La déesse du Carnage

Dorotée Aznar | Vendredi 2 décembre 2011

Livre / En mai dernier, Yasmina Reza était invitée aux Assises internationales du roman organisées par la Villa Gillet à Lyon. Elle y avait dialogué avec la romancière Marie Desplechin, et la conversation a glissé à un moment sur Le Dieu du carnage, la pièce écrite par Reza et adaptée par Roman Polanski. Le texte de cette rencontre est désormais disponible (avec les autres rencontres des Assises) dans un opuscule qui vient de paraître. En voici un extrait : «Dans Le Dieu du carnage, je voulais exprimer une chose qui m'énervait dans la vie, c'est la contradiction permanente entre le discours idéologique, la volonté d'être exemplaire dans le discours et la réalité des sens, la réalité des nerfs. Par exemple, je me souviens que j'avais été très hostile à ces premières manifestations antiracistes qui consistaient à porter un badge «Touche pas à mon pote». Parce que ça consistait à acheter de la sagesse à très bas prix. Et qu'accepter que l'homme différent soit votre ami est un très long chemin, très difficile. Ça ne se fait pas par une volonté bien-pensante et le port d'un badge. (…) Et dans Le Dieu du carnage, ce qui m'amusait, c'est que les personnages, pour certains, croient aux vertus pacificatrices de la culture. Ils ont des points de vue extrêmement sophistiqués sur la culture qu'on pourrait entendre en se disant : «Oui, il a tout à fait raison». Sauf qu'il suffit qu'il y ait un événement qui touche à l'enfant. Et on est passablement susceptibles sur les enfants. (…) Et le discours ne tient plus, tout bascule. Je pense que c'est ça qui fait que dans beaucoup de pays, même dans des endroits inattendus pour moi, ce théâtre peut être joué. Parce qu'il repose sur des ressorts terriblement humains, au sens de l'impulsivité et de l'intempérance.»

« Assises internationales du roman 2011 » (Christian Bourgois/Titres), 10€

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Liao Yiwu, un poète au cœur des ténèbres

Assises du Roman | Cette année, en lieu et place du traditionnel Grand entretien, Les Assises s'ouvriront par une rencontre avec trois artistes dissidents : aux côtés de l'écrivain égyptien Alla El Aswany et de la photographe iranienne Reihane Taravati, on pourra découvrir le très rare Liao Yiwu, poète chinois réfugié à Berlin, dont le destin et l'œuvre ont basculé durant les événements de Tian'anmen, le 4 juin 1989.

Stéphane Duchêne | Mardi 14 mai 2019

Liao Yiwu, un poète au cœur des ténèbres

Il y a trente ans, le 5 juin 1989, une image tournée et photographiée par des journalistes étrangers fait le tour du monde : place Tian'anmen à Pékin, un jeune homme, chemise blanche, pantalon noir, se dresse devant une colonne de 17 chars de l'armée chinoise pour empêcher sa progression, armé des seuls sacs plastique qui pendent au bout de bras qu'il agite comme pour ordonner aux tanks de rebrousser chemin. Lorsqu'il escalade le char de tête pour tenter, sans doute et en vain, de parlementer, on entend au loin, pétarader des coups de feu. Après plusieurs minutes de ce drôle de spectacle, l'homme est écarté par trois silhouettes et entre dans l'éternité alors même que plus personne n'aura jamais de nouvelles de lui. Il s'appellerait Wang Weilin mais la chose ne sera jamais confirmée. Tout comme son sort : arrêté ; exécuté, condamné, il pourrait aussi, selon certaines rumeurs, semblables à celles de l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours, être toujours en vie et se terrer quelque part dans la vaste Chine. On n'en saura pas tellement plus sur l

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Les luttes et les rêves

CONNAITRE | Michelle Zancarini-Fournel participera à la table ronde "Au cœur de la révolte", le mercredi 23 mai à 19h. Elle est l’autrice de Les luttes et les rêves (éd. Zones), véritable encyclopédie chronologique des luttes populaires en France de 1685 à 2005.

Elliott Aubin | Mardi 15 mai 2018

Les luttes et les rêves

« Le récit s’attache à mettre en exergue des histoires singulières et pas seulement une histoire de groupes, de mouvements ou d’organisations. Il s’agit d’une histoire incarnée passant parfois par l’intime, une histoire sensible, attentive aux émotions, aux bruits et aux sons, aux paroles et aux cris. C’est pourquoi le texte est émaillé de nombreuses citations – témoignages, manifestes et chansons – qui sont autant de voix à entendre » explique Michelle Zancarini-Fournel. Les Luttes et les Rêves est une référence au titre choisi par Victor Hugo pour le Livre 3 des Contemplations, hommage à l’œuvre de l’auteur des Misérables. Car ce livre retrace l’histoire de ces foules anonymes, des « gens d’en bas », des classes populaires, de ces femmes et de ces hommes « sans nom », de ceux qui luttent dans l’ombre. On explore cette frise chronologique de 1000 pages depuis 1685, année de l’adoption du Code Noir et de la révocation de l’Édit de Nantes, jusqu’aux émeutes urbaines de 2005. Entre revendications, rêves, révoltes, conflits sociaux, grèves, guerres et répressions, le lecteur traverse ces év

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Livres : la saison des auteurs

Panorama Littérature | Après les deux rentrées littéraires de l'année, riches de plus d'un millier d'œuvres, et avec le printemps, revient la saison des salons et autres manifestations littéraires d'envergure dans l'agglomération. Avant-programme à l'usage du lecteur compulsif.

Stéphane Duchêne | Mardi 9 janvier 2018

Livres : la saison des auteurs

Fête du livre de Bron La thématique, c'est fini. Désormais, la Fête du Livre de Bron, richesse littéraire oblige, s'articulera sous formes de cycles thématiques à même de lui rendre justice : l'enfance comme pays natal, la vie des autres, le roman familial, le rapport à l'Histoire, le roman social, la littérature de voyage seront autant de points d'ancrage avec les auteurs conviés à cette 32e édition de l'incontournable festival littéraire brondillant. Parmi eux, on retrouvera, comme d'usage, quelques unes des grandes plumes de la rentrée de septembre : Delphine Coulin, Pierre Ducrozet, François-Henri Désérable, Yannick Haenel, prix Médicis pour Tiens ferme ta couronne, Christophe Honoré, Lola Lafon, Monica Sabolo, Marie Richeux, mais aussi des "auteurs de janvier" comme Pierre Lemaître qui honorera dès le 24 janvier une rencontre à la Médiathèque de Bron au

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Lectures de saison

TNP | Voilà une autre façon de faire une présentation de saison. Les comédiens de la troupe du TNP lisent ce vendredi 23 septembre à la Maison de l'Image du livre et (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 septembre 2016

Lectures de saison

Voilà une autre façon de faire une présentation de saison. Les comédiens de la troupe du TNP lisent ce vendredi 23 septembre à la Maison de l'Image du livre et du son à 19h de nombreux textes qui seront à l'affiche du théâtre villeurbannais cette année, à commencer par celui dans lequel ils joueront : La très excellente et lamentable histoire de Roméo et Juliette d’après William Shakespeare mise en scène par l'une d'entre eux, Juliette Rizoud, extraordinaire dans le rôle de la Jeanne de Delteil il y a quelques temps. Tous les autres écrits, très éclectiques, seront montés et interprétés par des personnes extérieures : La Boîte de Jean-Pierre Siméon, Bella Figura de Yasmina Reza, Gonzoo – Pornodrame de Riad Gahmi, Meurtres de la princesse juive d’Armando Llamas, Le Temps et la chambre

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Boualem Sansal : l'Empire des mots

Assises Internationales du Roman | Avec ses longs cheveux blancs ramassés en arrière par un catogan ou laissés à leur liberté, et son visage de sage, Boualem Sansal, écrivain Algérien opposant au (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 24 mai 2016

Boualem Sansal : l'Empire des mots

Avec ses longs cheveux blancs ramassés en arrière par un catogan ou laissés à leur liberté, et son visage de sage, Boualem Sansal, écrivain Algérien opposant au régime mais resté vivre dans son pays, a quelque chose d'un maître zen, pour ne pas dire d'un maître Jedi. Avec toute la malice qu'implique ce statut lorsqu'en préambule de 2084, son 1984 pour le XXIe siècle, il précise avec grand soin que — pas plus que ce que l'écrivain Anglais avait prévu dans son célèbre roman d'anticipation — rien de ce qui est écrit ici n'est vrai ou n'a la plus infime chance de se produire. Ni ici, ni ailleurs. Ailleurs, c'est précisément là où se situe l'Abistan, ce pays imaginaire de cauchemar — concentré de tous les totalitarisme connus, sauce théocratique. Ailleurs c'est-à-dire nulle part et potentiellement partout. Quant au quand, le seul indice disponible mentionne le 2084 du titre sans que l'on sache de quoi cette date est le nom : fin de la Grande guerre (nucléaire et vitrifiante) contre un ennemi sans visage, année de naissance d'Abi le dictateur et « délégué » du Big Yölah sur terre. Mais cette carte et ce territoire inconnus, broui

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Kenzaburo Ôé, ou le Japon sans faux-semblants

CONNAITRE | C’est, une fois n’est pas coutume, avec une grande personnalité de la littérature mondiale que s’ouvrent les Assises internationales du Roman, 9e du (...)

Nadja Pobel | Mardi 19 mai 2015

Kenzaburo Ôé, ou le Japon sans faux-semblants

C’est, une fois n’est pas coutume, avec une grande personnalité de la littérature mondiale que s’ouvrent les Assises internationales du Roman, 9e du nom. Du haut de ses 80 ans, Kenzaburô Ôé est à la tête d’une œuvre colossale comptant plusieurs dizaines de nouvelles et romans publiés (et pour certains jamais traduits en français) depuis 1957, date de la parution de Gibier d’élevage, court texte d’une centaine de pages qui fut immédiatement couronné par l’important prix nippon Akutagawa l’année suivante. Cette nouvelle, adaptée ensuite au cinéma par Nagisa Oshima (Une bête à nourrir, 1961) est un viatique de ce que sera son parcours. Ôé y raconte la défiance de villageois envers un soldat noir américain échoué dans le Japon profond et le regard méfiant puis amical d’un enfant acceptant l'altérité. Malgré une chape de pessimisme, l’humanisme qui perce de ce récit est celui qui traversera les romans de Ôé par la suite (Le Jeu du siècle, Le faste des morts…). Né dans la campagne de l’île de Shikoku, au nord de son pays, Ôé n’a par ailleurs jamais oublié sa terre une fois les récompenses (dont le Prix Nobel

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Gagnez votre entrée aux Asisses du roman

CONNAITRE | Comme chaque année, le Petit Bulletin et la Villa Gillet s'associent pour vous faire gagner votre entrée aux Assises Internationales du (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 29 avril 2015

Gagnez votre entrée aux Asisses du roman

Comme chaque année, le Petit Bulletin et la Villa Gillet s'associent pour vous faire gagner votre entrée aux Assises Internationales du Roman. Petit twist cette année : ce n'est pas un texte que nous attendons de vous, mais un selfie. Plus précisémment, un selfie sur lequel vous brandissez le livre que vous auriez rêvé d'écrire et qu'il vous faudra poster sur Twitter et/ou Facebook avec le hashtag #AIRselfie. Vous avez jusqu'au 22 mai à 12h pour trouver l'inspiration. Trois gagnants seront ensuite tirés au sort (ce qui ne vous interdit pas, au contraire, de faire preuve de fantaisie dans votre mise en scène). Ils remporteront chacun un pass pour les Assises.

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Yasmina Reza, poids plume

SCENES | Il y a chez Yasmina Reza un goût pour l’infime et le ténu qui parfois frôle le rien. C’est là, dans cette mini-frontière, qu’elle situe ses textes, lesquels (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 janvier 2015

Yasmina Reza, poids plume

Il y a chez Yasmina Reza un goût pour l’infime et le ténu qui parfois frôle le rien. C’est là, dans cette mini-frontière, qu’elle situe ses textes, lesquels laissent autant perplexes qu’ils paraissent habiles. A l'instar du tableau blanc à 200 000 francs de Art, sa pièce phare, que ses trois protagonistent décrivaient ainsi : «Je n’ai pas aimé mais je n’ai pas détesté ce tableau – Mais évidemment, on ne peut pas détester l’invisible, on ne déteste pas le rien – Non, non y a quelque chose – Qu’est-ce qu’il y a ? – Y a quelque chose, ce n’est pas rien». Cette pièce qui l’a mise en orbite en 1994 était déjà une satire de son propre milieu, bourgeois et mondain. Elle la prolonge avec Comment vous racontez la partie, écrit en 2011 mais dont elle signe ici la première mise en scène française. Cette fois, elle se crée un double écrivain, invité à répondre aux questions d’une journaliste pédante et détestable dans un bled de province dont les ploucs ne sont autre que les spectateurs, autant public de la pièce que de cette rencontre. Dans ce théâtre de canapé (la première partie tire à ligne) et aux décors qui transpirent l’argent, Reza parvien

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Amis public n°1

CONNAITRE | Féroce contempteur de la grandeur perdue de l'Angleterre, Martin Amis est l'un des plus grands écrivains britanniques de son temps. Il est aussi l'un des plus rares et sa venue aux Assises, de fait, un événement en soi. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 24 mai 2013

Amis public n°1

Son père, Sir Kingsley Amis, faisait partie des "Angry Young Men", un courant littéraire emblématique de l'Angleterre des années 50. Est-ce donc par atavisme, ou parce que la réalité ne lui a jamais permis de faire autrement, que Martin Amis a toujours été, lui aussi, un homme en colère ? Atrabilaire, antipathique, volontiers réac mais au regard particulièrement acéré et sans concession sur la société anglaise - «Un Anglais n'a pas besoin de mentir», dit-il. C'est plus vrai que jamais dans son dernier livre, terrifiant et truculent : Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre. Cet «état de l'Angleterre», Martin Amis le passe également en revue dans le documentaire proposé par Arte et présenté aux Assises en avant-première, L'Angleterre de Martin Amis, prévenant : «un portrait national exige des généralités». Déshonneur aux vaincus Ce sont pourtant les contradictions qui sautent aux yeux, sans doute amplifiées par le rapport compliqué qu'entretient l'auteur avec son pays, à la psyché façonnée, pense-t-il, par un climat ins

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Le goût de la claustrophobie

ECRANS | Polanski et le théâtre, c’est une longue histoire faite d’adaptations à l’écran, de créations pour la scène, mais surtout d’influence créative et de réminiscences autobiographiques. CC

Dorotée Aznar | Vendredi 2 décembre 2011

Le goût de la claustrophobie

Polanski et le théâtre / Pour Roman Polanski, le théâtre semble être une valeur refuge, sa filmographie revenant à intervalles réguliers vers des adaptations de pièces célèbres, classiques ou contemporaines, et lui-même s’aventurant régulièrement sur les planches, en tant qu’acteur et metteur en scène. C’est d’ailleurs la part la moins connue de son œuvre : en 1981, c’est lui qui crée à Londres Amadeus, la pièce de Peter Shaffer, se distribuant dans le rôle de Mozart, ouvrant la voie à l’adaptation qu’en fera pour le cinéma un autre réalisateur de l’Est expatrié, Milos Forman. Sept ans plus tard, c’est sur une scène parisienne qu’il brille en incarnant Grégoire Samsa, l’homme ordinaire transformé en cloporte dans La Métamorphose de Kafka. Au cinéma, il met tout de suite la barre très haute pour sa première adaptation : une version de Macbeth de Shakespeare qui a le mérite de ne lorgner ni sur le baroque tapageur d’un Welles, ni sur le classicisme respectueux d’un Laurence Olivier — le film, toutefois, est loin d’être son meilleur. Il aura encore moins de chance avec La Jeune fille et la mort, huis clos trop attendu autour d’une rescapée des ca

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Carnage

ECRANS | Huis clos à quatre personnages tiré de la pièce «Le Dieu du carnage» de Yasmina Reza, le nouveau film de Roman Polanski est une mécanique diabolique et très mordante, sur la violence masquée derrière les apparences sociales, avec un quatuor de comédiens au sommet de leur art. Critique et décorticage des racines du "Carnage". Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Lundi 5 décembre 2011

Carnage

Critique / C’est un incident banal, une dispute entre gosses qui tourne mal : l’un d’entre eux en frappe un autre avec un bâton, lui brisant plusieurs dents et une partie de la mâchoire. Cette scène muette sert de générique à Carnage, et Polanski la filme de loin, en plein air, tandis que la musique guillerette d’Alexandre Desplat semble se moquer de la violence du geste. On devrait s’en tenir là. Et c’est peu ou prou ce qui se passe dans la scène suivante : les parents de la "victime", Penelope et Michael Longstreet (Jodie Foster et John C. Reilly) relisent devant eux la lettre d’excuses des époux Cowan (Kate Winslet et Christoph Waltz), père et mère du "coupable". Les deux couples peuvent alors se séparer à l’amiable, mais quelque chose cloche, comme une insatisfaction réciproque, la sensation d’un malentendu pas encore totalement dissipé. Alors qu’Alan et Nancy Cowan se dirigent vers l’ascenseur, Penelope, visiblement nerveuse, leur demande si c’est eux qui sont désolés ou leur enfant. Ça n’a l’air de rien, mais ce détail va déclencher une heure quinze de huis clos en temps réel où les quatre protagonistes se livreront à toutes les formes de mesquinerie, réglant leurs comptes

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Chicas

ECRANS | De Yasmina Reza (Fr, 1h24) avec André Dussollier, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Jeudi 4 mars 2010

Chicas

Quand on laisse huit secondes de silence en moyenne entre chaque réplique, on a intérêt à s’appeler Bergman. Ce n’est pas le cas de Yasmina Reza, et "Chicas" n’est pas, mais alors pas du tout, un "Cris et chuchotements" moderne. C’est un grand vide prétentieux, une sorte de robinet d’eau tiède très mal écrit — dialogues et structure renvoient irrémédiablement aux racines théâtrales de la réalisatrice, à peine mis en scène, se voulant sociologique et mordant mais très complaisant envers le milieu d’où il vient… Face à cette purge qui laisse du temps de cerveau disponible pour la cogitation, un point revient à l’esprit du spectateur : peut-on aujourd’hui refuser quelque chose à Yasmina Reza, auteur de l’hagiographique portrait de campagne "L’Aube, le soir ou la nuit" ? CC

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