calvaire véridique de ce personnage hors du commun, Abdellatif Kechiche aurait pu tirer une fiction indignée, un film attisant la bonne conscience du public à peu de frais. Mais sa Vénus noire n’a rien de confortable ni de rassurant, et le cinéaste cherche jusqu’à son très ambivalent générique de fin à malmener le spectateur, dans une œuvre qui interroge la violence de notre rapport au spectacle et à la mise en scène. Exhibition(s) Vénus noire commence par sa fin : Saartjie n’est déjà plus qu’une reproduction, un moulage de son corps exposé par Georges Cuvier au c

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"Magie Noire" : jours de fête signés Laurent Poncelet

SCENES | Magie Noire, la nouvelle création de Laurent Poncelet (cie Ophélia Théâtre), a carrément de la gueule (bien que nous l’ayons découverte pas tout à fait aboutie, à (...)

Aurélien Martinez | Lundi 26 avril 2010

Magie Noire, la nouvelle création de Laurent Poncelet (cie Ophélia Théâtre), a carrément de la gueule (bien que nous l’ayons découverte pas tout à fait aboutie, à une semaine de la première). Parti au Brésil rencontrer des jeunes des favelas de Recife, le metteur en scène grenoblois a ramené un spectacle festif issu pourtant d’un matériau difficile : l’histoire de ces jeunes brésiliens, tout juste sortis de l’enfance mais qui ont déjà côtoyé l’horreur de près (violences, meurtres de proches…). Poncelet a ainsi travaillé avec une douzaine d’entre eux, à partir d’improvisations, pour ensuite élaborer la trame : une tranche de vie dans un bidonville où une guerre des gangs fait rage, poussant chacun des deux camps aux représailles mortelles. Sur scène, ça part donc dans tous les sens, avec un savant mélange de capoeira, hip-hop, danse afro, percussions… La troupe de jeunes (qui restera en France jusqu’en juin, dates des dernières représentations) porte parfaitement le projet, même si évidemment certains sortent du lot plus que d’autres (les filles semblent effacées face à certains garçons charismatiques). On émettra simplement une réserve : l’utilisation excessiv

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