Une longue histoire du film court

CONNAITRE | Cinéma / Pour ses trente ans, le festival du film court de Villeurbanne se tourne vers son passé et fait le bilan en films de trois décennies de court métrage. Mais par-delà cet anniversaire, les compétitions de 2009 affirment avec force la vitalité du genre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 5 novembre 2009

À trente ans, certains ont le vague à l'âme, une pointe de nostalgie et un peu d'angoisse. Pas le festival du film court de Villeurbanne, ni son directeur Laurent Hugues. En confectionnant la trentième édition de cette manifestation-clé dans l'actualité cinématographique locale, il a entrepris un vaste travail de mémoire, en revoyant les films distingués lors des palmarès précédents, afin de confectionner ce qui représente la grande soirée anniversaire du festival : une longue nuit du film court où seront projetés 28 films primés à Villeurbanne toutes éditions confondues.Toute une époque !
Le choix était vaste (224 films ont obtenu un prix, sans compter les mentions spéciales !), et le résultat, riche en œuvres majeures ou en films cultes, permet à cette rétrospective de faire le bilan de trente ans de courts métrages. «Le début de la compétition correspond à un âge d'or du court français», explique Laurent Hugues. «On trouve des réalisateurs comme Eric Rochant, Matthieu Kassovitz, Pierre Salvadori, Jean-Pierre Jeunet ou Cédric Klapisch. Mais plus intéressant que cet empilement de noms, ce sont les films eux-mêmes. En les revoyant au printemps, je me suis aperçu que non seulement ils ont marqué leur époque, mais aussi qu'ils sont restés très contemporains. J'ai été frappé de revoir 'Alger la blanche' de Cyril Collard par exemple ; si l'image a vieilli, le film présente toutes les thématiques qui allaient ensuite devenir des interrogations centrales du court métrage pendant quinze ans». En d'autres termes, l'histoire du court métrage est non seulement une histoire des transformations du cinéma (l'apparition de l'animation, puis du numérique, anticipent ainsi les révolutions qui transformeront quelques temps après le long métrage), mais aussi un concentré des questions qui agitent la société française. Laurent Hugues cite un exemple éloquent : «En 1990, Michel Spinosa réalise ‘La Jeune Fille et la mort', un des premiers films à aborder le thème du SIDA, et il en fait une maladie étrange, presque une malédiction. Quatre ans plus tard, Klapisch tourne ‘Poisson rouge', une comédie qu'il fait dans le cadre d'un dispositif, 3000 scénarios contre un virus, avec une volonté de prévention». Les mœurs évoluent et les films avec ; le festival accompagne logiquement ces mouvements, et c'est encore le cas aujourd'hui…Paris tenus / paris ouverts
En trente ans, le festival a donc parié sur de nombreux cinéastes, et comme le dit de nouveau Laurent Hugues, «ce bilan nous donne raison». Quand on lui objecte que certains réalisateurs font figure de grands absents de cette liste, comme Xavier Gianolli, Gaspar Noé, François Ozon ou Jan Kounen, il rétorque : «Ils ont été en compétition, mais pas forcément au palmarès. C'est le cas de ‘Carne' de Gaspar Noé, par exemple… Mais il faut se souvenir de ce qu'était ‘Carne' à l'époque, c'était une bombe ! De la même façon, c'est un miracle que ‘Lune froide' de Patrick Bouchitey se soit retrouvé au palmarès. Tout dépend du jury, s'il est plus ou moins consensuel…». Cette dimension «risquée» de la programmation est en effet ce qui a fait (et fait toujours) l'intérêt de Villeurbanne : les propositions sont audacieuses, thématiquement et esthétiquement, mais toujours de qualité. Cette édition 2009 devrait encore le confirmer… La compétition francophone mélange à quasi-égalité premières œuvres et retour des habitués. Parmi ceux-ci, Éric Guirado peut se targuer d'avoir obtenu un Grand Prix à Villeurbanne en 1999, et fera donc office de trait d'union entre la dimension commémorative de l'événement et son présent. Au-delà de la compétition francophone, il faudra prêter attention à la compétition 2D/3D, de haute tenue l'an dernier, et à la compétition européenne, avec un autre grand retour, celui de l'Espagnol Nacho Vigalondo, primé au festival en 2004 et réalisateur d'un long-métrage génial mais scandaleusement inédit dans les salles françaises, ‘Timecrimes'. La qualité est donc partout, au point qu'il n'y a plus vraiment, pour le spectateur assidu, de compétition «majeure» dans le festival. D'où question : va-t-on vers une super-compétition qui regrouperait le meilleur de la production, tous genres et nationalités confondues ? «C'est tentant, car ça permettrait de faire un programme de folie», répond Laurent Hugues. «Cette année, le prix du public est déjà étendu aux trois compétitions, c'est un début de fusion. Elle serait compliquée au niveau logistique, mais très excitante en matière de programmation. Je pense que le public est prêt pour cela. Est-ce que ce sera pour l'année prochaine ou pour dans deux ans ? En tout cas, c'est imminent !» À trente ans, le festival pense déjà à son avenir…Festival du film court de Villeurbanne
Du 13 au 22 novembre.

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Le court au corps

ECRANS | Festival / Christophe Loizillon et son film 'Corpus / Corpus' sont les grands vainqueurs du 30e festival du film court de Villeurbanne au sein d’une compétition inégale, avec néanmoins quelques très bonnes surprises. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 22 novembre 2009

Le court au corps

La double récompense (Grand prix du jury et Prix des lecteurs du Petit Bulletin) obtenue par Christophe Loizillon au 30e festival du film court de Villeurbanne est réjouissante. Elle couronne un auteur discret au parcours atypique : on l’avait découvert avec une série de courts entre fiction et documentaire, puis un premier long formidable (Le Silence de Rak, avec François Cluzet), et un second qui connut un grave échec public (Ma caméra et moi). Loizillon revient donc au format court avec Corpus / Corpus, qui interroge les rapports de l’homme à l’homme à travers une série de plans-séquences où les corps n’ont pas de visage. Une pédicure et un homme âgé, une prostituée et son client, une psy et sa patiente, un bébé et un pédiatre, un cadavre et un thanatopracteur : qu’est-ce qui passe dans ces relations ? Les fluides corporels et les sécrétions, mais aussi, hors champ, l’argent, grand fantôme de ces rapports humains. Le soir du palmarès, Loizillon annonça que ce film très fort était le premier d’un triptyque dont on pourra voir le deuxième volet samedi 28 novembre au Comœdia dans le cadre du festival Docencourts. On en reparle, donc… Pétrole contre blockbus

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Repères

CONNAITRE | Ils ont été primés à Villeurbanne…

Christophe Chabert | Vendredi 6 novembre 2009

Repères

Erick Zonca : en 1994, le futur réalisateur de 'La Vie rêvée des anges' fait un carton dans le court métrage. À Villeurbanne, 'Éternelles' remporte le Prix France 3 Rhône-Alpes en 1994. Samuel Benchétrit : avec 'Nouvelles de la Tour L.', l’écrivain-cinéaste remportait en 2000 le Prix TLM. Fiona Gordon et Dominique Abel : la même année, les auteurs belges de 'Rumba' reçoivent le prix TPS Cinéstar avec 'Walking on the wild side'. François Favrat : son deuxième long, 'La Sainte-Victoire', sera en décembre sur les écrans. En 2001, il reçoit le Prix Fuji de la première œuvre pour 'Mon meilleur amour'. Matthias Gokalp : 'Rien de personnel', son premier long métrage, est sorti en septembre. En 2004, il avait obtenu le Prix de la liberté avec le très fort 'Le Droit Chemin'.

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Séances tenantes

CONNAITRE | Événements / Le festival du film court de Villeurbanne a choisi comme parrain de son trentième anniversaire une personnalité exceptionnelle du cinéma français : (...)

Christophe Chabert | Vendredi 6 novembre 2009

Séances tenantes

Événements / Le festival du film court de Villeurbanne a choisi comme parrain de son trentième anniversaire une personnalité exceptionnelle du cinéma français : Jean-François Stévenin, à qui a été confiée la traditionnelle carte blanche qui inaugure la manifestation (le vendredi 13 novembre). Celle-ci fera figure de rétrospective de sa carrière dans le court métrage. Car si Stévenin a traversé le cinéma, de Truffaut à Godard, de Richet à Salvadori, et s’il en a écrit une des pages les plus libres (les trois films qu’il a réalisés, tous trois magnifiques), il a aussi régulièrement fait des incartades dans le format court. Et comme Stévenin a l’esprit de famille, il a voulu que le dernier film de cette soirée soit celui réalisé par sa fille Salomé. Le festival poursuit par ailleurs son ancrage local avec un nouveau programme du Court en Rhône-Alpes, qui se met au diapason de cette édition anniversaire : il proposera donc un survol de trente années de création régionale. Cette sélection n’a pas à rougir face à la Longue nuit du film court, puisqu’on y verra les premiers pas de Jacques-Rémy Girerd (réalisateur de La Prophétie des grenouilles et Mia et le Migou), Christian

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