Yannick Haenel

CONNAITRE | Jan Karski (Gallimard)

Aurélien Martinez | Lundi 26 octobre 2009

«Qui témoigne pour le témoin ?». Cette citation de Paul Celan, placée en exergue de Jan Karski, dit tout du projet romanesque de Yannick Haenel, qui dresse ici le portrait morcelé d'un homme au destin extraordinaire ayant tenté, durant la Seconde Guerre mondiale, d'alerter (en vain) les consciences sur l'extermination des Juifs d'Europe. Fait prisonnier dès 1939 par les troupes soviétiques, Jan Karski s'évade et rejoint la résistance polonaise pour laquelle il tient le rôle de messager auprès des gouvernements alliés. Après être allé à deux reprises dans le ghetto de Varsovie, puis dans un camp de la mort nazi, il rencontre certains des dirigeants les plus influents de ce monde, sans que son cri d'alerte ne soit entendu. Haenel choisit de rendre compte du parcours de Jan Karski en trois temps. En revenant d'abord sur son témoignage dans le film de Claude Lanzmann, Shoah, durant lequel il évoque son passage effroyable dans le ghetto de Varsovie. En commentant ensuite son livre autobiographique, ‘Mon témoignage devant le monde', durant lequel le «messager inaudible» revient sur cette période, de sa mobilisation en 1939 à l'échec de sa discussion avec Roosevelt en passant par son rôle dans la Résistance polonaise. En s'éloignant, dans une troisième partie plus fictionnelle, de la réalité documentaire, puisque Yannick Haenel livre là le monologue imaginaire d'un homme qui aura vécu pendant des années (Karski s'éteint en 2000) avec en lui la vision de l'horreur et le dégoût vis-à-vis de ceux (les alliés) dont la passivité a pris des airs de complicité. Un livre aux frontières du document et du roman qui pose des questions fondamentales avec une très grande audace formelle. YN

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Un week-end avec Haenel

Biennale des musiques exploratoires | Vous n'avez rien de prévu le week-end du 13 au 15 mars et un RTT le vendredi, pourquoi pas le passer avec Yannick Haenel (Prix Médicis 2017 pour le (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2020

Un week-end avec Haenel

Vous n'avez rien de prévu le week-end du 13 au 15 mars et un RTT le vendredi, pourquoi pas le passer avec Yannick Haenel (Prix Médicis 2017 pour le savoureux Tiens ferme ta couronne). C'est dans le cadre de la Biennale des musiques exploratoires du GRAME que l'Auditorium a convié l'auteur pour mettre en lumière les liens entre les genres et les disciplines artistiques. Où l'on trouvera un florilège de concerts voués à faire dialoguer œuvres du répertoire et création musicale, avec entre autres le Quatuor Bela pour ouvrir le bal ; le Quatuor Tana autour de Beethoven et l'ONL pour un finale sur deux créations de Lara Morciano et Hugues Dufourt et un détonnant Boléro de Ravel mais aussi un concert spatialisé autour du Drumming

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La musique dans tous ses états

Biennale des Musiques Exploratoires | La Biennale des Musiques Exploratoires propose pas moins de cinquante spectacles et concerts, défrichant les nouvelles tendances de la création musicale, et les croisements entre musique et danse, théâtre ou arts plastiques.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 mars 2020

La musique dans tous ses états

Héritière de la Biennale Musiques en Scène, la Biennale des Musiques Exploratoires (BIME) suit à peu près le même sillon : celui de la créativité musicale actuelle et des croisements entre la musique et d'autres disciplines comme le théâtre, la performance, la danse... Pendant presque un mois, le festival proposera dans plusieurs lieux de la métropole rien moins qu'une cinquantaine de concerts et de spectacles, dont seize premières mondiales. L'écrivain Yannick Haenel (auteur des remarquables romans Cercle ou Renards pâles) en sera une sorte de parrain avec notamment l'écriture d'un petit opéra et un Week-end Yannick Haenel à l'Auditorium du 13 au 15 mars. Week-end où seront lus des textes de l'écrivain par Charles Berling, et où seront interprétés quelques choix de cœur de l'auteur : Drumming de Steve Reich, le Quintette à cordes en ut majeur de Schubert, L'histoire du soldat de Ramuz-Stravinsky lue, dansée et jouée... Sans oublier une œuvre du très singulier compositeur argentin (formé au CNSMD de

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The Great Haenel

Littérature | Dans Tiens ferme ta couronne, dernier Prix Médicis, Yannick Haenel lance son héros à la poursuite d'une obsession qui le projettera dans mille aventures : celle de faire réaliser un film sur Herman Melville au cinéaste américain Michael Cimino. Tout un programme, confié à Bron, à la lecture experte du comédien Denis Lavant.

Stéphane Duchêne | Mardi 6 mars 2018

The Great Haenel

C'est l'histoire d'un écrivain "fou". Et d'un projet qui ne l'est pas moins : un film sur l'auteur de Moby Dick, Herman Melville, baptisé The Great Melville. Il en a écrit le script, une baleine scénaristique de 700 pages à la recherche d'une énigme : « la solitude de l'écrivain », « l'immensité qui peuple sa tête » et qui est un monde, « la population de ses pensées », toutes choses qui se résument à une analogie avec le cachalot traqué par le Capitaine Achab : c'est « l'intérieur mystiquement alvéolé de la tête Melville » qu'il s'agit de percer à jour. Loin du biopic traditionnel, inutile de dire que le projet n'intéresse guère les producteurs. Ce qui n'est pas si grave puisque l'auteur ne veut pour son scénario que le plus grand, Michael Cimino : « parce que Cimino incarnait dans le cinéma américain ce que Melville avait incarné dans la littérature. » L'épiphanie à lieu lorsque le narrateur, qui passe le plus clair de son temps à picoler et regarder des films, revoit son Voyage au bout de l'Enfer. Monstres sacrés Jaillit alors, à la visi

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Last exit to Bron

CONNAITRE | Retournant au charbon du réel, la littérature propose de le percevoir et de le vivre autrement. La Fête du Livre de Bron en prend acte et, avec ses soixante-dix invités (écrivains, intellectuels, poètes...), sort du sillon pour mieux nous inviter à lire des romans contemporains comme autant de plans B. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 11 février 2014

Last exit to Bron

C'est la crise donc. Comme si celle-ci était unique, économique et financière, et ses solutions elles-mêmes gestionnaires. Ce cercle imposé écrase bien des perspectives. Les sciences humaines et la littérature nous invitent elles à penser qu'il y a des crises au pluriel et qu'elles touchent au plus profond de la conscience individuelle, aux questionnements les plus intimes. La bourse broie du noir, mais c'est plus sourdement l'être humain qui vacille et se craquelle. «Les grandes poussées soudaines qui viennent ou semblent venir du dehors, celles dont on se souvient, auxquelles on attribue la responsabilité des choses […] n'ont pas d'effet qui se voit tout de suite. Il existe des coups d'une autre espèce, qui viennent du dedans – qu'on ne sent que lorsqu'il est trop tard pour y faire quoi que ce soit, et qu'on s'aperçoit que dans une certaine mesure on ne sera plus jamais le même» écrivait F. Scott Fitzgerald dans La Fêlure. S'emparant de Fitzgerald et d'autres auteurs américains, le philosophe Gilles Deleuze a défendu le roman comme «affaire de devenir, toujours inachevé, toujours en train de se

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Yannick Haenel

CONNAITRE | S’il est un écrivain qui a questionné récemment la notion de mémoire, c’est bien Yannick Haenel avec «Jan Karski», livre consacré à ce résistant polonais de la (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 26 février 2010

Yannick Haenel

S’il est un écrivain qui a questionné récemment la notion de mémoire, c’est bien Yannick Haenel avec «Jan Karski», livre consacré à ce résistant polonais de la Deuxième Guerre mondiale, chargé de témoigner devant les alliés du sort funeste des Juifs. Cette question, au-delà de l’histoire (et de l’Histoire), stupéfiante, c’est celle des interstices mémoriels dans lesquels la fiction peut, ou pas, s’introduire. Après un décryptage du témoignage de Karski dans «Shoah» de Claude Lanzmann et un deuxième chapitre consacré à l’autobiographie du résistant, Yannick Haenel, dans la troisième partie du livre, parle à la place de Karski, ce «messager inaudible». Lui inventant une voix, celle fantasmée par l’écrivain. Et c’est bien ce qui fait polémique, Claude Lanzmann accusant notamment l’auteur de falsification. Quoi que l’on pense de ce débat ou du livre lui-même, celui-ci a au moins le mérite de poser la question de la légitimité de la fiction par rapport à la mémoire pour redonner une parole au «messager inaudible». Mais aussi, à l’inverse, celle de la légitimité de la mémoire à possiblement annihiler toute velléité fictionnelle. Passionnant. SD Yannick Haenel (avec Laurent Binet)

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