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CONNAITRE | À Lyon ou aux portes de la ville, cinq sites majeurs de l'architecture moderne, regroupés sous la mention Utopies réalisées, s'offrent au visiteur curieux. En route pour une découverte estivale des quartiers des États-Unis, des Gratte-ciel, des Étoiles, du couvent de la Tourette et de la cité Le Corbusier de Firminy. Des lieux sont toujours habités (logement social ou édifice religieux). Car ce qui a prévalu à leur construction vaut toujours : mieux vivre ensemble.

Nadja Pobel | Jeudi 5 juillet 2012

Mieux vivre ensemble. Tant pis si l'expression a des airs de tarte à la crème resservie à chaque élection. Au début du vingtième siècle, les ouvriers vivent dans des logements insalubres et la France a l'un des plus forts taux de mortalité au monde. Soucieux de la santé de leurs administrés et surtout des moins aisés, des maires téméraires comme Lazare Goujon à Villeurbanne et Édouard Herriot à Lyon font alors fait appel à des architectes inventifs pour que tous vivent mieux ensemble.

En 1934, les Gratte-ciel (Villeurbanne) et le quartier des États-Unis (actuellement dans le 8e arrondissement de Lyon) sont inaugurés. À Lyon, Tony Garnier a travaillé sur l'espace intérieur et extérieur et construit des îlots entourés de verdure. À Villeurbanne, l'ensemble dessiné par Morice Leroux et Robert Giroud est plus imposant, mais l'accent est également mis sur la praticité des immeubles : où que l'on soit logé, il est possible d'accéder à un commerce du rez-de-chaussée sans mettre le nez dehors, se protégeant ainsi du froid. Et surtout, audace rare : la construction du règlement urbain (réseaux d'assainissement, de gaz, d'électricité) se fait en même temps que les immeubles. C'est une révolution sanitaire : pour la première fois, des ouvriers ont accès au tout à l'égout, à l'eau courante et à l'électricité. La salle d'eau n'est pas encore dotée de douche, mais les toilettes ne sont plus sur le palier. Lazare Goujon, médecin de profession, en a fait une philosophie : les ouvriers doivent être protégés au maximum des pollutions de l'usine, s'aérer et être soignés. Aux États-Unis, ce sont les jardins, précurseurs des espaces verts, qui jouent ce rôle hygiéniste.


Afficher Les Utopies réalisées sur une carte plus grande

Au possible, tous sont tenus

En regroupant la cité des États-Unis, les Gratte-ciel et trois autre lieux (couvent de la Tourette, quartier de Firminy-Vert et la Cité des Étoiles de Givors) sous le label «Utopies réalisées», l'association Région Urbaine de Lyon a souhaité développer un parcours de tourisme architectural du XXe siècle ouvert à tous avec des visites libres ou des visites guidées en extérieur comme à l'intérieur des bâtiments.

Le terme d'"utopie" qui a été retenu est à prendre selon la définition de Thomas More en 1516 : un contre-projet et donc quelque chose de réalisable. Le Corbusier s'échine d'ailleurs durant toute sa carrière à inventer de nouveaux possibles alliant vie individuelle et vie collective dans un logement digne et livre en 1933 dans une bible de l'architecture, le traité d'Athènes, les quatre fonctions de la ville : habiter, travailler, cultiver le corps et l'esprit et circuler. Il applique à la lettre ces préceptes avec la cité de Firminy-Vert. Appelé par le maire Eugène Claudius-Petit (ancien ministre de la Reconstruction et donc du logement), "Corbu" sort la ville de son noir industrieux pour l'amener vers le vert. Il y a 12% de l'espace dédié à l'habitation pour 88% aux habitants. Une barre de 414 logements, un stade, une maison de la culture, une piscine et une église. L'unité d'habitation porte sa marque de fabrique : construction sur pilotis (pour gagner de l'espace, de la transparence et servir de murs porteurs), façades libres à grandes fenêtres, toit-terrasse et de la lumière, son matériau premier avec le béton.

L'agnostique Corbusier travaille également à un édifice religieux au service d'un ordre mendiant, les Dominicains, ouvert sur l'extérieur, jamais replié entre ses murs : le couvent de la Tourette à Éveux où il minimise autant qu'il peut la lumière artificielle. Quelques petits néons au pied des escaliers, aucune lumière zénithale. Les fenêtres-bandeau guident la marche dans les couloirs, les fleurs de béton marquent les virages. À Firminy comme à Éveux, son complice musicien Yannis Xenakis dessine de grandes façades en verre ondulatoire de largeurs différentes pour casser la monotonie de la perspective tout en laissant pleinement entrer la lumière. Dans les deux lieux, pour définir les hauteurs et largeurs des pièces, il applique son unité de mesure fondée sur les dimensions humaines : le modulor, soit un homme d'1m83 qui les bras levés fait 2m26 (hauteur du plafond).

Ce vieux rêve qui bouge

Dans les années 70, alors que les grands ensembles sont mal perçus et que les principes de Le Corbusier, dévoyés faute de moyens, ont conduit à entasser les gens sans se préoccuper de leur confort, le maire communiste de Givors Camille Vallin refuse plus de vingt projets de barres avant d'accepter celui de Jean Renaudie. Ce sera l'impressionnant dédale de la cité des Étoiles, construite dans le centre-ville. 207 appartements, avec chacun deux balcons et des services au rez-de-chaussée (bibliothèque, théâtre, commerces, crèche, commissariat). Si Renaudie critique ici l'aspect universaliste (formes simples, couleurs primaires) de ses prédécesseurs en créant des logements tous différents, il en garde l'aspect majeur : apporter à l'homme une élévation personnelle par une qualité architecturale. Aujourd'hui, ces bâtiments ont vieilli, mais ils remplissent toujours leur première fonction. Tous ou presque sont encore du logement social et les habitants oublient qu'ils vivent dans des monuments classés : ils sont simplement chez eux. Assurément la plus belle victoire de ces architectes modernes.

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Thierry Pilat, nouveau directeur de la Halle Tony Garnier

Mercato | Pour succéder à l'historique Thierry Téodori, qui prendra sa retraite en juin prochain, c'est Thierry Pilat qui a été choisi par la nouvelle municipalité. Le Lyonnais, qui était jusqu'ici directeur du Fil — la SMAC de Saint-Étienne —, fait son retour sur sa terre natale en prenant en main l'avenir de la Halle Tony Garnier, dans un contexte difficile nourrissant plusieurs questions.

Sébastien Broquet | Jeudi 21 janvier 2021

Thierry Pilat, nouveau directeur de la Halle Tony Garnier

Elle aura pris son temps, la nouvelle municipalité, pour acter le choix de son candidat. Ou du moins multiplié les étapes. Il faut dire que l'enjeu est de taille : cette Halle Tony Garnier est régulièrement revendiquée comme étant le naviral amiral de la flotte des salles de l'agglomération lyonnaise. Et, bonus, elle rapporte de l'argent à la Ville. Entre 200 000€ et 400 000€ par an, selon les années. Bon, bien sûr, beaucoup moins en 2020 : et cette crise sanitaire qui a plombé les finances et vidé la salle de ses concerts et salons divers, a en plus sérieusement questionné le modèle, déjà interrogé préalablement par l'évolution du secteur du divertissement (la précédente équipe municipale se posait presque les mêmes questions il y a deux ans) : quid de la concurrence de l'Arena ? Quand reprendront les grosses tourn

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La Halle Tony Garnier ne sera pas cédée aux ogres du divertissement

Patrimoine | Grégory Doucet l'a confirmé : la Halle Tony Garnier restera dans le giron de la Ville de Lyon. Une nouvelle direction est en cours de recrutement.

Sébastien Broquet | Mardi 6 octobre 2020

La Halle Tony Garnier ne sera pas cédée aux ogres du divertissement

Aucune surprise : c'était annoncé dès la campagne électorale, et Nathalie Perrin-Gilbert l'avait répété dans nos colonnes en juin dernier : pas question de céder la Halle Tony Garnier au privé. Ce lieu emblématique de la ville, considéré par son toujours président Jean-Yves Sécheresse comme le « navire amiral des musiques actuelles à Lyon », restera donc bien dans le giron municipal comme l'a annoncé Grégory Doucet lors du conseil municipal du lundi 28 septembre. C'était l'un des dossiers très chauds pointés par son adjointe à la Culture et le maire savait qu'il ne fallait pas tergiverser plus longtemps : ce dossier traîne depuis de longs mois et Thierry Téodori, son directeur historique, avait déjà repoussé son départ à la retraite pour assurer la transition. Le calendrier est fixé : l'annonce pour le recrutement d'une nouvelle directrice ou directeur sera publiée dans quelques jours dans la presse nationale. Le choix sera fait au plus tard début décembre pour une

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Cité Tony Garnier : patrimoine squatté

Musée Urbain Tony Garnier | Dans le quartier des États-Unis, le patrimoine de la cité ouvrière est de plus en plus en proie aux squatteurs. Le musée urbain Tony Garnier alerte et Grand Lyon Habitat se défend.

Nadja Pobel | Mercredi 22 juillet 2020

Cité Tony Garnier : patrimoine squatté

« Ça fait 43 ans que j'habite ici et y'a jamais eu ça » nous dit une résidente de la Cité des États-Unis. Comprendre : l' agression qui s'est terminée dans le sang le 28 juin et une autre du même acabit une dizaine de jours plus tard. Bien sûr, ce quartier du 8e arrondissement lyonnais n'est pas le Bronx et aucun mort n'est à déclarer. Cependant, le Musée Urbain Tony Garnier a reçu des lettres de doléances de ses voisins qui dénoncent une « insécurité totale », des « allers et venues toutes les nuits », du « tapage nocturne » et menacent de bloquer le paiement de leurs loyers. L'ensemble de plus de 1500 logements, repartis en douze îlots, construits dans les années 30 d'après les plans de Tony Garnier, connaît une phase massive de rénovation. Et donc une non-relocation des appartements laissés vacants. Grand Lyon Habitat — qui

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Dent de lait au Parc de la Tête d'Or

Les débuts de Tony Garnier | C’est le résultat de sa première commande publique. En 1904 à Lyon, Victor Augagneur est maire et médecin comme, un peu plus tard, son homologue (...)

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2019

Dent de lait au Parc de la Tête d'Or

C’est le résultat de sa première commande publique. En 1904 à Lyon, Victor Augagneur est maire et médecin comme, un peu plus tard, son homologue Lazare Goujon à Villeurbanne ; et comme lui il est porté sur l’hygiénisme. Il faut à tout prix lutter contre les maladies qui ravagent les populations pauvres vivant dans des taudis. Avant que les quartiers des Gratte-Ciel ou des États-Unis ne voient le jour au début des années 30, c’est une vacherie municipale qui est édifiée au cœur du parc de la Tête d’Or. Le bâtiment existe toujours à côté de la Plaine africaine, comme le rappelle Catherine Chambon — directrice du MUTG — dans l’article qu’elle consacre à ce lieu au sein du livre de l’exposition, mais plus personne ne le regarde. Déjà, on retrouve ce décroché de pignons à redents, des "pas-de-moineaux", qui sera une des marques de fabrique de l’architecte. Ici, ils sont le socle de pots de plantes, pour damer un peu le pion au béton-roi. Quarante vaches sont abritées dans cette mai

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Tony Garnier, sa vie, nos œuvres

Architecture | Il y a un prétexte – les 150 ans de sa naissance – mais sans doute n’en est-il pas besoin pour célébrer au travers de trois expositions l’apport de l’architecte Tony Garnier à la ville de Lyon, dans trois lieux différents. Balade.

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2019

Tony Garnier, sa vie, nos œuvres

Au vu de l’exposition au Musée Urbain qui porte son nom depuis dix-sept ans, Tony Garnier était « dans l’air du temps », un air essentiellement initié par Édouard Herriot dont il est beaucoup question aux Archives Municipales pour la bien-nommée déambulation L’Architecte et le maire. Ces deux parcours s’entrecroisent, se dupliquent même parfois – les originaux des documents étant logiquement présents aux Archives et ses fac-similés, commentés, du côté du Musée. La fondation Renaud dans un Fort de Vaise rénové s’attache elle à la prolifique production de toiles de Tony Garnier. Ce qui transparait au premier coup d’œil est la qualité de la production graphique de cet homme né à Lyon en 1869 d’une mère tisseuse et d’un père qui déjà peignait – le MUTG expose d’entrée ses Géraniums, hortensias et capucines. Le travail de Tony Garnier se regarde en détails. Tout y est d’une précision étonnante : ses tracés bien sûr (reden

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Un Kiefer remis d’aplomb

Art Contemporain | C’est rien moins qu’un événement artistique majeur au Couvent de la Tourette qui accueille l’artiste contemporain Anselm Kiefer. L’architecture du Corbusier donne paradoxalement à Kiefer un peu de légèreté...

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 27 septembre 2019

Un Kiefer remis d’aplomb

L’écraseur écrasé… Ainsi pourrait-on résumer de manière, on l’espère drolatique (façon cartoon), l’exposition du célèbre artiste d’origine allemande Anselm Kiefer, au Couvent de la Tourette. Car, si l’on aime (parfois, souvent) les œuvres de Kiefer, force est de constater aussi leur caractère écrasant : par leurs dimensions, par leur poids (Kiefer utilise beaucoup le plomb dans ses sculptures et ses peintures), par leurs connotations historiques tragiques, par leurs références culturelles innombrables… À la Tourette, Kiefer est lui-même écrasé par un autre poids lourd artistique : Le Corbusier et son architecture de lumière et de béton brut. Du coup, dans ces espaces si marqués par la signature radicale de l’architecte, même les œuvres les plus monumentales de Kiefer trouvent ici un certain équilibre, presque une… discrétion ! Dans l’église du couvent par exemple, la Résurrection de Kiefer (pièce produite pour l’exposition), ces immenses fleurs de béton courbant l’échine au milieu d

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Des habitats à explorer

Journées du Patrimoine | Si au niveau national le thème des Journées Européennes du Patrimoine est "Arts et divertissement", la Métropole de Lyon l’axe sur l’habitat. Cap, ce week-end (samedi 21 et dimanche 22), sur ce qui a fait l’habitat social du XXe siècle, dont celui pensé par Tony Garnier, né il y a tout juste 150 ans.

Nadja Pobel | Mardi 17 septembre 2019

Des habitats à explorer

Les États-Unis (Lyon) Dans les années 1920, l’architecte lyonnais Tony Garnier a bâti 1492 logements dans un no man’s land. Révolution lors de l’inauguration en 1934 : le long de cette grande percée entre la Guillotière et Vénissieux, les appartements sont dotés de WC et de douches, un confort sans commune mesure avec les baraques environnantes. La visite (commentée) de l’appartement témoin dans son jus est le meilleur moyen de réaliser ce que furent ces progrès. Lors de ces Journées du Patrimoine, il sera possible de se rendre dans un autre appartement meublé XXIe siècle par Grand Lyon Habitat qui gère cet ensemble, une façon de voir à quoi aboutira la réhabilitation de 250 logements sur quatre ans lancée dès janvier. Pour les 1242 autres, aucun financement n’est encore prévu. Le + : Un mur peint cartographiant les réalisations de Tony Garnier sera inauguré le jeudi 19 septembre à 18h. Visites des appartements témoins des années 30 à 12h30, 15h30, 17h30, 18h et 18h30 et témoin d'aujourd'hui à 11h, 14h, 15h, 16h15 et 17h Réservati

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Engagements !? : main tendue à Villeurbanne

Histoire | S'engager ? Pourquoi ? Au profit de qui ? Le Rize observe, à travers des documents d'archives, comment les Villeurbannais se sont mobilisés pour des grandes causes nationales ou des aménagements locaux de territoires dans une expo impensable à Lyon.

Nadja Pobel | Mardi 8 janvier 2019

Engagements !? : main tendue à Villeurbanne

S'il est difficile d'imaginer que Lyon décline la même expo sur les engagements ramenés à son périmètre, c'est aussi qu’historiquement, nous rappelle le panneau introductif au Rize, « Villeurbanne est devenue au XVIIIe siècle un espace refuge pour les groupes marginalisés, réprimés à Lyon ». La Ville résiste aux assauts d'annexion en 1856, 1857, 1860 et 1874. L'ancienne commune ne cède pas comme la Guillotière, la Croix-Rousse ou Vaise, abandonnant juste le parc de la Tête d'Or. Forte de cette autonomie portée par le député Francis de Pressensé, Villeurbanne se constitue un terreau résistant. Après une séquence explicative (et longue à lire), l'exposition Engagements !? laisse place à un espace immersif circulaire tatoué des mots liberté-égalité-fraternité dans lequel il est possible de rester longtemps, tant il y a à écouter et à voir (des affiches) - on peut même prolonger à domicile avec la lecture de la vingtaine de fiches A4 recto-verso explorant toutes ces luttes. Tract

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La Halle Tony Garnier se cherche une nouvelle voie

Politique Culturelle | Ça va bouger du côté de la Halle Tony Garnier : la ville envisage d'en changer le mode de gestion à l'occasion du départ dans deux ans de son directeur, Thierry Téodori, et du renouvellement de la convention liant les deux parties à la fin de cette année. Comme pour la Salle Rameau, se pose aussi la question de l'intérêt de gros entrepreneurs du divertissement pour Lyon.

Sébastien Broquet | Mardi 17 avril 2018

La Halle Tony Garnier se cherche une nouvelle voie

À Lyon, point de Zénith, mais une Halle Tony Garnier devenue passage obligé des grosses tournées internationales dans l'agglomération. 115 représentations en 2017, pour 584 188 spectateurs payants et 5M€ de chiffre d'affaire : l'établissement public rapporte entre 200 000 et 400 000 euros chaque année à la Ville de Lyon, à laquelle les bénéfices sont reversés. Voilà un équipement culturel qui rapporte, ce qui n'est pas si courant... Et dont le directeur, Thierry Téodori, veille à respecter l'écosystème local en fermant ses portes en juillet et août, de manière à ne pas concurrencer les festivals (en premier lieu Nuits de Fourvière et Jazz à Vienne) ou en ouvrant ses portes au Festival Lumière. Du côté de la Ville, on parle même d'un « vaisseau amiral » chapeautant l'ensemble des salles du cru, du Kraspek Myzik au Transbordeur. Alors, tout va bien ? Oui, mais pas tout à fait, serait-on tenté de répondre. Téodori sur le départ Déjà, Thierry Téodori se prépare pour la retraite, dans deux ans. Se pose d'ores et déjà la question de sa succession, et remplacer celui qui est une figure incontestable et sans cesse consulté

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Sauvetage in extremis du Musée Urbain Tony Garnier

Politique Culturelle | En mars dernier, la direction du Musée Urbain Tony Garnier s'alertait de sa situation économique critique et, en l'état, estimait sa fermeture imminente. La Ville de Lyon était dos au mur. Elle vient de réagir et augmente, comme promis il y a dix-mois, sa dotation.

Nadja Pobel | Vendredi 13 avril 2018

Sauvetage in extremis du Musée Urbain Tony Garnier

La Ville de Lyon a fait savoir aujourd'hui qu'en plus des 75 000€ déjà attribués annuellement (montant inchangé depuis une dizaine d'années), elle attribuera 15 000€ supplémentaires au musée. S'ajoutent les 20 000€ et le loyer gratuit concédés par le Grand Lyon Habitat, ainsi que les 30 000€ de la Région. La Ville avance qu'elle pourra aussi, « sur des projets spécifiques, apporter un financement complémentaire comme cela s’est fait en 2017 pour la scénographie de l’exposition temporaire » et que par ailleurs « Grand Lyon Habitat va augmenter sa contribution pour des prestations spécifiques liées à la rénovation des murs peints du Musée Urbain. » Enfin, la DRAC maintient sa participation (7000 € annonce la ville, mais en réalité la DRAC verse 9000€ depuis deux ans) et permet au Musée de se positionner sur l’appel à projets "Patrimoine 20e siècle" afin d’obtenir un financement supplémentaire. Soulagement Du côté du musée, ces annonces sont accueillies avec soulagement mais sa directrice, Catherine Chambon, reste prudente car cette augmentation sera mise au vote du Conseil municipal en juillet

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L’Habitat habité au Musée Tony Garnier

ARTS | Menacé d'une déplorable fermeture imminente faute de moyens suffisants, le musée urbain Tony Garnier continue néanmoins de proposer des expositions aussi accessibles qu’utiles et intelligemment menées. Celle sur l’habitat des français, des taudis aux Habitations à Bon Marché, ne déroge pas à cette règle.

Nadja Pobel | Mardi 20 mars 2018

L’Habitat habité au Musée Tony Garnier

Après dix-huit mois consacrés au confort moderne puis au béton (et à toutes ces incidences sur la massification de l’habitat), le Musée Urbain Tony Garnier poursuit son remarquable travail pour mieux comprendre comment le XXe siècle s’est adapté en France à un changement civilisationnel fondamental - la bascule du monde rural vers le monde urbain – et comment cette population, de plus en plus dense, a pu être logée. Si quelques panneaux explicatifs éclairent des points précis (le rôle fondamental de l’Église, celui du patronat qui a abrité pour mieux les contrôler les ouvriers…), cette exposition est avant tout immersive. Il s’agit de ressentir comment on vivait au début du siècle, avec la reproduction d’une pièce de vie sous les toits quasiment dans ses dimensions originelles. Avec une collecte réalisée auprès des Lyonnais, voici un lit, des édredons peut-être vus chez vos ancêtres, une fenêtre type ré

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Lee Ufan x Le Corbusier = pierre papier ciseaux

Art Contemporain | Après Versailles en 2014, l'artiste coréen Lee Ufan se confronte au Couvent de La Tourette et dialogue avec l'architecture de béton du Corbusier. Un dialogue tout en poésie, contrepoints et délicatesse.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 octobre 2017

Lee Ufan x Le Corbusier = pierre papier ciseaux

Tenant une conférence de presse improvisée au Couvent de La Tourette, Lee Ufan (né en 1936 en Corée du Sud) insiste à plusieurs reprises sur l'ébranlement qu'a provoqué chez lui l'architecture du Corbusier... « Ce n'est pas un endroit qui met en avant la beauté. Au contraire, Le Corbusier refuse la beauté et la chaleur avec son utilisation du béton brut. J'ai dû lutter longtemps contre cela. » Que faire (comme dirait Lénine), à l'intérieur d'un bâtiment qui, pour le moins, ne vous caresse pas dans le sens du poil, voire vous griffe la peau et les yeux ? Lee Ufan a pris l'option artistique « de souligner et d'occuper les interstices, de faire voir des choses peu ou pas vues. » Et aussi de jouer de déplacements de sens ou de contrepoints quasi musicaux : la fragilité du papier japon contre la robustesse du couvent, des éléments « primitifs » (des pierres trouvées dans la campagne environnante) contre les matériaux

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Et de la gare, rejoindre la verdure

Patrimoine | Une gare, c'est un point de départ. Une promesse. Voici trois destinations vers lesquelles prendre un billet.

Nadja Pobel | Mardi 11 avril 2017

Et de la gare, rejoindre la verdure

Lac de Villerest (Loire) Envie d'aller se baigner ou se balader le long de la Loire ? Hop, direction le lac de Villerest. 1h18 (au plus court) de TER entre Perrache et Roanne, puis un bus (le n°10) durant vingt minutes et vous voilà, sans voiture, sur cette plage aménagée comprenant des activités nautiques, une baignade surveillée l'été et des aires de jeux : elle est particulièrement prisée par les familles. Autre possibilité de cette journée : entrer dans le village qui comprend une chapelle (Saint-Sulpice) fondée au IXe siècle par les moines de Cluny et achevée au XIe. Elle a été édifiée sur l'emplacement d'une villa gallo-romaine. Un amusant musée de l'Heure et du Feu raconte l'histoire du feu, de la préhistoire à nos jours. Sur le chemin du retour, passez prendre une praluline chez Pralus : la famille de confiseurs-pâtissiers est roannaise et, à prix équivalent, mieux vaut acheter la célèbre brioche ici que rue de Brest ou à la Croix-Rousse... Circuit court ! La Dombes et Châtillon-sur-Chalaronne (Ain) Il vous faut seulement 38 minutes et 8, 40€ pour rallier

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Quatre plasticiens à La Tourette

Couvent de La Tourette | Les formes du silence réunit quatre artistes contemporains au Couvent de La Tourette, et des œuvres qui, subtilement, dialoguent avec les espaces du Corbusier et en ouvrent, virtuellement, beaucoup d'autres...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 octobre 2016

Quatre plasticiens à La Tourette

Au Couvent de La Tourette, sur les murs de béton brut du Corbusier, d’œuvre en œuvre, les objets et les figures disparaissent peu à peu, les formes bien définies se dissolvent insensiblement, pour laisser place à de "pures" sensations mouvantes de couleurs et de lumières... À partir des créations de quatre artistes contemporains de différentes générations, le frère Marc Chauveau tisse à travers les espaces du couvent un subtil labyrinthe à la fois imaginaire (on peut s'y projeter dans d'autres dimensions, ouvrir notre perception à d'autres espaces virtuels) et extrêmement concret (les œuvres, souvent abstraites, nous confrontent à leur matérialité, à leur factualité élémentaire). Et toute l'exposition maintient cette tension, incessante et dynamique, entre présence brute des choses et glissement progressif des perceptions, entre répétition et différence, entre un "étant donné" et un "étant dérivé"... Les formes

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Notre cabinet de curiosités : sélection d'expositions singulières

Hors des sentiers battus | Parcourez ces chemins de traverse en suivant de sobres hashtags ; et découvrez des artistes singuliers, parfois exposés dans des lieux inattendus : un couvent, un théâtre ou un hôpital psychiatrique...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 septembre 2016

Notre cabinet de curiosités : sélection d'expositions singulières

#Effacement « Dans l’acte de peindre, il y aura comme dans l’acte d’écrire, une série de soustractions, de gommages. La nécessité de nettoyer la toile... la nécessité de nettoyer la toile pour empêcher les clichés de prendre. » affirmait le philosophe Gilles Deleuze. Depuis ses débuts, l'artiste lyonnais Jean-Luc Blanchet répond parfaitement à cette conception de la peinture : il crée par effacement, par soustraction de matière, par libération d'images fantômes sous-jacentes à nos représentations habituelles... Il présente dans sa galerie deux nouvelles séries : des "ectoplasmes" d’œuvres d'art connues (signées Rembrandt, Warhol, Manet...) et des photographies effacées à l'acétone. À noter : Après Jean-Luc Blanchet, la galerie Domi Nostrae présentera des œuvres récentes d'un autre artiste lyonnais aimant lui-aussi les fantômes et l'évanescence, Christian Lhopital (du 5 novembre au 17

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Le temple laïc de Villeurbanne

Patrimoine | Inclus dans un projet architectural ambitieux et au service de la population la plus défavorisée, l’hôtel de ville de Villeurbanne, entre les Gratte-ciel et le TNP, est une véritable cathédrale profane.

Nadja Pobel | Mercredi 6 juillet 2016

Le temple laïc de Villeurbanne

À l’orée des années 1920, le site actuel des Gratte-ciel n’est qu’une prairie et c’est ici que par la volonté du maire médecin et hygiéniste, Lazare Goujon, se hissent de nouveaux bâtiments destinés à accueillir les ouvriers de la ville industrielle de Villeurbanne. Jusque-là, ils étaient au mieux logés dans le pré-carré de leur patron paternaliste (ce qui incitait les hommes à rester sobres et à ne pas se disperser pour mieux travailler) ou, au pire, dans des taudis. L’édile, lui-même fils d’un père manœuvre dans les usines métallurgiques de Schneider, croit en l’ascension sociale de ses administrés et leur concocte, avec les architectes Robert Giroud et Môrice Leroux, des bâtiments confortables disposant (fait rare à l’époque pour les cols bleus) du tout-à-l’égout, de l’eau courante et de l’électricité. Même s’il n’y a pas encore de douche (mais un robinet), les toilettes ne sont plus sur le palier. Pour parfaire cet ensemble, le Palais du travail dispose de lieux de réunion pour les syndicats, d’une piscine souterraine (toujours en service et destinée à l’époque à l’épanouissement corporel plus qu’au loisir) et d’un théâtre (le TNP actuel). Et aussi, d’une mairie. L

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Le couvent de la Tourette, sacrément moderne

Patrimoine | Religion et modernité ne sont pas incompatibles. Les Frères Dominicains en ont apporté la preuve en demandant à un architecte renommé de construire le couvent de la Tourette : Le Corbusier. Grâce à lui, le moderne a renoué avec le sacré.

Maïté Revy | Mercredi 6 juillet 2016

Le couvent de la Tourette, sacrément moderne

C'est près d'Éveux-sur-l'Arbresle, au milieu d'une étendue de verdure, que s'est implantée une touche d'art contemporain, en béton armé. Entièrement conceptualisé par Le Corbusier, le couvent Sainte-Marie de la Tourette a été construit entre 1956 et 1959, sur un projet élaboré dès 1953 sous l'impulsion du révérend père Couturier. Les dominicains avaient déjà joué un rôle majeur dans la modernisation architecturale religieuse avec le lancement la revue L'art sacré en 1969 ; le choix d'un architecte comme Le Corbusier, représentant du mouvement moderne, n'était pas une surprise. Rectangle de béton, lignes géométriques et droites : finies les formes arrondies, les éclairages multiples, et place à l'utilisation optimale de la lumière naturelle, l'une des signatures de Le Corbusier. Pas étonnant de retrouver des puits de lumière naturelle plus ou moins grands (très peu d'éclairage dans les couloirs, escaliers équipés de toutes petites lampes), sculptant l'espace, les volumes et faisant de cette lumière un matériau à part entière, l'un des points majeurs qui fait la particularité de ce lieu de culte. L'édifice, classé au titre des monuments historiques dep

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Gerland : au stade du changement

Patrimoine | Monument historique, le stade de Gerland est en pleine mutation. Dans les dix ans qui viennent, cette œuvre de Tony Garnier va devoir se reconfigurer à la taille de son nouveau locataire : le LOU rugby. Et si le ballon ovale ne vous inspire pas, visitez les travées de cette enceinte.

Nadja Pobel | Mercredi 6 juillet 2016

Gerland : au stade du changement

Il en a fallu du temps pour édifier ce stade ! Commandé par la Ville en même temps que les abattoirs (l’actuelle Halle) pour l’exposition internationale de 1914, les travaux commencés en 1913 cessent rapidement pour cause de Grande Guerre. Il ne sera inauguré qu’en 1926, terminé à l’aide des prisonniers de guerre allemands. Inspiré des grandes formes de l’architecture antique, le stade est composé de quatre grandes arches sur chacune de ses quatre faces en forme d’arc de triomphe. Il s’insère dans un site comprenant, comme sous l’Antiquité, des pistes d’athlétisme et de courses cyclistes, des terrains de tennis, un stade nautique et un institut d’éducation physique — nous, en période "hygiéniste". Good gone D’une capacité initiale de 3000 places, le stade, au gré des divers aménagements (un toit sur les tribunes notamment pour le mondial de foot en 98), a atteint 43 000 sièges, et a eu comme locataire de 1950 à décembre 2015 l’OL. À compter de janvier prochain, c’est le LOU rugby, accédant au Top 14, qui occupera cette pelouse. Des travaux d’adaptation sont prévus dans les dix prochaines années pour atteindre une jauge oscillant entre 15 000 et 24 000 place

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Béton, cette arme

musée urbain Tony Garnier | Ce matériau qui a révolutionné la construction au XXe siècle est l'objet d'une très intéressante exposition au musée urbain Tony Garnier. Jusqu'au 18 décembre, il est (...)

Nadja Pobel | Mercredi 6 juillet 2016

Béton, cette arme

Ce matériau qui a révolutionné la construction au XXe siècle est l'objet d'une très intéressante exposition au musée urbain Tony Garnier. Jusqu'au 18 décembre, il est possible de voir comment il se fabrique et comment il fut mis au service de l'amélioration de l'habitat de la population ouvrière et défavorisée, comme dans le quartier des États-Unis. La muséographie, particulièrement travaillée et bien pensée, rend cette visite incontournable.

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Le Corbusier à Firminy, une candidature bétonnée

Patrimoine mondial de l'UNESCO | Passionnant parcours au cœur de l’architecture du XXe siècle, le site Le Corbusier de Firminy, le plus important d'Europe du maître franco-suisse, est en passe d'être inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO avec seize autres réalisations. Description des enjeux de cette candidature.

Nadja Pobel | Mercredi 6 juillet 2016

Le Corbusier à Firminy, une candidature bétonnée

Le 18 juillet au plus tard, à l'issue d'un vote à main levée, Firminy se rangera peut-être aux côtés de Rome, Grenade, New York ou Jérusalem dans la liste des villes abritant un site culturel classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO. En Rhône-Alpes, la cité rejoindrait le site historique de Lyon, la Grotte Chauvet (et le Puy-en-Velay, compris dans le Chemin de Saint-Jacques-de Compostelle). Le sort en sera décidé à Istanbul, lors de la 40e session du Comité de cette prestigieuse émanation de l'ONU. Retoqué en 2011, le dossier a cette fois-ci de très fortes chances d'être accepté. Si comme la première fois, Firminy ne se présente pas seule devant les jurés, elle a su s'entourer d'un allié de choc : la ville de Chandigarh qui abrite la plus grande étendue réalisée au monde par Le Corbusier. Et, comme le relève Marc Petit, maire communiste de Firminy, « puisque l'UNESCO considère qu'aujourd'hui trop de biens culturels sont situés dans les pays occidentaux, la venue de l'Inde est un atout de taille ». Jusque-là, cette ville se heurtait au gouvernement indien craignant les règles strictes de protection que nécessitent les ouvrages classés. Autre avancée :

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Le béton, l’autre matière grise

ARTS | Autour d’un sujet peu glamour, le béton, invention clé des Trente Glorieuses, le musée Tony Garnier a élaboré une remarquable exposition qui fait confiance à l’intelligence de ses visiteurs.

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2015

Le béton, l’autre matière grise

Au cœur d'un quartier des années 1930 si typique de l’habitat moderne, le musée Tony Garnier dresse au fil des années un très solide état des lieux de la fabrique de l’urbanisme. Sa précédente exposition sur le confort moderne se penchait sur l’apparition de la consommation de masse. Exit cet aspect social pour évoquer la construction même des immeubles, question technique qu'il a le mérite de traiter frontalement. Sacré béton explique pour commencer que l'apparition de ce matériau remonte à l’ère romaine, bloc extrait du chantier de l’Antiquaille à l'appui. Heureuse et simple manière de relier Lyon à son histoire doublement millénaire et de tracer une ligne entre deux arrondissements, les 5e et 8e, qui ont manifestement plus de choses en commun qu’on ne le croit. L’évolution de son utilisation se lit ensuite sur une tablette à activer soi-même. Lieux de plaisance au XIXe siècle (Tête d’Or, Hyde Park, Central Park…), ponts dans l’après-guerre mais aussi, bien sûr, bâtiments publics et privés

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Rhône-Alpes en huit sites incontournables

ACTUS | Avant que la région n'en compte douze, zoom sur les lieux les plus emblématiques de chacun des huit départements de Rhône-Alpes, qu’ils soient inscrits ou classés aux monuments historiques. À voir et à revoir.

Nadja Pobel | Mardi 7 juillet 2015

Rhône-Alpes en huit sites incontournables

Ain – Édifice de Brou Sacré "Monument préféré des français" en 2014 par l’émission télé du même nom, le Monastère royal de Brou est furieusement tendance. Situé à Bourg-en-Bresse, à même pas une heure de Lyon, ce chef-d’œuvre gothique du XVIe siècle qui attire les foules est en fait un mausolée princier accueillant trois tombeaux. Car le monastère est né d'une belle histoire d'amour : il fut mis en chantier par Marguerite d'Autriche, inconsolable après la mort de son mari le duc de Savoie. Incroyablement bien conservé, il renferme aujourd'hui un important musée de sculpture flamande du XVIe. Sa succession de trois (!) cloîtres prolonge le plaisir de la découverte. Valentine Martin Ardèche – La Caverne du Pont-d'Arc Depuis le 25 avril, la reconstitution de la grotte Chauvet invite à découvrir un exceptionnel trésor ancestral : mille dessins rupestres, dont 425 animaux – notamment des

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L'architecture du sacré selon Le Corbusier

ACTUS | Juste à côte de l’Arbresle, entre Lyon et Roanne, Le Corbusier a implanté, en 1960 et à la demande directe des Frères dominicains, un couvent dédié à la prière mais aussi à la recherche. Toujours utilisé par une poignée d’entre eux, ce temple de béton est ouvert à tous. Visite. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 7 avril 2015

L'architecture du sacré selon Le Corbusier

C’est un rectangle de béton posé en pleine nature, au bout d’une petite route qui monte légèrement. Le couvent de la Tourette n’est pas isolé du monde, mais semble le regarder vivre à ses pieds, du haut de son terrain en déclivité. Quand, à la fin des années 50, les frères dominicains font appel à Le Corbusier, ce dernier, agnostique mais fasciné par le sacré, a déjà livré, cinq ans plus tôt, la chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp (Haute-Saône). Ici, dans le Lyonnais, il abandonne ses formes arrondies et reprend son modèle d’habitation : des formes géométriques et des lignes droites. Et une utilisation maximale de la lumière extérieure. Ainsi, dans les couloirs, il y a très peu d’éclairage. Á la place, des fenêtres, presque des fentes, guident le visiteur dans sa marche, même au plus sombre de la journée voire de la nuit. Au bout, pour amorcer un virage, des brise-soleil donnent le sens de la déambulation. De la même façon, les volées d’escaliers ne sont équipées que de toutes petites lampes coincées au bas des marches. Cité radieuse En plus de l’église, dotée d’un toit-terrasse accessible, deux types d’espaces aux formats et fonctions opposé

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La Halle Tony Garnier a 100 ans

MUSIQUES | C'était en 1914, souvenez-vous (mais si, faites un effort) : sur une commande du maire Edouard Herriot, Tony Garnier mettait la touche finale à la fameuse (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 2 octobre 2014

La Halle Tony Garnier a 100 ans

C'était en 1914, souvenez-vous (mais si, faites un effort) : sur une commande du maire Edouard Herriot, Tony Garnier mettait la touche finale à la fameuse halle qui porte aujourd'hui son nom, censée abriter abattoirs et marché aux bestiaux. La Première Guerre mondiale en décida temporairement autrement. Réquisitionnée, elle  casernes et usine d'armement avant de retrouver sa fonction. Devenu à terme une salle de spectacles, l'endroit fête donc ses cent ans. Et c'est nous qui sommes bien contents. Déjà parce que la Halle en profitera, comme vous le savez, pour "investir" toutes les salles qui comptent à Lyon (Breton au Marché Gare le 21 novembre, Deltron 3030 au Transbordeur le 27, Owen Pallett à l’Épicerie Moderne le 6 décembre...). Mais aussi parce que la fête se prolongera en 2015 avec l'accueil de belles pointures parmi lesquelles le duo blues-rock The Black Keys (7 mars), les vieilles gloires du nu-metal System of a Down (14 mars, date unique en France qu'on espère plus calme que celle de 2005), Ennio Morricone (18

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L’utopie Firminy

CONNAITRE | À une heure de Lyon se trouve l’ensemble le plus vaste jamais imaginé par Le Corbusier... qui mourut trois mois après la pose de la première de pierre de l’unité d’habitation. Bienvenue à Firminy ! Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 29 avril 2014

L’utopie Firminy

Un stade, une maison de la culture, une église (achevée en 2006), une piscine et une unité d’habitation, la cinquième que Le Corbier réalise après Marseille, Rezé-les-Nantes, Berlin et Briey-en-forêt : voilà les éléments qui constituent ce quartier de Firminy-Vert, honoré d'un Grand prix d’urbanisme en 1961. Une aventure architecturale et sociétale qui n'aurait jamais vu le jour sans le maire Eugène Claudius-Petit qui, au sortir de sa charge de ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme (autrement dit, du logement), voulut poursuivre sa quête de salubrité sur ses terres d’élections - à l'époque plus d’un logement sur deux ne comporte qu’une seule pièce. En prenant en main, dès 1953, cette commune charbonneuse du sud-ouest de Saint-Etienne, il s’appuie sur la Charte d’Athènes, préconisant de construire 88% de surface dédiée aux loisirs pour 12% d’habitation. Installés dans un espace vaste, ces équipements fonctionnent toujours aujourd'hui, à commencer par la maison de la culture, construite à l’image du Couvent de la Tourette, avec les pans de verre ondulatoires de Iannis Xenakis, adossée au stade et centre névralgique de cet ensemble. C’est de là que partent les vis

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Retour vers le futur

ARTS | Au cœur de la cité Tony Garnier, le musée du même nom propose une délicate et précieuse immersion dans les balbutiements de la société de consommation, lorsque le culte de l’objet répondait à un besoin urgent d’hygiénisme et d’allègement des corvées. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 18 mars 2014

Retour vers le futur

Suce-poussière, thermoplasme électrique, frigidaire… Le confort moderne esquissé dans l’entre-deux-guerres renvoie tout d’abord à un vocabulaire au charme désuet - il désigne ici respectivement un aspirateur, une sorte de bouillotte guérisseuse et un frigo. Dans un espace à deux étages, anciennement un commerce de «nouveautés» du quartier, le musée urbain Tony Garnier présente un nombre importants de pièces d’époque mais évite l'écueil de la surabondance. Au contraire : entre panneaux d’informations, objets en vitrine et photos, il laisse place à la déambulation et à l’immersion. Comment c’était avant ? Le XXe siècle naissant voit se mettre en application les préceptes d’hygiénisme pensés au siècle précédent. Le confort ne peut plus être réservé aux seuls riches, le travailleur y a droit aussi, comme le souligne dès 1904 un des fondateurs du mouvement HLM, Émile Cheysson. Dans les usines, les femmes ont remplacé les hommes partis au front, leur temps de ménagère doit donc être rationnalisé et leurs gestes sériés. Cuisine intégrée, grille-pain, mini-laveuse, cocotte-minute, aspirateur, moulin-légumes, fer à repasser, fer à friser… font dans cette optiq

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Quand Lyon fait la belle

ARTS | Les musées Gadagne éclairent avec pertinence l’Exposition internationale urbaine de 1914, démonstration des avancées hygiénistes de Lyon à la face du monde, avant que l’assassinat de l’archiduc Franz Ferdinand ne balaye temporairement les velléités d’Édouard Herriot. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 24 janvier 2014

Quand Lyon fait la belle

À force d’auto-célébration muséale à quelques mois des élections, il n’y aurait qu’un pas à franchir pour accuser la mairie de se faire mousser sur le dos de ses institutions. Pourtant, à bien y regarder, toutes ces initiatives ne se valent pas. Si Lyon l’internationale (aux Archives récemment) n’était, malgré un catalogue solidement documenté, qu’un exposé hagiographique des grandes œuvres de la cité, ce qui se joue à Gadagne est autrement plus consistant et passionnant : en racontant comment l’exposition internationale de 1914 a vu le jour, c’est en effet toute la politique hygiéniste du maire Edouard Herriot et son influence sur Paris qui sont déroulées. Refusant alors que se tienne une troisième exposition universelle dans la ville, apanage de la chambre de commerce, l’édile souhaitait un événement au rayonnement mondial dont il serait le commanditaire, obtenant de l’Etat sa bénédiction et son aide financière. Au gré des différentes salles, c’est donc non seulement toute la complexité de l’organisation dudit événement (la construction des pavillons dans un quartier encore déserté, celui de Gerland, l’enrayement de la grève de la CGT…) et ses enjeux politiq

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Nouvelles boutures des Poirier

ARTS | Qu'un frère dominicain (Marc Chauveau, responsable des expositions au Couvent de la Tourette) ressuscite un couple d'artistes contemporains, on ne verra (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 16 octobre 2013

Nouvelles boutures des Poirier

Qu'un frère dominicain (Marc Chauveau, responsable des expositions au Couvent de la Tourette) ressuscite un couple d'artistes contemporains, on ne verra là que logique. Anne et Patrick Poirier ont en effet connu leur heure de gloire dans les années 1970 (expositions à Beaubourg, à Kassel, au MOMA de New York...) et ont été, depuis, un peu oubliés. Se définissant eux-mêmes comme architectes ou archéologues autant que plasticiens, ils explorent dans leurs œuvres la fragilité de l'existence humaine, de la mémoire, de l'histoire... Et usent d'autant de mediums différents que l'exige le questionnement qu'ils déploient dans leurs travaux.   Sensibles au couvent conçu par Le Corbusier, à la «peau des murs» et aux jeux de lumière, ils y présentent notamment d'émouvants bas-reliefs en papier Japon, empreintes fragiles des aspérités du béton et des menus accidents parsemant les cloisons. Ils y déploient aussi une très grande maquette d'une utopie nommée Amnesia, «sorte de grand bunker construit dans un imme

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Les Queens of the Stone Age à Lyon

MUSIQUES | Attention, événement : Josh Homme et ses Queens of the Stone Age (autrement dit l'un des groupes de rock les plus influents du XXIe siècle) se produiront à (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 14 juin 2013

Les Queens of the Stone Age à Lyon

Attention, événement : Josh Homme et ses Queens of the Stone Age (autrement dit l'un des groupes de rock les plus influents du XXIe siècle) se produiront à la Halle Tony Garnier le 12 novembre prochain. Mise en vente des places le 21 juin - ça c'est de la Fête de la musique - à 10h. Soyez au taquet, il n'y en aura pas pour tout le monde.

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Stade classé

CONNAITRE | Grand ordonnateur de l’architecture lyonnaise dans la première moitié du XXe siècle, Tony Garnier, outre les Abattoirs de la Mouche (actuelle Halle de (...)

Nadja Pobel | Lundi 9 juillet 2012

Stade classé

Grand ordonnateur de l’architecture lyonnaise dans la première moitié du XXe siècle, Tony Garnier, outre les Abattoirs de la Mouche (actuelle Halle de concert et salons du nom de son créateur), de l’hôpital Grange-Blanche et du quartier des États-Unis, a également piloté le projet du stade de Gerland de 1913 à 1926. Cette enceinte n’était pas initialement prévue dans la Cité industrielle qu’il avait dessinée, mais il en reçoit néanmoins la commande la mairie. La Première Guerre mondiale contraint à suspendre les travaux et le chantier reprend en 1919 avec l’aide des prisonniers allemands de guerre ! Faute de modèle de stades contemporains, Garnier s’inspire librement des formes du cirque antique : le site comprend de grandes arches sur chacune de ses quatre faces. Inscrit depuis 1967 au titre des monuments historiques, le stade a été rénové à l’occasion du Mondial de football en 1998 (construction d’un toit sur la totalité des tribunes notamment), et peut désormais accueillir 43 000 spectateurs et supporteurs de l’Olympique lyonnais, club en résidence depuis 1950. Lors des visites du stade, le guide mène même aux vestiaires de septuples champions de Franc

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Cité des Étoiles – Givors

CONNAITRE | C’est chronologiquement la dernière "utopie" du parcours. Là encore, c’est la volonté d’un maire de gauche, Camille Vallin, qui permet à cet ensemble (...)

Nadja Pobel | Jeudi 5 juillet 2012

Cité des Étoiles – Givors

C’est chronologiquement la dernière "utopie" du parcours. Là encore, c’est la volonté d’un maire de gauche, Camille Vallin, qui permet à cet ensemble d’exister, pour améliorer les conditions de vie des ouvriers. L’architecte choisi, Jean Renaudie, a déjà expérimenté les "Étoiles" à Ivry-sur-Seine. Il reprend ce projet à l’heure où les grandes barres n’ont plus la côte et que les Trente Glorieuses ne sont plus qu’un souvenir. Comme ailleurs, le béton brut peut rebuter, mais les formes sont fascinantes. C’est avec un sourire et certaine fierté qu’une habitante ouvre toujours ses portes aux visiteurs (avec guide !) pour montrer ses deux balcons (un tout petit et un grand), ses angles impossibles à meubler mais si atypiques et sa fonctionnalité en dépit de petites superficies. Le théâtre de Givors et la salle d’exposition de la Mostra sont installés en bas. Adossée à la colline du château, cette cité est un étonnant joyau architectural. TER arrêt Givors (à 16 min de Lyon)

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Firminy-Vert – 1965

CONNAITRE | C’est le plus grand ensemble réalisé par Le Corbusier visible en France : une unité d’habitation, un stade, une maison de la culture et une église étonannte (...)

Nadja Pobel | Jeudi 5 juillet 2012

Firminy-Vert – 1965

C’est le plus grand ensemble réalisé par Le Corbusier visible en France : une unité d’habitation, un stade, une maison de la culture et une église étonannte (terminée en 2006). Et même une piscine imaginée par son assistant, André Wogenscky. Le Corbusier ne verra pas la fin des travaux. Il meurt dans son «cabanon» de Roquebrune Cap-Martin le 27 août 1965, trois mois après avoir posé la première du dernier ouvrage de sa série de cinq unités d’habitation (après Marseille, Rezé-les-Nantes, Berlin et Briey-en-forêt). Une «place de village» trône au sommet du bâtiment ainsi qu’une école (fermée en 1998 mais encore en l’état). Les couloirs sont des «rues» dans lesquelles les enfants font du vélo ! Impressionnant de l’extérieur, il faut absolument faire la visite guidée pour mesurer l’innovation que constituaient les 414 appartements conçus pour 1800 habitants dans ce gigantesque ensemble qui voulait relier le corps et l’esprit. TER arrêt Firminy (1h20 de Lyon)

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Couvent de la Tourette – Éveux - 1960

CONNAITRE | Descendre à la gare de l’Arbresle et poursuivre à pied durant une bonne demi-heure au milieu des vallons des Côteaux du lyonnais. C’est dans ce coin de (...)

Nadja Pobel | Jeudi 5 juillet 2012

Couvent de la Tourette – Éveux - 1960

Descendre à la gare de l’Arbresle et poursuivre à pied durant une bonne demi-heure au milieu des vallons des Côteaux du lyonnais. C’est dans ce coin de verdure que le visiteur pourra s’aventurer au couvent de la Tourette et, pourquoi pas, y passer une nuit en «cellule» (35€ avec le petit-déjeuner). Ces "cellules" (dotée d’un bureau, d'un lavabo, d'un balcon et d'un lit simple) invitent au silence et au calme. Quand les frères Dominicains font appel à Le Corbusier en 1953, ils recherchent ce savant dosage entre espace collectif et individuel. Puis, en Mai 68, de nombreux frères désertent le lieu. Aujourd'hui, onze frères habitent au couvent et parlent avec passion du "Corbu", comment ils le nomment. Des expositions sont régulièrement organisées, l’église ouvrira après rénovation début 2013. Rien ici ne ressemble à un sanctuaire, mais tout invite au partage le plus impromptu comme avec des touristes architectes argentins qui passent par là lors d’un voyage d’études sur les traces de Le Corbusier. TER arrêt L’Arbresle (à 40 minutes de Lyon) + 30 minutes de marche

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Les États-Unis – Lyon - 1934

CONNAITRE | Au premier abord : une balade à ciel ouvert au milieu des îlots construits par Tony Garnier et des fresques géantes initiées par les habitants afin de redorer (...)

Nadja Pobel | Jeudi 5 juillet 2012

Les États-Unis – Lyon - 1934

Au premier abord : une balade à ciel ouvert au milieu des îlots construits par Tony Garnier et des fresques géantes initiées par les habitants afin de redorer le blason de leur quartier dans les années 90. Les balcons sont aujourd’hui des bow-windows, ils ont été fermés par des fenêtres alors qu’ils étaient à l'origine conçus comme des aérations (dans une optique d’hygiène). Quant aux jardins, ils sont ouverts à tous, en réponse à la politique haussmannienne des jardins clos de l’entre-soi. Dans un second temps, découvrir l’appartement témoin avec la distribution des pièces faite à partir de la pièce centrale (et surtout pas d’alcôves privées de lumière). Des ascenseurs ont été ajoutés récemment et les caves ne servent plus à stocker le charbon de chauffage mais des effets personnels. En 1934, c’est une révolution urbaine qui s’incarne dans ce quartier de part et d'autre du boulevard industriel qui ne deviendra "le quartier des États-Unis" que quelques années plus tard, en hommage aux Américains. Tram T4 – États-Unis

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Les Gratte-ciel – Villeurbanne - 1934

CONNAITRE | Des briques. C’est ce qui se cache sous l’enduit blanc. Les tours de Villeurbanne construites ex nihilo se sont rapidement élevées dans le ciel grâce une (...)

Nadja Pobel | Jeudi 5 juillet 2012

Les Gratte-ciel – Villeurbanne - 1934

Des briques. C’est ce qui se cache sous l’enduit blanc. Les tours de Villeurbanne construites ex nihilo se sont rapidement élevées dans le ciel grâce une technique rodée Outre-Atlantique : des armatures de métal et un remplissage brique par brique. En trois ans, 1450 logements sont livrés (il faut une décennie à Tony Garnier pour réaliser le quartier des États-Unis). Outre les commodités des immeubles, c’est tout un quartier qui se développe avec la construction de la mairie et du Palais du travail. Ce dernier, dans le cadre de la politique hygiéniste du maire comprend une piscine en sous-sol (toujours en fonction), ainsi qu’un dispensaire, des bureaux pour les syndicats… Lazare Goujon ne sera pas récompensé pour son audace ; il perdra son siège d’édile (mais il le regagnera dans les années cinquante). Les Gratte-ciel sont aujourd’hui un symbole de la ville qui les utilise sur son logo. Métro A – Gratte-ciel

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Trois hommes et un coup fin

CONNAITRE | La librairie Expérience reçoit deux étoiles montantes du roman graphique et un cartoonist d'une proverbiale impertinence. Les dédicaces transatlantiques étant aussi rares que les passages de comète, on ne se sent plus. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 29 janvier 2012

Trois hommes et un coup fin

Pour les râleurs invétérés que nous sommes, le mois de janvier est plus synonyme de montées de moutarde que de chutes de flocons. Ceci en raison de la tenue du Festival International de la Bande Dessinée, dont les organisateurs et jurés en prennent généralement autant dans les gencives qu'un psychanalyste pendant un transfert. On vilipende leur politique d'attribution du Grand Prix de la Ville d'Angoulême, qui chaque année récompense un auteur pour l'ensemble de son œuvre et n'a, jusqu'à présent, jamais été attribué à un scénariste (à croire qu'une BD n'est rien de plus qu'un livre d'images un peu élaboré). On s'indigne face à leur désintérêt pour la production japonaise non-patrimoniale et leur mépris manifeste pour les auteurs nord-américains n'ayant pas fait leurs armes dans RAW, la revue que fonda et dirigea Art Spiegelman de 1980 à 1991. On peste, enfin, contre leur entêtement à vouloir ménager la chèvre et le choux via leur sélection officielle, quand bien même les mathématiques (près de 4000 nouveautés en rayons, une petite centaine à l'arrivée) et le bon sens (préférer les gribouillis infantiles de Simon Roussin aux estampes modernistes de Hugues Micol,

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Métal hurlant

MUSIQUES | Musique / Parfois, entre la positive attitude de Lorie et les «coin-coin» de Brian Placebo, la Halle Tony Garnier se purge un peu les écoutilles en (...)

| Mercredi 13 décembre 2006

Métal hurlant

Musique / Parfois, entre la positive attitude de Lorie et les «coin-coin» de Brian Placebo, la Halle Tony Garnier se purge un peu les écoutilles en programmant du metal. Cette semaine, ce sont les monuments Trust et Tool qui viennent, coup sur coup, rappeler le temps où la Halle résonnait de cris de cochons. En plein n'importe quoi pré-présidentielles, les papys de Trust ont jugé utile de venir rebrailler un bon coup leur Anti-social. Et montrer que 26 ans plus tard, il y a toujours une ou deux raisons de perdre son sang froid. Mais si l'énergie et les convictions sont toujours là, les motivations ont changé : moins de coups de pompe dans le cul de la maréchaussée, davantage d'incitation au vote (tout le monde vieillit). Leur live, Soulagez-vous dans les urnes, s'il sonne parfois comme du Johnny, n'en agite pas moins la menace du Sarkoland, une sorte de Disneyland où le petit Nicolas serait à la fois un Mickey et complètement Dingo. Dans un autre genre, Tool a contribué depuis 1990 à polir le metal. Une touche de rock progressif à la King Crimson, un doigt (devinez lequel) de Pearl Jam, il n'en faut pas plus à Maynard James Kennan & Co pour scotcher des wagons de fans à leur metal

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