La fin justifie le Moyen

CONNAITRE | Depuis le début de l'été, la Croix-Rousse abrite une nouvelle maison d'édition littéraire. Façon de parler. Car c'est exclusivement sous forme numérique que Moyen-Courrier publie son (passionnant et inédit) catalogue d'essais et enquêtes. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Vendredi 27 septembre 2013

Le papier tel que nous le connaissons est un matériau en voie d'extinction. Et l'écriture cursive, telle qu'on l'enseigne de plus en plus facultativement dans nos écoles, une pratique vouée à n'être qu'une entrée parmi d'autres dans la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. On peut s'en scandaliser, et mener une guérilla de petits riens (achat de journaux en kiosques, apprentissage de la calligraphie, auto-édition de revues...) pour tenter d'inverser la tendance. On peut aussi s'en remettre à ses instincts darwiniens, et profiter de cette évolution forcée pour remblayer quelque trou culturel.

C'est cette deuxième voie qu'ont choisi d'emprunter Julie Étienne et Élodie Perrin en fondant Moyen-Courrier, une maison d'édition dématérialisée spécialisée dans les essais et des documentaires littéraires de moins de cinquante pages : «Moyen-Courrier est né de deux constats : beaucoup de gens, nous disions-nous, sont aujourd'hui équipés d'une tablette ou d'une liseuse, et beaucoup d'autres le seront très prochainement. Beaucoup de textes forts, nous disions-nous également, plus longs qu'un article et plus courts qu'un livre, ne trouvent pas leur place dans l'édition traditionnelle. Et si l'iPad et le Kindle étaient tout simplement faits pour ces textes passionnants qui se lisent en une ou deux heures ?».

Papiers glaçants

A la lecture des premières publications du duo (proposées à 3, 50€ ou 4, 50€ l'unité), en particulier du clinique et édifiant Une erreur judiciaire de Pamela Coloff, une mise à plat du calvaire de Michael Morton, un Américain accusé à tort du meurtre de sa femme et libéré après 25 ans de prison, on est tenté de répondre par l'affirmative. Et de moins prendre de haut les comparaisons avec Capote, Didion ou Wolfe, entre autres figures de la non-fiction romancée qui planent sur les quatrièmes d'écran de L'Autoroute des disparues de Vanessa Veselka (enquête sur un tueur d'auto-stoppeuses que l'auteur est persuadée d'avoir croisé durant son adolescence), de Guérir. Faillir d'Atul Gawande (qui interroge la notion d'erreur médicale), de Levez le pied de Ted Conover (récit embarqué dans une ambulance de Lagos) et de Nous ne sommes pas quittes de Lawrence P. Jackson (une quête généalogique aboutissant dans les champs de coton de la Virginie esclavagiste).

Autant d'écrits qui allient la force d'évocation d'une nouvelle et la densité informative d'un dossier journalistique. Conformément aux intentions de leurs importatrices : «Nous choisissons des textes portés par un point de vue subjectif. Des textes qui regardent vers d'autres vies que la nôtre et s'intéressent aux petites histoires qui font la grande, des récits bien écrits qui aident à penser l'époque et à lui survivre».

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Florence Aubenas et Ted Conover, undercover

Non Fiction | À la Villa Gillet, pas de pause : sitôt fermée les portes de la perception de La Chose Publique, reprennent les rencontres avec un duo d'enquêteurs hors-normes : Florence Aubenas et Ted Conover.

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Du dernier livre de Florence Aubenas, nous ne pourrons pas vraiment vous parler : sa parution, prévue cet automne, étant repoussée au 7 février 2019. Son sujet : le meurtre de Catherine Burgod, gérante de la poste de Montréal-la-Cluse, dans l'Ain, le 19 décembre 2008, tuée de 28 coups de couteaux. Meurtre pour lequel en 2013 est arrêté Gérald Thomassin, toujours mis en examen, mais relâché en juin 2016 au bout de trois ans de détention provisoire. Et pour lequel, depuis, un autre homme a été arrêté et mis en examen à son tour, en septembre dernier - d'où le report du livre, dû à ce rebondissement judiciaire. L'histoire ne pouvait que passionner la plume la plus élégante du journalisme en France : Gérald Thomassin n'est en effet pas un inconnu et son parcours est un roman. Enfance à la DDASS, casting réussi pour Jacques Doilllon qui le fait tourner dans Le Petit Criminel en 1990, César du meilleur jeune espoir masculin dans la foulée, puis défonce et quelques autres apparitions à l'écran, retrouvailles avec Doillon en 2008 pour Le Premier venu, installation dans l'Ain, un peu de rue et de zone... Voilà une enquête que l'on a hâte de lire, habit

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Villa Gillet | Toujours aussi éclectique dans ses choix littéraires et scientifiques et exigeante dans ses thématiques, la Villa Gillet inaugure une saison de rencontres qui s'annonce aussi dense que passionnante.

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Entre sciences humaines, sciences tout court et bien sûr littérature, c'est à un automne bien chargé que nous invite la Villa Gillet pour ses rencontres de saison – comprendre, hors Assises Internationales du Roman et La Chose Publique. Cela avait débuté avec un prolongement haïtien du Festival America et se poursuit dès ce mercredi 3 octobre avec le premier volet de rencontres intitulées Le Temps de... On commence donc avec Le Temps du temps à l'Institution des Chartreux le 9 octobre où les toujours passionnants physicien et historien Étienne Klein et Patrick Boucheron, qu'on ne présente plus, se demanderont, en compagnie de la femme rabbin Delphine Horvilleur, directrice de la revue Tenov'a, ce qu'est le temps et si simplement nous en avons la moindre idée. Le cycle se poursuivra le 9 novembre au Grand Amphi de l'Université Lyon 2 avec les écrivains Philippe Sands (Retour à Lemberg, Albin Michel) et Javier Cercas (Le Monarque des Ombres, Actes Sud) pour Le Temps de la Mémoire sur les liens qu'entretienne

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Outre la programmation du festival d'idées La Chose Publique qui commence à se dévoiler, la Villa Gillet continue sa programmation de rencontres et conférences. Le jeudi 29 novembre seront ainsi conviés autour du thème de l'enquête et de l'immersion Florence Aubenas et Ted Conover. Grand reporter pour Le Monde, Florence Aubenas est l'une des journalistes les plus en vue en France actuellement. L'Américain Ted Conover est lui un spécialiste de l'immersion au long cours, s'étant fait embaucher comme gardien de prison à Sing Sing pour l'ouvrage Newjack. La rencontre aura lieu au Grand Amphi de l'Université de Lyon.

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