Nouvelle de Minuit

Christophe Chabert | Vendredi 5 octobre 2012

Photo : © Hélène Bamberger


«Vous n'êtes pas tout à fait sûre, mais il vous semble que, quatre ou cinq heures plus tôt, vous avez fait quelque chose que vous n'auriez pas dû.» Et pourtant, le souvenir se précise lorsque vous retrouvez entièrement la mémoire.Vous êtes Viviane Elisabeth Fauville, quarante-deux ans, responsable de la communication des Bétons Biron. Mère d'une enfant de douze semaines, votre mari vient de vous quitter après deux ans «d'horreur conjugale». Vous avez laissé derrière vous les quartiers bourgeois pour vous installer dans un deux pièces-cuisine, poursuivez une thérapie s'éternisant depuis trois ans et vous réalisez qu' «hier, vous avez tué votre psychanalyste.»

Si vous vous reconnaissez dans cette description, vous êtes sans doute le personnage central du premier roman de Julia Deck, auquel vous donnez son titre, et vous semblez très éprouvé psychiquement. Sous sa plume, vous semblez vous dissoudre dans les rues de Paris dans lesquelles vous errez à la recherche de vous-même et n'hésitez pas à mener votre propre enquête en filant des suspects potentiels.

Dans ce premier roman, Julia Deck brosse le portrait d'une femme qui résiste pour ne pas perdre pied malgré des troubles mentaux évidents. L'alternance des points de vue traduit cette distance se creusant entre Viviane Elisabeth et elle-même. Jusqu'à devenir une personne étrangère dans son propre corps.

L'écriture désincarnée de Julia Deck accentue un peu plus cette distanciation pour exprimer le chaos interne de son héroïne basculant progressivement dans la folie. Les descriptions des filatures et des trajets évoquent Michel Butor et mettent en avant le caractère labyrinthique d'une ville semblable à cet esprit dans lequel se perd Viviane Elisabeth. Et le lecteur se laisse entraîner avec elle dans cette intrigue entêtante.

Gael Dadies

Julia Deck
À la librairie Passages mardi 16 octobre
«Viviane Elisabeth Fauville» (Minuit)

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Julia Deck : voisins voisinent

Littérature | Avec Propriété privée, l'un des bijoux de cette rentrée, Julia Deck ausculte par le prisme de l'enfer pavillonnaire, entre jeu de piste et jeu de dupes, l'impossibilité d'être soi dans la grande marmite du vivre ensemble.

Stéphane Duchêne | Mercredi 12 février 2020

Julia Deck : voisins voisinent

[Edit-Fête du Livre] « La propriété c'est le vol » disait Proudhon. Ou Patrick Balkany, on ne sait plus. Mais ça, c'est dans le meilleur des cas. Parce que la propriété, privée, ce peut être bien pire. Ce peut-être l'Enfer, et l'Enfer c'est toujours un peu les autres. Voilà l'expérience, amère comme le Spritz tourné au soleil de l'autosatisfaction bourgeoise, qu'en font Eva et Charles, dans Propriété privée. Voulant fuir une vie à louer dans la meute parisienne, le couple investit (dans) un pavillon d'un éco-quartier de banlieue gentiment gentrifié. Sauf que de l'autre côté du mur il y a les Lecoq dont l'insupportable bonne figure cache mal de gluants et provocateurs empêcheurs de tourner en rond : elle avec ses mini-shorts et son bonheur markété agités à la face de l'autre ; lui dont la présence au monde est si imposante qu'elle inonde tout – qu'il rentre chez lui, on le suit à la trace sonore, qu'il fasse des travaux, c'est l'allée des voisins qui s'encombre de gravats, qu'il couche avec u

Continuer à lire

Julia Deck : voisins voisinent

Littérature | Avec Propriété privée, l'un des bijoux de cette rentrée, Julia Deck ausculte par le prisme de l'enfer pavillonnaire, entre jeu de piste et jeu de dupes, l'impossibilité d'être soi dans la grande marmite du vivre ensemble.

Stéphane Duchêne | Mardi 8 octobre 2019

Julia Deck : voisins voisinent

« La propriété c'est le vol » disait Proudhon. Ou Patrick Balkany, on ne sait plus. Mais ça, c'est dans le meilleur des cas. Parce que la propriété, privée, ce peut être bien pire. Ce peut-être l'Enfer, et l'Enfer c'est toujours un peu les autres. Voilà l'expérience, amère comme le Spritz tourné au soleil de l'autosatisfaction bourgeoise, qu'en font Eva et Charles, dans Propriété privée. Voulant fuir une vie à louer dans la meute parisienne, le couple investit (dans) un pavillon d'un éco-quartier de banlieue gentiment gentrifié. Sauf que de l'autre côté du mur il y a les Lecoq dont l'insupportable bonne figure cache mal de gluants et provocateurs empêcheurs de tourner en rond : elle avec ses mini-shorts et son bonheur markété agités à la face de l'autre ; lui dont la présence au monde est si imposante qu'elle inonde tout – qu'il rentre chez lui, on le suit à la trace sonore, qu'il fasse des travaux, c'est l'allée des voisins qui s'encombre de gravats, qu'il couche avec une femme, c'est la vô

Continuer à lire

Psy-cause

CONNAITRE | L’époque, on le sait, est "psy", moulinant la discipline en kiosques et incluant dans nombre de romans un personnage de thérapeute. Dans le premier livre (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 7 février 2013

Psy-cause

L’époque, on le sait, est "psy", moulinant la discipline en kiosques et incluant dans nombre de romans un personnage de thérapeute. Dans le premier livre de Julia Deck, les choses tournent toutefois court puisque, dès la page 24, la dénommée Viviane Elisabeth Fauville trucide à coups de couteau de cuisine son psychanalyste : «Vous plongez la lame juste en dessous de la dernière côte, l’y trempant jusqu’à la garde. Les viscères ont la mollesse du beurre. Vous remontez vers le poumon mais déjà le petit homme expire, il gît au pied du fauteuil d’où il ne sévira plus». Proche d’un Michel Butor et du Nouveau Roman, l’auteur passe allégrement du «vous» au «elle», au «tu» ou au «je» pour mieux éclater les différentes facettes de son personnage féminin, jeune mère récemment divorcée. Mais il ne suffit pas d’assassiner pour que l’on s’intéresse à vous et c’est donc Viviane Elisabeth Fauville elle-même qui, dans ce récit haletant et bien ficelé, ira à la rencontre des différents suspects : la maîtresse du psy, son épouse et l’amant de celle-ci… Du fantasme littéraire, on pourra passer au réel de la psychose via la Clinique de La Borde. Fondée en 1953 par le psychiatre Je

Continuer à lire