Les Gratte-ciel – Villeurbanne - 1934

Nadja Pobel | Jeudi 5 juillet 2012

Photo : NP


Des briques. C'est ce qui se cache sous l'enduit blanc. Les tours de Villeurbanne construites ex nihilo se sont rapidement élevées dans le ciel grâce une technique rodée Outre-Atlantique : des armatures de métal et un remplissage brique par brique. En trois ans, 1450 logements sont livrés (il faut une décennie à Tony Garnier pour réaliser le quartier des États-Unis). Outre les commodités des immeubles, c'est tout un quartier qui se développe avec la construction de la mairie et du Palais du travail. Ce dernier, dans le cadre de la politique hygiéniste du maire comprend une piscine en sous-sol (toujours en fonction), ainsi qu'un dispensaire, des bureaux pour les syndicats… Lazare Goujon ne sera pas récompensé pour son audace ; il perdra son siège d'édile (mais il le regagnera dans les années cinquante). Les Gratte-ciel sont aujourd'hui un symbole de la ville qui les utilise sur son logo.

Métro A – Gratte-ciel

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Engagements !? : main tendue à Villeurbanne

Histoire | S'engager ? Pourquoi ? Au profit de qui ? Le Rize observe, à travers des documents d'archives, comment les Villeurbannais se sont mobilisés pour des grandes causes nationales ou des aménagements locaux de territoires dans une expo impensable à Lyon.

Nadja Pobel | Mardi 8 janvier 2019

Engagements !? : main tendue à Villeurbanne

S'il est difficile d'imaginer que Lyon décline la même expo sur les engagements ramenés à son périmètre, c'est aussi qu’historiquement, nous rappelle le panneau introductif au Rize, « Villeurbanne est devenue au XVIIIe siècle un espace refuge pour les groupes marginalisés, réprimés à Lyon ». La Ville résiste aux assauts d'annexion en 1856, 1857, 1860 et 1874. L'ancienne commune ne cède pas comme la Guillotière, la Croix-Rousse ou Vaise, abandonnant juste le parc de la Tête d'Or. Forte de cette autonomie portée par le député Francis de Pressensé, Villeurbanne se constitue un terreau résistant. Après une séquence explicative (et longue à lire), l'exposition Engagements !? laisse place à un espace immersif circulaire tatoué des mots liberté-égalité-fraternité dans lequel il est possible de rester longtemps, tant il y a à écouter et à voir (des affiches) - on peut même prolonger à domicile avec la lecture de la vingtaine de fiches A4 recto-verso explorant toutes ces luttes. Tract

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Le temple laïc de Villeurbanne

Patrimoine | Inclus dans un projet architectural ambitieux et au service de la population la plus défavorisée, l’hôtel de ville de Villeurbanne, entre les Gratte-ciel et le TNP, est une véritable cathédrale profane.

Nadja Pobel | Mercredi 6 juillet 2016

Le temple laïc de Villeurbanne

À l’orée des années 1920, le site actuel des Gratte-ciel n’est qu’une prairie et c’est ici que par la volonté du maire médecin et hygiéniste, Lazare Goujon, se hissent de nouveaux bâtiments destinés à accueillir les ouvriers de la ville industrielle de Villeurbanne. Jusque-là, ils étaient au mieux logés dans le pré-carré de leur patron paternaliste (ce qui incitait les hommes à rester sobres et à ne pas se disperser pour mieux travailler) ou, au pire, dans des taudis. L’édile, lui-même fils d’un père manœuvre dans les usines métallurgiques de Schneider, croit en l’ascension sociale de ses administrés et leur concocte, avec les architectes Robert Giroud et Môrice Leroux, des bâtiments confortables disposant (fait rare à l’époque pour les cols bleus) du tout-à-l’égout, de l’eau courante et de l’électricité. Même s’il n’y a pas encore de douche (mais un robinet), les toilettes ne sont plus sur le palier. Pour parfaire cet ensemble, le Palais du travail dispose de lieux de réunion pour les syndicats, d’une piscine souterraine (toujours en service et destinée à l’époque à l’épanouissement corporel plus qu’au loisir) et d’un théâtre (le TNP actuel). Et aussi, d’une mairie. L

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Archi vivante

CONNAITRE | À Lyon ou aux portes de la ville, cinq sites majeurs de l'architecture moderne, regroupés sous la mention Utopies réalisées, s'offrent au visiteur curieux. En route pour une découverte estivale des quartiers des États-Unis, des Gratte-ciel, des Étoiles, du couvent de la Tourette et de la cité Le Corbusier de Firminy. Des lieux sont toujours habités (logement social ou édifice religieux). Car ce qui a prévalu à leur construction vaut toujours : mieux vivre ensemble.

Nadja Pobel | Jeudi 5 juillet 2012

Archi vivante

Mieux vivre ensemble. Tant pis si l'expression a des airs de tarte à la crème resservie à chaque élection. Au début du vingtième siècle, les ouvriers vivent dans des logements insalubres et la France a l’un des plus forts taux de mortalité au monde. Soucieux de la santé de leurs administrés et surtout des moins aisés, des maires téméraires comme Lazare Goujon à Villeurbanne et Édouard Herriot à Lyon font alors fait appel à des architectes inventifs pour que tous vivent mieux ensemble. En 1934, les Gratte-ciel (Villeurbanne) et le quartier des États-Unis (actuellement dans le 8e arrondissement de Lyon) sont inaugurés. À Lyon, Tony Garnier a travaillé sur l'espace intérieur et extérieur et construit des îlots entourés de verdure. À Villeurbanne, l'ensemble dessiné par Morice Leroux et Robert Giroud est plus imposant, mais l'accent est également mis sur la praticité des immeubles : où que l'on soit logé, il est possible d'accéder à un commerce du rez-de-chaussée sans mettre le nez dehors, se protégeant ainsi du froid. Et surtout, audace rare : la construction du règlement urbain (réseaux d'assainissement, de gaz, d'électricité) se fait en même temps que les immeu

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Trois hommes et un coup fin

CONNAITRE | La librairie Expérience reçoit deux étoiles montantes du roman graphique et un cartoonist d'une proverbiale impertinence. Les dédicaces transatlantiques étant aussi rares que les passages de comète, on ne se sent plus. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 29 janvier 2012

Trois hommes et un coup fin

Pour les râleurs invétérés que nous sommes, le mois de janvier est plus synonyme de montées de moutarde que de chutes de flocons. Ceci en raison de la tenue du Festival International de la Bande Dessinée, dont les organisateurs et jurés en prennent généralement autant dans les gencives qu'un psychanalyste pendant un transfert. On vilipende leur politique d'attribution du Grand Prix de la Ville d'Angoulême, qui chaque année récompense un auteur pour l'ensemble de son œuvre et n'a, jusqu'à présent, jamais été attribué à un scénariste (à croire qu'une BD n'est rien de plus qu'un livre d'images un peu élaboré). On s'indigne face à leur désintérêt pour la production japonaise non-patrimoniale et leur mépris manifeste pour les auteurs nord-américains n'ayant pas fait leurs armes dans RAW, la revue que fonda et dirigea Art Spiegelman de 1980 à 1991. On peste, enfin, contre leur entêtement à vouloir ménager la chèvre et le choux via leur sélection officielle, quand bien même les mathématiques (près de 4000 nouveautés en rayons, une petite centaine à l'arrivée) et le bon sens (préférer les gribouillis infantiles de Simon Roussin aux estampes modernistes de Hugues Micol,

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