La tête dans les mirages

CONNAITRE | Après une première édition en forme de prise de température, le Mirage Festival prend de l'ampleur. Plus qu'un instantané, c'est de fait un véritable panorama de la création numérique contemporaine qu'il propose. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 18 février 2014

En latin, dolus désigne une supercherie. C'est exactement ce à quoi s'est livré le collectif du même nom (redoublé) lors de la dernière Fête des Lumières : plutôt que de proposer un éclairage inédit du bâti à sa disposition, il a érigé sur la place Colbert un immersif tunnel de diodes dont les variations d'intensité figuraient autant de respirations. Autrement dit une installation autonome et qui aurait été à sa place, c'est le cas de le dire, sur n'importe quel autre bout de trottoir de la ville.

Non respect du cahier des charges ? On préfère y voir l'affirmation d'une authentique passion pour les arts numériques : là où la plupart des événements se targuant de les promouvoir ne les utilisent en fin de compte qu'à des fins décoratives, Dolus & Dolus les valorise dans toute leur capacité à redéfinir notre environnement. Notamment dans le cadre du Mirage Festival, créé en 2013 et renouvelé cette année dans une version augmentée.

Un festival pour les unir tous

Ce sont en effet pas moins de douze lieux qu'investira l'événement, et à peu près deux fois plus de fenêtres sur l'avenir qu'ouvriront les développeurs, musiciens et plasticiens (et parfois tout cela à la fois) à son générique.

Parmi eux, on notera plus particulièrement les présences du Macédonien Noitu (pour Raw Geometry, performance aux airs de mise à l'épreuve sensorielle), du Japonais Ryoichi Kurokawa (avec Syn_, diptyque audiovisuel où la moindre figure vibre du même éclat qu'une constellation), de l'excellent label Musique Large (qui explore les possibles du beatmaking depuis 2007) au grand complet, du studio suisse Etter (il présentera sur tablettes Drei, un reposant puzzle game collaboratif) et de son compatriote Mysquare (pour Crystal Ray, poétique évocation des forces invisibles qui gouvernent l'univers par le biais de lasers et cristaux de diffraction).

La création locale ne sera bien sûr pas en reste. On retrouvera ainsi, auréolés de leurs réalisations pour la fête susmentionnée, respectivement sur le Mur des Lyonnais et la Place des Jacobins, les crews Theoriz, le temps de l'un de ces brouillages de frontières entre animation et interactivité dont ils ont le secret, et WECOMEINEPEACE, pour un casse-briques à base de mapping et de détection de mouvements, ainsi que CT4C, émanation du Grollectif évoluant à la croisée du jazz, de l'ambient et de l'abstraction. Reste à savoir où tout ce petit monde trouvera le plutonium nécessaire à son retour vers le futur.

 

Mirage Festival
Du mercredi 19 au dimanche 23 février


Mirage club 1

"Musique large" label night avec Fulgeance (live), Souleance (DJ set), Rekick (DJ set), Baron Retif & ConceptioN perez
Le Sucre 49-50 quai Rambaud Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Performances audiovisuelles

20h30 : "Raw Geometry" par Noitu 21h30 : "Late speculation" de Nonotak
Amphithéâtre de l'Opéra Place de la Comédie Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Crystal Ray

"Mysquare", performance
Lavoir public 4 impasse de Flesselles Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Pas celle que vous croyez : "Miss" de Ruben Alves

Comédie | Une comédie grand public aux accents de feel good movie.

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Pas celle que vous croyez :

Passer de l’exception à l’acceptation : telle est la situation d’Alex dans Miss, où un jeune homme à demi-marginalisé recherche un épanouissement libérateur en mentant sur son identité et en participant au concours Miss France… Signée Ruben Alves, cette comédie grand public aux accents de feel good movie devrait contribuer à dégetthoïser la situation des personnes transgenres — d’autant qu’elle est tournée avec la transparente complicité du Comité Miss France (qui s’achète ici une image de modernité, alors même que ses statuts poussiéreux prouvent régulièrement leur inadéquation avec la société contemporaine) et de comédiens hyper-populaires, comme Isabelle Nanty ou Thibaut de Montalembert en trav’…ailleuse du sexe au Bois. Mais ce film, qui tient beaucoup du conte d’Andersen, ne tiendrait pas sans la personne ni la personnalité d’Alexandre Wetter, qui fait ex

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La Bicycletterie en a sous la pédale

Boutique | Faire réparer son guidon et customiser sa selle tout en se gonflant les pommettes de Carrot cake et de jus de coco, c’est le pari (réussi) que s’est lancé ce cyclo-café qui remue sévère.

Julie Hainaut | Mardi 27 septembre 2016

La Bicycletterie en a sous la pédale

À l’entrée, un café où avaler un petit noir frappé, absorber une Bionade allemande, se repaître de salade de quinoa (si si, c’est possible) concoctée par Charlotte, la co-fondatrice, et boulotter des pâtisseries signées L’Ourson qui Boit ou Piece of Cake. Au mur, des pièces détachées de bécane. Au plafond, des fanions colorés. Dans le coin gauche, des hipsters et normcore, tête dans le guidon, qui jouent du clavier sur leurs tablettes connectées au wifi gratuit. Dans le coin droit, un vélo cargo Long Achielle à louer pour transporter, selon l’envie du moment, la marmaille ou les légumes du marché (35 € la journée). Au fond, une boutique de vélos de ville et un atelier de réparation dans lesquels Anthony, pro de la petite reine, bichonne les selles, dorlote les moyeux et soigne les vitesses. Pas de doute, La Bicycletterie chatouille les pédales. Mise en selle « Nous sommes une boutique-atelier qui propose un espace café, et non l’inverse. La configuration du lieu cache l’espace vélo, mais ce dernier

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"Les Nuits de Nadja" : Le Petit Bulletin aux Nuits de Fourvière #3

CONNAITRE | 58 spectacles et quasi 200 représentations. En partenariat avec les Nuits de Fourvière, Le Petit Bulletin vous fait découvrir la richesse et la diversité de ce festival. Chaque jeudi, dès 10h, nous vous proposons d’aller à la rencontre des artistes qui, semaine après semaine, feront vos nuits plus belles que vos jours.

Nadja Pobel | Jeudi 16 juin 2016

A peine remis des cristallins concerts hommage à Moondog et celui de PJ Harvey, voici que débarque aux Nuits de Fourvière Benjamin Biolay. Mais avant d'évoquer le chanteur, place au théâtre avec trois grands artistes internationaux (Bob Wilson, Robert Lepage et Simon McBurney) et la création "La Stratégie d'Alice" d'après "Lysistrata", ou comment transposer Aristophane à Marseille. Rencontre avec le traducteur de la pièce Serge Valletti et le comédien metteur en scène Emmanuel Daumas.

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Le Grolektif, une bande à part

MUSIQUES | D'abord regroupement informel de jeunes jazzmen en mal de sensations scéniques, le Grolektif est aujourd'hui un modèle de foisonnement et de résilience DIY. A la veille de son 11e anniversaire et de la 4e édition de son festival étendard, récit d'une belle aventure commune. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 31 mars 2015

Le Grolektif, une bande à part

«Pourquoi les collectifs se multiplient-ils ?» se demande en Une de son tout premier numéro la revue trimestrielle Théâtre(s) Magazine. Fondateur du Grolektif, au même titre qu'une quinzaine d'autres diplômés du Conservatoire de Lyon et de l’École National de Musique de Villeurbanne, Romain Dugelay a sa petite idée sur la question : «C'est une réaction face à une certaine économie et un certain climat.» Á rebours de l'austérité libérale et du retour de l'ordre moral (moins de bruit, moins de blagues, moins de mélanges), cette forme d’organisation un rien utopique s'impose en effet de plus en plus, dans le champ culturel mais pas que, comme le meilleur moyen non seulement d'assumer les risques économiques inhérents à la création, mais aussi de remettre en cause certains acquis artistiques. Et ça, le Grolektif l'a compris dès 2004. Les petits bals perdus Á l'époque, âgés d'une vingtaine d'année, frais émoulus de leurs hautes écoles et pour beaucoup multi-instrumentistes, Romain Dugelay et ses compagnons sont mus par un simple besoin, commun à tous les jeunes diplômés : celui de passer

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Mirage Festival : la grand-messe numérique

CONNAITRE | En 2015, les voitures devaient voler, les chaussures s'auto-lacer et le port de la double cravate se généraliser. A la place, nous voilà équipés d'imprimantes 3D, de drones et de logiciels génératifs. A voir l'utilisation qui en est faite au festival d'arts numériques Mirage, dont la troisième édition investit cette semaine une dizaine de sites lyonnais, on n'y a pas perdu au change. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 24 février 2015

Mirage Festival : la grand-messe numérique

Entre Lyon et l'innovation, c'est une longue passion qui remonte au moins à l'invention du métier à tisser Jacquard (1801) et a connu une nouvelle concrétisation le 12 novembre dernier avec l'attribution, par la secrétaire d’État chargée du numérique Axelle Lemaire, du label French Tech, récompensant les efforts d'une municipalité en faveur de l'entrepreneuriat numérique, ce «levier de croissance» dont les champs d'application sont aussi vastes (éducation, robotique, santé...) que les horizons qu'il ouvre en matière de création artistique sont méconnus. A l'ombre des accélérateurs de start-ups, espaces de coworking et autres pôles d'entraide et d'émulation qui poussent à Lyon comme les champignons sur l'aérolithe de Tintin et L’Étoile mystérieuse, s'épanouissent en effet des créateurs détournant les avancées technologiqies à des fins de renouvellement des formats et modes de consommation de l'art. Et c'est pour leur offrir une visibilité que Simon Parlange et Jean-Emmanuel Rosnet organisent depuis trois ans le Mirage Festival.

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L’esprit et la lettre

MUSIQUES | On allait écrire que dans le Love Letters des laborantins pop de Metronomy, infiniment bien produit et qui régalera sans doute les amateurs de vinyles et (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 29 avril 2014

L’esprit et la lettre

On allait écrire que dans le Love Letters des laborantins pop de Metronomy, infiniment bien produit et qui régalera sans doute les amateurs de vinyles et de son analogique – il a été enregistré dans le temple vintage Toe Rag – il manquait l’essentiel : des tubes. C’est effectivement ce qui apparaît lorsque l’on commence à se pencher sur ce troisième album, ou plutôt ce qui n’apparaît pas. L’emballage est tellement beau, le paquet cadeau si riche de couches successives, qu’on a le plus grand mal à dénicher le trésor qui s’y cache. Peut-être aussi, depuis Nights Outs (2008), s’est-on habitué, en enfants trop gâtés rendus paresseux par les sucreries, à un excès de générosité mélodique qui culmina fort haut avec The English Riviera, son The Look ravageur et sa Corinne aguicheuse. Le tube c’est la lettre de la pop, mais il y a, dit Saint-Paul dans son deuxième épître aux Corinthiens, la lettre et l’esprit. Et si l’on accepte ce principe, alors Love Letters et son esthétique suédée font mouche à coups de compositions aux rondeurs bizarres, profondément mélancoliques et infiniment vénéneuses (Monstrous, enfant du placard de Bowie, Mi

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Berlinale 2014, jour 4. L’ombre de Terrence.

ECRANS | Things people do de Saar Klein. The Better angels de A. J. Edwards. In order of disappearance de Hans-Peter Molland. Aimer, boire et chanter d’Alain Resnais.

Christophe Chabert | Mardi 11 février 2014

Berlinale 2014, jour 4. L’ombre de Terrence.

On est déjà au milieu de notre Berlinale et plusieurs constats s’imposent. D’abord, la compétition est éclectique, et les deux exemples qui vont suivre dans notre billet du jour vont le prouver. Ensuite, le festival est de bonne facture. Si on le compare au voisin cannois, il connaît moins de très hauts, mais aussi moins de bas — peut-être passe-t-on à travers les gouttes et faisons-nous des choix judicieux dans son gargantuesque programme. Enfin, il fait une météo superbe à Berlin, et c’est la meilleure surprise de la semaine. Si on avait le temps — mais à cinq films par jour, c’est mission impossible — on irait bien flâner dans la ville, profiter du séjour… Allez, boulot, boulot, menuise, menuise ; il faut parler des films qui s’accumulent dangereusement au fil des jours. Deux héritages malickiens À chaque festival international, la même question se pose : y verra-t-on un nouveau film de Terrence Malick ? Le maître en a trois sur le feu, et Berlin n’aura pas eu la primeur de son Knight of cups, dont on ne sait trop dans quelles ornières de montage il a pu tomber. Pas de Malick en compétition donc, mais le panorama du festival a fait planer so

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Fresque animée

CONNAITRE | Il est le seul non Lyonnais de l’histoire. Le Chartrain Laurent Lhuillery, maire adjoint du chef-lieu d’Eure-et-Loir et responsable de la (...)

Nadja Pobel | Jeudi 28 novembre 2013

Fresque animée

Il est le seul non Lyonnais de l’histoire. Le Chartrain Laurent Lhuillery, maire adjoint du chef-lieu d’Eure-et-Loir et responsable de la manifestation Chartres en lumières, s’est pourtant entouré d’une équipe 100% gones pour lancer Dessine-moi... des lumières avec les élèves de la très réputée école d’arts visuels Emile Cohl et les jeunes artistes numériques de Theoriz Crew, qui avaient déjà permis aux spectateurs de jouer à Pac Man sur la façade d'un immeuble de la place Sainte-Anne en 2011 ou d’interagir avec celle de l'Alliance française sur la place Bahadourian l’an dernier. Ce projet original d'éclairage du mur des Lyonnais, oeuvre logiquement invisible dès la nuit tombée (à l’exception du mur des Canuts, illuminé de manière pérenne par la Direction de l’éclairage public depuis sa restauration en mai dernier), verra les éminentes personnalités représentées (le créateur de Guignol Laurent Mourguet, Antoine de Saint-Exupéry, les Frères Lumière, Tony Garnier, Louise Labbé...) tour à tour prendre vie tandis que les autres seront plongés dans l’obscurité. Non content de constituer une première pour la Fête des Lumières, ce projet sera aussi un hommage

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A découvrir absolument

MUSIQUES | Cette belle saison automnale qui s'annonce sera aussi l'occasion de découvrir une flopée de nouveaux talents venus d'un peu partout — et même de Lyon. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 15 septembre 2011

A découvrir absolument

Dans le calendrier musical c'est souvent à l'automne, saison du renouveau de la programmation, que viennent fleurir les nouvelles plantes. Le parfum de nouveauté, les effluves de talent, la promesse d'une renommée et, souvent, le succès d'un disque, viennent chatouiller les narines (et les oreilles) du programmateur averti, qui souvent en vaut deux. Ainsi fait-on déjà, sans doute, de Selah Sue une sorte d'Amy Winehouse flamande (et surtout vivante). Il faut dire que la jeune Belge (22 ans et donc encore en course pour le club des 27, ouf !) a le cheveu blond comme la bière, la voix amère comme le picon et le disque (déjà) de platine. À ce niveau là, on ne peut plus guère parler de découverte, mais sur une scène lyonnaise, le Transbordeur le 4 novembre, c'en sera une. Non loin de là, en Wallonie, le Ninkasi, toujours sous le coup d'un «Coup de cœur», est allé nous dénicher Applause, preuve que la pop belge est décidément fertile en talents. En revenant, les gens de Gerland sont passés chercher les excellents Concrete Knives, que la fièvre de la pop afrophile à la Vampire Week-end est allée saisir du côté de Caen. Voilà deux groupes dont on devrait reparler, ces derniers repas

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Enfant de poème

CONNAITRE | Festival / Le Printemps des poètes chantera cette année l'amour, en rendant hommage à Lettera Amorosa, le sublime poème de René Char, dont on fête le centenaire de la naissance. Au programme également, un regard sur la poésie suisse et la production lyonnaise...Yann Nicol

| Mercredi 7 mars 2007

Enfant de poème

On peut difficilement rêver meilleur parrainage pour une manifestation poétique que celui de René Char. Poète, il le fut autant dans son œuvre que dans son existence. Après s'être engagé dans la résistance pendant la seconde guerre mondiale, il se retire dans sa Provence natale pour mener à bien son entreprise littéraire de manière individuelle alors qu'il fut un temps associé au mouvement surréaliste. Parmi ses plus grands textes, il y a bien sûr ce merveilleux chant d'amour que constitue Lettera Amorosa, un titre qui est aussi le thème de la 9e édition du Printemps des poètes, la 6e à Lyon. Ce long poème, que Gallimard rééditera d'ailleurs à cette occasion avec les illustrations de Georges Braque, était paru en 1963 dans le recueil intitulé La Parole en Archipel, un titre lui aussi significatif du travail poétique de Char sur le langage et son morcellement. Inspiré d'un Madrigal de Monteverdi et animé par une langue finalement assez classique, Lettera Amorosa est une sorte de symbole absolu de la poésie amoureuse : «Je ne puis être et ne veux vivre que dans l'espace et dans la liberté de mon amour. Nous ne sommes pas ensemble le produit d'une capitulation, ni le motif d'une servi

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