Cuvée cinéma 2011

Dorotée Aznar | Vendredi 4 novembre 2011

Festival / Pour leur seizième édition, les Rencontre du cinéma francophone en Beaujolais (organisées par Les 400 coups de Villefranche-sur-Saône jusqu'au 13 novembre) affichent une programmation à l'éclectisme revendiqué. Parmi les événements de la manifestation, la venue de Marjane Satrapi le mercredi 9 pour soutenir (il en a, hélas ! un peu besoin…) son beau Poulet aux prunes, et celle de Stanislas Merhar, acteur fétiche de Chantal Ackerman dont il présentera le dernier film en avant-première (La Folie Almayer). Jean-Jacques Jauffret accompagnera son premier film, Après le sud, sorti discrètement sur les écrans il y a un mois et le festival se terminera avec l'avant-première du Havre de Kaurismaki (film pour lequel on éprouve une sympathie modérée ici). Le meilleur, cependant, ne relève pas de l'actualité, mais d'une rencontre autour du "métier" de critique cinéma avec Éric Libiot, plume sympathique de L'Express. Il a choisi d'illustrer son propos par la projection de Regarde les hommes tomber, première œuvre déjà fulgurante d'un certain Jacques Audiard. Un excellent choix — et on ne dit pas ça par solidarité confraternelle !
Christophe Chabert

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Qui veut devenir juré ?

Festival | Comme chaque année, les Rencontres du cinéma francophone (dont la 25e édition se tiendra du 9 au 15 novembre au cinéma Les 400 Coups de Villefranche-sur-Saône) (...)

Vincent Raymond | Vendredi 25 septembre 2020

Qui veut devenir juré ?

Comme chaque année, les Rencontres du cinéma francophone (dont la 25e édition se tiendra du 9 au 15 novembre au cinéma Les 400 Coups de Villefranche-sur-Saône) fait appel aux bonnes volontés pour constituer son jury de huit cinéphiles ayant la lourde (mais agréable) charge de déterminer le palmarès du festival, sous la présidence du critique Alex Masson (photo). Pour faire acte de candidature, il faut être majeur, disponible durant la totalité de la période — c’est le minimum pour assister aux projections — et rédiger avant le 15 octobre une lettre faisant état de votre motivation à l’attention de l’association organisatrice L’Autre Cinéma soit par courrier (Candidature jury 2020 - Espace Barmondière - 69400 Villefranche-sur-Saône) soit par mail à contact@autrecinema.fr.

Continuer à lire

Marjane Satrapi : « l’art est une recherche de la vérité à travers le prisme de la beauté »

Radioactive | On ne peut s’empêcher de voir des similitudes entre la figure de Marie Curie et celle de Marjane Satrapi. La cinéaste bouscule l’image d’Épinal en signant un portrait non pas de la seule scientifique, mais également du rayonnement de ses découvertes. Entretien exclusif.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Marjane Satrapi : « l’art est une recherche de la vérité à travers le prisme de la beauté »

À l’instar de Flaubert parlant de Madame Bovary, pouvez vous dire que cette Madame Curie, c’est un peu vous ? Marjane Satrapi : C’est un génie auquel je ne peux me comparer, mais que je comprends très bien. On est arrivées à Paris au même âge pour pouvoir réaliser ce que l’on ne pouvait pas faire chez nous, je comprends donc sa difficulté d’être une immigrée parlant français avant de venir en France. Comme elle, je ne cherche pas à plaire à tout le monde — je m’en fous, en fait. J’apprécie tout particulièrement ça chez elle, et le fait qu’elle ne soit pas quelqu’un de parfait. Je n’ai pas voulu en faire une héroïne, c’est-à-dire l’image parfaite de la femme merveilleuse, parce qu’elle n’était pas toujours commode. C’était un être humain avec ses imperfections ! Au-delà de l’album de Lauren Redniss, qui vient de paraître, comment avez-vous déterminé ses contours ? Il y avait évidemment les biographies, les historiens, mais chacun donne son interprétation de l’histoire. Pour moi, on a la perception la plus correcte de qui elle était à travers ses propres écrits, ses

Continuer à lire

Brillante fusion pour Marjane Satrapi : "Radioactive"

Le Film de la Semaine | Évocation indirecte des lois de l’attraction et du magnétisme, Radioactive dépeint simultanément les atomes crochus entre Pierre et Marie Curie ainsi que les propriétés de ceux qu’ils mirent en évidence. De la science, des frictions et le regard de Marjane Satrapi.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Brillante fusion pour Marjane Satrapi :

Paris, aube du XXe siècle. Jeunes scientifiques assoiffés de savoir, Marie Skłodowska et Pierre Curie s’allient au labo comme à la ville pour percer le mystère de la radioactivité. De cette union naîtront, outre deux enfants, d’inestimables découvertes, des Prix Nobel, ainsi qu’une certaine jalousie teintée de haine xénophobe et machiste, Marie étant Polonaise… Aux premières images de Radioactive montrant Madame Curie au soir de sa vie s’effondrant et se remémorer son existence par flash-back façon Les Choses de la vie, on s’inquiète un peu. Marjane Satrapi aurait-elle succombé à cette facilité du biopic hagiographique, ces chromos animés surglorifiant des célébrités ? Heureusement, non : la Madame Curie dont elle tire ici le portrait en s’inspirant du roman graphique de Lauren Redniss va se révéler bien différente des images déjà connues : moins fofolle que celle vue par Jean-Noël Fenwick (Les Palmes

Continuer à lire

24e Rencontres du cinéma francophone : tous en Calade !

24e Rencontres du cinéma francophone | Davantage que les souvenirs ou les regrets, l’automne est une saison où les festivals et les bons films se ramassent à la pelle, n’en déplaise à Prévert, (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

24e Rencontres du cinéma francophone : tous en Calade !

Davantage que les souvenirs ou les regrets, l’automne est une saison où les festivals et les bons films se ramassent à la pelle, n’en déplaise à Prévert, pourtant scénariste de premier ordre. Voilà ce qu’inspire l’affiche de la 24e édition des Rencontres du Cinéma Francophone. Enfin, pas l’affiche en elle-même avec ses bris de miroir, plutôt sa programmation regorgeant de promesses mais aussi de certitudes. Citons notamment l’avant-première du nouveau Guédiguian, Gloria Mundi déjà remarqué (et primé) à Venise, que Robinson Stévenin accompagnera, ou bien celle de Notre Dame de Valérie Donzelli, dont on ne se lasse pas de louer la (bienheureuse et inattendue) réussite, que la comédienne-réalisatrice présentera via une vidéo. On se montrera en revanche plus mitigé devant Chanson douce, adaptation du Goncourt 2016 défendu par sa réalisatrice Lucie Borleteau. Si elles proposent une Carte blanche au Festival du Court-Métrage de Clermont-Ferrand, ces Rencontres lorgnent beaucoup du côté de la Mostra : outre le pré-cité

Continuer à lire

Les Rencontres du cinéma francophone en Beaujolais sont de retour

Festival | À Villefranche, on n’attend pas la mi-novembre pour faire le plein de nouveautés — cinématographiques, s’entend. Voilà vingt années bien tassées que les 400 (...)

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Les Rencontres du cinéma francophone en Beaujolais sont de retour

À Villefranche, on n’attend pas la mi-novembre pour faire le plein de nouveautés — cinématographiques, s’entend. Voilà vingt années bien tassées que les 400 Coups trinquent à la santé des productions francophones en conviant les auteurs de premiers films ainsi que celles et ceux désireux de faire partager leurs plus récentes réalisations en avant-premières. Un assemblage efficace, complété par une compétition arbitrée par un jury de spectateurs (toutefois présidé par un semi-pro, puisqu’il s’agit du critique Frédéric Mercier) et qui revendique sur ses 18 longs-métrages au programme une stricte parité pour les cinéastes. Qui dit mieux ? Parmi les œuvres à départager, on recommande Sofia de Meryem Benm’Barek et l’on attend avec beaucoup d’intérêt Amanda de Mikhaël Hers — qui nous avait enchanté avec son bon Ce sentiment de l’été. Moins convaincant se révèle La Dernière folie de Claire Darling de Julie Bertuccelli, décidément plus à son aise dans le format documentaire. Également en lice, Lune

Continuer à lire

De sang et d’or : "Les Frères Sisters"

Lion d’Argent Venise 2018 | de Jacques Audiard (Fr, 1h57) avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

De sang et d’or :

Mieux vaut ne pas avoir de différend avec le Commodore. Car il envoie ses deux dévoués Charlie et Eli Sisters, tireurs d’élite et cogneurs patentés. Les deux frères vont pourtant faire défection quand une de leurs proies explique avoir découvert un procédé permettant de trouver de l’or… On attendait, en redoutant que la greffe transatlantique ne prenne pas, cette incursion de Jacques Audiard en un territoire aussi dépaysant par les décors, les usages ou les visages, que familier par son poids mythologique et les séquences fondatrices ayant dû sédimenter dans son imaginaire. Mais même délocalisé, le cinéaste n’est pas abandonné en zone hostile. D’abord, il se trouve toujours escorté par son partenaire, le magique coscénariste Thomas Bidegain ; ensuite la langue anglaise ne peut constituer un obstacle puisque son langage coutumier se situe au-delà des mots, dans la transcendance de personnages se révélant à eux-mêmes et aux autres, grâce à un “talent“ vaguement surnaturel. Le tout, dans un contexte physiquement menaçant. Empli de poudre, de sang et

Continuer à lire

22e Rencontres du cinéma francophone en Beaujolais

ECRANS | On ne se rend jamais en vain dans les salles caladoises des 400 Coups. Surtout lorsque se profilent les Rencontres : presque vingt longs-métrages y sont (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

22e Rencontres du cinéma francophone en Beaujolais

On ne se rend jamais en vain dans les salles caladoises des 400 Coups. Surtout lorsque se profilent les Rencontres : presque vingt longs-métrages y sont programmés cette année, dont huit soumis à l’appréciation du jury des spectateurs. Mais la compétition relève presque de l’anecdote, l’enjeu demeurant la possibilité offerte au public d’échanger avec les comédiens, cinéastes, scénaristes ou producteurs accompagnant les œuvres lors des séances, généralement en avant-premières et souvent uniques. Le très rare Gérard Meylan, interprète fétiche (et quasi exclusif) de Robert Guédiguian a ainsi ouvert le bal avec La Villa — proposé à nouveau au Singuliers de Belleville samedi 11 —, et Antony Cordier présenté sa nouvelle réalisation Gaspard va au mariage. La suite ne manque pas d’intérêt, avec l’arrivée d’Emmanuel Gras pour son fascinant documentaire Makala (Grand Prix de la Semaine de la Critique) et Xavier Legrand pour Jusqu’à la garde, un premier long-métrage intense primé à

Continuer à lire

Cuvée prestige aux 400 Coups

ECRANS | Conséquence d’une fructueuse récolte dans les marchés internationaux du film, la 21e édition des Rencontres du cinéma francophone s’avère des plus gouleyantes. (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Cuvée prestige aux 400 Coups

Conséquence d’une fructueuse récolte dans les marchés internationaux du film, la 21e édition des Rencontres du cinéma francophone s’avère des plus gouleyantes. L’association organisatrice L’Autre cinéma nous pardonnera cette sempiternelle facilité : après tout, ces pousse-au-crime tendent le flacon pour se faire écluser en calant chaque année leur festival caladois mi-novembre. Toute honte bue, revenons à notre propos : la programmation, riche de films escortés par ceux qui les ont fabriqués. Quelques visages connus comme l’ami Serge Avédikian et son Celui qu’on attendait, Sacha Wolff pour Mercenaire, Ma vie de courgette présenté par Grégory Beaussart, le chef de fabrication des marionnettes ou encore Marielle Gautier et Hugo P. Thomas, accompagnant Willy 1er. Au rayon des avant-premières, la liste se révèle aussi savoureuse : après le dérangeant Grave, vous aurez le privilège de découvrir (entre autres) le documentaire Swagger d’Olivier Babinet introduit par icelui,

Continuer à lire

Les Rencontres nouvelles sont arrivées

ECRANS | Repaire (et repère) pour les cinéphiles caladois, le cinéma Les 400 coups n’a pas la tache bien facile : comme son camarade musical Nouvelles Voix (au Théâtre (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 novembre 2015

Les Rencontres nouvelles sont arrivées

Repaire (et repère) pour les cinéphiles caladois, le cinéma Les 400 coups n’a pas la tache bien facile : comme son camarade musical Nouvelles Voix (au Théâtre de Villefranche), il s’acharne à prouver que le mois de novembre en Beaujolais ne se résume pas à des agapes vineuses. Son arme secrète ne l’est plus depuis deux décennies : un festival, baptisé du nom convivial de "Rencontres", dédié au cinéma francophone, où le public est invité à échanger dans une ambiance détendue avec des réalisateurs. La liste est longue des invités ayant accompagné cette manifestation portée par l’association L’Autre Cinéma — un ouvrage rétrospectif publié par les éditions du Poutan permet de se replonger dans son histoire. Elle s’enrichit encore cette année. Citons l’habitué et régional de l’étape Raymond Depardon, à l’honneur avec sa compagne et collaboratrice Claudine Nougaret autour d’un programme de courts métrages, mais aussi de Journal de France (2012). Mais encore Michel Leclerc, pour La Vie très privée de Mr Sim en avant-première — film qu’il a tourné avec Jean-Pierre Bacri dans les environs — ou Fatima Elayoubi pour éch

Continuer à lire

Dheepan

ECRANS | Jacques Audiard a décroché une Palme d’or avec un très bon film qui n’en avait pourtant pas le profil, même si cette histoire de guerrier tamoul cherchant à construire une famille en France et se retrouvant face à ses vieux démons est plus complexe que son pitch ne le laisse croire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 juillet 2015

Dheepan

Prenons une métaphore footballistique : si Un prophète était dans la carrière de Jacques Audiard un tir cadré et De Rouille et d’os un centre décisif, Dheepan fait figure de passe en retrait… Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne conduira pas à un but, et c’est bien ce qui est arrivé à Cannes, puisqu’il est reparti avec une Palme d’or qui a surpris tout le monde. Mais c’est peut-être le propre des grands films que d’apparaître sous un jour fragile tout en laissant la sensation d’assister à quelque chose de fort qui nous accompagnera longtemps après. Dheepan s’ouvre sur la préparation d’un bûcher où l’on va brûler des cadavres. Nous sommes au Sri Lanka et la guerre civile se termine, soldant la défaite des Tigres tamouls. Parmi eux, Dheepan observe les dépouilles de ses compagnons avec résignation ; la guerre est derrière lui, mais que lui réserve l’avenir ? C’est une femme, Yalini, qui lui offre une porte de sortie : elle traverse le camp de réfugiés à la reche

Continuer à lire

Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

ECRANS | "Valley of Love" de Guillaume Nicloux. "Chronic" de Michel Franco. "Macbeth" de Justin Kurzel. "Notre petite sœur" d’Hirokazu Kore-eda. "Marguerite et Julien" de Valérie Donzelli. Le Palmarès du festival.

Christophe Chabert | Mardi 26 mai 2015

Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

Encore une poignée de films arrachés à l’épuisement de fin de festival. Une journée pour souffler après le Palmarès. Et nous voilà de retour derrière notre clavier pour commenter tout ça, depuis nos calmes pénates et sous un ciel grisâtre, loin des coups de soleil et du stress cannois. Nicloux : Depardieu et Huppert, perdus dans l’espace La fin de la compétition — et les deux films rattrapés in extremis avant de rentrer — auront achevé de faire pencher la balance longtemps indécise du jugement global porté sur sa qualité : c’était quand même très moyen. On y reviendra à la fin de ce billet, mais il faut remonter à loin pour trouver autant de déceptions, sinon de films franchement mauvais, dans ce qui est censé être le top du festival. Et s’il y eût aussi quelques grands moments, c’est bien l’écart entre les deux extrêmes qui pose question. Mais bon, ne spoilons pas, on développera plus tard. Ainsi du Valley of Love de Guillaume Nicloux qui, sans être le «navet» proclamé par certains, nous a quand même sérieusement laissé sur notre faim. Il faut dire que Nicloux est un drôle de cinéaste, que l’on a d’abor

Continuer à lire

Cannes 2015, jours 8 et 9. Love, love, love

ECRANS | "Youth" de Paolo Sorrentino. "The Assassin" de Hou Hsiao-Hsien. "Mountains May Depart" de Jia Zhang-ke. "Dheepan" de Jacques Audiard. "Love" de Gaspar Noé.

Christophe Chabert | Dimanche 24 mai 2015

Cannes 2015, jours 8 et 9. Love, love, love

Dur dur quand même ce festival de Cannes. Comme d’habitude, nous objecte notre petite voix intérieure. Oui, enfin, un peu plus que ça, lui répond-on, agacé. C’est parce que tu as la mémoire courte, renchérit-elle. Non, les pieds en feu et les yeux cernés surtout, tentons-nous pour couper court au débat. Sur quoi on se dit que si l’on en est à écrire ce genre de conversations imaginaires, c’est qu’effectivement il y a comme une forme de surchauffe intérieure et qu’on n’est pas loin de crier, proximité de l’Italie oblige : «Aiuto !» Youth : la grande mocheté de Sorrentino À moins que cet appel à l’aide ne soit la conséquence de l’accueil délirant réservé au dernier Paolo Sorrentino, Youth, qu’on considère pourtant clairement comme une horreur, sinon une infamie. C’est à ne plus se comprendre soi-même, tant on était resté sur le souvenir, émerveillé, de sa Grande Bellezza il y a deux ans, où il portait son cinéma rutilant et excessif vers une forme d’absolu, sillonnant les rues romaines avec une caméra virtuose et élégiaque dans un h

Continuer à lire

The Voices

ECRANS | Marjane Satrapi s’exile aux États-Unis pour s’approprier une commande de film d’horreur à petit budget qu’elle transforme en comédie sanglante et cinglante à l’esprit très 80’s. Sympathique même si l’affaire peine à tenir la longueur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

The Voices

Il faut imaginer ce que The Voices aurait pu être si Marjane Satrapi ne s’en était emparé pour lui faire subir une torsion toute personnelle : un de ces films d’horreur pour ados comme il s’en produit à la pelle, où l’esprit de sérieux n’est qu’une façade pour masquer le cynisme mercantile. Le film raconte comment un schizophrène tout juste sorti de l’asile, suivi de près par sa psychiatre et tenu en laisse par une puissante camisole chimique, finit par craquer son vernis de ravi de la crèche et retomber dans ses pulsions homicides. D’entrée, Satrapi repeint son univers aux couleurs irréelles d’un arc-en-ciel de bonheur, quand bien même celui-ci napperait un paysage d’usines et de banlieues branlantes ; l’effet Prozac contamine une mise en scène qui choisit l’option humour noir et transforme le minet Ryan Reynolds en une parodie de lui-même, sourire extatique figé perpétuellement sur son visage de puceau imberbe. Lorsqu’il rentre chez lui après une journée à bosser et à tenter de séduire la belle secrétaire de son entreprise — Gemma Arterton, parfaite incarnation du charme canaille de la girl next door british — plutôt que de nourrir son cha

Continuer à lire

Le long voyage de l’animation française

ECRANS | Longtemps désertique, en dépit de quelques rares oasis de créativité, le cinéma d’animation français a connu depuis dix ans un fulgurant essor au point de devenir à la fois une industrie et un laboratoire. À l’occasion de la sortie d’"Ernest et Célestine", futur classique du genre, retour non exhaustif sur une histoire en devenir. Textes : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 décembre 2012

Le long voyage de l’animation française

Jean Image et Paul Grimault : les pionniers Si les frères Lumière ont inventé le cinéma en prise de vues réelles et si, selon l’hilarante leçon donnée pour les vingt ans du Groland par Bertrand Tavernier, ce sont les sœurs Torche qui ont créé le cinéma de la Présipauté, le cinéma d’animation français a pour parrain — ça ne s’invente pas — Jean Image. Il fut le premier à produire un long métrage animé en couleurs, Jeannot l’intrépide (1950). Librement inspiré du Petit poucet, le film fait le tour du monde et pose les bases de l’animation à la française : jeu sur les perspectives et les motifs géométriques, imaginaire enfantin mais non exempt d’une certaine noirceur, musique cherchant à accompagner le graphisme plutôt qu’à illustrer les péripéties. Image œuvrera toute sa vie à faire exister le dessin animé en France, en devenant son propre producteur, en se lançant dans des projets ambitieux (des adaptations des Mille et une nuits ou du Baron de Münchausen) et, surtout, en créant le fameux festival du cinéma d’animation d’Annecy. Il s’en est toutefois fallu de peu pour que ce titre de pionnier ne lui soit ravi par Paul Grimault

Continuer à lire

De rouille et d'os

ECRANS | Définitivement dans le cercle des meilleurs cinéastes français en activité, Jacques Audiard arrive à ne presque pas décevoir après Un prophète tout en abordant, avec une intelligence constante de la mise en scène, les rivages du mélodrame. Un grand et beau film. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 18 mai 2012

De rouille et d'os

On se disait que le crescendo qu'a connu la carrière de Jacques Audiard ne pouvait que marquer le pas après cette bombe qu'était Un prophète. De fait, si De rouille et d'os ne reproduit pas l'effet de sidération du film précédent, c'est surtout par son abord plus modeste : pas de grande narration à épisodes, mais une structure classique, en trois actes ; pas de relecture d'un genre transmuté par la réalité des corps et des enjeux de la France contemporaine ; et pas d'apparition d'un acteur jusqu'ici inconnu, même si Matthias Schoenaerts, authentiquement génial, n'a connu qu'une gloire récente et limitée auprès du noyau dur de la cinéphilie avec Bullhead. Et pourtant, dans un cadre plus étroit, avec un sujet casse-gueule (la rencontre entre une dresseuse d'orques amputée des jambes et un agent de sécurité s'occupant tant bien que mal de son gamin de cinq ans), Audiard évite tous les écueils, prend des risques, pense tout en termes de mise en

Continuer à lire

Le Havre

ECRANS | D’Aki Kaurismaki (Fr, 1h33) avec André Wilms, Kati Outinen…

Dorotée Aznar | Vendredi 16 décembre 2011

Le Havre

Il y a comme une supercherie derrière les derniers films d’Aki Kaurismaki : le cinéaste, sous couvert d’épure à la Ozu, dissimule sous le tapis sa paresse et son désintérêt pour la mise en scène. Le Havre en est un exemple flagrant : le dialogue sonne faux d’un bout à l’autre, visiblement traduit à la va-vite du Finlandais au Français, langue que Kaurismaki n’a tout simplement pas l’air de comprendre. Idem pour les acteurs : on pourrait dire qu’ils jouent blanc, à la Bresson ; mais non, ils jouent mal, y compris les comédiens chevronnés que sont Wilms ou Darroussin. Mais le sommet de l’arnaque reste la manière d’inscrire le film dans une France de carte postale poussiéreuse et intemporelle, tout en cherchant à parler de son actualité. Quand, dans un même film, on voit des images de Brice Hortefeux au JT et un flic en long manteau de cuir noir façon milice de Vichy, on se demande ce qui, de la démagogie ou du manque criant d’inspiration, l’emporte.Christophe Chabert

Continuer à lire

Poulet aux prunes

ECRANS | Dans Poulet aux prunes, Marjane Satrapi fait mieux que transformer l’essai de Persépolis : avec son comparse Vincent Paronnaud, ils retranscrivent en prises de vue réelles l’imaginaire débordant de ses bandes dessinées, en gorgeant les images d’humour, d’émotion et de poésie visuelle. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 21 octobre 2011

Poulet aux prunes

C’est l’histoire d’un musicien iranien qui casse son violon et qui décide, désespéré de ne pouvoir retrouver la magie de sa musique avec un autre instrument, de casser sa pipe. Poulet aux prunes ne prend pas de gants pour nous annoncer la nouvelle : à peine l’introduction du film est-elle terminée que l’on connaît déjà le moment du trépas de Nasser-Ali. Ne reste plus qu’à compter les jours qui rapprochent de l’échéance, et les animer de toutes les façons possibles. Retours en arrière, projections hypothétiques sur les différentes manières de passer l’arme à gauche, et même grands bonds dans le temps accompagnant le destin des personnages secondaires… «C’est ce que j’aime au cinéma, commente Marjane Satrapi, co-réalisatrice avec Vincent Paronnaud. Que le personnage meurt au bout de dix minutes, et ensuite, on parle de sa vie pendant une heure vingt.» La narration de Poulet aux prunes est à l’image du débit élégant et élastique de son narrateur Édouard Baer : souple, fluide, libre, échappant à la pesanteur du réel pour se laisser conduire par la simple beauté de l’imaginaire, du rêve et de la poésie. Lignes brisées Quand Marjane

Continuer à lire

Prophète en son pays

ECRANS | Cinéma / Pour la première année depuis l’existence de ce classement annuel, un film fait l’unanimité entre la rédaction et les lecteurs du Petit Bulletin, et il est français : "Un prophète" de Jacques Audiard. Bilan surprenant d’une année passionnante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 décembre 2009

Prophète en son pays

On l’a pris une première fois en pleine tronche à Cannes ; une deuxième lors de la venue de son réalisateur Jacques Audiard à Lyon ; et encore une troisième lors de sa sortie en salles. Pas de doute possible : "Un prophète" aura été l’événement cinématographique de l’année, et le retrouver au sommet de notre classement, mais aussi du vôtre, est à peine surprenant. Et pourtant… Qui aurait dit qu’un jour, ce serait un film français qui, pour la première fois depuis l’existence de ce classement, nous mettrait tous d’accord ? Car on en a passé des années à se morfondre sur la production hexagonale, ses comédies merdiques, ses films de genre piteux, son cinéma d’auteur sclérosé, son opportunisme lamentable (c’est la mode du biopic ? En voilà, du biopic… Y a un polar qui a marché ? Allez, tout le monde va faire des polars…) et sa détestable manière de courir après le lièvre américain à coups d’imitations serviles. Mais voilà : 2009 restera comme un cru exceptionnel pour le cinéma français. Les bonnes nouvelles sont arrivées sur tous les fronts : de la comédie, avec l’incroyable suite d’"OSS 117", une série qui vient faire de la résistance dans un cinéma populaire étouffé par les desid

Continuer à lire

Un cinéaste très discret

ECRANS | Jacques Audiard, réalisateur d’Un prophète, remet les pendules à l’heure du cinéma français en assumant une démarche libre, intègre et «politique». Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 24 août 2009

Un cinéaste très discret

Jacques Audiard n’a tourné que cinq films, et pourtant il figure déjà comme un des plus grands cinéastes que ce pays ait connus. Par quel prodige le fils du célèbre dialoguiste, d’abord scénariste pour des films inégaux (il en y a de remarquables : Mortelle randonnée, Poussière d’ange, Baxter… et d’autres piteux, comme le grotesque Fréquence meurtre) a réussi à supplanter tous ses homologues et se retrouve, à 57 ans, couronné au festival de Cannes pour un météore sublime, Un prophète ? Réponse en trois actes. Acte 1 : liberté Son père était donc un homme du verbe et du mot. De cet héritage, Jacques Audiard a conservé en interview quelque chose d’essentiel : la précision. Il le reconnaît en le regrettant : «j’ergote». On lui parle de son «panthéon» de cinéastes, de «l’exigence» de sa «direction d’acteurs», mais tous ces mots lui paraissent flous ou inappropriés. Alors il reprécise, explique, affine sa pensée… Chaque film naît ainsi de longues discussions préalables avec ses collaborateurs sur ce que doit être un film ici et maintenant, avant même que celui-ci se matérialise dans un sujet ou une histoire. Démonstration avec Un p

Continuer à lire

Un prophète

ECRANS | Choc (et Grand Prix) du dernier festival de Cannes, le cinquième film de Jacques Audiard ose une fresque somptueuse et allégorique où un petit voyou analphabète se transforme en parrain du crime. Après ce Prophète, le cinéma français ne sera plus jamais comme avant… Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Un prophète

Un cercle de lumière vient faiblement éclairer une partie de l’écran, comme une ouverture à la lampe de poche en lieu et place de l’antique ouverture à l’iris. Il vient éclairer quoi ? Les gestes désordonnés d’un jeune garçon dans un fourgon… Il planque maladroitement dans sa chaussure un billet de cinquante francs. Quelque part dans un XXe siècle finissant, Malik el Djebena s’est fait serrer une fois de trop par la police, pour ce qu’on devine être une agression sauvage lors d’une rixe — on verra plus tard d’impressionnantes cicatrices sur son dos. Ce n’est donc sûrement pas un tendre, mais certainement pas un caïd non plus. Phrasé hésitant, corps voûté, yeux en panique : Malik, papillon nocturne aux ailes brûlées prématurément, s’apprête à passer six longues années en prison. Une condamnation lourde pour ce petit voyou récidiviste, aller simple vers l’enfer des vrais mafieux et des criminels endurcis. Lui qui parle à peine français, qui ne sait ni lire ni écrire, s’avère donc une proie facile pour les affranchis qui l’entourent. Leçons de vie en prison Un prophète, le nouveau et fabuleux film de Jacques Audiard, est donc un

Continuer à lire

Persique et signe

ECRANS | Marjane Satrapi, dessinatrice et réalisatrice, adapte sa BD autobiographique «Persepolis» au cinéma et en fait une grande déclaration d'indépendance et de liberté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 juillet 2007

Persique et signe

Elle a la réputation d'être une grosse fumeuse, et la vision du cendrier suffit à la rassurer. Pas qu'elle soit intimidée par les journalistes ; pas non plus qu'elle ait des craintes quant à l'accueil de Persepolis - Cannes, la longue standing ovation et le prix du jury semblent l'avoir détendue définitivement sur ce point. Mais cette liberté-là, Marjane Satrapi y tient, comme à beaucoup d'autres. Et elle veut être à l'aise pour pouvoir dire avec la plus grande clarté - phrases soigneusement construites et énoncées avec attention - ce qui lui tient à cœur : l'Iran, la France et ce qui, d'elle, relie les deux pays. D'abord une bande-dessinée, sortie chez un éditeur indépendant (L'Association), et dont les quatre volumes vont créer un engouement international ; et aujourd'hui un film, qui condense et élargit l'horizon de cette œuvre autobiographique et pourtant universelle. «Il n'y a aucune bonne raison de faire un film d'une BD qui a eu du succès. C'est même l'idée la plus nulle qui soit...», dit-elle, pince-sans-rire. «Mais la situation s'est présentée dans des conditions idéales. On nous a donné, à Vincent Paronnaud et à moi, un magnifique jouet. On a sauté à l'eau, et o

Continuer à lire

Persepolis

ECRANS | Émouvante adaptation de sa propre BD par Marjane Satrapi (et Vincent Paronnaud), ce dessin-animé autobiographique n'évoque pas tant les années sombres de l'Iran que notre propre rapport à la liberté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 juillet 2007

Persepolis

Avant tout, dire ouvertement les choses : Persepolis est un film bouleversant, humaniste mais jamais mièvre, qui fait chialer souvent et rire à peu près tout le temps. C'est l'œuvre d'un petit bout de femme qui a la sagesse des vieux philosophes, la causticité des gamines espiègles qui veulent toujours avoir le dernier mot, la pugnacité des filles qui ne se laissent pas marcher sur les pieds par les fossoyeurs de liberté. Que Marjane Satrapi raconte ici sa propre histoire a le mérite de nous faire comprendre immédiatement d'où ce caractère-là tire sa sève - de l'adversité des temps traversés. Que cette histoire se confonde avec celle de l'Iran basculant de la monarchie à la République islamique, puis dans la dictature répressive lui confère une précieuse dimension pédagogique. Et qu'elle ne soit racontée qu'avec des images dessinées et animées permet de laisser de côté la question du réalisme, mélangeant sans encombre divagations imaginaires et sérieux documenté. Mais à vrai dire, Persepolis nous touche pour une autre raison... Coup de clairon Par-delà l'étonnante réussite graphique du film et ses partis pris casse-cous mais payants (comme la

Continuer à lire