En vérité…

Christophe Chabert | Vendredi 3 juillet 2009

Livre / Depuis quelques années, les cours donnés par Michel Foucault au Collège de France au début des années 80 sont édités par Gallimard. Poursuivant devant ses étudiants le travail qu'il menait dans ses ouvrages, Foucault part de la question de la sexualité, qui devait donner lieu à une Histoire en six volumes, puis en réoriente la problématique en cours de route. À la généalogie du discours sur le sexe et ses interdits, il finit par préférer une réflexion plus vaste qui le ramène aux penseurs de la Grèce antique, et le conduit à interroger la notion de «sujet», loin de sa représentation moderne telle que les discours de Descartes, Kant et Hegel l'ont figée. Foucault reste jusqu'au bout fidèle à ses idées plus anciennes ; s'il s'intéresse à la «vérité», ce n'est pas pour viser l'idéal platonicien des «idées», aussi immuables qu'inaccessibles. C'est bien la vérité de soi qu'il cherche à dire, vérité plus proche mais finalement plus complexe à exprimer (au sens strict du terme : sortir de soi). D'où le titre de ce dernier cours — Foucault, déjà très affaibli par le Sida qui allait l'emporter quelques semaines plus tard, sait qu'il restera sans doute sans suite : Le Courage de la vérité. Étudiant les modalités de ce qu'il nomme «le dire-vrai» pour en faire une base pratique à son expression dans le contexte démocratique, il s'intéresse aux penseurs qui, selon lui, ont poussé cette idée jusqu'à son plus haut niveau : les cyniques grecs, qui en ont fait l'alpha et l'omega de leur existence. Ce que Foucault vise en transparence derrière cette analyse, c'est aussi ce qu'il a cherché durant toute sa vie : sortir la philosophie des livres et des universités et en faire un outil pratique pour agir sur les grandes questions d'actualité. L'inachèvement de cette pensée en marche finit donc par avoir elle aussi du sens : les dernières paroles de Foucault sont un encouragement à les poursuivre et à les compléter. CCMichel Foucault, « Le Courage de la vérité »
(Hautes études / Gallimard)

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Penser le monde

Sciences Humaines | Du côté des sciences humaines et de la philosophie, quelques rencontres aussi peu médiatiques que fort intéressantes.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 26 septembre 2017

Penser le monde

À la Villa Gillet L'incontournable historienne française de la psychanalyse, Élisabeth Roudinesco, viendra à la Villa Gillet présenter, le 18 octobre, son dernier ouvrage au titre prometteur : Dictionnaire amoureux de la psychanalyse (Plon-Seuil), qui ouvre la découverte de Freud au cinéma, à la littérature, aux œuvres d'art... Et le jeudi 9 novembre à Sciences-Po (en partenariat avec la Villa Gillet), les sociologues Marc Joly et Gérald Bonner poseront une question simplissime : à quoi sert la sociologie ? Espérons que la réponse soit « à rien », tant notre époque est dominée par l'idéologie utilitariste ! À la fac et en galerie Parallèlement à l'exposition réunissant quatre plasticiens qu'il organise à la galerie Françoise Besson (Des pouvoirs et des écrans, jusqu'au 15 octobre), le philosophe Mauro Carbone (auteur de Philosophie-écrans chez Vrin) fera une conférence grand public au titre explicite : Au jour de nos écrans : du cinéma à la révolution numérique, le 10 octobre à 17h30 à l'Amphithéâtre de l'Université de Lyon

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Éric Rondepierre, l'archiviste de soi-même

Art Contemporain | L'artiste Éric Rondepierre, connu pour ses détournements d'images, présente à Lyon une singulière exposition dont l'objet n'est autre que lui-même et son adolescence tragique.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 mars 2017

Éric Rondepierre, l'archiviste de soi-même

Partons d'un axiome imaginaire : toute surface rectangle est un espace d'apparition ou de disparition, toute surface rectangle est aussi un espace de pensée... Et c'est à partir d'un certain nombre de rectangles qu'Éric Rondepierre retrace au Bleu du Ciel une partie de son autobiographie, celle de son adolescence. Un premier rectangle de papier du Tribunal pour enfants de la Seine, datant de 1963, bouleverse sa vie en l'arrachant à sa mère et en le plaçant en institution. La vie y est dure, isolée, rythmée de marches forcées et de quelques voyages scolaires... Le dimanche, l'adolescent découvre un nouvel espace : celui des écrans de cinéma, expérience qui, beaucoup plus tard (dans les années 1990), donnera l'idée à Rondepierre de fouiller les archives cinématographiques pour en extraire des photogrammes incongrus, corrodés par le temps, brûlés, et les tirer en grand format. Son œuvre artistique s'ouvre alors sur ce geste : montrer ce qui ne se voit pas, dévoiler l'insu et l'invisible...

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Nous sommes des rigolos

Ramdam | En 2006, Ha ! Ha ! se découvrait comme un nouvel et très dérangeant ovni dans le parcours déjà si atypique de Maguy Marin. Devant des pupitres de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 février 2017

Nous sommes des rigolos

En 2006, Ha ! Ha ! se découvrait comme un nouvel et très dérangeant ovni dans le parcours déjà si atypique de Maguy Marin. Devant des pupitres de musiciens, sept danseurs assis et vêtus de costumes idoines entonnaient des partitions ininterrompues de blagues pourries, de mots d'humour stéréotypé, entrecoupés de grands éclats de rire... À proximité, dans l'obscurité et la plus grande indifférence, des mannequins de spectateurs à l'échelle 1 s'effondraient à intervalles réguliers. Dix ans plus tard, la chorégraphe reprend cette pièce en se concentrant sur le dispositif des danseurs et en le plaçant face au public, tel un oratorio représentant une soirée entre amis, un repas trop arrosé, un lâchage dans l'intimité de l'entre-nous... Et par là, Maguy Marin fait entendre dans les mots, comme dans la prosodie et le souffle des voix, dans les corps convulsés et secoués de rires, ce que Michel Foucault a appelé : « l'ordre du discours ». Soit tout cet impensé (cette pensée « toute faite

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Foucault aujourd'hui

ARTS | L'exposition Archives de l'infamie s'empare d'un texte de Michel Foucault pour décrypter l'infamie d'hier et d'aujourd'hui, ces vies de peu, rejetées dans l'ombre de la société et révélées à travers les traces d'archives administratives, judiciaires, médicales... Jean-Emmanuel Denave

Dorotée Aznar | Vendredi 3 juillet 2009

Foucault aujourd'hui

En 1977, deux ans après Surveiller et punir, le philosophe Michel Foucault publie La Vie des hommes infâmes. Ce texte, concis et superbe, devait constituer la préface d'un livre à venir (projet finalement abandonné) rassemblant, à partir d'archives de l'enferment aux XVIIe-XVIIIe siècles, les histoires de ces «hommes infâmes» qui ont eu maille à partir avec le(s) pouvoir(s) de l'époque. Histoires de «soldats déserteurs», de «marchandes à la toilette», de «moines vagabonds» soudainement arrachés à la grisaille de l'anonymat pour se retrouver sous les «projecteurs» ou, plus exactement, entre les mots du pouvoir. Tel Jean Antoine Touzard, enfermé au château de Bicêtre le 21 avril 1701, et dont la notice indique : «Récollet apostat, séditieux, capable des plus grands crimes. Sodomite, athée si l'on peut l'être ; c'est un véritable monstre d'abomination qu'il y aurait moins d'inconvénient d'étouffer que de laisser libre». ! À partir du XVIIe-XVIIIe siècle, d'après Foucault, le pouvoir commence à s'infiltrer au cœur de la vie quotidienne, à surveiller et à punir les gestes les plus infimes, les petites déviances, et non plus seulement les grands crimes et transgressions. Ce

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