Les voyants passent au rouge

CONNAITRE | Toujours impeccable, la programmation du festival À nous de voir, consacré aux films scientifiques au sens très large du terme, affirme une ligne toujours plus politique année après année. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 16 novembre 2012

Il y a comme un marabout-bout de ficelle entre le festival du film court de Villeurbanne, À nous de voir et le tout neuf Mode d'emploi : certains films du premier se retrouvent dans la programmation du second, et certains sujets abordés du côté d'Oullins vont trouver un écho dans la manifestation organisée par la Villa Gillet.

Si À nous de voir avait au départ l'ambition de mettre en lumière un genre (le film scientifique) dont on pouvait penser qu'il était un peu ingrat, la qualité de sa programmation, l'exigence dans le choix des intervenants et sa volonté de rebondir sur les questions les plus actuelles ont peu à peu posé ce rendez-vous comme un vaste forum de réflexion sur ce qui agite la société.

On ne s'étonnera pas d'y trouver cette année la présence de Pierre Carles, infatigable pourfendeur des collusions entre le médiatique et le politique, avec son dernier brûlot autoproduit où il démontre que DSK et Hollande furent les candidats choisis par les médias dominants avant de l'être par les sondés, puis par les électeurs. La démarche de Carles n'a rien de scientifique ; c'est un pamphlétaire, un guerrier de l'image, un poil à gratter nécessaire dans une démocratie moribonde. On peut détester ses méthodes, on ne peut que saluer l'initiative de l'accueillir dans un festival cherchant à dresser un état du monde.

Prochain arrêt : Oullins

Le reste de la programmation est tout aussi étonnant : une journée consacrée à la danse, ou plus exactement au «corps dansé», avec notamment le hit Les Rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch ; une autre, plutôt opportune autour du réseau ferroviaire français, passant d'un film d'intervention réalisé par le comité d'établissement SNCF de Lyon sur l'avenir du transport régional, à une fantaisie de fiction signée Sam Karmann (son court oscarisé Omnibus) et le beau film de Dominique Cabrera Nadia et les hippopotames qui prend la grande grève qui paralysa en 1995 les transports comme toile de fond d'un récit éminemment romanesque.

Enfin, un mot sur la Nuit de la SF organisée comme chaque année par AOA production, qui fait le choix de l'ésotérisme bizarre avec le Zardoz de John Boorman et son Sean Connery en moule-burnes, Holocauste 2000, rareté mélangeant science sans conscience et mysticisme flippant, ou encore Pi, opera prima d'Aronofsky façon casse-tête mathématique sous influence esthétique lynchienne. Beau programme, une fois encore !

À nous de voir
Au Théâtre de la Renaissance, jusqu'au 25 novembre

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Merci Patron !

ECRANS | Jusqu’alors peu connu du grand public, le journal alternatif Fakir s’offre un splendide coup de pub en divulguant son opération de flibuste victorieuse contre la deuxième fortune française, Bernard Arnault. De l’extorsion de fonds ? Non point : de justes représailles…

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

Merci Patron !

Le patron de Fakir, François Ruffin, doit jubiler du bon tour qu’il joue à l’inflexible capitaine d’industrie, aussi jaloux de ses profits que de sa discrétion. Car avec son documentaire branquignolesque, tenant plus du carnet de notes potaches filmé que de l’investigation orthodoxe, non seulement il dresse un bilan de “l’action bienfaisante” du brillant milliardaire au sein des filatures de Nord-Picardie, mais surtout il donne des visages et des noms à ses victimes directes : les Klur, une famille d'ouvriers déclassés, promis à une misère noire. Puisqu'Arnault a fabriqué sa fortune en pratiquant de-ci de-là des entorses à la vérité — prétendant que sa marque Kenzo fabriquait en France alors que les usines étaient délocalisées en Pologne, par exemple — et de grosses fractures à l’éthique (si ce n’est pas amoral d’entasser autant de fric par pure avidité, en laissant crever toute une région…), Ruffin use de ruses pour lui faire restituer une partie de son butin. Ses armes principales étant la menace de bruit médiatique et son air de crétin inoffensif, parfait pour tourner en ridicule un hyper-patron. Comment se payer sur la bête Avec son

Continuer à lire

Rentrée cinéma : du côté des festivals

ECRANS | Si le festival Lumière ouvre le bal des festivals de l’automne, une cohorte de rendez-vous se pressera dans son sillage, célébrant toutes les (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Rentrée cinéma : du côté des festivals

Si le festival Lumière ouvre le bal des festivals de l’automne, une cohorte de rendez-vous se pressera dans son sillage, célébrant toutes les formes de cinéma. Ça va aller vite, autant être prévenu. Lumière s’achèvera en effet avec l’ouverture des vacances de la Toussaint… et donc le lancement du festival Les Toiles des Mômes dans les salles du GRAC (du 17 octobre au 1er novembre). Dédié au jeune public, complété par des animations, ce rendez-vous autrefois baptisé Toiles des Gones prend du galon en dépassant les frontières de la Métropole. Aux mêmes dates, Ciné Filou sillonnera les Monts du Lyonnais. Le cinéma Les 400 Coups de Villefranche accueillera ensuite la 20e édition de ses Rencontres du Cinéma Francophone (du 9 au 15 novembre) avec son lot d’avant-premières présentées par leurs auteurs, précédant le doyen des festivals de l’agglomération, l’incontournable 36e Festival du film Court de Villeurbanne au Zola (13 au 22 novembre). Plus discret, mais pas moins intéressant, Sol'enFilms programmera (dans les salles du GRAC à nou

Continuer à lire

Voir l’invisible

ECRANS | Une nouvelle édition pertinente du festival À nous de voir à Oullins, où le cinéma scientifique est aussi passionnant sur son versant cinéma que sur son versant science. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 novembre 2013

Voir l’invisible

Qu’on se le dise : À nous de voir est un des meilleurs festivals de cinéma de l’agglomération. Il n’a qu’un seul inconvénient : il tombe en même temps qu’un autre des meilleurs festivals de cinéma de l’agglomération, celui du film court de Villeurbanne. Même si les deux jouent la complémentarité, dur pour le spectateur de se dédoubler afin de suivre l’un et l’autre, et c’est souvent à rebours que l’on constate les trésors qui sont montrés à Oullins. L’an dernier, par exemple, le festival présentait en compétition le très beau Le Bonheur… terre promise de Laurent Hasse, qui a depuis connu un joli voyage dans les salles hors des circuits de diffusion traditionnels. Pour cette 27e édition, À nous de voir reste donc fidèle à son credo, celui du film scientifique, appréhendé tant dans sa dimension cinématographique que par sa manière d’aborder des sujets relevant des sciences dures comme des sciences humaines ou sociales. Fidélité à sa formule aussi : les films donnent lieu à des débats avec des intervenants, que ce soient les réalisateurs ou des spécialistes des questions soulevées.

Continuer à lire

L'autre côté du périph'

CONNAITRE | Une maîtresse, la tête engoncée dans un cube de béton, initie ses élèves au port de l'abri-antiatomique autonome. Devant un groupe de scientifiques, un homme (...)

Benjamin Mialot | Mardi 5 novembre 2013

L'autre côté du périph'

Une maîtresse, la tête engoncée dans un cube de béton, initie ses élèves au port de l'abri-antiatomique autonome. Devant un groupe de scientifiques, un homme opère, au moyen d'un couteau et d'un fromage, une «fission de la tomme». Une société secrète baptisée "Ceux qui tirent les ficelles" et dont le dresscode se résume à une corde et une capuche façon Ku Klux Klan intronise un nouveau membre. Ces ima

Continuer à lire

SF ? Yo !

ECRANS | Après ses marches zombies, sa geek week et sa participation aux Épouvantables vendredis de l’Institut Lumière, AOA production dégaine un «festival (...)

Christophe Chabert | Vendredi 20 avril 2012

SF ? Yo !

Après ses marches zombies, sa geek week et sa participation aux Épouvantables vendredis de l’Institut Lumière, AOA production dégaine un «festival intergalactique de l’an 2000», intitulé ronflant et ironique pour désigner une semaine consacrée à la science-fiction. L’affaire sera surtout cinématographique, et de bonne tenue, puisqu’elle démarrera (au Cinéma opéra le mercredi 25) avec deux classiques récents du genre : l’intelligent Bienvenue à Gattaca d’Andrew Nicol et le retors, jouissif et archi-politique Starship troopers de l’immense Paul Verhoeven, qui envoyait Barbie et Ken se faire déchiqueter dans l’espace par des aliens arachnides.  Bande Annonce Starship Troopers Teaser Trailer... par FilmGeek-TV Le lendemain sera à front renversé, puisque le festival balancera deux adaptations aussi nulles l’une que l’autre de Flash Gordon 

Continuer à lire

Amis bloggeurs, amies bloggeuses…

ACTUS | Ouvert le 1er décembre, Le Blogg affiche une ambition certaine, celle de brasser associations, musiciens et événements dans un quartier, le 7e arrondissement, encore en jachère, donc peu inquiété par le quiet sound. Et a déjà commencé à séduire la communauté geek. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 3 février 2012

Amis bloggeurs, amies bloggeuses…

Longer le boulevard Yves Farge. S’engouffrer dans des petites rues où des immeubles sont en train de pousser hors des terrains vagues. Entrer dans ce qui ressemble à une ruelle bordée de hangars. Et voir surgir, au fond de cette impasse, Le Blogg. Un lieu qui a débarqué sans tintamarre dans le paysage nocturne lyonnais, mais qui risque d’en bousculer la carte. Bar, restaurant (bientôt), café-concert, local de répétition, lieu d’accueil pour associations et manifestations culturelles et, dans un avenir proche, salle de concert : Le Blogg semble répondre à toutes les attentes et même déjouer tous les pièges qui guettent la vie la nuit à Lyon. Car ce qui pourrait être sa faiblesse (bien caché dans un quartier encore en chantier) est en fait sa grande force : pas de voisins, pas de nuisances sonores, pas de plaintes. Derrière Le Blogg se cache Thierry, vingt ans de nuit à Lyon, ancien gérant du Carré à la Guillotière, qui a consacré quatre années à monter ce projet. Il nous fait visiter le lieu : en bas (450 m2), un bar central, une scène plutôt confortable, des tables dans tous les coins, laissant de l’espace pour circuler librement, une atmosphère plus rock que lounge.

Continuer à lire

Passé, présent, futur

ECRANS | Actu / Le Festival À nous de voir de Oullins a 25 ans. Un quart de siècle que cet événement consacré aux films scientifiques explore tous les domaines de (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 10 novembre 2011

Passé, présent, futur

Actu / Le Festival À nous de voir de Oullins a 25 ans. Un quart de siècle que cet événement consacré aux films scientifiques explore tous les domaines de son concept : sciences dures, mais aussi sciences sociales, sciences de la terre et de l’environnement… Pour cette édition anniversaire, À nous de voir récapitule avec panache cette ouverture maximale. D’abord en choisissant la réactivité face à l’actualité : l’Histoire en marche du côté des pays arabes sera doublement représentée au sein de sa sélection, avec Tahrir (place de la libération) de Stefano Savona et Fragments d’une révolution, montage de documents amateurs tournés pendant l’insurrection réprimée en Iran. Actualité encore avec un double programme consacré à la crise financière où seront projetés Les Coulisses de la crise d’Hervé Vacheresse et La Stratégie du choc de Michael Winterbottom. Actualité enfin avec la venue d’Ariane Doublet, une des grandes documentaristes françaises, qui présentera son dernier film, La Pluie et le beau temps, où elle évoque la mondialisation à travers la production du lin en France et son exploitation en Chine. Dans ce festival riche en proposi

Continuer à lire

Laboratoires d’images

CONNAITRE | Festival / À nous de voir, le festival du film scientifique de Oullins, réconcilie cinéphiles et scientifiques autour d’une approche du documentaire comme œuvre d’auteur ouvert sur le monde. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 novembre 2010

Laboratoires d’images

Les images de la guerre, la question du travail, les mutations urbaines… Les thèmes du 24e festival À nous de voir ne dépareilleraient pas au milieu d’un grand forum d’actualité façon Libé. Mais non ; la manifestation reste fidèle à son projet initial : expliquer la science à travers le regard des cinéastes, qu’ils soient documentaristes, cinéastes de fiction, ou qu’ils aillent au gré de leur carrière de l’un à l’autre. C’est le cas cette année de trois personnalités importantes : Sergey Loznitsa, dont le premier film de fiction, "My joy", sort justement cette semaine sur les écrans. À Oullins, on pourra découvrir un de ces documentaires, "Blockade", qui retrace à travers un montage d’archives resonorisées le siège de Saint-Petersbourg pendant la Deuxième Guerre mondiale ; René Vauthier, auteur du film référence sur la guerre d’Algérie, "Avoir vingt ans dans les Aurès". Un cinéaste engagé et infatigable, victime de la censure, dont le festival présentera un court métrage de 1971, mais aussi un documentaire sur son travail, "Algérie, images d’un combat", signé Jérôme Laffont ; enfin, José Luis Guerin, cinéaste barcelonais qui s’était fait connaître avec le beau "Innisfree", où il re

Continuer à lire

Viens voir les physiciens…

ECRANS | Festival / À nous de voir, le festival du film scientifique de Oullins, propose une nouvelle édition avec des films toujours aussi étonnants, des questions très actuelles et une pincée de divertissement. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 13 novembre 2009

Viens voir les physiciens…

La place particulière que tient dans le paysage des événements cinématographiques lyonnais le festival À nous de voir tient à son thème : le film scientifique. D’où question : qui es-tu, le film scientifique ? Certainement pas un machin bricolé avec le caméscope de mamie dans un labo par un chercheur en physique quantique ou le délire d’un geek fabriquant, tel Woody Harrelson dans l’épouvantable 2012, des vidéos animées expliquant que la fin du monde est pour demain… À nous de voir propose à l’inverse des films scientifiques qui sont avant tout des œuvres d’auteur et de recherche au sens cinématographique autant que scientifique du terme. C’est leur réunion en thématiques qui finit par poser des questions globales et actuelles sur le monde dans lequel nous vivons. Pour son édition 2009, le festival présente ainsi un triptyque opportun et éloquent autour d’Internet. Le web 2.0 et son utopie participative sont ainsi interrogés dans leurs possibles politiques (La Campagne du net, sur son efficacité démocratique), via l’explosion des blogs (Twenty show, où des jeunes racontent leur rapport à cet outil banalisant la fiction de soi) et, plus étonnant, l’apparition du web-documentaire int

Continuer à lire

Choron, dernière

ECRANS | De Pierre Carles et Martin (Fr, 1h38) documentaire

Christophe Chabert | Lundi 5 janvier 2009

Choron, dernière

En bon documentariste kamikaze, Pierre Carles n’aime rien tant que jouer le poil-à-gratter médiatique, abordant des sujets à même de faire bondir les éditorialistes de tout bord (les collusions entre journalistes et politiciens, le refus du marché du travail, l’importance du travail de Pierre Bourdieu…), à l’aide de méthodes susceptibles de faire sortir le toujours très intègre Jean-Michel Apathie de ses gonds. Ici, il s’empare donc de la figure subversive du décrié Professeur Choron, l’un des fondateurs d’Hara-Kiri puis de Charlie Hebdo, en une tentative de rendre à César ce qui lui appartient – les nouveaux tauliers de Charlie, Philippe Val (à mille lieux de la sacralisation offerte par Daniel Leconte dans C’est dur d’être aimé par des cons) en tête, réfutant avec une suspecte véhémence l’héritage pourtant évident du Professeur. Le récit de cette cuistrerie opportuniste, prétexte à Carles pour régler quelques comptes personnels avec le sieur Val, n’est cependant qu’un aspect finalement anodin d’un film foutraque, agrégat d’interviews posées ou prises sur le vif, de sketchs rentre-dedans, d’images sans concessions (tournées par Choron lui-même !) sur le caractère souvent pathétiqu

Continuer à lire

Scientiflicks !

ECRANS | À nous de voir, le festival Science et cinéma d’Oullins, propose pour la 22e année un étonnant panorama de questions scientifiques qui traversent la société, illustrées par des films à la qualité revendiquée et aux problématiques souvent pertinentes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 13 novembre 2008

Scientiflicks !

Quoi de commun entre la maladie d’Alzheimer, l’analyse d’une toile de maître, le quotidien d’un chirurgien au bloc opératoire ou la diminution de la fécondité masculine dans les espèces animales ? Ce sont tous des sujets abordés par un des films présentés au cours de la 22e édition d’À nous de voir. Cela devrait suffire à convaincre de l’approche extrêmement large et variée que le festival a de la science : sciences dures, sciences humaines, sciences sociales et même science de l’art. «Ça fait très longtemps qu’on cherche à être sur toutes les sciences» confirme Pascale Bazin, déléguée générale de la manifestation. «Sachant que le festival pose aussi la question de comment la science affecte notre environnement et en quoi elle concerne en priorité l’individu». Autrement dit : pas de déconnexion entre le quotidien et les œuvres présentées, mais une authentique interaction qui se traduit par la formule adoptée pour «montrer» les films : chaque projection est suivie d’un débat avec un intervenant, qu’il soit cinéaste, chercheur, scientifique ou, plus inattendu, game designer ou infirmière ! Les films plutôt que les sujetsAinsi, l’ambition du festival a toujours été d’établ

Continuer à lire

Cinéma in vitro

ECRANS | Festival / Pour la 20e année, le festival À nous de voir à Oullins cherche à abattre les clichés sur le cinéma scientifique, en ouvrant grand les vannes de ses (...)

| Mercredi 29 novembre 2006

Cinéma in vitro

Festival / Pour la 20e année, le festival À nous de voir à Oullins cherche à abattre les clichés sur le cinéma scientifique, en ouvrant grand les vannes de ses sélections sur des questions de société, accueillant des documentaires dont les sujets et la forme garantissent à la manifestation un caractère populaire et présentant l'ensemble avec un souci constant de pédagogie (chaque séance est précédée d'une conférence ou d'un débat). Deux grands cinéastes ont cette année les honneurs du festival : Frederic Wiseman et Gérard Mordillat. Wiseman, c'est un peu le Depardon américain. On connaît ses grandes enquêtes documentaires sur les institutions que sont Welfare et Public Housing, moins ses films consacrés aux comportements des animaux ; c'est cet aspect de son œuvre qui sera discuté à Oullins, avec une conférence et un film, Primate. Quant à Gérard Mordillat, après une carrière en demi-teintes comme réalisateur de fictions, c'est bel et bien le documentaire (et sa rencontre avec Jérôme Prieur) qui lui offrit un second souffle : un film sur Antonin Arthaud, et une longue enquête historico-scientifique sur le Christ, Corpus Christi, présentée cette année. Pour ce qui est des thèmes ret

Continuer à lire

Images sans équations

CONNAITRE | Festival / Avec une constance remarquable, À nous de voir, festival du film scientifique de Oullins, propose chaque année une programmation passionnante et pas aussi ardue que son thème pourrait le laisser croire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 novembre 2007

Images sans équations

Avec À nous de voir, c'est chaque année la même histoire. Il faut faire tomber les préjugés : un festival de films scientifiques ? À Oullins, en plus ? Sur le papier, ça fait forcément un peu peur... Mais voilà, le festival aime autant le cinéma que les leçons scientifiques, et le "thème" des films présentés, même s'il offre ensuite la matière à un débat avec des invités "spécialisés", n'interdit pas de le déborder par une approche d'auteur. Prenons un des programmes les plus stimulants de cette édition... Consacré à l'autisme, il se divise en trois parties : un documentaire de cinquante deux minutes signé Adrien Rivollier traitant de la musicothérapie comme approche communicative pour les enfants autistes (Les Notes au-delà des maux), puis le portrait intime que Sandrine Bonnaire a réalisé sur sa sœur malade (Elle s'appelle Sabine) et finalement une rencontre avec un écrivain (Jacqueline Berger) et un médecin (Anne Visdomine)... De l'objectif de la caméra à l'objectivité du regard scientifique, en passant par la subjectivité du drame personnel, ce programme dessine un cercle parfait qui montre que les regards peuvent se croiser et s'enrichir. Le quotidien extraordinaire

Continuer à lire

Volem rien foutre al païs

ECRANS | de Pierre Carles, Christophe Coello, Stéphane Goxe (Fr, 1h47) documentaire

Christophe Chabert | Mercredi 14 mars 2007

Volem rien foutre al païs

Depuis qu'il est persona non grata sur les écrans télé, Pierre Carles s'est fait de nouveaux potes avec qui il concocte des tracts d'extrême-gauche qui atterrissent dans les cinémas comme on demande l'asile politique. C'est peut-être l'ironie la plus intéressante de Volem rien foutre al païs : il n'y a pas de cinéaste derrière, le film est un grand zapping qui empile des images inédites, en recycle d'autres, chaque séquence induisant une réflexion autonome plus qu'un propos cohérent. C'est donc un acte de résistance salutaire contre le discours ambiant qui veut que le travail soit la lumière à partir de laquelle on juge de la valeur d'une vie. Certaines séquences se passent de commentaire : la visite de Michel Rocard au MEDEF expliquant que «la lutte des classes a fait son temps», le clip reaganien de Nicolas Sarkozy, le stage où un jeune Anglais se place sans haine et avec lucidité hors du système, ou le dialogue de sourds entre un patron et ses contradicteurs pour savoir si c'est l'entreprise ou le client qui fait naître le besoin. D'autres créent le malaise et ouvrent le débat : la communauté cradingue dont les réflexions politiques sont au ras des pâquerettes, la quasi-justific

Continuer à lire