Lumière mouille le maillot

CONNAITRE | Inatteignable surhomme ou trop banal humain, le sportif est une figure mythique qui, loin de n’occuper que les journalistes et les fans, est aussi le sujet de nombreux films et livres. En consacrant un week-end au sport, l’Institut Lumière place l’athlète au centre du jeu. Stéphane Duchêne et Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 11 mars 2014

Photo : Collection L'Equipe


Dans ses Mythologies (1957), au rang desquelles le Tour de France se voyait consacrer un chapitre, Roland Barthes l'écrivait clairement : «le langage donne à l'événement la majoration épique qui permet de le solidifier». Sur la Grande Boucle spécifiquement, il ajoutait qu'elle était «le meilleur exemple d'un mythe total donc ambigu ; le Tour est à la fois un mythe d'expression et un mythe de projection, réaliste et utopique tout en même temps». Si dès lors que la littérature rencontre le sport, elle ne se focalise pas uniquement sur le vélo, force est de constater que cette discipline, comme la boxe, a fait couler beaucoup d'encre, l'origine modeste de leurs champions n'y étant sans doute pas pour rien - plus l'amplitude de destin est grande, plus le mythe se consolide. Philippe Delerm (La Tranchée d'Arenberg et autres voluptés sportives), Jean Echenoz (Courir, sur le destin d'Emil Zatopek), Dominique Noguez et bien d'autres ont fait de l'athlète un personnage de leurs nouvelles ou récits. Toutefois, davantage que les romanciers, le programme des premières rencontres "Sport, littérature et cinéma" de l'Institut Lumière concerne les cinéastes et documentaristes, ainsi que des journalistes sportifs parmi les plus reconnus pour leurs qualités littéraires : Philippe Brunel et Benoît Heimermann de L'Equipe - on pourra également découvrir, le temps d'une exposition, des clichés emblématiques du quotidien - et Jean-Emmanuel Ducoin de L'Humanité.

Champion-nation

Depuis longtemps (toujours ?), le champion représente plus que lui-même. Parfois, il prend le pas sur les autorités politiques, qui deviennent otages de son pouvoir de rassemblement ou s'y confrontent violemment (comme l'expliquent Les Rebelles du foot et Muhammad Ali's greatest fight), contribuant à prendre, comme l'énonçait Georges Pompidou, le pouls d'une nation : «la santé des athlètes est la preuve de la bonne santé d'un régime». Les chefs d'Etat se battent pour être sur le bord de la route du Tour au côté de leurs administrés, les États peu friands de démocratie misent tout sur la réussite de leurs protégés (des nageurs de l'ex-RDA aux prouesses parfois forcées des Chinois aux JO de Pékin)...

Ainsi mythifié, le sportif est en partie protégé de ses propres dérives. «La force du mythe obscurcit le problème du dopage» constatait ainsi l'historien du corps Georges Vigarello dans la revue Esprit en 1999. Lance Armstrong, dans le documentaire consacré à son mensonge et présenté en avant-première, ne dit pas autre chose. Rescapé miraculeux du cancer, le coureur gagne le Tour 1999, dit "du renouveau" (celui qui suit l'affaire Festina) et, même si tout dans ses chronos provoqueront la suspicion, l'histoire sera trop belle pour être écornée, la compétition ne pouvant être ternie aussi violement une deuxième année consécutive (voir le documentaire The Armstrong Lie). La renaissance de cet homme est plus agréable à entendre et à conter que les calculs de VO² max (capacité maximale à s'oxygéner) pourtant accablants que Libération, entre autres, publie et analyse alors.

Immortelles randonnées

Alors le champion est-il un homme comme les autres ? A priori oui. Merckx fils d'épicier, Armstrong abandonné par son père, le personnage de Buster Keaton qui, dans Sportif par amour, ne cherche qu'à impressionner une fille dans le contexte si particulier du culte du corps et de l'accomplissement individuel nourris par le sport universitaire américain… Mais il lui arrive souvent de dépasser le commun des mortels, à l'image de Niki Lauda (interprété par Daniel Brühl dans Rush, biopic qui clôt ces rencontres), brûlé vif lors d'un accident au Grand Prix d'Allemagne 1976, donné pour mort – on lui administre même l'extrême onction – et à nouveau au volant de sa Formule 1 six semaines plus tard pour disputer le titre à sa Némésis James Hunt. Extraterrestre ? Sur-humain ? La frontière est mince entre ce qu'il faut pour rallier les foules et conquérir les trophées. Merckx s'y est cassé les dents : trop fort, tuant le suspens, il sera même victime du coup de poing d'un spectateur las de sa suprématie dans l'ascension du Puy de Dôme sur le Tour 1975. Si le documentaire La Course en tête, projeté en sa présence en ouverture de l'événement, le montre comme un homme banal allant à l'entraînement, il restera perçu par le public comme le "Cannibale".

La souffrance, point cardinal de cette société judéo-chrétienne dans laquelle sans douleur, il n'est point de plaisir, est un autre élément de la constitution du mythe. Longtemps elle a été visible, désormais elle est cachée à proportion des progrès de la télévision, qui filme et traque au plus près les coureurs : il s'agit de ne pas donner d'indices explicites à l'adversaire, quitte à affadir aussi l'image du champion. Reste alors les à-côtés, les gestes déplacés qui peuvent construire et ramener le sportif dans le monde réel. C'est le cas de Cantona, demi-dieu à Manchester United revenu parmi les mortels lors de coups de sang, notamment en 1995 contre un supporter qui l'avait insulté, ou encore du sage Zidane dégainant un coup de boule en 2006. Toujours et encore il est question du corps, de son mouvement et de sa représentation. C'est dire si le cinéma et la littérature ne peuvent que se délecter des destins des champions sportifs.

Sport, littérature et cinéma
A l'Institut Lumière, du jeudi 13 au dimanche 16 mars


Rush

De Ron Howard (2013, 2h03)
Institut Lumière 25 rue du Premier-Film Lyon 8e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


The Armstrong Lie

D'Alex Gibney (2013, 2h04). Avant-première, en présence de Jean-Emmanuel Ducoin
Institut Lumière 25 rue du Premier-Film Lyon 8e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Entretien | Clowns à l’écran et sur les planches, le duo Abel & Gordon se balade aux quatre coins de la capitale, occasion idéale pour tous les hommages et toutes les rencontres. Cartographie d’un univers partagé qui rend la réalité si triste et les pitres si beaux.

Julien Homère | Mardi 14 mars 2017

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Avez-vous essayé de retrouver la fibre unique du réalisme poétique ? Dominique Abel : On s’inspire de ces films, même si on a trouvé nos propres lieux, qui dégagent une magie bien particulière : je pense à cette statue de la Liberté qui a été un vrai cadeau du ciel. L’idée de mettre un SDF qui plante sa tente à ses pieds, c’était chouette. On a été nourri par plusieurs styles différents, mais on adore le burlesque : Max Linder, Buster Keaton, Charlie Chaplin, Laurel et Hardy, ou les créateurs plus contemporains comme Kaurismäki. Mais nos goûts sont plus larges que ça. Emmanuelle Riva était-elle l’une de ces références ? D.A : On ne l’avait jamais vu dans un autre registre que celui du drame. Elle était très curieuse, vivante avec le rire incroyable d’une jeune fille de 14 ans. Elle faisait beaucoup de théâtre et nous, ce qu’on souhaitait, c’était de répéter pour atteindre une mécanique propre à notre jeu. À ça, e

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Et aussi | Qui aurait cru que l’ultime film d’Emmanuelle Riva, récemment disparue et abonnée aux drames intimistes, serait une farce enfantine ? Noyade, valse, Canada et Pierre Richard sont au programme de ce conte aussi déglinguant que déglingué.

Julien Homère | Mardi 7 mars 2017

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L'humour vintage traverse les générations

De Charlot à Laurel & Hardy | Charlot, Buster Keaon, Laurel et Hardy. Le jeune public va pouvoir découvrir ce qui a fait marrer papy, mamy, grand papy, grand mamy etc... Et rire à son tour.

Antoine Allègre | Mardi 20 décembre 2016

L'humour vintage traverse les générations

À chaque vacances scolaires, l'Institut Lumière soigne les zygomatiques des minots avec un programme aux petits oignons baptisé Cinématokid. Une fois n'est pas coutume, un cycle noir et blanc est initié pour cette fin d'année, permettant aux enfants de découvrir des légendes de l'humour. Tout commence — en fanfare — le mercredi 21 décembre avec la projection des Temps Modernes de Charlie Chaplin, assurément — avec Le Dictateur — le chef d'œuvre de Charlot. Ouvrier désabusé et éreinté dans une usine dévorante, il plaque tout et recueille une orpheline pour faire face à l'aprêté de ce monde. Éminement poétique, émouvant et drôle à pleurer, cela fait désormais 80 ans que ce film émerveille le public — qu'il soit pubère ou pas. Piqûre de rappel le 27, même endroit, même heure. Le vendredi 23 décembre, Stan Laurel et Oliver Hardy, le tandem le plus poilant de l'histoire est à l'honneur avec le court-métrage Aidons-nous ! ou le premier épaule — à sa manière — le second à dissimuler les

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Les Rois du monde

ECRANS | De Laurent Laffargue (Fr., 1h40) avec Sergi López, Céline Sallette, Éric Cantona, Romane Bohringer…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2015

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Jeannot Sanchez est du genre sanguin : il a passé du temps en prison pour avoir tranché à la hache les doigts d’un type qui s’étaient égarés sur l’épaule de sa compagne Chantal. Mais comme pendant son incarcération, Chantal s’est mise en ménage avec Jacky, le boucher du coin, Jeannot s’emploie à la reconquérir. À sa manière taurine et anisée… Derrière sa bonhomie coutumière, on avait presque oublié le Sergi López inquiétant de Harry, un ami qui vous veut du bien (2000), capable d’une animalité furieuse et ravageuse. Avec Les Rois du monde, Laurent Laffargue se fait fort de nous rafraîchir la mémoire dans ce film étrange qui, s’il se nourrit volontiers d’un pittoresque local (Casteljaloux, dans le Sud-Ouest de la France), ne saurait se réduire à de la "gasconnerie" folklorique. Car c’est tout un climat qu’il suscite et ressuscite, rappelant ce cinéma des années quatre-vingt en travaillant la pesanteur atmosphérique rurale comme un personnage (L’Été meurtrier, 37°2 le matin ou L’Été en pente douce). Quant aux "rois" de ce monde, ce sont en réalité de petits seigneurs dérisoir

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Les luttes finales

CONNAITRE | C'est sous le signe du combat, de la lutte acharnée pour se faire une place - si possible la première - que se place la nouvelle édition du festival Cinéma, Sport et Littérature de l'Institut Lumière. Au programme : champions invétérés, docu fanatisés et films engagés, dans tous les sens du terme. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 6 janvier 2015

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Stéphane Duchêne | Mardi 11 mars 2014

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Tours de force

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Stéphane Duchêne | Mardi 11 mars 2014

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Eddy Merckx et Lance Armstrong sont sans doute les deux coureurs cyclistes les plus haïs de l’Histoire. Coupables de trop gagner pour l’un, de trop et de mal gagner pour l’autre. Si La Course en tête, le curieux et rarissime documentaire de Joël Santoni sur la saison 1973 de Merckx, contribue à humaniser (sa famille, ses faiblesses, ses doutes, la détresse de ses – rares – défaites) "L’Ogre de Tervuren", il en fait aussi un objet de fascination, le filmant – musique comprise – comme un chevalier médiéval toujours sur le chemin de la guerre. Ce genre d’image, Lance Armstrong a échoué à la construire durablement. C’est cette déconstruction du mythe basé sur un mensonge lui-même basé sur un mythe que The Armstrong Lie, d’Alex Gibney, parti pour être un documentaire sur le comeback du septuple vainqueur du Tour en 2009, va finalement montrer. Tout part de ce cancer qui, en 1996, transforme le destin d’un jeune coureur fougueux en récit initiatique tel que les studios américains n’osaient le rêver. «Ma lutte contre le cancer était comme une compétition d’athlétisme. Soit on gagne, soit on perd. Si on perd, on meurt. J’ai injecté cette pe

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Les Rencontres d’après minuit

ECRANS | De Yann Gonzalez (Fr, 1h32) avec Kate Moran, Niels Schneider, Éric Cantona…

Christophe Chabert | Vendredi 8 novembre 2013

Les Rencontres d’après minuit

Au prix du foutage de gueule 2013, il y aura photo finish entre La Fille de nulle part, Les Coquillettes, La Fille du 14 juillet, Tip Top et ces Rencontres d’après minuit, d’une nullité toute aussi abyssale quoique pour des raisons différentes. Ici, une partouze organisée dans un lieu mystérieux — une maison hi-tech au milieu d’une forêt enneigée — vire plutôt à la branlette mentale, chaque personnage — «L’Étalon», «La Chienne», «La Star»… — exposant son passé dans une logorrhée verbale qui a le redoutable inconvénient d’être particulièrement mal écrite. Parfois, c’est comique, mais on ne sai

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Notre oncle Charlie

ECRANS | Star mondiale, figure légendaire, icône cheap, Chaplin est-il inépuisable, ou bien définitivement épuisé ? Et si, ayant côtoyé plusieurs fois la mort, son œuvre était faite pour ressusciter ? Éléments de réponse à l'occasion de la rétrospective que lui consacre l'Institut Lumière. Jérôme Dittmar

Jerôme Dittmar | Jeudi 29 novembre 2012

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Le cinéma a forgé sa mythologie la plus criarde autour de quelques stars brillant par-delà les films où on les admire, comme si tout ce qui comptait c'était d'abord le plus concret, un visage et un corps. La politique des acteurs serait-elle finalement plus démocratique que celle des auteurs ? Figure monstre de l'histoire du cinéma, Chaplin a quelque chose de définitif et supplémentaire dépassant l'aura d'une Marilyn ou d'un Bruce Lee qui, eux aussi, finiront en poster Ikea. Mythe complet avec son personnage emblématique et des films d'une mise en scène éblouissante, Chaplin est devenu une incarnation du cinéma, de ses prémisses à son âge d'or et ses déclins successifs. Il fut la quintessence de l'art du XXème siècle, l'épousant dans sa trajectoire jusqu'à se faire absorber par lui et en illustrer aussi la mort, cette mort du cinéma qu'on annonce sans cesse pour mieux le voir revivre. Working Hero Pour briller si haut, Chaplin fut comme John Ford ou Griffith, un pionnier. Il a été là au début, à une époque où sous contrat avec des studios désormais disparus, l'on pouvait enchaîner les petits films à un rythme fou. Quand l'immigré anglais passe, très

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Eric Cantona remettra le Prix Lumière à Ken Loach

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Christophe Chabert | Mardi 18 septembre 2012

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Eric Cantona, l'ex-footballeur de Manchester United devenu acteur, qui fut dirigé par Ken Loach pour Looking for Eric (projeté au cours de cette soirée), a donc été choisi pour remettre le quatrième Prix Lumière au cinéaste britanique lors de de la soirée qui se déroulera le 20 octobre à 18h45 à la Salle 3000 de la Cité Internationale. De nombreux autres invités viendront témoigner de leur affection pour le réalisateur et son œuvre.  

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Ubu prisonnier

SCENES | Dan Jemmett aime les acteurs et ils le lui rendent bien. Il sait s’appuyer sur leur énergie ou leur force. On pense notamment à Denis Lavant, excellent (...)

Nadja Pobel | Jeudi 9 février 2012

Ubu prisonnier

Dan Jemmett aime les acteurs et ils le lui rendent bien. Il sait s’appuyer sur leur énergie ou leur force. On pense notamment à Denis Lavant, excellent dans le rôle d’un capitaine désenchanté (William Burroughs surpris en possession du chant du vieux marin de Samuel Taylor Coleridge) ou à David Ayala, étourdissant dans La Comédie des erreurs (reprise au Toboggan les 12 et 13 mars prochains). Pour Ubu enchaîné, pendant esclave d’Ubu roi, Dan Jemmett a fait appel à Éric Cantona. L’ancien attaquant de Manchester United, devenu défenseur convaincant de la cause des mal logés, est aussi un acteur mastodonte. Sa carrure et sa grande gueule le font entrer dans les habits d’Ubu avec naturel. Mais sur le plateau, Jemmett l’enferme dans une cage dorée. Rivé à un fauteuil, il éructe, jouant sur un seul mode. Lorsqu’il sort de scène pour traverser la salle, le spectacle nous offre enfin une respiration. Mais elle est de courte durée. Valérie Crouzet en Mère Ubu enragée en fait trop alors qu’elle possède tou

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Des saillies et des hommes

SCENES | Deuxième round pour la saison théâtrale qui démarre en fanfare au TNP (Py-Pommerat en simultané). On pourra, durant les mois à venir, croiser des monuments du théâtre, continuer à découvrir le cheminement d’artistes prometteurs ou rattraper des immanquables. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 21 décembre 2011

Des saillies et des hommes

Et si ces six mois se faisaient sur le tempo survolté que Dan Jemmett transmet dans ses pièces ? Avec La Comédie des erreurs (Toboggan, mars), une pièce de jeunesse de Shakespeare, le grand David Ayala met la gomme. Et Cantona, qui sera à l’affiche de l’autre spectacle de Jemmett (Ubu enchaîné aux Célestins, février) ne devrait pas être en reste. Aussi intriguant sur les plateaux de théâtre et les écrans de cinéma qu’il était explosif sur la pelouse d’Old Trafford, on en redemande. Au rayon des idoles, on demande aussi Bernard Menez qui ne sera pas sur scène mais aux commandes de Le Gros, la vache et le mainate (Croix-Rousse en janvier). Plus dans leurs rôles, Duris fait bien l’acteur pour la première fois au théâtre sous la direction de Chéreau dans un texte de Koltès (La Nuit juste avant les forêts au TNP, mars) et Claus Peymann, le metteur en scène et agitateur de l’ex-Allemagne de l’Est, sera au TNP (avril) avec Richard II, après être passé par les Nuits de Fourvière en 2010. Shakespeare ter : David Gauchard montera lui un Songe d’une nuit d’été rock (Villefranche, janvier et Renaissance, février). Enfin, deux autres mas

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Viens voir les comédiens…

SCENES | Une saison de théâtre, c’est aussi, n’en déplaise aux puristes, une saison d’acteurs exceptionnels à découvrir sur scène. D’Arestrup à Catherine Frot, de Cantona à Romain Duris, passage en revue des «stars» de cette rentrée. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 1 septembre 2011

Viens voir les comédiens…

S’il y a un acteur qu’on n’attendait pas là, c’est bien lui. Qu’Éric Cantona, pour qui on a une affection particulière, s’associe à Dan Jemmett, metteur en scène ayant l’habitude de mettre en pièces le répertoire (on se souvient de sa Nuit des Rois d’après Shakespeare), pourquoi pas ? Mais que les deux aient trouvé comme terrain d’entente Ubu enchaîné d’Alfred Jarry, voilà qui a de quoi stimuler les attentes et laisser s’épanouir tous les fantasmes. Ce qui fascine chez Cantona, c’est ce corps à la fois massif et sportif, cette voix puissante et chantante (combien d’acteurs en France ont le droit de jouer avec leur accent d’origine ?) ; un drôle de comédien dans une drôle de pièce, où le tyran devient esclave mais conserve ses humeurs et ses emportements. Romain Duris aussi a su faire de son corps souple et nerveux un instrument de fascination pour les metteurs en scène de cinéma. C’est en le filmant pour son très raté Persécution que Patrice Chéreau, qui ne rechigne plus autant à revenir au théâtre, a décidé de le pousser sur scène, faisant de lui le nouvel interprète (après Pascal Greggory, qui a fait le trajet inverse de Duris, des planches à l’écran) de son auteur fétiche, Berna

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Switch

ECRANS | De Frédéric Schoendoerffer (Fr, 1h40) avec Karine Vanasse, Eric Cantona, Aurélien Recoing…

Dorotée Aznar | Lundi 4 juillet 2011

Switch

Frédéric Schoendoerffer n'a honte de rien. Pas de s'acoquiner avec Jean-Christophe Grangé au scénario (encore que), mais de rempiler pour un énième thriller référencé. Très sérieux, comme toujours, l'auteur de Truands convoque du lourd avec Switch, allant chercher Hitchcock (pour le film de machination) et Jason Bourne (pour l'action et la reconquête de l'identité volée). Mais quand Frédo pousse sa caméra dans les escaliers, façon Greengrass, en collant ici au cul de Cantona (pas mauvais), l'image tremble, ça se voit, et c'est tout. Tout le problème du maniériste est là : il imite en vain. Et l'intrigue ? Du Grangé : la vengeance d'un bébé éprouvette qui, élevé par une mère dans l'art contemporain, dégomme ses parents biologiques. Nul. Jérôme Dittmar

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Looking for Éric

ECRANS | De Ken Loach (Ang-Fr, 1h57) avec Steve Nevets, Éric Cantona…

Christophe Chabert | Jeudi 21 mai 2009

Looking for Éric

D’une idée originale d’Éric Cantona, soumise sans obligation d’achat à Ken Loach et à son fidèle scénariste Paul Laverty, est sorti ce Looking for Éric, qui ressemble furieusement à son making of. Deux films y coexistent sans jamais vraiment se rencontrer : un film de Ken Loach assez banal, plus clairement orienté vers la comédie que d’habitude, où un facteur en plein marasme social et existentiel tente de reconquérir le cœur de sa femme, et un film avec Éric Cantona, où il apparaît en sphinx fantomatique prodiguant ses conseils sous forme d’aphorismes absurdes à ce supporter de Manchester qui l’adule. Le procédé, systématique, lasse très vite, mais c’est la faiblesse générale de ce feel good movie qui pose le plus question. Après un film aussi fort que It’s a free world, qui avait l’audace de briser le manichéisme loachien, le cinéaste embraye sur un recyclage sans génie de ses propres ficelles. Une chose saute aux yeux : plus il cherche à être léger, plus il est lourd. Particulièrement dans sa direction d’acteurs, puisque Steve Nevets en fait des tonnes dans le registre gueulard généreux assez monotone à l’arrivée. Même le corps de Cantona s

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