Riad Sattouf, petit blond avec un crayon noir

CONNAITRE | Riad Sattouf est sans doute l'auteur de BD le plus observateur de sa génération. "L'Arabe du futur", le recueil de souvenirs d'enfance qu'il dédicacera cette semaine, confirme qu'il est aussi le plus lucide. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 23 septembre 2014

«Dans trente ou quarante ans, les sociologues, s'ils existent encore, se pencheront sur La Vie secrète des jeunes». La compliment a beau être de Philippe Druillet, le démiurge graphique qui fit passer la bande dessinée à l'âge adulte (cf. notre n°751), il est réducteur. Avec ce recueil de scènes d'idioties urbaines comme avec Les Pauvres Aventures de Jérémie, portrait mordant d'un développeur de jeu vidéo auquel la déveine colle à la peau, Riad Sattouf s'est certes imposé, au début des années 2000, comme un dessinateur d'observation de premier plan, saisissant mieux que quiconque les fulgurances bébêtes et les aspirations confuses des adolescents et jeunes actifs du XXIe siècle. Mais cet art de la vignette moqueuse (et néanmoins amicale), par ailleurs transposé avec succès au cinéma avec Les Beaux Gosses, est le plus souvent l'expression d'une forte conscience politique et sociale.

 

 

Son père, ce zéro

C'est le cas dans Pascal Brutal, série d'anticipation d'une irrésistible loufoquerie qui conte les mésaventures d'un parangon de virilité dans une France défigurée par l'ultra-libéralisme, ou dans son deuxième film, Jacky au Royaume des filles, où il imaginait une gynocratie arabe plus vraie que nature. Ça l'est surtout dans L'Arabe du futur, récit prévu en trois tomes qui constitue à ce jour son travail le plus touchant, à mi-chemin du Persepolis de Marjane Satrapi et des "Guides du dérouté" de Guy Delisle.

Sattouf y raconte son enfance de blondinet plus malin que la moyenne en Libye et en Syrie, sur les traces d'un père instituteur aux contradictions intenables – il applaudit l'anti-occidentalisme forcené de Kadhafi mais rêve de flamber en Mercedes – avec un luxe de détails visuels et sonores qui confine au stand-up littéraire. Au-delà des anecdotes croustillantes, de sa sensibilité à la sueur féminine à la façon dont son paternel se gratte le nez quand il est humilié, c'est la façon dont Sattouf y débusque le Diable qui rend l'exercice éloquent, soulignant avec l'économie d'un cartoonist et à hauteur du gamin perplexe et fasciné qu'il fut telle absurdité despotique (comme cette loi qui oblige les citoyens libyens à échanger leurs emplois) ou telle cruauté culturelle (ses camarades n'ont de cesse de le traiter de juif). Et nous vaut ce correctif : dans trente ou quarante ans, ce sont les historiens qui se pencheront sur l'œuvre de Riad Sattouf.

 

 

Riad Sattouf
A la Librairie du Tramway, mercredi 24 septembre
A la librairie La BD et à la librairie Vivement Dimanche, jeudi 25 septembre

L'Arabe du futur - Tome 1 (Allary Editions)


Riad Sattouf

Pour ses BD "L’Arabe du futur" et "Pascal Brutal" t.4
Librairie du Tramway 92 rue Moncey Lyon 3e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Riad Sattouf

Pour ses BD "L’Arabe du futur" et "Pascal Brutal" t.4
La Cadette - Librairie Vivement Dimanche 4 rue du Chariot d'Or Lyon 4e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Riad Sattouf

Pour ses BD "L’Arabe du futur" et "Pascal Brutal" t.4
Librairie La Bande Dessinée 57 grande rue de la Croix-Rousse Lyon 4e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Lyon BD Festival : là où les dessins s'animent

Bande Dessinée | Officiellement, la 16e édition du Lyon BD Festival se tient les 12 et 13 juin. Mais chacun sait que, dans les faits, le rendez-vous de la bande dessinée a commencé depuis une septaine déjà. Rien à voir avec quelque éviction prophylactique : entre le off et le in, c’est tout le mois de juin qui est contaminé par le 9e art. Et aussi, surtout, l’ensemble de la vi(ll)e de Lyon…

Vincent Raymond | Vendredi 11 juin 2021

Lyon BD Festival : là où les dessins s'animent

Les éditeurs feront sans doute un peu grise mine cette année du fait de l’absence de barnum place des Terreaux accueillant les stands à leurs couleurs — et leurs auteurs. Mais le pragmatisme l’emportant toujours sur la déception, ils se consoleront vite en considérant le verre rempli à ras-bord : la tenue en présentiel d’un des plus grands festival de bande dessinée de France, avec un programme conforme en ambition, en diversité et propositions, avec ceux déployés lors des éditions précédentes — on imagine les trésors d’inventivité qu’il aura fallu mettre en œuvre ! Fidèle à sa philosophie, Lyon BD poursuit en effet cette politique du “décloisonnement“ qui a fait son succès en révélant l’infini extraordinaire des interactions potentielles entre, d’une part, un art séquentiel lui-même multiple dans ses modes d’expression, et de l’autre toutes les disciplines culturelles et/ou les lieux les abritant dans la cité. En gagnant de nouveaux à sa cause chaque année, telle la Biennale de la Danse pour cette édition. Ça repart en live ! Au-delà des dédicaces (lesquelles ont toujours cour

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Riad Sattouf : « Le patriarcat me semble être à la base de tout ce qui bloque »

Bande Dessinée | Alors que le deuxième tome de ses Cahiers d’Esther vient de sortir, Riad Sattouf, passionnant auteur de BD (son Arabe du futur est un véritable succès) et réalisateur de deux bijoux cinématographique (dont un, malheureusement, incompris), sera mercredi à Lyon.

Aurélien Martinez | Mardi 28 février 2017

Riad Sattouf : « Le patriarcat me semble être à la base de tout ce qui bloque »

Vous êtes une figure très populaire de la BD française actuelle. Quasiment une star ! Et vous continuez les rencontres dans les librairies... Riad Sattouf : Je fais des bandes dessinées "professionnellement" depuis quinze ans, mais c'est une grande passion qui me suit depuis l'enfance. Au début, je n’avais pas énormément de lecteurs mais j’étais déjà heureux de vivre de ma passion. Alors maintenant que j’en ai beaucoup, je suis encore plus heureux et j’ai du coup envie de tous les rencontrer, de tous les connaître… Je suis même devenu un peu drogué à ces rencontres dans lesquelles j’apprends plein de choses ! Et en plus, j’adore les librairies. J’aurais adoré être libraire. Les libraires font partie, pour moi, des gens les plus précieux de notre société. Surtout dans les petites villes où l’on parle tout le temps de désertification : ils sont porteurs de lien social, ils créent des communautés autour d’eux. Je rêve de monter une librairie un jour. D’ailleurs, si on me demande si je me sens plutôt Syrien ou Français, je dirais que je me sens plutôt lecteur et amateur de livres ! Vous présentez le deuxième tome des Cahiers d'

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Jacky au royaume des filles

ECRANS | Après "Les Beaux gosses", Riad Sattouf élève d’un cran son ambition de cinéaste avec cette comédie sophistiquée, aussi hilarante que gonflée, où il invente une dictature militaire féminine qu’il rend crédible par des moments de mise en scène très inspirés… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 24 janvier 2014

Jacky au royaume des filles

Il était une fois la République Démocratique de Bubune, où les femmes ont le pouvoir qu’elles exercent par la force, où les hommes sont réduits à porter une proto-Burka (la «voilerie»), où les pauvres mangent une bouillie immonde plutôt que des «plantins»… L’autarcie de cette dictature militaire et féminine est aussi un principe de mise en scène pour Riad Sattouf : pas de contrechamp sur l’extérieur (simplement appelé «l’étranger»), mais une immersion dans ce monde créé de toutes pièces, où l’on s’amusera à pister les éléments prélevés dans des pays existants. Il y a donc un peu de Corée du Nord, d’Iran façon Ahmadinejad et de Russie poutinienne, ou encore d’Inde à travers les castes et les vaches sacrées ici transformées en «chevallins». L’environnement de cette comédie hallucinante et hallucinée est tenue d’un bout à l’autre avec sa calligraphie, son Histoire, son langage, et il n’y a qu’à y propulser un héros sans qualité, Jacky (Vincent Lacoste, le Bernard Menez des années 2000), qui se masturbe en pensant à la Colonel promise à prendre le pouvoir (Charlotte Gainsbourg, aussi géniale et troublante ici que chez von Trier), et dont e

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2014 : autant en emporte le Vent…

ECRANS | Après une année 2013 orgiaque, 2014 s’annonce à son tour riche en grands auteurs, du maître Miyazaki à une nouvelle aventure excitante de Wes Anderson en passant par les vampires hipsters croqués par Jarmusch et les flics tarés de Quentin Dupieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

2014 : autant en emporte le Vent…

Le Vent se lève, il faut tenter de vivre… disait le titre intégral du dernier film d’Hayao Miyazaki qui, après 25 ans au service de l’animation japonaise, a décidé de tirer sa révérence avec cette œuvre effectivement testamentaire. Réduite au seul Vent se lève pour sa sortie le 22 janvier, cette fresque narre les années d’apprentissage d’un ingénieur féru d’aviation, passion qui l’aveuglera sur la réalité de la guerre dans laquelle le Japon s’engage, mais aussi sur l’amour que lui porte une jeune fille qu’il a sauvée lors d’un spectaculaire tremblement de terre. En assumant la part la plus adulte de son cinéma et en se livrant en transparence à un troublant autoportrait en créateur obsessionnel, coupé du monde et de la vie, Miyazaki signe un chef-d’œuvre alliant splendeur plastique, force émotionnelle et intelligence du regard. Les Belles et les Bêtes Il sera le premier en cette rentrée à illuminer les écrans, mais 2014 ne sera pas en rade de grands auteurs, au contraire. On ronge bien sûr notre frein en attendant de découvrir la deuxième partie du Nymphomaniac de Lars von Trier (29 janvier), dont le

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Riad Sattouf

CONNAITRE | La Vie secrète des jeunes – Tome 2 L'Association

Dorotée Aznar | Jeudi 22 avril 2010

Riad Sattouf

C'est un euphémisme de dire que les productions de Riad Sattouf ont le chic pour plaire. À la critique, qui n'a de cesse de se gondoler et s'émouvoir du regard qu'il porte sur la jeunesse (Manuel du puceau, Retour au collège). Au public, comme en témoignent les 900 000 entrées de son premier long-métrage, Les Beaux Gosses, dont il était à la fois scénariste et réalisateur. À ses pairs enfin, la dernière édition du Festival Angoulême ayant consacré le troisième volet de Pascal Brutal, désopilante série d'anticipation dont le héros se veut modèle de virilité, gourmette à l'appui. La Vie secrète des jeunes est d'un toute autre genre, Sattouf y rapportant des scènes dont il a été le témoin dans le métro, à la terrasse de quelque café parisien ou au commissariat. Présenté ainsi, ça n'a l'air de rien, il s'agit pourtant de son travail le plus fort, au sens où celui-ci se paye le luxe d'être à la fois hilarant, inquiétant et en prise avec son époque. Parents givrés, lycéennes hystériques, loulous philosophes, kids lubriques, la faune croquée chaque semaine par Sattouf dans les pages de Charlie Hebdo (et parquée dans ce deuxième volume tout frais) l'est en outre avec une expressivité délir

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Timide et décomplexé

ECRANS | On a découvert Riad Sattouf sur le tard, via son personnage culte Pascal Brutal. Soit la description en bande dessinée, dans une France futuriste dirigée (...)

Dorotée Aznar | Lundi 22 juin 2009

Timide et décomplexé

On a découvert Riad Sattouf sur le tard, via son personnage culte Pascal Brutal. Soit la description en bande dessinée, dans une France futuriste dirigée par Alain Madelin, du quotidien d’un parangon de virilité doutant en permanence de sa sexualité – un travail de caricaturiste averti, qui tranche cependant avec le reste de l’œuvre de son auteur. Dans le ton, déjà, beaucoup plus loufoque que dans ses travaux précédents, et dans la méthode : Sattouf se laisse systématiquement guider par son héros, improvisant le scénario de case en case. Alors que dans ses albums “générationnels“ (Retour au collège, La Vie secrète des jeunes, Manuel du puceau…), il se fonde sur ses observations, ses ressentis personnels, son propre vécu pour retranscrire de la façon la plus juste qui soit l’état d’esprit des jeunes qu’il dépeint. Ce regard acéré, tendre et empathique jusque dans l’observation des pires crasses dont sont capables les victimes de l’âge ingrat, fait toute la valeur et l’unicité des Beaux Gosses. FC

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Les Beaux Gosses

ECRANS | Une comédie sur des ados moyens, dans un espace-temps insituable, se jouant des codes du réalisme avec un humour franchement incorrect : le premier film de Riad Sattouf est un pur bonheur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 juin 2009

Les Beaux Gosses

Pour donner le ton de cette teen comédie à la française écrite et réalisée par l’auteur de l’immortelle BD Pascal Brutal, il est bon d’en livrer un petit extrait. Hervé, ado complexé et maladroit, est avec son père en voiture (le reste du film, il vit seul dans une HLM triste à pleurer avec sa mère, une harpie obsédée par la vie sexuelle de son fils, notamment son penchant masturbatoire). Il l’interroge sur son prénom : «— C’est toi ou maman qui m’avez appelé Hervé ? — C’est moi. — Pourquoi ? C’est pourri comme prénom… — Ouais, mais c’est à cause de ta grand-mère, elle est morte juste avant ta naissance, et comme elle était fan d’Hervé Villard… Sinon, on t’aurait appelé Yannick, comme Yannick Noah…». Voilà le genre de dialogues qui parsèment Les Beaux Gosses ; il en dit long sur le talent de Sattouf pour imprégner son histoire de notations arrachées à même la viande de la culture populaire française puis transformer en humour sophistiqué et ravageur. Bienvenue dans l’âge ingrat Les Beaux Gosses s’intéresse donc à une poignée d’ados ingrats, stéréotypés et immédiatement attachants : le geek zozotant, l’arabe fan de hea

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