Les Invites de Villeurbanne 2012 : Invites pour tout le monde

CONNAITRE | Programmation des Invites de Villeurbanne 2012 : Le festival villeurbannais « pas pareil » vient de dévoiler sa foisonnante, éclectique programmation entre théâtre, danse, spectacles de rue, mimes, marionnettes, veaux, vaches, cochons, couvées, Didier Super en Christ sur BMX, des Grumaux, des carottes, et bien sûr de la musique de qualité à savourer en famille pour pas un rond. Stéphane Duchêne

Christophe Chabert | Lundi 23 avril 2012

«Les Grumaux sont toujours là où on ne les attend pas». Il n'y a qu'aux Invites que l'on peut vous présenter de cette manière un (ou des) artiste(s) présent(s) – en l'occurrence, ici, des voltigeurs à mi-chemin de Mad Max et des Marx Brothers, les Demi-frères Grumaux. Bienvenue au festival pas pareil qui, dans les rues de Villeurbanne et pour la modique somme de rien, opère un retour à ces festivités d'antan où l'on montrait des ours à la foule pendant qu'un acrobate cracheur de feu tentait de prendre le dessus sur un joueur de flûte. On exagère à peine.

Didier Christ Superstar

Or donc, les Invites viennent de dévoiler leur programmation, qui contient de Grumaux mais pas que. Au rayon saltimbanque bien bancal, Didier Super devrait faire le boulot avec sa désormais célèbre – bien que non encore joué à Broadway, sans doute pour d'obscures histoires de contrats – comédie musicale, sobrement intitulée Didier Super La Comédie Musicale! (Et si Didier Super était la réincarnation du Christ ?). Où il est question de milliardaire dépressif, de témoins de Jéhovah, et d'un président de la République déprimé. Ajoutons pour être tout à fait complet qu'à notre connaissance il s'agit-là de la seule comédie musicale au monde mettant en scène des cascades (ratées) en BMX – à se demander ce que branlent Dove Attia et Kamel Ouali.

Quelque chose nous dit que la proximité géographique entre le Nordiste et la compagnie belge Les Royales Marionnettes n'est pas pour rien dans la foutraquerie annoncée du spectacle Et ta sœur ? : où un, entre autres, vice-champion de lancer de crotte de nez affronte sa sœur spécialiste du perçage de tympans. Dans le même (?) esprit parodique, Utopium Théâtre s'attaquera, au sens propre, avec Il était une fois aux contes de fées et autres héros de notre jeunesse (Tarzan, Wonder Woman).

Guère moins fantaisiste, L'Eléphant vert, avec son « théâtre d'intervention déambulatoire » mettant en scène, dans Le Meilleur ami de l'homme, des Homme-chiens. Même réflexion pour la compagnie Tu t'attendais à quoi ? et leur Domino Bomba où trois comédiens « ferrailleurs-machinistes-philosophes » mettent au point le kamikaze durable.

Corps Migrateurs

Le n'importe quoi, le loufoque, l'artistiquement libéré, c'est un peu la marque de fabrique des Invites, au point qu'on avoue humblement – en tant que non spécialiste de tout et donc un peu spectateur lambda – ne pas totalement saisir la teneur de certains spectacles, comme celui de Kubilaï Khan Investigations : Comme la main s'enroule. Mais parfois la réputation d'une compagnie suffit à convaincre a priori.

Il y a aussi des noms étranges, comme la Clique sur la Mer et son Orphéon sur la Ville, un sextet, qui nous promet des valses felliniennes (alors d'accord, tope-là). Des noms plus familiers comme les Lyonnais de La Hors De qui invitent des amis Burkinabés (Téguérer-Danse) pour une pièce sans frontière baptisée Corps migrateurs, questionnant cette «Liberté de circulation», tant remise en cause.

Heureusement, aux Invites, on circule librement, ainsi que Chez Leandre : «Leandre, dans la rue tu es chez toi» auquel celui-ci répond «je suis un clown et la rue est ma maison». Vous l'aurez compris, Leandre Ribera est, tout comme son homologue chilien, Tuga, un clown de rue et un mime – l'AFMA (Association Française des Mimophobes Associés) est priée d'aller soigner son mal ailleurs le temps de la durée des Invites pour ne pas dégoûter son prochain.

Parmi les temps forts annoncés, le spectacle tout en échafaudage imaginé par Luc Amoros : Pages Blanche, Chroniques enluminées, présenté comme une bande-dessiné grandeur nature.

Tout puissant

Côté musique, depuis deux ans, les Invites remettent le paquet. On commence par une petite mention aux Lorrains de Marie Madeleine, au croisement de New Order, de Justice et de Sisters of Mercy (le résultat est assez étrange et rappelle un peu les ambiances de laminoir), et Sizarr, mélange d'afro-beat et de new-wave.

Curiosité au rendez-vous également pour le «one man band à trois têtes» – un concept en soi –  Monofocus (on n'en dit pas plus). Et bien sûr avec la reine des connes, des zazous et de tout ce qui s'ensuit, Brigitte Fontaine. Puis on salue notamment la venue du mythique slammeur, acteur, rappeur, Saul Williams et le retour du popeux cockney Baxter Dury après son très classieux concert de l'Epicerie Moderne à l'automne, ainsi que les excellents Boogers et General Elektriks.

Autant de «noms» qui ne devraient guère faire d'ombre au tout puissant orchestre Poly-rythmo, sans doute le plus vieil orchestre d'Afrique (42 ans d'existence) et véritable légende béninoise en matière de soul, funk et afro-beat. Avec en ouverture les burkinabais Kokondo Zaz & Sahab Soanda, surnommé le «roi de la poubelle» pour sa musique développement durable à bases d'instruments de récup'. Le Burkina qui sera également – et décidément – à l'honneur avec la compagnie Kouka mélangeant danse, musiciens et marionnettistes dans une revisitation de Roméo et Juliette intitulée Romi & Julie incarnés par des...carottes. Ou comment, avec des carottes et des Grumaux, résumer la folie douce du menu des Invites.

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Brigitte Fontaine, l'inadaptée

Chanson | La reine des kékés repasse par nos contrées avec quelques nouvelles chansons dans sa poche et un guitariste repéré chez Bashung pour l'accompagner : à ne pas rater.

Sébastien Broquet | Mardi 8 octobre 2019

Brigitte Fontaine, l'inadaptée

Omniprésente, Brigitte. La vraie, pas le fade duo, mais bien la Fontaine, celle qui s'est offert des collaborations avec l'Art Ensemble of Chicago ou encore Sonic Youth (deux titres encore inédits !) et ne semble pas prête de voir la source de son inspiration se tarir : cette année, on l'a suivie sur les étals des libraires avec son recueil de poèmes intitulé Paroles d'Évangiles, aux Éditions Le Tripode (avec une cover signée Enki Bilal). On l'a croisée sur grand écran cet été, dans le documentaire Hauts les filles ! de François Armanet et Bayon. On attend son nouvel album, le premier depuis 2013 et J'ai l'honneur d'être. Et la voici repartie sur les routes pour une longue tournée qui la voit passer par le Radiant-Bellevue ce mercredi 16 octobre, si tout va bien (à l'heure où nous bouclons, la dame a annulé sa date du 5 octobre à Nice pour une blessure à la cheville, mais le show lyonnais n'est pas remis en cause selon Mediatone, le producteur). Look de libellule À 80 balais fêtés pendant la dernière canicule, Brigitte Font

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20 concerts pour l'automne

Nos bons plans | Sélection drastique, forcément subjective, des vingt concerts qu'il ne faut surtout pas rater en cette saison : suivez le guide.

Stéphane Duchêne | Mardi 24 septembre 2019

20 concerts pour l'automne

Baptiste W. Hamon Surprise : le plus français des countrymen, métis musical revendiqué de Townes Van Zandt et Jacques Bertin, trop méconnu à notre goût, est revenu il y a quelques mois avec Soleil, Soleil Bleu. Si l'on retrouve quelques balises country (l'ami Will Oldham / Bonnie "Prince" Billy est toujours de la partie), celles-ci jalonnent un territoire bien plus pop et orchestré. Et l'art de "l'écrivage" de chanson (le songwriting, quoi) de notre W., de prendre une nouvelle ampleur. À Thou Bout d'Chant le jeudi 3 octobre Metronomy En rentrant en Angleterre pour accoucher de Metronomy Forever, l'ex-néo-parisien Joseph Mount semble avoir retrouvé le mojo tubesque partiellement égaré sur Summer 08, celui qui l'avait vu accoucher de Love Letters, Monstruous, The Look, The Bay ou Corinne, sur ses précédentes saillies. Bonne nouvelle quand on sait que Metronomy vient livrer tout cela avec la fantaisie scénique qu'on lui connaît

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Le Mecano du General Elektriks

Electro Pop | C'est en tournée, celle de son précédent album To Be a Stranger, qu'Hervé Salters, le Géo Trouvetout à l'origine de cette machine folle qu'est General (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 6 novembre 2018

Le Mecano du General Elektriks

C'est en tournée, celle de son précédent album To Be a Stranger, qu'Hervé Salters, le Géo Trouvetout à l'origine de cette machine folle qu'est General Elektriks, a retrouvé cette irrésistible sensation de fourmis dans les doigts et les jambes. Ça et l'acquisition d'un nouveau synthé (comme quoi il en faut peut) sur lequel épancher cette créativité et sa folie douce, dure et dingue qui a fini par accoucher du récent Carry no ghost, dont le deuxième morceau, Never can get enough dit assez bien l'appétit jamais assouvi de groove qui continue de ronger le général électrique depuis quinze ans maintenant. Comme toujours chez Salters, l'up-tempo domine tout en laissant la place à quelques entremets soul(és), avant un final en forme de slow pop crépusculaire en français (De passage, qui comme le single Au tir à la carabine marque un retour de la langue française chez General Elektriks). Carry no ghost

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"Prince of Tears" : les pleurs du mâle

Baxter Dury | Un classique de la pop que l'album de rupture, de Bob Dylan (Blood on the Tracks) à Peter Gabriel (Us) en passant par Bon Iver (For Emma, forever ago) (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 27 février 2018

Un classique de la pop que l'album de rupture, de Bob Dylan (Blood on the Tracks) à Peter Gabriel (Us) en passant par Bon Iver (For Emma, forever ago) ou même ABBA (The Visitors). Lequel intervient souvent à cet âge semi-mûr où la rupture se trouve en capacité de vous laisser bien en travers. De rupture, le sémillant Baxter Dury en a connu une qui l'a conduit à écrire dans la douleur Prince of Tears. Mais comme le Londonien ne fait jamais rien comme tout le monde, il a conçu la chose à sa manière, incorporant quelques éléments biographiques remontés à la surface à cette occasion et suffisamment d'autodérision maison pour appuyer sur la douleur autant que la masquer derrière des personnages de son invention, doppelgängers du chanteur qui sont autant de frères de souffrances que de marionnettes. C'est ainsi que le désordre et la colère qui l'ont habité au moment de cette rupture s'incarnent, sur ce Miami qui ouvre l'album, dans l'errance d'un type totalement pathétique qui se voit flamboyant quand il n'est qu'une mèche courte. Basse ronde, synthé, guitare funk, spoken word,

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Baxter Dury : « pointer nos contradictions et nos faiblesses »

Pop | Avec Prince of Tears, son dernier disque, vrai-faux album de rupture, et véritable œuvre existentielle, Baxter Dury a sans doute livré son album le plus abouti. Entre grandeur et décadence, mystère et transparence, le Londonien, également prince du cool, continue de passer les failles du mâle contemporain au révélateur de cette autodérision qui est sa marque de fabrique.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 février 2018

Baxter Dury : « pointer nos contradictions et nos faiblesses »

Le sujet de Prince of Tears est celui d'une rupture amoureuse que vous avez vécu. Or vous avez beaucoup dit ne pas vouloir en faire un album trop personnel et encore moins un concept album. Avez-vous besoin de mettre à distance toute tentation de vous laisser aller au sentimentalisme ? Baxter Dury : Non, ce n'est pas vraiment ça... C'est surtout que cette rupture est un prétexte pour aborder plein d'autres sujets comme celui de l'enfance [comme sur la chanson Oï qui évoque un épisode de cour de récré où Baxter se fait casser la figure par un camarade, NDLR], ce genre de choses. En fait, j'ai surtout essayé de faire des chansons brillantes, de m'appliquer à leur donner une couleur, d'en travailler les détails pour faire naître et grandir un certain mystère. La tonalité de Prince of Tears est quand même nettement plus mélancolique que celle de votre précédent disque, It's a pleasure... C'est vrai que ces deux albums sont très différents mais je ne crois pas que Prince of Tears soit moins joyeux qu'It's a pleasure. Il est simplement plus honnête, il parle de la vraie vie

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La cité obscure de Rone au Transbordeur

Synth-Pop | Nouvel album enchanteur pour Rone, qui explore une ville imaginaire au sein de Mirapolis, disque nourri de guests : à savourer live au Transbordeur ce mercredi.

Sébastien Broquet | Mardi 30 janvier 2018

La cité obscure de Rone au Transbordeur

Patiemment, Rone se façonne son univers. Pas juste un son, mais un écosystème où naviguent d'autres explorateurs interconnectés, se nourrissant les uns des autres pour former une biomasse dont Rone serait le ferment. Avant même de jeter une oreille, on a déjà compris : le visuel de la cover est signé Michel Gondry et c'est comme une évidence, ces deux personnages totalement lunaires ne pouvaient que se reconnaître mutuellement... C'est le clippeur de Björk et Kylie Minogue qui a fait le premier pas, contactant le musicien. Le titre, ensuite, qui découle de cette pochette ébouriffée du réalisateur de Eternal Sunshine of the Spotless Mind : Mirapolis. Cinécompatible et bédéphile, assurément, tel un Fritz Lang old skool, une plongée science-fictionnesque dans une ville de

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Les concerts à ne pas louper

La Rentrée Musique | La trêve des confiseurs à peine achevée, la dinde à peine digérée, voilà que redémarre déjà la saison des concerts. Pour vous éviter une autre indigestion, nous avons sélectionné pour vous, d'une main innocente, incontournables et découvertes de cette nouvelle année.

Stéphane Duchêne | Mardi 9 janvier 2018

Les concerts à ne pas louper

Bertrand Burgalat & AS Dragon Avec l'album Les Choses qu'on ne peut dire à personne, le gentleman de la pop française et patron plénipotentiaire du label Tricatel a effectué l'an dernier un retour plutôt magistral, se livrant paradoxalement comme jamais. Musicalement, où le spectre burgalatien (comme on dirait martien) s'étend de la pop à la bossa, de l'électro à l'easy listening, ou au cœur de ses textes, rappelant parfois le Présence humaine de Houellebecq. Une bonne nouvelle qui en amène une autre puisque le maître se produira en concert avec son groupe de (presque) toujours : les redoutables AS Dragon. Au Sonic le mercredi 24 janvier (avec Catastrophe) Pierre Lapointe « La science du cœur est un objet d'abstraction propulsée par la volonté qu'ont les gens tristes à se laisser toucher » chante Pierre Lapointe en ouverture de son album La Science du cœur. Cette science, c'est peu de dire que

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Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou : ils sont vraiment Tout Puissant !

Afro Funk | Le légendaire Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou fait une halte au Ninkasi : l'occasion pas si fréquente de voir l'un des plus passionnants représentants de l'âge d'or du funk africain dans une salle lyonnaise.

Sébastien Broquet | Mardi 13 juin 2017

Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou : ils sont vraiment Tout Puissant !

Au mitan des sixties, au fil des indépendances, l'Afrique de l'Ouest voit naître nombre d'orchestres qui vont accompagner le mouvement d'émancipation politique et dynamiter les codes musicaux, profitant des vinyles qui débarquent dans les sacs de marins ou les valises des voyageurs : de Johnny Halliday à Jimi Hendrix en passant par James Brown, les influences sont larges et nourrissent les set-lists de ces groupes habitués à jouer de longues heures pour animer clubs et hôtels. Ce qui explique l'infinie variété des styles abordés par le Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou, légendaire association de maîtres du beat et du funk actifs depuis plus de cinquante ans - les débuts datent de 1966. Calme-toi, Mick Jagger ! Car le Tout Puissant (remis en selle par une journaliste fureteuse partie à leur recherche au fin fond du Bénin en 2007 - Élodie Maillot, pour France Culture), en a profité pour s'offrir une carrière internationale qui les boudait jusque-là, et allonger une liste de productions discographiques déjà démentielle (on parle de plus de cinquante albums) que

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Brigitte Fontaine annule son concert de vendredi

Théâtre de Vénissieux | Pour des raisons de santé, Brigitte Fontaine annule son concert initialement prévu ce vendredi 7 octobre au Théâtre de Vénissieux. Le (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 octobre 2016

Brigitte Fontaine annule son concert de vendredi

Pour des raisons de santé, Brigitte Fontaine annule son concert initialement prévu ce vendredi 7 octobre au Théâtre de Vénissieux. Le remboursement des places est possible dès aujourd'hui, auprès de la billetterie du théâtre : 04 72 90 86 60.

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Maxime Delcourt : Fiers de ne rien faire

Chanson Engagée | De 1968 à 1981, l'Hexagone est parcouru d'un vent libertaire et inventif s'immisçant au cœur de ses chansons et portant les premiers groupes de pop du pays. Le journaliste Maxime Delcourt en conte la génèse dans un livre et lors d'une conférence.

Sébastien Broquet | Mardi 24 mai 2016

Maxime Delcourt : Fiers de ne rien faire

« Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire » : cette baseline ultime de Saravah, label pas comme les autres initié par Pierre Barouh, lui-même directeur artistique pas commun, est devenu le titre d'un livre de Maxime Delcourt paru l'an dernier aux excellentes éditions Le Mot et le Reste. Lequel Barouh, du Japon où il passe aujourd'hui une bonne partie de son temps, nous écrivait il ya quelques années : « Depuis mon adolescence, j'ai toujours été imprégné de l'obsession de L'Autre rive (titre d'une chanson inscrite dans l'album Le Pollen), mais je me considère plus promeneur que nomade... » Cette promenade sur l'autre rive, l'auteur du livre nous y convie au fil des pages contant les petites et la grande Histoire d'un genre, la chanson, qui en France aussi a connu ses chemins de traverse pendant un peu plus de dix ans. Comme dans ce studio prêté justement par Pierre Barouh au génial combo de free-jazz, l'Art Ensemble of Chicago, en 1969 et donnant naissance à cet album indémodable de Brigitte Fontaine, Comme à la radio : elle passait justement par là avec des textes sous le bras et les grava en compagnie de

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Musilac – Du 10 au 12 juillet – Aix-les-Bains (73)

MUSIQUES | Il est des festivals qui parviennent à concilier l'inconciliable. C'est le cas de Musilac qui, en bordure d'un lac cher à Lamartine, parvient à mélanger l'eau de l'exigence populaire et l'huile d'actes de bravoure artistiques, nécessité économique et prise de risques, David Guetta et Alt-J. Sélection pas complètement au débotté. Stéphane Duchêne

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Musilac – Du 10 au 12 juillet – Aix-les-Bains (73)

Alt-J Dans Alt-J, le "J", se prononce "Djé" à l'anglaise, mais aussi comme dans "genius". Car c'est un peu ce qu'est le quatuor de Leeds : une bande de petits génies à laquelle il n'est pas toujours aisé d'être sensible, tant cette pop versatile est sophistiquée et trompeuse. Sournoise presque, dans sa manière de nous embarquer – incroyable morceau que Every Other Freckle sur This Is All Yours. Alt-J, c'est la confirmation en 2015 que la pop peut se compliquer la vie et avoir la folie des grandeurs, du moment qu'elle se donne les moyens de les atteindre.

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Pour le plaisir

MUSIQUES | Avec "It's a pleasure", son dernier album, la démarche (faussement) coolissime de Baxter Dury ne varie gu-re depuis le gros succès d'estime de "Happy Soup" : elle reste souple, chaloupée et juste ce qu'il faut de tubesque. Démonstration le 6 mars à Feyzin. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 3 mars 2015

Pour le plaisir

Il fallait être à son concert de décembre 2011 à l'Epicerie Moderne pour mesurer le pouvoir d'attraction et de séduction un peu j'men-foutiste de Baxter Dury. Et ses qualités de showman aussi. C'était l'époque Happy Soup, celle de la re(co)naissance – Dury ayant publié dans la décennie précédente deux formidables albums que presque personne ne prit le temps d'écouter –, Baxter, fils de Ian, s'était mis à dérouler une sorte de démarche un peu schlass (sans doute contractée pendant 6 ans de traversée du désert pieds nus), de classe fatiguée et marmonnée, sur des chansons pour la plupart tubesques sans en avoir conscience car par avance trop fatiguées pour le succès. Et ce fut pourtant le succès qui l'emporta, sans doute de par la torpeur irrésistible dans laquelle Dury venait de plonger tout le monde, confisquant ainsi la force nécessaire à toute tentative de l'ignorer. En France surtout, où son charme cockney fait so élégamment british qu'on en connaît qui tartineraient volontiers du lemon curd sur son torse couleur crumpet. A côté de ses pompes Au premier abord, on pourrait voir en

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Bruits de saison

MUSIQUES | Est-ce parce qu'on commence à être habitué à ce genre de cirque ? Toujours est-il que non, le bruit qui accompagnera la venue lyonnaise d'une Christine & the Queens au sommet du succès ne suffira pas à éclipser le reste d'une programmation de fort belle facture. Et vous savez quoi ? C'est tant mieux. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 6 janvier 2015

Bruits de saison

En matière de musique, la hate est un fruit de saison, savamment cultivée par les réseaux sociaux, par ce fléau mondial que constitue l'aigreur d'estomac – surtout en sortie de fêtes de fin d'année –, par quelques médias victimes d'hypocondrie culturelle et, il faut bien le dire, par ceux qui la provoquent. On a ainsi droit comme ça à un ou deux boucs émissaires par an cristallisant les crispations d'une certaine branchitude mal définie. On ne vous fera pas languir plus longtemps : après Woodkid, Stromae et Fauve (qui reviendra, le 2 avril, en grande surface qui plus est, puisqu'à la Halle Tony Garnier, ramasser des forêts de cœurs avec les doigts et sans doute quelques seaux de merde), c'est au tour de Christine & the Queens (4 mars au Transbordeur) d'énerver son monde sur le thème : talent fou ou blague de l'année ? Alors oui, dans ces cas-là, o

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J'aime (pas) la chanson française

MUSIQUES | Au Petit Bulletin nous avons cette réputation, en laquelle nous croyons parfois nous-mêmes, qui veut qu’à l’instar du titre des opus du dessinateur Luz, «[On] n'aime (toujours) pas la chanson française». La preuve que si, un peu. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

J'aime (pas) la chanson française

On a beau eu noircir des Unes sur Françoiz Breut, la révélation Daisy Lambert, faire des ronds de jambes à Emilie Loizeau, Jean-Louis Murat, Benji Biolay, ou même ce drôle d'animal qu'on appelle Fauve – qui revient d'ailleurs déverser sa bile casse-gueule au Festival Nouvelles Voix à Villefranche – rien n'y fait. Une réputation, ça vous colle à la peau comme le pansement du Capitaine Haddock, tout ça parce qu'on n'est pas à fond sur Calogero – et ce n'est pas avec Circus, son opéra pop, que ça va s'arranger – ou que Jean-Jacques Goldman n'est pas notre français préféré. Le truc c’est qu’appréhender la notion de chanson française c’est comme essayer d’attraper un

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Les Invites de Villeurbanne en mode "commandos tricot"

ACTUS | Pour sa onzième édition qui se déroulera du 20 au 23 juin, Les Invites de Villeurbanne (qui dévoileront leur programme le mardi 24 avril, à suivre ici même !) (...)

Christophe Chabert | Vendredi 13 avril 2012

Les Invites de Villeurbanne en mode

Pour sa onzième édition qui se déroulera du 20 au 23 juin, Les Invites de Villeurbanne (qui dévoileront leur programme le mardi 24 avril, à suivre ici même !) lancent un appel à participation original : ils donnent rendez-vous à tous les volontaires qui le désirent dans ses Ateliers Frappaz (14-16 rue du Docteur Frappaz à Villeurbanne) pour s'initier au tricot et préparer ainsi une grande opération qui aura lieu au cours du festival. L'idée sera "d'habiller" le mobilier urbain, les arbres ou les statues de la ville avec des "vêtements" créés pour l'occasion. Les ateliers sont ouverts du mardi au vendredi de 14h à 18h, les cours sont dispensés sur place et le matériel est fourni. Pour plus d'informations, vous pouvez contacter Agathe Sinck au 04 72 68 90 17 ou sur le mail mediation@ateliers-frappaz.com.

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Dire Fontaine

MUSIQUES | Amateurs de Brigitte Fontaine, soyez-au rendez-vous de l'Espace culturel Saint-Genis-Laval le 27 janvier pour un moment qui s'annonce unique en son (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 20 janvier 2012

Dire Fontaine

Amateurs de Brigitte Fontaine, soyez-au rendez-vous de l'Espace culturel Saint-Genis-Laval le 27 janvier pour un moment qui s'annonce unique en son genre. Dame Brigitte vous y fera la totale et un tour complet du propriétaire – à savoir son cerveau au fonctionnement si particulier – au cours d'une lecture musicale qui risque de laisser des traces. Première bonne nouvelle, la première partie du show et l'accompagnement de Brigitte seront opérés par le compagnon-homme de main-coach-muse-dresseur de la Fontaine (la Brigitte a un peu tendance à partir dans tous les sens), à savoir Areski Belkacem avec lequel elle travaille (et vit, donc) depuis des lustres et qui sait comment tirer la substantifique moelle de sa douce follasse, le Saint-Homme. Dans une sélection de ses nombreux textes : chansons, poèmes, livres – anciens comme L'Inconciliabule et Chroniques du bonheur ou récents comme Le Bon Peuple du Sang – l'ex-reine des zazous, des connes (c'est elle qui l'a dit) et du théâtre expérimental, piochera la matière d'une lecture qui ne ressemble à aucune autre, mélange de talk-over, de glossolalie qui fuit et de chanson borderline. Bref, du Brigitte – l'expression n'aura jamais eu aut

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Soupe pop'

MUSIQUES | Désenchanté et déglingué, Baxter Dury est sans doute le plus attachant des popeux venus d'outre-manche. Si ce n'est le plus doué comme en témoigne sa dernière livraison, "Happy Soup", à déguster en concert. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 25 novembre 2011

Soupe pop'

Nul n'ignore ce que le terme "soupe" recouvre dès lors qu'il s'agit de pop music. Pour peu qu'on lui accole l'adjectif "joyeuse", on s'imagine immédiatement tomber sur une intégrale de la Bande à Basile ou, pire, la bien nommée "Tournée entre nous" avec Emile & Images. Et puis il suffit qu'on aperçoive la petite tête d'oisillon en garde à vue de Baxter Dury sur la pochette de son album Happy Soup pour que notre perception s'en trouve bouleversée. En toute discrétion, Happy Soup s'est glissée entre les gouttes parmi les meilleurs albums de l'année. Comme d'ailleurs ses deux précédents, injustement boudés.Mais le talent du bonhomme, qui ne se laisse pas démonter, est intact. Ses obsessions aussi. Qu'il s'agisse de Lisa said ou de Francesca's Party sur le précédent Floor Show ou d'Isabel et Claire (deux des tubes dégingandés de cette joyeuse soupe 2011), il y a chez Baxter une propension à rouler sur la jante (féminine) en rauquant le prénom des filles. À les aimer bien balancées, sur des lignes de basse rondes comme des queues de pelle de fin de biture.

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Too(morrow) et son contraire

MUSIQUES | Événement / Le blanc et le noir, le geek et l'Afrique, le coeur et le sampler entreront en Collision samedi 15 octobre au Transbordeur. Avec Luke Vibert et Saul Williams en têtes d'affiche, le bouquet final du Riddim pourrait bien nous valoir quelques retombées volcaniques. Stéphanie Lopez

Christophe Chabert | Jeudi 29 septembre 2011

Too(morrow) et son contraire

Contrairement à Saul Williams (rarement vu entre Rhône et Saône), Luke Vibert a déjà livré plusieurs sets mémorables par ici — on se souvient notamment des good vibes qui ont fait trembler le garage Citroën, ou de ses mixes acidulés lors de soirées BEE. Pourtant sur disque, cela faisait sept ans que le corsaire de Cornouailles n'avait rien sorti sous son célèbre pseudo Wagon Christ. Non que l'homme "multi-name" (Plug, Kerrier District, Butler Kiev...) se soit tourné les pouces depuis le précédent "Sorry I make you lush, petit bijou d'acid-house. A l'instar de ses potes Aphex Twin et Mike Paradinas, Luke Vibert fait partie de ces bidouilleurs insatiables, qui composent comme Howard Marks roule un spliff. Qu'il signe ensuite sur Warp, Ninja Tune, Rephlex, Planet Mu, ou qu'il garde tout pour lui, son sampler en surchauffe ne s'est jamais départi d'une créativité devenue référence dans le genre IDM qui ne se prend pas au sérieux. Car chez Vibert plus que chez tout autre électro-geek, la musique est avant tout restée un jeu. De samples ridicules en collages funky, le Wagon Christ ressuscité sur le récent Toomorrow jongle toujours avec humour et élégance entre hip-hop

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Saul Williams

MUSIQUES | Si l’on considère que Jarring Effects ne veut plus s’embarrasser des étiquettes, il y a une certaine logique à ce que Saul Williams se retrouve cette année en (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 15 septembre 2011

Saul Williams

Si l’on considère que Jarring Effects ne veut plus s’embarrasser des étiquettes, il y a une certaine logique à ce que Saul Williams se retrouve cette année en haut de l’affiche. Pour clôturer le festival Riddim Collision, le griot du slam nous rappellera surtout qu’il est un artiste hors cadre : débordant sur le champ du cinéma, de la littérature et de la poésie, l’Amethyst Rock Star n’est définitivement pas du genre à séparer le jaune du noir et du blanc. Même si, trois albums plus tard, son œuvre foisonnante semble se recentrer sur la pop à danser, les références et les hommages (Nina Simone, Lenny Kravitz, Prince, Michael Jackson…) restent multiples. En ce sens, Volcanic Sunlight pourrait bien, sur scène, irradier le Riddim de collisions rock inaccoutumées…

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Baxter Dury

MUSIQUES | Happy Soup EMI

Benjamin Mialot | Jeudi 8 septembre 2011

Baxter Dury

Écouter le troisième album de Baxter Dury, c'est comme se prendre une décharge de neuralizer. Vous savez, cet espèce de suppositoire chromé permettant aux Men in Black de faire oublier leurs bévues. On appuie sur play, un flash nous sature l'esprit et tout ce qui précède disparaît. Oublié le proto-punk Ian Dury, prestigieux paternel de ce natif du Buckinghamshire. Effacées, les six longues années à attendre un successeur de Floor Show, atoll pop devenu Atlantide suite au passage de la déferlante new new (neuneu ?) wave du mitan des années 2000. Envolée, la tentation de le comparer à un Jarvis Cocker revenu de son obsession du cool ou à un Serge Gainsbourg sans autre tremblote que celle induite par le pouls d'une basse bien cambrée. Qu'obtient-on en retour ? D'abord un parfait disque de rentrée, Happy Soup passant en permanence de la concupiscence estivale au bourdon automnal, du tube pour dancefloor brûlant à la BO pour fin de soirée imbibée. On gagne surtout le droit d'assister à la floraison d'un grand songwriter cockney comme seule l'Angleterre en nourrit. Floraison qui, claironnée à coup de chœurs de sirènes à peine pubères et de rythmes secs comme des compressions thoraciqu

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Brigitte Fontaine

MUSIQUES | Fontaine, comme son nom l’indique, est intarissable. Quarante ans déjà qu’elle officie, discrète et néanmoins incontournable, sur le front d’un rock qui (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 10 décembre 2010

Brigitte Fontaine

Fontaine, comme son nom l’indique, est intarissable. Quarante ans déjà qu’elle officie, discrète et néanmoins incontournable, sur le front d’un rock qui assume les rides et les rimes les plus crues («Je suis vieille et je vous encule, avec mon look de libellule»). Fofolle et instinctive, elle s’impose surtout comme une luciole subversive qui éclaire, haut les cœurs et d’un beau doigt d’honneur, une scène alternative qui se ressource dans sa colère. Samedi 18 décembre au Transbordeur, la féé Kéké sera accompagnée du fidèle Areski Belkacem, pour un show forcément rock et farci d’humour loufoque. SL

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Électrocutant

MUSIQUES | Ça commence par une mélodie simple, prenante. Le beat arrive. Les mots se posent dessus. Tu m'intrigues, le premier morceau de General Elektriks à avoir (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 16 juin 2010

Électrocutant

Ça commence par une mélodie simple, prenante. Le beat arrive. Les mots se posent dessus. Tu m'intrigues, le premier morceau de General Elektriks à avoir chatouillé nos oreilles. Puissant, fantasque, évocateur. On cherche à en savoir plus, on se plonge dans l'album Cliquety Kliqk. Et on découvre un véritable laboratoire sonore, où les morceaux flirtent aussi bien avec le hip-hop que le funk ou le rock. Quatre ans plus tard, c'est Good City for dreamers qui revient affirmer ce son unique, toujours porté par un sens aigu de la mélodie et de l'orchestration, tout en subtilité et en maîtrise. Derrière ces deux disques se cachent deux lettres. RV, pour Hervé Salters, un franco-britannique aux influences multiples, avec un lourd penchant pour les synthés vintage. Après avoir joué aux côtés d'artistes aussi différents que Femi Kuti, Dj Mehdi ou M, il a travaillé avec le collectif du Quannum project, pour finir par tomber le masque et révéler en solo son visage de savant fou de la musique. Mais si en studio il est seul aux manettes, sur scène, c'est entouré de quatre musiciens qu'il reconstruit chaque son, pour offrir une performance surchauffée. Sautant

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Slam

CONNAITRE | Avant d’être un phénomène musical dont les ambassadeurs hexagonaux sont Grands corps malade et Abd El Malik, le slam a d’abord été une forme poétique née (...)

Christophe Chabert | Jeudi 2 octobre 2008

Slam

Avant d’être un phénomène musical dont les ambassadeurs hexagonaux sont Grands corps malade et Abd El Malik, le slam a d’abord été une forme poétique née spontanément dans les marges de la société américaine. Slam, le film de Marc Levin, caméra d’or au festival de Cannes en 1998 (repris du 11 au 13 octobre à l’Espace Culturel de Saint-Genis Laval), a permis de faire découvrir ce nouveau courant artistique faisant la jonction entre le rap des rues et la littérature des bibliothèques, via un docu-fiction poignant qui révélait un musicien génial, Saul Williams, dont la carrière au cinéma fut en revanche plus chaotique.

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