Trois hommes et un coup fin

CONNAITRE | La librairie Expérience reçoit deux étoiles montantes du roman graphique et un cartoonist d'une proverbiale impertinence. Les dédicaces transatlantiques étant aussi rares que les passages de comète, on ne se sent plus. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 29 janvier 2012

Photo : © Çà et là, çà et là, Vertige Graphic


Pour les râleurs invétérés que nous sommes, le mois de janvier est plus synonyme de montées de moutarde que de chutes de flocons. Ceci en raison de la tenue du Festival International de la Bande Dessinée, dont les organisateurs et jurés en prennent généralement autant dans les gencives qu'un psychanalyste pendant un transfert. On vilipende leur politique d'attribution du Grand Prix de la Ville d'Angoulême, qui chaque année récompense un auteur pour l'ensemble de son œuvre et n'a, jusqu'à présent, jamais été attribué à un scénariste (à croire qu'une BD n'est rien de plus qu'un livre d'images un peu élaboré). On s'indigne face à leur désintérêt pour la production japonaise non-patrimoniale et leur mépris manifeste pour les auteurs nord-américains n'ayant pas fait leurs armes dans RAW, la revue que fonda et dirigea Art Spiegelman de 1980 à 1991. On peste, enfin, contre leur entêtement à vouloir ménager la chèvre et le choux via leur sélection officielle, quand bien même les mathématiques (près de 4000 nouveautés en rayons, une petite centaine à l'arrivée) et le bon sens (préférer les gribouillis infantiles de Simon Roussin aux estampes modernistes de Hugues Micol, à part pour le buzz, on ne voit pas) les condamnent à l'échec.

Séance de rattrapage

Tout ça pour dire que, cette année, le FIBD ne s'est à notre grand dam pas fait l'écho des travaux de Joshua Cotter, Drew Weing et Robert Sikoryak. Alors que le premier a signé avec Les Gratte-ciels du Midwest, l'histoire semi-autobiographique d'un petit gros fuyant les brimades dans un monde imaginaire peuplé de robots, un émouvant et virtuose examen du mal-être adolescent et de l'Amérique rurale. Alors qu'on doit au deuxième En mer, majestueuse et sensible épopée maritime (on y suit un pirate aux aspirations de poète) devant autant au Popeye de Elzie Crisler Segar qu'aux gravures du XIXe siècle. Alors que le dernier, dessinateur de presse pour le très respectable New-Yorker à la fin des années 90, a publié l'un des ouvrages les plus jouissivement insolites de l'année : Masterpiece Comics, ou la relecture de classiques de la littérature par le prisme de la culture pop (Les Hauts de Hurlevent dans une ambiance Contes de la Crypte, Crime et châtiment revu par Bob Kane, le créateur de Batman...). La Librairie Expérience en revanche, mettra à l'honneur ces trois talentueux ricains jeudi 2 février. Louée soit-elle.

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Extras

ECRANS | Ricky Gervais & Stephen Merchant (The Corporation)

Christophe Chabert | Mardi 14 février 2012

Extras

Ricky Gervais est un génie et l’Angleterre devrait chaque matin remercier le ciel de lui avoir offert un tel joyau, bien plus précieux que ceux de la couronne. En France, visiblement, tout le monde s’en fout. Car il aura fallu quatre ans pour qu’un éditeur (tout nouveau, tout beau) se décide à sortir en DVD Extras, l’autre grande série de Gervais et son acolyte Merchant après The Office. Extras, cela veut dire littéralement «figurants», et deux d’entre eux, Andy (Gervais) et Maggie (pétulante Ashley Jenson) font le tour des plateaux en cherchant, par tous les moyens, à décrocher une «line», c’est-à-dire une «réplique», moyen pour eux d’être mieux payés mais aussi de se faire repérer par le métier. Avec la même ironie que celle qu’ils portaient sur la vie de bureau, Gervais et Merchant arrivent à rendre crédible leur peinture du milieu du cinéma tout en outrant juste ce qu’il faut le trait pour le rendre hilarant. Dès le premier épisode, où Ben Stiller tourne un film sérieux sur la guerre en Yougoslavie inspiré de la vie réelle d’un homme qui y a perdu femme et enfants, ils déploient leur art consommé du rire embarrassé, comique de la gêne sans

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