Nos petites bulles - Novembre 2010

CONNAITRE | Chaque mois, la sélection BD du Petit Bulletin. Novembre 2010 : où il est question de peinture, de communisme, d'architecture, d'un petit lapin blanc et d'un grand soldat. Voici les BD qui ont retenu notre attention le mois dernier. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 25 novembre 2010

Photo : Benjamin Mialot


Le Fils de Rembrandt (Sarbacane)
Scénario et dessin : Robin
Pas facile la vie de «fils de», surtout quand on a pour père, certes un génie pictural, mais surtout un fêtard invétéré, doublé d'un piètre gestionnaire, triplé d'un incontrôlable coureur de jupons. C'est pourtant celle qui échoit au jeune Titus suite au décès prématuré de sa mère. Pétillantes et touchantes comme pouvaient l'être celles du Petit Nicolas de Sempé (le trait leste et plein de vie de Robin y est pour beaucoup), les joies et galères du bambin sont évidemment l'occasion de dessiner en creux les portraits d'un artiste et d'une époque. Trois niveaux de lecture, ce n'est pas rien et ce n'est fort heureusement pas trop, Robin se gardant bien d'étouffer le lecteur sous les détails historiques et biographiques. Du coup, les deux cents pages du "Fils de Rembrandt" défilent comme un spaghetti dans les bouches de la Belle et de son Clochard, absorbé que l'on est par ce que dévoile cette lorgnette frappée du sceau des passionnantes éditions Sarbacane. Asterios Polyp (Casterman)
Scénario et dessin : David Mazzucchelli
L'événement BD du mois d'octobre, sans contestation possible, et un sérieux prétendant pour la première place des classements de fin d'année. C'est dire la puissance esthétique et émotionnelle d'"Asterios Polyp", aboutissement de quinze ans de recherche de l'Américain David Mazzuchelli qui raconte la remise en question d'un brillant architecte dont les idées n'ont jamais été concrétisées. C'est simple, rarement (jamais ?) une œuvre aura bénéficié d'une mise en forme autant en adéquation avec son fond : la personnalité de chaque individu est définie par un jeu de couleurs, un type de contours et une police (froid et géométrique pour le calculateur Polyp, rosé et tremblant pour son idéaliste compagne...), l'environnement s'altère en fonction de l'identité de celui qui l'observe, la moindre information a droit à son code (séparé de son jumeau, mort à la naissance, Asterios est toujours vu de profil)... À ce stade, ce n'est plus du talent c'est du génie, ce n'est pas un louable chef-d'œuvre, c'est un aspirateur à superlatifs. Les Grands Soldats (Gallimard)
Scénario : Laurent Rivelaygue Dessin : Olivier Tallec
Si "Asterios Polyp" n'est pas sans partager avec les ouvrages de James Joyce son audace désintéressée, c'est au "Gulliver" de Jonathan Swift que nous a fait penser "Les Grands Soldats". Pourquoi ? Parce qu'y est conté le passage à l'âge adulte tardif d'un humble berger irlandais, le colossal Cathal Crann, enrôlé de force dans le régiment de géants du roi de Prusse. Régiment connu sous le nom de Grenadiers de Postdam et qui, pour la petite histoire, a bel et bien existé. L'intérêt du livre ne réside cependant pas là, mais dans la vivacité de ses oripeaux de comédie de mœurs. Taciturne mais hanté, Crann va en effet découvrir la vie au contact de demoiselles aux mœurs légères et de puissants aux mauvaises manières tous plus expressifs les uns que les autres. Et tant pis si la conclusion laisse interdit tant ce qui précède est amusant, surprenant (l'intrigue s'étoffe d'éléments fantastiques et policiers) et savoureux pour les pupilles. La Mort de Staline – Tome 1 (Dargaud)
Scénario : Fabien Nury Dessin : Thierry Robin
Il monte, il monte, il monte Fabien Nury et "La Mort de Staline" le voit atteindre un nouveau palier. Ce qui n'est pas rien, quand on sait la qualité de son travail sur le western "W.E.S.T.", sur le sous-estimé "Je suis légion" et, surtout, sur "Il était une fois en France", fresque historique où l'Occupation s'appréhende à l'aune du parcours de Joseph Joanovici, ferrailleur juif aux comportements ambigus. D'histoire, il en est évidemment question dans "La Mort de Staline", mais sous couvert d'un humour noir aussi inattendu que jubilatoire. Adoptant la forme d'un huis clos où l'hystérie le dispute à la gravité, ce récit des dernières heures du Petit père des peuples et des luttes de pouvoir, magouilles et complots qui naquirent dans l'intervalle appelle une deuxième partie qui promet de l'être tout autant, Nury ayant eu la bonne idée d'introduire un élément fictif (un mot lu par le tyran juste avant son attaque) plein de promesses. Quant à Thierry Robin, il fournit un travail d'une lisibilité et d'une justesse de ton exemplaires. Intérieur (Actes Sud)
Scénario et dessin : Gabriella Giandelli
Une bande-dessinée préfacée par Dominique A, dont avait jusqu'alors l'habitude de lire la prose sur des sujets musicaux, voilà qui n'est pas banal, même pour un éditeur du calibre d'Actes Sud. En bons zélateurs de l'auteur de "La Fossette", ce n'est pas nous qui allons nous en plaindre, d'autant que tout l'ouvrage est l'avenant. Pas banal. Pas banal, cet immeuble italien habité par des junkies, des couples au bord de la déchirure et de gamines fantasmant le rock'n'roll. Pas banal ce lapin blanc (Lewis Carroll es-tu là ?) qui, à la veille de Noël, vient épier les états d'âmes plus ou moins triviaux de cette faune en détresse (Charles Dickens, c'est toi ?). Pas banale, non plus, la mise en images qu'emploie Gabriella Giandelli pour rendre compte de cette incursion du fantastique dans un quotidien puant l'immobilisme et le regret : couleurs intenses et granuleuses comme de la craie sur du bitume, floutages plus proches du souvenir glané en phase de sommeil paradoxal que de la technique de paparazzo... Pas banal au sens dérivé d'extraordinaire, en somme. Le carnet de voyage du mois Manabé Shima (Éditions Philippe Picquier)
Scénario et dessin : Florent Chavouet
Les carnets de Florent Chavouet sont au guide de voyage ce que ceux de Guy Delisle ("Chroniques birmanes)" sont au reportage journalistique. Manière de dire qu'ils sont instructifs tout en étant accessibles, sensibles sans être mensongers et traversés d'un humour à la fois ravageur et empreint de respect. Des compliments qui s'appliquent sans forcer à "Manabé Shima", portrait à hauteur d'homme d'une bourgade de pêcheurs. Succédant à "Tokyo Sanpo", plongée dans la tentaculaire et déjantée capitale japonaise parue il y a à peine plus d'un an, "Manabé Shima" procède d'un contraste forcément saisissant. Reste que ce qui frappe le plus, outre ses dessins acidulés (crayons de couleur obligent), c'est le souci du détail et la curiosité dont fait montre Florent Chavouet, capable qu'il est, entre une rencontre marquante et une échappée naturaliste, de reproduire au tabouret prêt les habitations où il a séjourné, de rapporter des techniques de pêche ou de décrire l'organisation de gangs de chats (!). Un chouette complément au "Routard" et à "Lonely Planet". Et aussi
Over Bleed – Tome 1 (Ki-oon) :
Dans le genre manga qui tabasse, "Over Bleed" se pose là. S'intéressant au milieu des combats clandestins par le prisme d'une paire de potes séparés par un pacte suicidaire, ce triptyque du duo 28Round pêche par sa «grossabotitude», mais compense largement par son intensité et sa fureur graphique. Batman – Silence (Panini) :
L'une des meilleures (més)aventures vécues par le justicier de Gotham ces dernières années, par l'intelligence de sa trame (Batman, fragilisé par le doute, y est confronté au gratin de ses antagonistes et à un mystérieux tireur de ficelles) et la la majesté iconique de sa mise en images. Par Jeph Loeb et le Jim Lee. Le Joueur (Soleil) : Adaptation, par Stéphane Miquel et Loïc Godard (Émile Cohl represent) du roman le plus autobiographique de Dostoïevski. Le démon du jeu et les intrigues de la bourgeoisie y sont, grâce à la déférence et au discernement du premier et à la fiévreuse virtuosité du second, plus enivrants que jamais. Supermarket (Milady Graphics) :
Pas l'œuvre la plus marquante de Brian Wood ("DMZ"), mais un bon polar urbain et polémique, qui voit la vie de Pella, jeune et riche banlieusarde d'une mégalopole bouffée par le fric, chamboulée le jour où ses parents sont assassinés en représailles d'un passé louche. Très pop, le dessin de Kristian Donaldson est parfaitement dans le ton. Sabu & Ichi – Tome 1 (Kana) :
Quarante ans et pas une ride pour les enquêtes féodales compilées dans ce pavé d'un millier de pages (trois autres suivront). Et pour cause : Shotaro Ishinomori fut un disciple du dieu du manga lui-même, Ozamu Tesuka. D'où un traitement visuel et narratif d'une modernité effarante. Indispensable.

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Original Watts : des planches et des galettes

Disquaire & BD | Un disquaire ou un libraire ? Les deux mon capitaine ! Des vinyles et des bandes dessinées, ce sont les deux composants de Original Watts, cette boutique atypique et pourtant tellement évidente : quels sont les deux ingrédients d’un bon week-end de février ? Vous l’avez dans le mille.

Lisa Dumoulin | Mardi 6 février 2018

Original Watts : des planches et des galettes

On a failli passer devant sans la remarquer tant l’échoppe est discrète, sur quelques petits mètres de trottoir. Les platines devant la vitrine et les rayonnages de BD nous ont tapé dans l’oeil, le temps que l’information monte au cerveau, on fait quelques pas en arrière et on pousse la porte. Dans la boutique tout en longueur, sont alignés d’un côté des vinyles, de l’autre des bandes dessinées. Sur du mobilier en bois de palette et métal réalisé sur mesure par New old factory, un copain des proprios. On comprend vite que Original Watts, c’est une histoire de famille. C’est Xavier et David Barnier, deux frères. David a fondé la maison d’édition Original Watts il y a 6 ans. Grand fan de BD, il est aussi pompier professionnel dans la vie. A la même période, son frère Xavier commence son activité de disquaire sur les marchés de la ville de Lyon, en itinérant, le week-end “je présentais déjà un peu de BD, surtout du Comics”. C’est lui qui tient la boutique et David participe aux salons, comme Angoulême la semaine dernière.

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Marion Montaigne : « Et en plus, Thomas Pesquet a de l’humour »

Bande Dessinée | L’autrice de la désopilante et néanmoins érudite série Tu mourras moins bête a collé aux basques du charismatique astronaute Thomas Pesquet durant son entraînement. Encore un peu et elle partait en orbite avec lui…

Vincent Raymond | Mardi 12 décembre 2017

Marion Montaigne : « Et en plus, Thomas Pesquet a de l’humour »

Vous voici donc devenue une spécialiste de la vulgarisation scientifique… Marion Montaigne : (rires) On m’a demandé un jour si j’avais décidé de prendre ce créneau parce qu’il y avait un vide… Je suis incapable de faire une étude de marché ! Je fais ce qui me botte, et je constate qu’il y a une curiosité en retour. Avant d’entreprendre cet album sur Thomas Pesquet, j’ai été tentée de me “mettre un peu en danger” et de m’essayer à la fiction. Mais quand un boulanger sait bien faire la baguette, il ne se lance pas dans la charcuterie (rires). Et puis, pouvoir rencontrer un astronaute, c’est le fruit de huit ans d’évolutions. Cela ne serait pas arrivé au bout d’un an de blog. Peut-être que je m’améliore… Comment expliquer l’engouement inédit pour Thomas Pesquet ? C’est vrai qu’on n’a pas autant parlé de Claudie Haigneré en 1996 ni de Léopold Eyharts en 2008. Là, ce sont les réseaux sociaux qui ont fait le gros du travail. Et le fait qu’une coupole soit arrivée en 2008 dans la station spatiale permettant de faire des photos hallucinante

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La BD à Lyon : des gaufriers au pays des bugnes

Bande Dessinée | Formation, création, édition, distribution… Si la BD dispose aujourd’hui à Lyon d’un réseau d’énergies et de talents aussi enthousiaste que dynamique, elle ne le doit pas au hasard, mais à un patient labeur.

Vincent Raymond | Mercredi 26 avril 2017

La BD à Lyon : des gaufriers au pays des bugnes

Mi-octobre, la France sera l’invitée d’honneur de la kolossal Foire du Livre de Francfort, où une belle délégation d’auteurs de bande dessinée est attendue. LyonBD y sera pour, notamment, dévoiler son nouveau projet numérique : Ping-Pong — un dialogue transmedia entre illustrateurs français et allemands dans la lignée des Webtrip déjà publiés. Auparavant, en juin, le 12e festival lyonnais aura accueilli plus de 230 auteurs et au moins autant de visiteurs que les années précédentes (80 000 en 2016). Sans compter la fréquentation des expositions BD en cours… Une toute petite décennie aura suffi à Lyon pour être reconnue à l’international comme la nouvelle place forte hexagonale de la BD, taillant des croupières à la capitale angoumoisine — pourtant riche de l’antériorité de son prestigieux festival et d’une somptueuse Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, qui semble ronfler benoîtement sur ses lauriers passés. Mathieu Diez, directeur du LyonBD festival, évoque modestement « un alignement de planètes ». Toute métaphore astronomiq

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Didier Tronchet signe son Que sais-je ? (ou presque)

CONNAITRE | Didier Tronchet est un homme de goût. Une preuve ? Ce Nordiste voyageur a préféré à l’exotisme équatorien — très surfait, demandez autour de vous — le charme (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Didier Tronchet signe son Que sais-je ? (ou presque)

Didier Tronchet est un homme de goût. Une preuve ? Ce Nordiste voyageur a préféré à l’exotisme équatorien — très surfait, demandez autour de vous — le charme incomparable de notre métropole rhodanienne ; une ville qui pousse le raffinement jusqu’à nommer une de ses artères du 6e arrondissement en son honneur (ou quasiment). Illustrateur, cinéaste, romancier, scénariste, le père de Raymond Calbuth et Jean-Claude Tergal offre parfois à sa prolifique plume de plaisantes diversions, en rédigeant pensées, chroniques et autres aphorismes gouvernés par l’absurde élémentaire. Traitant de tout (donc de n’importe quoi), classés dans l’anarchie d’un désordre analphabétique, ces billets ont été réunis en une sotie (forcément inégale) et justement baptisée L’Univers à peu près, petit imprécis de culture approximative. Entre deux considérations sur l’anatomie, le croustillant de la chips ou le devenir du monde gouverné par les poulpes, le lecteur ne manquera pas d’apprécier l’usage que l’auteur fait de la langue française — qu’il tient en haute estime : les plus savoureuses des entrées sont “Procrastination” et ”Langage”. Si « mal nommer les choses

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Deslile aux trésors

CONNAITRE | Bande dessinée / «La naïveté est le visage de la vérité». Guy Delisle aurait voulu illustrer cette affirmation de Victor Hugo, il ne s'y serait pas pris (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 18 novembre 2011

Deslile aux trésors

Bande dessinée / «La naïveté est le visage de la vérité». Guy Delisle aurait voulu illustrer cette affirmation de Victor Hugo, il ne s'y serait pas pris autrement qu'avec ses chroniques en terres répressives. Le quatrième recueil, fraîchement paru chez Delcourt, ne dit pas autre chose. Réalisé à Jérusalem (après Shenzhen, Pongyang et Rangoon), il voit cet animateur de formation, devenu sans le vouloir un maître de la BD de reportage, faire ce qu'il fait de mieux : ne pas chercher à rivaliser avec les ténors de la géopolitique séquentielle, type Joe Sacco. Autrement dit partir de rien et privilégier la fluidité narrative, fort de son expérience cinématographique, plutôt que se murer dans une enquête de terrain approfondie et s'échiner à représenter au grain de sable près les étendues qui s'offrent à son regard. Bref, se laisser porter par les découvertes, les plus fortes (celle du mur de séparation) comme les plus triviales (sa rencontre avec la secte des Samaritains), et par les aléas de la vie de père expatrié, courtoisie d'une compagne affiliée à Médecins sans frontières. Au risque que le résultat, égalemen

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La plus grande bande dessinée du monde

CONNAITRE | 111 dessinateurs, 11 scénaristes et 1000 cases pour raconter l'histoire d'un sauvage découvrant les outils et techniques qui ont permis à l'homme de se (...)

Dorotée Aznar | Mardi 24 mai 2011

La plus grande bande dessinée du monde

111 dessinateurs, 11 scénaristes et 1000 cases pour raconter l'histoire d'un sauvage découvrant les outils et techniques qui ont permis à l'homme de se représenter : ce ne sont pas les chiffres d'un magnum opus estampillé Taschen, mais ceux du Record du monde de la plus grande bande dessinée qu'entendent établir le festival Lyon BD et ses partenaires samedi 28 mai. Une occasion unique de voir en action, le long des berges du Rhône et aux côtés de créateurs de la trempe de Sylvain Ricard (Chess), Kris (Notre mère la guerre), James (Backstage) et Denis Lapière (Alter Ego), la jeune garde des écoles graphiques locales

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Nos petites bulles - Mars 2011

CONNAITRE | Chaque mois, la sélection BD du Petit Bulletin. Mars 2011 : où il est question de Polina, de Min-sun, de Mick et Keith, de Lucky et de Philémon. Voici les BD qui ont retenu notre attention le mois dernier. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Lundi 2 mai 2011

Nos petites bulles - Mars 2011

Polina (Casterman)Scénario et dessin : Bastien Vivès«Il faudra bien un jour que Bastien Vivès arrête de réciter ses cours d'animation». Ne vous laissez-pas abuser par ces idioties dont les blogs sont féconds, Bastien Vivès est l'un des plus prodigieux auteurs de sa génération. Il vient de le prouver avec "Polina", élégante et émouvante plongée dans le milieu de la danse classique. Un contexte où se déploie son incroyable capacité à capter et rendre les mouvements des corps, fussent-ils gracieux, maladroits ou douloureux. Mais ce chef d'œuvre n'est pas seulement graphique : en s'intéressant au parcours de la dénommée Polina Oulinov, de ses premiers petits pas sous la direction du rude et exigeant Bojinski à l'apogée de sa carrière, Vivès signe une passionnante étude de la relation professeur-élève et sur la finalité de l'art en tant que négation d'un apprentissage sacrificiel. Dommage que l'éditeur ait laissé passer autant de fautes. Sous l'eau, l'obscurité (Sarbacane)Scénario et dessin : Yoon-sun ParkMin-sun, huit ans, ne partage pas l'obsession des autres enfants de son âge : devenir, comme sa grande sœur et l'un

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Nos petites bulles - Noël 2010

CONNAITRE | Parce que la Noël est le meilleur moment qui soit pour compléter une collection, retrouvez ci-dessous une sélection de dix intégrales, rééditions et coffrets méritant de figurer dans toute bonne bibliothèque de bédéphile. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 19 décembre 2010

Nos petites bulles - Noël 2010

Sky Doll – Decade 00>10 (Soleil)Scénario : Barbara Canepa Dessin : Alessandro BarbuciTriptyque de science-fiction narrant la quête d'identité d'une bimbo mécanique capable de rêver (imaginez du Disney sous la plume d'un Asimov accroc aux bonbons acidulés), "Sky Doll" ressort dans ce que l'on pourrait appeler une édition définitive : outre les trois volumes initiaux, l'ouvrage embarque un prologue, une galerie d'hommages par la crème de l'illustration et de l'animation, un artbook et un spin-off inédit. Qui dit mieux ? Green Manor – Intégrale (Dupuis)Scénario : Fabien Vehlmann Dessin : Denis BodartAu très select "Green Manor", les gentlemen ont cela de particulier qu'ils aiment à résoudre des énigmes policières et relater des crimes, quand ils ne sont pas eux-mêmes au cœur d'affaires des plus sordides. De cette assemblée où le flegme le dispute au machiavélisme, Vehlmann et Bodart tirent seize historiettes d'un cynisme et d'une précision narrative à toute épreuve. Edgar Allan Poe et Conan Doyle auraient apprécié. Pascal Brutal – Coffret Tomes 1

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Nos petites bulles - Décembre 2010

CONNAITRE | Chaque mois, la sélection BD du Petit Bulletin. Décembre 2010 : où il est question d'un voyage hyper low-cost, d'une retraite mal anticipée, d'une ambulance qui a tiré le mauvais numéro, d'espions qui s'aimaient et d'une guerre des étoiles. Voici les BD qui ont retenu notre attention le mois dernier. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 14 décembre 2010

Nos petites bulles - Décembre 2010

Trop n'est pas assez (Ça et Là)Scénario et dessin : Ulli LustOn n'est pas sérieux quand on a 17 ans, dit le poète. Ulli Lust, Autrichienne de naissance et Berlinoise d'adoption, l'a pris au pied de la lettre. À l'orée de sa majorité, en bonne punk éprise d'indépendance, elle s'est en effet embarquée avec son amie Elli dans un voyage à faire passer Pékin Express pour une promenade digestive : direction l'Italie, sans argent et sans papiers d'identité. Le résultat ? Un voyage qui forma sa jeunesse, y compris à ses dépens, et qu'elle raconte ici avec une franchise et une pudeur forçant le respect. Car on ne se marre pas des masses, à la lecture de "Trop n'est pas assez". Bien sûr il y a de belles rencontres et des combines amusantes. Mais elles ne sont rien en comparaison des traces, tant physiques que mentales, qu'ont laissées les habitants de la «jungle de testostérone» (macs, mafiosi, pauvres types...) arpentée par Ulli et Ed deux mois durant. Des traces dont le seul souvenir, à peine atténué par le naturel du trait de l'auteure, suffit à resserrer le nœud entourant notre estomac. La Position du tireur couché (Futuropolis)

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SPÉCIALES DEDICACES

CONNAITRE | Bande-dessinée / A l'orée du printemps, trois rendez-vous illustrent la vitalité graphique et thématique de la bande-dessinée contemporaine, de l'uchronie guerrière à la fable sociale réaliste. Un, surtout, est à ne pas manquer : l'accueil de Grazia La Padula et Tony Sandoval par la Fnac Part-Dieu. Benjamin Mialot

Dorotée Aznar | Vendredi 12 mars 2010

SPÉCIALES DEDICACES

Joli doublé que la venue de l'Italienne Grazia La Padula et du Mexicain Tony Sandoval, dessinateurs dont les travaux dégagent une candeur et une fantaisie d'ordinaire plus répandues dans le secteur de l'illustration jeunesse que dans celui de l'art séquentiel. En cela, ils ne pouvaient trouver meilleur interlocuteur que l'éditeur Paquet et sa collection Blandice, réservée aux one-shots à forte personnalité graphique. Sandoval en est l'un des fers de lance et son petit dernier, Un regard par-dessus l'épaule, le conforte dans cette position : sans l'élégance de son trait et sa maîtrise du grand écart entre enfantillages et gore, cette histoire de gamin suivant un mystérieux homme en imper à travers visions d'horreur et tableaux oniriques serait de suite moins digeste. La faute au scénario de Pierre Paquet, qui voit de belles idées (des fées des fontaines vivant dans la crainte des jets de pièces des touristes, par exemple) et un ton très personnel plier sous le poids de métaphores lourdes de sens et d'une narration en mode freestyle. Lewis Carroll peut toutefois reposer en paix, la conclusion, inattendue et poignante, sauve la mise, nous évitant au passage de culpabiliser d'avoir vu

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Festival de la BD

CONNAITRE | Du 5 au 7 juin, le palais du commerce s'emplit de bulles pour la 4e édition du festival de BD. La Belgique sera à l'honneur avec une histoire du jazz vue (...)

Nadja Pobel | Mercredi 27 mai 2009

Festival de la BD

Du 5 au 7 juin, le palais du commerce s'emplit de bulles pour la 4e édition du festival de BD. La Belgique sera à l'honneur avec une histoire du jazz vue par des auteurs wallons et bruxellois et les lutins bleus de Peyo seront également de la partie pour célébrer les 50 ans des Schtroumpf. Ce festival accueille évidemment aussi des éditeurs (Bamboo, Makaka...) et des auteurs comme la dessinatrice Pénélope Bagieux révélée via son blog et désormais bien placée dans les tableaux de vente. Son trait simple mais pertinent en fait une observatrice complice et piquante des filles trentenaires. À noter que le festival off se déroule dans divers lieux de Lyon jusqu'au 14 juin.

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Neuvième art contemporain

ARTS | Expo / Ouvrant ses portes à la BD, le Musée d’Art Contemporain accueille cinq auteurs aux œuvres singulières et contrastées. Une exposition qui abolit les frontières du 9e art en prouvant, si nécessaire, qu’il vaut bien les 8 premiers. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 13 février 2009

Neuvième art contemporain

Comics, romans graphiques, adaptations cinématographiques en pagaille, sanctification d’auteurs cultes, la BD est aujourd’hui le dernier chic. Loin de demeurer le territoire exclusif des geeks ou des grands enfants amateurs de jeunes reporters à houppette jaune et culotte bouffante, la BD, toute 9e qu’elle soit, est désormais un art à part entière. Et donc, comme il se doit, en voie d’institutionnalisation. Il ne lui restait donc qu’à entrer au musée pour être figée dans le marbre de l’éternité et de la respectabilité. C’est désormais chose faite avec l’exposition Quintet, à l’initiative du Musée d’Art Contemporain, qui offre à cinq auteurs un espace propre d’exposition communiquant avec les quatre autres. Mais Thierry Prat, commissaire de l’expo, passionné de BD, récuse formellement la supposée nouveauté du raccourci «La BD entre au Musée». Pour lui, il y a longtemps que la porte du musée a été franchie par le 9e art «En la matière, nous avons même été des pionniers, dès les années 80. Pour nous, la BD a toujours eu sa place dans l’univers pictural». Francs-tireursDe fait, Quintet va plus loin que la simple exposition BD : comme le souligne Thierry Prat, les ci

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«Je ne suis pas un artiste»

ARTS | Entretien / Gilbert Shelton, 68 ans, né à Dallas (Texas), créateur de la série Fabulous Freak Brothers et expatrié en France depuis 1984. Propos recueillis par Antoine Allegre

Jerôme Dittmar | Jeudi 12 février 2009

«Je ne suis pas un artiste»

Petit Bulletin : Qu'est-ce que ça vous fait de voir vos planches accrochées dans un musée d'art contemporain ?Gilbert Shelton : Je suis flatté d'être dans un grand musée. Je n'y avais jamais pensé. J'ai dû mal à imaginer que ma bande-dessinée puisse être exposée dans un musée. Pour ce qui est du travail de Blanquet, Ware et Masse, c'est autre chose. Ça a vraiment sa place, ils sont tellement perfectionnistes. La plupart des artistes ont un style. Moi, je n'en ai pas. Je fais un peu n'importe quoi. Mes lignes sont crades, un peu comme celles de Vuillemin mon dessinateur français préféré. Il est très doué. Cela vous a étonné de figurer au casting de Quintet ?J'avais fait ma toute première exposition à Palma de Majorque en septembre 2008. J'avais mis toutes mes œuvres dans une boîte en carton. Les gens du musée étaient choqués à mon arrivée parce que je n'avais pas plus protégé mes dessins. A l'université du Texas où j'ai étudié l'histoire de l'art à côté de Janis Joplin, j'ai été éditeur et rédacteur pour la revue étudiante The Texas Ranger. Puis j'ai voulu faire de la bande-dessinée pour les journaux hebdomadaires. Il y en avait beaucoup à l'époque. J'é

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Breakdowns

CONNAITRE | ART SPIEGELMAN Casterman

Dorotée Aznar | Vendredi 28 mars 2008

Breakdowns

Art Spiegelman est devenue une référence dans le monde de la bande dessinée avec la parution de Maus, un album récompensé par le Prix Pulitzer dans lequel il évoquait la Shoah et la déportation de ses propres parents à travers une puissante parabole animalière peuplée de chats (les nazis) et de souris (les Juifs). Cette œuvre majeure a parfois occulté le reste de sa trajectoire et notamment l'importance qu'il a eu dans la production underground américaine des années 70. Ses diverses contributions aux revues alternatives avaient été réunies dans un album, Breakdowns, très peu diffusé à l'époque, qui paraît pour la première fois en France dans une édition certes un peu onéreuse mais absolument superbe. Cet album, dans lequel on devine les prémices du style Spiegelman, se trouve complété par deux parties qui nous éclairent sur son parcours personnel et artistique. La première est constituée de planches récentes dans lesquelles il revient sur ses années de formation, l'affirmation de son univers, ses rencontres importantes, ses influences majeures, sa vision de la bande dessinée ; la dernière est une sorte d'essai graphique visant à expliquer les enjeux de cette nouvelle édition de Bre

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Boulevard de la BD

CONNAITRE | Bande dessinée / Pour sa deuxième édition, le festival de la bande dessinée de Lyon investit à nouveau la Croix-Rousse pour un week-end dédié au 9e art sous toutes (...)

| Mercredi 4 juillet 2007

Boulevard de la BD

Bande dessinée / Pour sa deuxième édition, le festival de la bande dessinée de Lyon investit à nouveau la Croix-Rousse pour un week-end dédié au 9e art sous toutes ses formes. La Place de la Croix-Rousse présentera un «espace franco-belge» dans lequel se succèderont quelques-uns des héritiers (parfois assez lointains) de cette école. Parmi eux, on retrouvera les deux frères Jouvray, Jérôme et Olivier, qu'on suit de très près depuis la découverte de leur excellente série, Lincoln, mais aussi beaucoup d'autres artistes, scénaristes ou dessinateurs : Efix, Nicolas Pothier, Philippe Pellet, Eric Stoffel... Ne manquez pas la présence de Christian Rossi, illustrateur à qui l'on doit la série W.E.S.T (Dargaud) dont le dernier volume, El Santero, a confirmé la qualité et la singularité. Cette plongée dans certains grands évènements de l'histoire des États-Unis à la charnière du XIXe et du XXe siècle (cette fois-ci l'occupation de Cuba par les Yankees) s'avère aussi palpitante qu'intelligente. En plus des rencontres avec les auteurs, le festival propose également un coup de projecteur sur un certain nombre d'éditeurs (Akileos, Theloma), des expos ou des animations liées à la BD, tandis que

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