Micro Mondes ou l'art en cinq dimensions

CONNAITRE | Des spectacles sensoriels dans de petites jauges : voici venir le festival Micro Mondes qui, pour sa deuxième édition, promet au spectateur d’être un peu plus acteur qu’à l’accoutumée. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 20 novembre 2013

Photo : Jean-Christophe Sounalet


Elle avait déjà travaillé dans de grandes structures culturelles, de belles salles avec de beaux et impeccables spectacles. Puis un jour elle a vu Bucchetino. Céline Le Roux, directrice et fondatrice du festival Micro Mondes, dont la première édition s'est tenue il y a tout juste deux ans, se souvient encore de cette expérience incroyable. Romeo Castellucci, loin de la subversion de ses créations habituelles, avait reconstitué la maison du Petit Poucet et invitait les spectateurs à se coucher dans un des cinquante lits présents. Une fois la couverture repliée sur soi, on écoutait la conteuse nous dire cette histoire en respirant de véritables effluves d'eucalyptus et en entendant grincer l'escalier sous les pas du père montant voir ses enfants dans la pièce d'à-côté. Ce spectacle autant sensationnel que sensoriel nous a laissé comme à elle des souvenirs indélébiles. «Laisser des traces», c'est précisément ce que Céline Le Roux cherche dans ce festival des arts dits "immersifs" où le rapport au public est bouleversé, notamment du fait de jauges réduites (de une à cent personnes maximum).

Toucher, jouer

La plus grande capacité d'accueil sera pour Hakanaï d'Adrien Mondot et Claire Bardainne (aux Célestins), les mathématiciens et plasticiens à l'origine de l'exposition XYZT présentée en ce moment au Planétarium (voir page 8), qui accueilleront une danseuse dans leur seule installation non interactive avant de laisser les spectateurs jouer avec des lettres mouvantes projetées sur du tulle. Micro Mondes est aussi l'occasion de retrouver le catalan Roger Bernat, qui nous avait amené à décider du sort d'une démocratie, télécommande en main, lors du festival Sens Interdits dans Pendiente de voto. Avec Le Sacre du printemps, il remet cette fois un casque audio à chaque spectateur, y distille des consignes et continue à faire en sorte que chacun soit maître de son corps et de son action. Da / Fort sera lui aussi prétexte, dans un vieux camion, à des retrouvailles avec des artistes précieux, en l'occurrence Titoune (membre du freaky, inquiétant et magistral Cirque Trattola), pour un spectacle silencieux et burlesque à base de portés acrobatiques. Les enfants auront aussi droit de cité avec Le Jardin du possible, spectacle où tout est manipulable. Enfin, Promenade mobile pourrait bien convaincre les réticents de l'utilité d'un smartphone : contre le prêt de ce drôle d'outil, Martial Chazallon et Martin Chaput invitent à parcourir la ville, chacun devant suivre des indications qui lui sont propres. Bref, avec ces cinq propositions disséminées dans Lyon et l'agglo, pas question de roupiller dans son fauteuil (quand il y en a !).

Festival Micro Mondes
Jusqu'au dimanche 1er décembre


Da / Fort

Par le Circ'ombelico, ms Titoune (du Cirque Trottola), 45 min, dès 8 ans. Cirque de poche
Théâtre Théo Argence Place Ferdinand Buisson Saint-Priest
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Le Sacre du printemps

De Stravinsky, ms Roger Bernat d'après uen chorégraphie de Pina Bausch, 1h
Centre Chorégraphique National 30 ter avenue Général Leclerc Rillieux-la-Pape
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Hakanaï

D'Adrien Mondot et Claire Bardainne. Dialogue d'une danseuse avec des images projetées répondant à ses mouvements
Célestins, théâtre de Lyon 4 rue Charles Dullin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Dans la matrice

Théâtre | S’immerger dans un spectacle... voici tout le programme du festival biennal Micro Mondes, qui permet d’approcher les œuvres pour tous les sens. Point d’orgue : le ludique et inquiétant £¥€$ (Lies).

Nadja Pobel | Mardi 19 novembre 2019

Dans la matrice

Bienvenue dans une salle des marchés. Dans £¥€$ (Lies), assis à une table en demi-cercle façon casino, avec six autres comparses inconnus face à un croupier, voici le spectateur devenir acteur de la folie des traders. Premier acte : confier son argent réel à sa banque. Basique ? Oui. Mais rapidement, le rythme s’accélère, le vocabulaire se fait plus nébuleux (hedge fund, subprimes…) et démonstration est faite qu’élaborer des tactiques (ou suivre le mouvement) pour tenter de sauver/enrichir/survivre provoque de l’adrénaline. Jusqu’à l’inévitable faillite, la folie du jeu l’emporte. Implacable constat des Belges de Ontroerend Goed qui, dans un genre bien différent – pièce pour un seul spectateur – avaient déjà été à l’origine de l’audacieux A game of you, présenté à Micro Mondes 2015. Seul bémol : £¥€$ refermé, les mécanismes de la financiarisation sont toujours aussi opaques. Mais c’est probablement par une complexification retorse et intensionnelle que fonctionne ce système, au-dessus de la masse et tout contre elle. Embed

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L'animisme numérique d'Adrien M & Claire B

Art Contemporain | Pour leur deuxième corpus d’exposition, Adrien M et Claire B s'immiscent au cœur de la matière, celle des pierres avec un parcours d’installations et d’œuvres aux formats variés qui font coexister virtuel et matériel, magie et technologie.

Sarah Fouassier | Mardi 12 décembre 2017

L'animisme numérique d'Adrien M & Claire B

Muni d’un Ipad, le spectateur est ici le réalisateur de son parcours dont le point de départ et thème sont les pierres ; des pierres glanées çà et là à travers l’Europe, notamment en Italie et sur la côte sud de la Crète. Mirages & Miracles nous révèle leurs histoires grâce à l’outil numérique. Claire Bardainne aime parler « d'animisme numérique » pour définir ce travail où l’esprit des pierres est réanimé sous l’apparence de personnages aux corpulences diverses. Cette galerie des pierres apparaît dans un habillage très simple à l’œil nu : disposées sur des feuilles de papier où l’on retrouve leurs sœurs jumelles sous forme de dessins. Et c’est en orientant l’Ipad que l’esprit de la roche se révèle par des personnages, homme ou femme, vieux ou jeune, maigre ou gros dansant ou affrontant le vent, nageant dans une eau claire ou sautant à pieds joints sur les galets. Chaque scène est le reflet du lieu dans lequel la pierre a été cueillie. Cette magie est particulièrement attachée au mimétisme du réel. Les personnages n’ont pas simplement été dessinés, ils sont issus d’un processus de création en motion capture

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Chuchoter à l’oreille du spectateur

Théâtre | Avec deux créations parmi six spectacles, la 4e édition du festival Micro Mondes promet une nouvelle fois de laisser le théâtre infuser par tous les pores du spectateur. Les arts immersifs se dévoilent du 14 au 25 novembre.

Nadja Pobel | Mardi 7 novembre 2017

Chuchoter à l’oreille du spectateur

Inventer de nouveaux rapports public-artistes pour ne pas toujours être dans une classique dualité scène-salle. Le festival Micro mondes, à l’instar du directeur du TNG Joris Mathieu, s’y emploie depuis plusieurs années sans virer à la posture. Ils sont nombreux les créateurs à déconstruire ce lien pour le réinventer. Cela mène parfois les spectateurs à être acteurs de cette mutation comme avec le "spectacle" qui ouvre la manifestation Happy manif. Casque sur les oreilles, les participants reçoivent des consignes pour interagir avec les autres et esquisser une chorégraphie. Cette idée de David Rolland fait furieusement écho au travail du Catalan Roger Bernat programmé dans une précédente édition, où il était question de s’approprier Le Sacre du printemps. Connue pour avoir fait le travail scénographique, son et lumière notamment d’Aurélie Van den Daele (Angels in America), la compagnie Invivo sort de résidence avec 24/7 et emmène en lisière de l’endormissement volontaire avec un travail sur le sommeil à partir de l’utilisation des casques à réalité virtuelle.

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Micro Mondes, un festival de théâtre pour soi

SCENES | Il y a six ans, Céline Le Roux inventait Micro Mondes, un festival dédié aux arts immersifs, c'est-à-dire aux propositions qui permettent de vivre le théâtre autrement. Devenue co-directrice du TNG, "son" événement s’adosse logiquement à ce lieu en plein renouvellement identitaire.

Nadja Pobel | Mardi 24 novembre 2015

Micro Mondes, un festival de théâtre pour soi

Seul spectateur d’une représentation dont vous êtes partie prenante, vous déambulez dans un labyrinthe de six pièces et êtes amené, rideau après rideau, à réfléchir sur votre identité. Voilà le genre d'expérience troublante, intitulée A Game of You, à laquelle vous convie le festival Micro Monde par l'entremise des Belges de Ontroerend Goed. Avec Danbé, place à une forme en plein développement : un spectacle à écouter au casque où deux musiciens et une récitante donnent à entendre un texte co-écrit par Marie Desplechin et Aya Cissoko. Cette dernière, à travers la voix tout en nuances d’Olivia Kryger, raconte sa vie de gamine née à Ménilmontant dans la fin des années 70 qui va exprimer sur un ring la peine et la rage d’avoir perdu son père et sa sœur dans un incendie. Dans une ambiance intimiste, assis sur des coussins, les auditeurs sont ainsi touchés individuellement. Si ces deux créations s’adressent aux grands, les enfants constituent bien évidement un public très adapté à ces formes, des installations et jeux à leur hauteur conçus par les graphistes ibériques de Milimbo à Escargopol

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Mourad Merzouki danse avec les pixels

SCENES | "Pixel", c’est la rencontre au sommet entre le chorégraphe Mourad Merzouki, star d’un hip hop généreusement éclatant, et les deux poètes des arts numériques que sont Adrien Mondot et Claire Bardainne. Une réussite. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 20 janvier 2015

Mourad Merzouki danse avec les pixels

Mourad Merzouki, c'est une signature forte que l'on reconnaît d'emblée sur scène : celle d'un hip hop généreux, parfaitement maîtrisé et renforcé par des apports variés – notamment la danse contemporaine et les arts du cirque. Son nouveau spectacle Pixel ne déroge pas à la règle, et la suit même parfaitement. Mais la grande réussite de cette aventure, et plus largement de la plupart des précédentes, vient des mariages que le chorégraphe invente : auparavant avec la musique classique du Quatuor Debussy (Boxe boxe) ou avec des danseurs cariocas (Käfig Brasil), avec les prodiges des arts numériques que sont Adrien Mondot et Claire Bardainne dans le cas de ce fameux Pixel. Un spectacle créé à six mains d'une grande fluidité où aucun de ces deux arts a priori éloignés ne dévore l'autre, chacun sortant au contraire renforcé par ce contact. Sur scène, les (excellents) danseurs jouent ainsi avec les formes abstraites qui envahissent le sol ou les murs, plongent en elles, les envoient valser. Fascinant. Pour la beauté du geste «On est de plus en plus entouré d’art numérique. Quand j’ai découvert le travail d’Adrie

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Please, continue (Hamlet), ou quand le théâtre fait sa loi

SCENES | «La justice n'est pas un jeu même si les apparences peuvent le laisser penser, comme si nos habits étaient des costumes» lance jeudi 20 novembre Me Ronald (...)

Nadja Pobel | Mardi 25 novembre 2014

Please, continue (Hamlet), ou quand le théâtre fait sa loi

«La justice n'est pas un jeu même si les apparences peuvent le laisser penser, comme si nos habits étaient des costumes» lance jeudi 20 novembre Me Ronald Gallo, avocat d'Hamlet, lors de son réquisitoire. Nous sommes pourtant au TNP, pas dans une cour d'assises. Mais en amenant la justice sur une scène, Yan Duyvendak et Roger Bernat ont rendu palpables les similitudes de ces deux arts oratoires, non sans prendre soin de les re-situer le plus clairement possible. Les acteurs ont ainsi enfilé un t-shirt sur lequel est mentionné leur rôle, tandis que les autres personnes présentes (des avocats, un huissier, un juge et un expert psychiatre)ont reçu pour consigne d'incarner leur propre rôle sans en dévier. Un fait divers simple, hybride d'un vrai cas et du scénario shakespearien (un homme a tué le père de son ex-petite amie) sert alors d'appui à une forme inédite de pédagogie de la justice, domaine par essence public mais bien mal connu de ceux qui n'y ont pas affaire. Please, continue (Hamlet) est aussi une loupe sur le caractère aléatoire que revêt un tel cérémonial. Tous les avocats et/ou présidents, souvent des pointures (quel bonheur

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Yan Duyvendak : «Un magnifique exercice de lâcher prise»

SCENES | Après "Pendiente de Voto" et "Le Sacre du printemps", le metteur en scène catalan Roger Bernat est à l'affiche avec un nouvel OVNI participatif, "Please, continue (Hamlet)". Soit le procès pour meurtre d'un faux Hamlet par de vrais magistrats, devant un public mué en jury populaire. Sera-t-il condamné ou acquitté ? Pour le savoir, nous appelons à la barre le co-créateur de ce passionnant spectacle, l'artiste néerlandais Yan Duyvendak.

Nadja Pobel | Mardi 25 novembre 2014

Yan Duyvendak : «Un magnifique exercice de lâcher prise»

Diplômé des Beaux-Arts de Sion et de l’école des arts visuels de Genève, comment en êtes-vous venu à concevoir des performances ? Yan Duyvendak : En même temps que les Beaux-Arts, j’ai suivi une formation de danse amateur, puis participé à une espèce de revue de très mauvais goût. J’étais ado et j’aimais beaucoup l’humour utilisé comme une force corrosive. Comme j’étais trop grand pour faire de la danse professionnelle – c’était avant Alain Platel et la possibilité d'avoir des corps spécifiques dans la danse – je me suis ensuite tourné vers l’art visuel, dans lequel j’ai fait une petite carrière. Mais je m’y suis très vite ennuyé, je m’y suis senti très seul et c'était mortifère. J’avais envie de réinjecter de l'humour dans le travail. J’ai alors fait des vidéos, chanté a cappella des chansons existantes qui parlent de l’art (comme J’aurais voulu être un artiste), et c'est devenu une réflexion sur l’art aujourd’hui. J’ai pu faire ça très vite à la fondation Cartier, en 1995. En 2011, vous créez avec Roger Bernat Please, continue (Hamlet), qui relate le procès d'un fa

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Dix incontournables pour 2014/2015

SCENES | Outre les spectacles cités dans notre gros plan et les panoramas lisibles par ailleurs, voici une dizaine de spectacles qui attisent notre curiosité ou réveillent de bons souvenirs. Bien plus, en tout cas, que les deux mastodontes avignonnais un peu fades qui passeront par là, au TNP, "Orlando" d'Olivier Py et "Le Prince de Hombourg" de Giorgio Barberio Corsetti.

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Dix incontournables pour 2014/2015

Phèdre Avec Les Serments indiscrets l’an dernier, Christophe Rauck présentait une version très personnelle, entre suavité et force, de la pièce méconnue de Marivaux. Il s’attaque maintenant au classique de Racine que tous les grands comédiens ont un jour joué dans leur vie, à commencer par Dominique Blanc sous la houlette de Patrice Chéreau. Dans ce casting-ci, on retrouvera la mythique Nada Strancar (dans le rôle de Oenone, nourrice de Phèdre), au milieu d'un décor agrègeant une nouvelle fois les apparats de l’époque Louis XIV à un univers moins propret, aux murs à nu voire lézardés. Rauck se garde de ripoliner les œuvres majeures pour mieux les révéler. Faisons-lui à nouveau confiance. Nadja Pobel Du 8 au 17 octobre aux Célestins  

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Sur Stravinski ou New Order

SCENES | Jusqu'au 5 décembre, le Centre Chorégraphique National de Rilleux-la-Pape propose son deuxième temps fort, "Play Time", ouvert à tous les publics (dès 3 ans (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 20 novembre 2013

Sur Stravinski ou New Order

Jusqu'au 5 décembre, le Centre Chorégraphique National de Rilleux-la-Pape propose son deuxième temps fort, "Play Time", ouvert à tous les publics (dès 3 ans pour Têtes à têtes de Maria Clara Villa-Lobos) et rassemblant les propositions les plus diverses. Les "grands" pourront ainsi s'immerger dans le Sacre du printemps de Roger Bernat (également au programme du festival Micro Mondes) pour une expérience scènique inédite en hommage à Pina Bausch, et les "petits" dans Partituur de la très renommée performeuse croate Ivana Müller, pièce dans laquelle trente enfants sont invités à imaginer une histoire et une chorégraphie dans un pays fictif - et qui sera reprise à la Maison de la danse du 11 au 18 décembre.  Il y aura aussi du hip hop féminin avec le duo Yonder Woman d'Anne Nguyen et un spectacle promettant son pesant de cold rock : The Him de Yuval Pick (directeur du CCN). Cette pièce inspirée de la musique de New Order (et tout particulièrement de leur premier album, le bien no

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Le point, c’est tout

ARTS | Pour sa réouverture après travaux, et avant l’inauguration d'une exposition permanente fin janvier, le Planétarium accueille "XYZT", fascinant travail d’Adrien Mondot et Claire Bardainne conçu à partir de la notion de point. Une expérience interactive absolument réussie. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 14 novembre 2013

Le point, c’est tout

Il est ingénieur informaticien, comme on dit parfois en raccourci d’un métier lénifiant. Elle est plasticienne, scénographe et designer graphique, une triple profession à faire se pâmer les hipsters. Ils n’avaient rien pour se rencontrer et pourtant, depuis 2010, ils font route commune au point que le nom de la compagnie du premier, Adrien M, s’est doublé d’une certaine Claire B. À Poitiers, à Bussang mais surtout sur la scène nationale de l’Hexagone de Meylan, en périphérie grenobloise, ils composent à quatre mains des objets insolites, notamment le spectacle-conférence Un point c’est tout et l'exposition XYZT qui, deux ans après son invention, se retrouve au Planétarium. Simplement nommer les lieux où leur travail est accueilli (théâtres, comme celui des Célestins, dans le cadre cette semaine du festival Micro Mondes, sites scientifiques mais aussi scènes plus arty à l'image de celle des Subsistances) montre à quel point leurs œuvres sont à la croisée de disciplines

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Sens interdits 2013, jours 7 & 8 : L’Adieu aux larmes

SCENES | "Regards de femmes" de Chrystèle Khodr et Chirine El Ansary. "Pendiente de voto" de Roger Bernat. "L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge" de Georges Bigot et Delphine Cottu.

Nadja Pobel | Jeudi 31 octobre 2013

Sens interdits 2013, jours 7 & 8 : L’Adieu aux larmes

Sens Interdits s’est achevé pour nous avec deux pièces déjà vues en amont du festival et dont vous avions parlé dans la version papier du Petit Bulletin. Si Pendiente de voto s’avère être un spectacle très dépendant de la participation du public et de sa capacité à débattre intelligemment ou pas (ce qui fut loin d’être le cas lors de notre séance), L’Histoire terrible… est lui d’une solidité constante. La troupe de jeunes Cambodgiens a fait se lever spontanément toute la grande salle des Célestins après 3h30 en khmer exigeantes et néanmoins passionnantes. Et nous voilà à nous demander depuis quand nous n'avions pas vu pareil enthousiasme du public dans cette ville de Lyon réputée (et souvent à juste titre) froide. En effet peu nombreuses sont les pièces à pouvoir déclencher une vraie ferveur au cours d’une saison. Sur le festival, elles furent pourtant plus d'une, qui plus est dans des salles bien remplies, quand elles n’étaient pas

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L'opium des référendums

SCENES | Imaginez un théâtre sans acteur et sans scène, qui ferait de chaque spectateur l’élément d’une production plus interrogative que narrative. C’est l’idée farfelue du catalan Roger Bernat, qui dans "Pendiente de voto" confie à son public une télécommande pour répondre à une série de questions sur la démocratie, l’individu ou la communauté. Jubilatoire et troublant. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 17 octobre 2013

L'opium des référendums

Comme souvent au théâtre, le siège sur lequel le spectateur va "voir" Pendiente de voto (vote en suspens) est numéroté. Ici, ce n’est toutefois pas le ticket qui indique ce chiffre, c’est à vous de le choisir. Anodin ? Pas tant que cela, car toute la suite du spectacle dépendra de votre place. Du moins tentera-t-on de vous le faire croire. Car Pendiente de voto est une suite de questions projetées au mur auxquelles il faut répondre par oui ou non via une télécommande, et ce qui semble être un jeu s’avère rapidement plus retors. «Te sens-tu capable de prendre une décision et de la mettre en pratique ce soir ?», «si ton vote ne compte pas, continue à voter, le système t’écoute», lit-on ainsi, comme si Big Brother nous soufflait dans le dos. Devons-nous laisser entrer ceux qui sont arrivés en retard et attendent derrière la porte, «les ETRANGERS» ? Ceux-ci n’auront – temporairement ou pas - de toute façon pas le droit de vote. Et «au cas où la salle serait pleine, doit-on laisser entrer d’autres étrangers ?». En somme, la masse doit-elle décider pour quelques individus laisséssur le bas-côté

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La caravane de l'étrange

SCENES | Il y a deux ans, la Biennale d'art contemporain de Lyon faisait sienne la «terrible beauté» de Yeats. Cette année, c'est à notre tour d'emprunter au poète (...)

Benjamin Mialot | Dimanche 2 juin 2013

La caravane de l'étrange

Il y a deux ans, la Biennale d'art contemporain de Lyon faisait sienne la «terrible beauté» de Yeats. Cette année, c'est à notre tour d'emprunter au poète irlandais son oxymore pour qualifier Matamore, le spectacle circassien que programme depuis la semaine passée le Théâtre de la Renaissance du côté du stade de Merlo, à Oullins. Rarement en effet a-t-on vu spectacle aussi monstrueux et, dans le même temps, aussi gracieux que ce détournement maboul et grotesque des codes de la cabriole sous chapiteau – de la voltige au clown en passant par le dressage canin, mis au point de concert par le Petit Théâtre Baraque (dont les fondateurs ont assisté Bartabas dans la création de son Théâtre équestre Zingaro) et le Cirque Trattola. A tel point que, eussions-nous assisté plus tôt à l'une de ses représentations, nous aurions été tentés de faire figurer en Une de ce numéro l'un des nombreux tableaux le composant. Ce clown blanc interprétant au violoncelle et au séquenceur un tango funèbre, par exemple ; ou ce jongleur à la dentition proéminente préférant des revolvers aux traditionnelles massues ; ou encore

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Numériquement vôtre

SCENES | Alors qu’il continue à s’imposer sur les scènes nationales et internationales, le jongleur et informaticien Adrien Mondot décide de poser ses valises à Lyon, avec sa complice Claire Bardainne. Pour l’occasion, ils proposent aux Subsistances une fabuleuse exposition sur des paysages numériques et abstraits, ainsi qu’une conférence-spectacle disséquant leur approche minimaliste et graphique. Rencontre avec deux artistes atypiques au sens poétique aigu. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Vendredi 8 juin 2012

Numériquement vôtre

C’est une histoire qui commence au début des années 2000. À cette époque, Adrien Mondot est encore informaticien à Grenoble, et vit de son métier. Mais quelque chose cloche... «L’informatique n’est pas une matière très épanouissante. Être enfermé dans un bureau de huit heures du matin à huit heures du soir, je sentais que j’avais pris un train pour la vie qui n’était pas le bon. J’ai donc sauté en route ! En parallèle, je faisais beaucoup de jonglage, je passais pas mal de temps à m’entraîner dans les parcs publics, puis à parcourir les festivals d’été. Et au fur et à mesure, c’est devenu de plus en plus difficile de retourner au travail le lundi matin ; jusqu’au moment où je me suis dit qu’il fallait faire un choix. J’ai senti, au cours de mes diverses pérégrinations festivalières, que c’était possible de vivre de ses rêves». Un informaticien qui serait aussi artiste ? Pourquoi pas. Le jeune homme fait alors le pas, et en 2005 naît sa compagnie Adrien M, mixant ses deux passions. Et déjà, les Subsistances l’accueillent avec Convergence 1.0, une expérience où le jonglage et l’informatique sont à la fois l

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Le bonheur est dans le pré

ARTS | Une balade sensitive au cœur d’une réalité numérique en mouvement : voilà ce que propose le jongleur et informaticien Adrien Mondot, en collaboration avec la plasticienne Claire Bardainne.

Dorotée Aznar | Mardi 5 juin 2012

Le bonheur est dans le pré

Ensemble, ils ont prolongé les recherches menées depuis quelques années par Adrien (notamment avec son maintenant fameux logiciel eMotion) ; recherches qui l’avaient entre autres conduit à élaborer Cinématique, spectacle phénoménal et onirique. Pour son passage à la forme exposition, l’univers de l’artiste ne s’en voit pas réduit, bien au contraire, le duo ayant imaginé des œuvres ludiques accessibles à tous qui revisitent la notion de nature avec un minimalisme graphique bienvenu. Il est par exemple impressionnant de se promener dans un champ numérique qui se meut au gré des pas des visiteurs, ou de faire s’envoler une flopée de lettres immatérielles par la simple action du souffle. Un cheminement par les émotions les plus simples, comme des réminiscences d’enfance qui s’en trouvent ici décuplées et réinterprétées. L’exposition XYZT [(x y z) pour l’espace, (t) pour le temps], sous-titrée Paysages abstraits, se joue ainsi habilement de la frontière entre réel et virtuel, en développant un langage poétique fait de «paradoxes math

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L’imaginarium du jongleur Adrien M

SCENES | Spectacle / Petit prince du jonglage et de l’informatique, Adrien Mondot offre avec Cinématique un moment artistique de pure grâce comme on en voit trop peu souvent. Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Vendredi 25 mars 2011

L’imaginarium du jongleur Adrien M

Une scène nue, avec seulement le sol et le mur du fond blancs. Décor minimaliste, mais technologiquement impressionnant. Car le plateau va s’habiller de mille formes digitales le temps du spectacle et épouser le corps des deux interprètes en temps réel, à l’aide d’e-motion, un logiciel conçu par Adrien Mondot lui-même et accessible via son site web. Véritable technophile, notre homme était à l’origine informaticien, au temps où il fallait trouver un métier porteur de stabilité… Jusqu’à ce qu’il envoie tout balader pour se lancer dans le jonglage, sa véritable passion. D’où cette maîtrise évidente de l’outil informatique qui, plus qu’un simple gadget, devient un matériau artistique comme les autres (le corps, la musique, la lumière…). On assiste ainsi à des moments intenses de féerie visuelle, comme lorsqu’Adrien et la danseuse Satchie Noro semblent perdus dans un jeu vidéo, se devant d’éviter les gouffres et les objets numériques lancés droit sur eux. Où quand, à l’aide d’une simple lampe torche, Adrien fait danser des lettres projetées sur un écran tout ce qu’il y a de plus banal. Le nom de la création prend alors tout son sens, la cinématique étant, en physique, « la discipline d

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