A Usson, un donjon au zénith

CONNAITRE | Qui n'a jamais rêvé de délivrer une princesse captive ? A Usson, imprenable village auvergnat devenu l'un des plus pittoresques de sa région, c'est possible. Du moins en pensée. Explications. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 15 juillet 2014

C'est le genre d'endroit où le plombier sauteur emblématique de Nintendo aurait pu être accueilli, au terme d'un parcours du combattant d'un sadisme à faire passer le Mud Day pour une promenade digestive, par cette phrase bien connue des possesseurs du premier épisode de ses aventures sur NES : «Merci Mario ! Mais la princesse se trouve dans un autre château !». Un donjon imprenable, perché sur un piton volcanique et cerclé d'une triple enceinte, dont les créneaux défiaient en leur temps un panorama des plus saisissants : à l'ouest les monts Dore, qui jaillissent de l'horizon en de vertes canines, au nord l'auguste Puy-de-Dôme (depuis peu interdit à toute circulation automobile), à l'est le Livradois, vaste plaine dont la légende dit qu'elle est née du retrait providentiel d'un immense marécage. Sauf que le château d'Usson (à ne pas confondre avec son homonyme de l'Ariège), au contraire des chambres de supplice traversées par l'artisan moustachu susnommé, abrita bel et bien une princesse : Marguerite de Valois, alias la Reine Margot, qui y vécut en captivité pendant pas moins de dix-neuf ans (de 1586 à 1605), en pleine tourmente des guerres de religions – son mariage avec Henri III, censé réconcilier catholiques et protestants, fut à l'arrivée l'une des causes du massacre de la Saint-Barthélémy.

 

 

Comme hier

De cette époque propice à toutes les fabulations ne subsistent aujourd'hui que vestiges et souvenirs. La terrible forteresse où Margot coula des jours moins malheureux qu'il n'y paraît – consacrant son temps au savoir, elle compara son lieu de détention au phare d'Alexandrie – se résume ainsi à quelques pans de muraille, qui dominent un embrouillaminis de demeures vigneronnes taillées dans cette pierre noire typique de l'Auvergne. Mais c'est précisément ce dénuement lourd d'imaginaire qui fait le charme d'Usson, havre pour promeneur (attention, ça grimpe, notamment jusqu'à une vierge immaculée de quatorze mètres de haut bénissant les aviateurs, mais aussi, au départ d'une modeste église romane d'ébène, jusqu'à d'imposantes orgues basaltiques) hors du temps qui, bien que reconnu "Plus beau village de France", n'affiche nulle part la présomption des sites en voie de muséification. On ne sait si Patrice Chéreau, au moment de donner à la noble captive les traits d'Adjani (notez que le film vient de ressortir dans une belle édition blu-ray), a cheminé le long du sentier de la salamandre (emblème de François 1er, le grand-père de Margot), qui relate l'histoire des lieux. Si vous en prenez la peine, on vous assure que vous ne le regretterez pas.

 

Usson (Puy-de-Dôme)
A 200 km de Lyon

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Bang Gang

ECRANS | Des lycéens comblent le désert de leur existence en se prenant en main, c’est-à-dire les uns avec les autres et dans tous les sens… Inspirée par un fait divers, Eva Husson n’a pas froid aux yeux pour son premier long métrage qui, sans être bégueule, se révèle plus stuporeux que stupreux…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Bang Gang

Identifié par ses pom-pom girls aux pectoraux avantageux, ses capitaines d’équipe de football athlétiques mais bas du front, ainsi que par ses forts en thème malingres, myopes, boutonneux et polycomplexés, le film de lycée (high school movie) est un genre à part entière outre-Atlantique. Cette catégorie de comédies plus ou moins émoustillantes destinées à être consommées avec popcorn et boy/girlfriend sort rarement de l’ornière, à moins d’un miracle ou d’une volonté de pervertir les codes — voir Carrie (1977) de De Palma ou Retour vers le futur (1985) de Zemeckis. Si le cinéma français s’adonne parfois à ces bluettes sucrées (La Boum, LOL), il propose aussi des traitements alternatifs de l’âge “ingrat” — ou “des possibles”. Dans des œuvres saisissant l’adolescence comme un état mystérieux ou inquiétant, et ceux qui la traversent pareils à une tribu autonome, abandonnée à elle-même ; des œuvres valant parfois davantage pour les ambiances construites, nimbées d’interdits et de tabous transgressés que les histoires racontées. De par son climat d’étrangeté diffuse, son goût pour l’architectur

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Sin Fang

MUSIQUES | Flowers (Morr Music)

Stéphane Duchêne | Lundi 25 février 2013

Sin Fang

Où l'on reparle de l'Islande. Si vous avez déjà suivi le dossier, on vous a déjà présenté Sindri Már Sigfússon (en Islande, c'est un nom très commun) également leader des excellents Seabear. Sindri (en Islande, on appelle les gens uniquement par leur prénom ou leur diminutif, on vous expliquera pourquoi une autre fois) est un être à la fois complexe et d'une rare simplicité, un homme-enfant multi-facettes, à l'image de sa musique, retorse mais toujours d'une grande efficience. Petit génie pop passionné de skate (un sport juste un peu plus répandu en Islande que la pelote basque), pluri-tatoué au visage infantile (au point qu'on se demande s'il ne s'agit pas de décalcomanies), ses airs de Droopy boréal – dont il use sans retenue en concert – semblent lui faire porter toute la misère du monde sur les épaules quand il est en réalité, derrière ce masque délavé aux yeux tombant, d'une drôlerie rentrée, tendance british, absolument désarmante - là encore, le voir en concert. Barbe fleurie On l'aura

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Dirty diaries

ECRANS | D’Elin Magnusson, Sara Kaaman, Ester Martin Bergsmark… (Suède, 1h38)

Christophe Chabert | Vendredi 25 juin 2010

Dirty diaries

Réponse féminine et suédoise à l'inégal "Destricted", cette anthologie de courts-métrages apporte la preuve définitive que le porno arty est une impasse. Les douze films présentés tombent tous dans les mêmes travers : refus de raconter une histoire (un seul, le meilleur, "Body contact", tente de créer des personnages, une situation, un schéma narratif) au profit d’un esthétisme tantôt chiadé, tantôt cradingue. D’ailleurs, le sexe ici n’est presque jamais joyeux (sinon quand on suit la «tournée» d’une exhibitionniste assez folklo), renvoyant soit à de la violence, soit à de la gynécologie poussée, notamment niveau son. Parfois, c’est grotesque (la comparaison entre les organes sexuels et les fruits !) ; parfois, c’est chiant (une pénétration filmée au portable en plan fixe, avec un gode puis avec un bras) ; tout le temps, c’est moche. Ni excitant, ni choquant, ni rien, "Dirty diaries" tire plus le genre vers le bas que vers le haut. CC

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