Jean-Paul Dubois

CONNAITRE | Les Accommodements raisonnables (L’Olivier)

Aurélien Martinez | Lundi 15 septembre 2008

Vous ne serez pas surpris d'apprendre que le héros du nouveau roman de Jean-Paul Dubois est un quinquagénaire toulousain prénommé Paul, et que sa relation avec sa femme (Anna, comme il se doit) bat sérieusement de l'aile. La déprime d'Anna, ainsi que le lien étouffant qui l'unit à son père poussent Paul à accepter un poste à Hollywood où, en tant que «Script Doctor», on lui demande de rafistoler un scénario bidon pour un film dont tout le monde se fout, y compris son producteur. Alors qu'il erre comme une âme en peine dans les soirées débauchées et les studios de cinéma de la cité des anges, Paul croise l'envoûtante Selma, une jeune femme complètement défoncée qui a la particularité d'être le sosie (le double, la réincarnation ?) d'Anna. Ecartelé entre une femme qui a intégré un hôpital psychiatrique et son clone, une maîtresse de trente ans plus jeune, qui se retrouve en clinique suite à une overdose, Paul tente tant bien que mal de poursuivre sa mission, tout en gérant les appels loufoques et débridés d'un père habité par le démon de midi alors qu'il vient de fêter ses 70 ans et d'enterrer son frère… Brillant, drôle, décalé, le style de Jean-Paul Dubois fait encore une fois mouche dans ce roman qui exhale pourtant un parfum entêtant de mélancolie. La fin, lumineuse, vient mettre une lueur d'espoir dans la vie d'un homme comme les autres, qui cherche à comprendre le désamour, la perte du sens, l'étiolement du désir de vivre, d'aimer ou de travailler, et du désir tout court. Même si on a parfois le sentiment que Jean-Paul Dubois pourrait en faire un peu plus, si on se dit au fil du livre que ces Accommodements auraient mérité d'être un peu moins raisonnables, on ne peut que s'incliner devant le savoir faire et la singularité d'un auteur à qui on voue une grande admiration, autant qu'une profonde tendresse.
YN

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