10 rencontres littéraires à ne pas manquer

CONNAITRE | Héros de la rentrée romanesque ou mythes vivants de l'écriture, fut-elle littéraire ou graphique, ces auteurs ont toute leur place dans une "bibliothèque idéale". Ils passeront par ici dans les semaines qui viennent.

Benjamin Mialot | Mardi 30 septembre 2014

Emmanuel Carrère

Avec Le Royaume, imposant volume de 600 pages où il mène une double enquête sur la «crise de foi» qui l'a transformé en croyant fervent pendant deux brèves années et sur les premiers chrétiens, l'auteur de L'Adversaire poursuit son impressionnante exploration des "autres vies que la sienne". Ici, le vertige saisit le lecteur devant l'imbrication virtuose entre les questions que l'homme et le romancier se posent et la tentative de ramener la mythologie chrétienne à son point le plus profane : une secte d'évangélistes traversée par des luttes intestines, des enjeux de pouvoir et le désir d'écrire à plusieurs mains le roman du Christ ressuscité. Christophe Chabert

Le 9 octobre à Passages
Le 27 novembre à Lucioles à Vienne

 

 

Laurent Mauvignier

C'est un jour de mars comme les autres sur la Terre. Sauf que ce jour-là, cette année-là, est le jour du tsunami. C'est l'événement qui conduit le nouveau livre de Mauvignier, explorateur des grandes (l'Algérie avec Des Hommes), moyennes (le Heysel avec Dans la Foule) ou petites (le tabassage à mort d'un voleur de bières par des vigiles avec Ce que j'appelle oubli) tragédies humaines. Et l'emmène Autour du Monde, à la rencontre d'une galerie de personnages aux destins entrelacés par cet événement que la globalisation a rendu planétaire. Quelque part entre Le Tour du Monde en 80 jours – mais en un jour – et le Babel d'Iñarritu, voilà donc, justement, un livre monde. Et pour une fois, le terme s'entend sans peine. Stéphane Duchêne

Le 14 octobre à Passages
Le 16 octobre à Lucioles à Vienne

 

 

Serge Joncour

Avec Eric Chevillard (dans un tout autre genre) et Philippe Jaenada (déjà plus proche), Serge Joncour est, quand il le veut, l'un des écrivains les plus drôles de France. Comme les deux précités, il aime à brouiller les distances entre sa vie et son œuvre. D'où cet Écrivain national au titre faussement pompeux, récit d'une résidence d'écriture pour le moins ratée au cul du loup du Morvan – épisode fabuleux d'un atelier pour illettrés – virant rapidement à l'aventure rocambolesque – réussie, elle, malheureusement pour lui. C'est désinvolte, revenu de tout, voire carrément je-m'en-foutiste, bref c'est du Joncour. SD

Le 15 octobre à Decitre Bellecour

 

 

Pacôme Thiellement

Il nous avait déjà gâté l'an dernier avec Pop Yoga, indispensable somme de ses exégèses d'objets pop (séries télés, films...), revoilà l'érudit rouquin à la barbe prophétique avec en poche un drôle de feuilleton : Les Cinq livres du King. Où il est question ni plus ni moins que d'une succession d'apparitions d'Elvis Presley distribuant des aphorismes bouddhistes à une poignée d'élus triés sur le volet par icelui (Yoko Ono, Jacques Chirac, Emmanuelle Seigner...). Dit comme ça, ça n'a l'air de rien ou (déjà) de trop, mais c'est simplement succulent. En plus, la chose est éditée par Le Feu Sacré, très recommandable maison lyonnaise, et sauvagement illustrée par Jonathan Bougard. SD

Le 15 octobre au Bal des Ardents

 

 

Olivia Rosenthal

A chaque rentrée littéraire, ce qu'on appelle communément son OLNI, voire son OLLNI (Objet Littéraire Labyrinthique Non Identifié). Celui de cette année est le fait d'une habituée du genre, dont on sent qu'elle découvre presque main dans la main avec le lecteur ce qui fait son Mécanismes de survie en milieu hostile, dévoilant de méta-textes en fausses pistes et cauchemars l'écriture, ou plutôt les écritures, comme un processus de survie face aux apocalypses engendrées par les faits. Entre abandon, deuil, expériences de mort imminente et révélation finale comme prix d'un brumeux suspense. SD

Le 23 octobre à Passages

 

 

Alain Damasio

Des nombreuses figures plus ou moins lyonnaises de la science-fiction (Jean-Marc Ligny, Sylvie Lainé, Raphaël Colson...) que recevra le festival des Intergalactiques à l'automne, Alain Damasio est, de part sa créativité dialectale, sa maîtrise de la narration polyphonique et sa curiosité (il apparaît sur un titre de Rone, a écrit le scénario du jeu Remember Me), la plus ambitieuse. En pleine écriture de son troisième pavé (après La Zone du dehors et La Horde de Contrevent), il y causera écologie avec un autre vénérable faiseur de mondes, Jean-Pierre Andrevon, avant de fêter les dix ans des éditions La Volte, dont il fut l'inspirateur. BM

Le 24 octobre à la bibliothèque de la Part-Dieu
Le 25 et 26 octobre à la MJC Monplaisir

 

 

Régis Loisel

A peine Riad Sattouf rendu à sa condition d'Arabe du futur, la librairie La BD frappe de nouveau très fort en annonçant la venue, non seulement pour une dédicace, mais aussi pour une expo et une masterclass, de l'immense Régis Loisel. Presque le minimum au regard de l'influence de cet égal des grands illustrateurs de contes (Doré, Rackham, Dulac...) et auteur, notamment, d'une cruelle et néanmoins merveilleuse préquelle au Peter Pan de Barrie et, sur un scénario de Serge de Le Tendre, de rien moins que l'alpha et l'omega de l'heroic fantasy séquentielle : La Quête de l'oiseau du temps. BM

Le 13 novembre à La BD

 

 

Philippe Francq

Classique de la BD grand public, Largo Winch connaîtra sous peu un dix-neuvième tome (en vingt-quatre ans d'existence), prétexte à la venue à Lyon de Philippe Francq, son dessinateur. Un événement relatif, sa carrière se résumant à ce seul thriller financier bien plus retors qu'il n'y paraît, là où celle du scénariste Jean Van Hamme est des plus variées et abouties – de la fantasy (Thorgal, aussi iconique que le Conan de Howard) à l'espionnage (XIII, idem vis-à-vis du Jason Bourne de Ludlum), il a presque tout essayé, avec un souci documentaire et une ambition romanesque sans pareils. Mais un événement quand même.

Le 22 novembre à la Fnac Bellecour

 

 

Hervé Bourhis

On savait Hervé Bourhis l'un des grands érudits rock du neuvième art (voir son Petit livre Beatles, son Petit Livre rock et son recueil de 45 Tours rock, aussi croustillants qu'instructifs). On découvre avec Le Teckel, un buddy-road movie à la française sur fond de complot pharmaceutique aussi loufoque qu'antisystème, qu'il est un rejeton illégitime de Michael Mann (période Révélations) et Joël Séria (pour Les Galettes de Pont-Aven). Et un courageux explorateur des frontières numériques, l'album ayant été pré-publié dans l'excellente webrevue Professeur Cyclope.

Le 6 décembre à Expérience

 

 

Russell Banks

En 2010, Emmanuel Meirieu adaptait De beaux lendemains aux Nuits de Fourvière. Trois ans et demi plus tard, à l'invitation de la Villa-Gillet, l'auteur (en 1994) de cette magistrale variation judiciaire sur le conte du Joueur de flûte de Hamelin, Russell Banks, foulera le plateau du théâtre où le metteur est comme chez lui. Au-delà du clin d'œil, ce sera là l'occasion de s'entretenir avec un écrivain majeur qui, depuis plus de quarante ans, déterre à coups de portraits d'exclus (dont celui d'un délinquant sexuel dans son récent Lointain souvenir de la peau) les hypocrisies et injustices que l'Oncle Sam cache derrière ses amendements. BM

Le 12 janvier au Théâtre de la Croix-Rousse


Emmanuel Carrère

Pour son livre "Le Royaume"
Librairie Passages 11 rue de Brest Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Olivia Rosenthal

Pour son roman "Mécanismes de survie en milieu hostile"
Librairie Passages 11 rue de Brest Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Jean-Louis Tripp et Régis Loisel

Pour leur BD "Magasin général - tome 9"
Librairie La Bande Dessinée 57 grande rue de la Croix-Rousse Lyon 4e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Pacôme par Thiellement

Littérature | Pas avare de publications, Pacôme Thiellement publiait en 2019 The Leftovers, le troisième côté du miroir, dans lequel il se livrait, comme il le (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 4 février 2020

Pacôme par Thiellement

Pas avare de publications, Pacôme Thiellement publiait en 2019 The Leftovers, le troisième côté du miroir, dans lequel il se livrait, comme il le fit jadis sur Lost ou David Lynch à l'un de ses exercices favoris : une véritable exégèse de l'inclassable série de Damon Lindelöf. Le revoici déjà avec Tu m'as donné de la crasse et j'en ai fait de l'or, que l'on pourra qualifier, si une telle chose est possible le concernant, de livre le plus singulier que nous ait livré l'auteur. Le pop yogi y plonge ainsi dans les événements les plus sombres de sa vie de mortel – amitiés trahies, douleur du premier amour, avanies professionnelles, impuissance sexuelle, décès d'un proche – pour, en un geste philosophal, en faire de l'or, comme le laisse supposer le titre emprunté à B

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La cité obscure de Rone au Transbordeur

Synth-Pop | Nouvel album enchanteur pour Rone, qui explore une ville imaginaire au sein de Mirapolis, disque nourri de guests : à savourer live au Transbordeur ce mercredi.

Sébastien Broquet | Mardi 30 janvier 2018

La cité obscure de Rone au Transbordeur

Patiemment, Rone se façonne son univers. Pas juste un son, mais un écosystème où naviguent d'autres explorateurs interconnectés, se nourrissant les uns des autres pour former une biomasse dont Rone serait le ferment. Avant même de jeter une oreille, on a déjà compris : le visuel de la cover est signé Michel Gondry et c'est comme une évidence, ces deux personnages totalement lunaires ne pouvaient que se reconnaître mutuellement... C'est le clippeur de Björk et Kylie Minogue qui a fait le premier pas, contactant le musicien. Le titre, ensuite, qui découle de cette pochette ébouriffée du réalisateur de Eternal Sunshine of the Spotless Mind : Mirapolis. Cinécompatible et bédéphile, assurément, tel un Fritz Lang old skool, une plongée science-fictionnesque dans une ville de

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Alain Damasio, volté en virevolte

Science-Fiction | Figure de proue de la science-fiction française contemporaine, Alain Damasio sera présent à la Virevolte pour présenter ses deux romans phares, La Zone du Dehors et La Horde du Contrevent. Une rencontre à ne rater sous aucun prétexte.

Gabriel Cnudde | Mardi 8 novembre 2016

Alain Damasio, volté en virevolte

Il est des hommes de conviction que rien ne peut détourner du chemin qu'ils se sont tracé. Des jusqu'au-boutistes passionnés et passionnants. Alain Damasio fait partie de ceux qui mènent un combat de tous les instants. Le sien, c'est de prouver que la science-fiction est un genre majeur de la littérature contemporaine. Mieux, c'est pour lui un genre éminemment politique, idéal pour remettre en question la société dans laquelle nous évoluons. Ici, pas de space opera, pas d'extra-terrestres mangeurs d'hommes ou de clichés ambulants mais simplement une réflexion intense où le futur est empreint de bribes de notre présent. Cette loupe spatio-temporelle, Alain Damasio s'en sert pour questionner notre rapport à la technologie et à nos systèmes politiques en suivant la ligne de ses inspirations : Nietzsche, Deleuze et Mallarmé. Ce mercredi 9 novembre, Alain Damasio viendra présenter ses deux romans à la Virevolte : La Zone du Dehors (1999) et La Horde du Contrevent (2004). Une bibliographie maigre qui s'explique par l'immensité des univers construits dans ces deux romans. L'un se passe sur un satellite imaginaire de Saturne, l'autre

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Emmanuel Carrère, de retour pour “Retour à Kotelnitch”

ECRANS | Si vous avez manqué la présence de l’écrivain, scénariste et cinéaste Emmanuel Carrère à l’occasion de son passage lors de La Fête du Livre de Bron, l’institut Lumière (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Emmanuel Carrère, de retour pour “Retour à Kotelnitch”

Si vous avez manqué la présence de l’écrivain, scénariste et cinéaste Emmanuel Carrère à l’occasion de son passage lors de La Fête du Livre de Bron, l’institut Lumière vous offre une séance de rattrapage avec la projection de son documentaire Retour à Kotelnitch (2004), suivie d’une rencontre. Ce qui ressemble à un bégaiement de l’Histoire constitue à la vérité une très adroite et singulière mise en abyme : son film étant lui-même issu de pèlerinages successifs en terres russes dans la petite ville de Kotelnitch, où Carrère avait à l’origine effectué un reportage pour Envoyé Spécial. S’attachant aux lieux et à ses interlocuteurs, sans doute travaillé par ses origines (il est, comme chacun le sait, d’ascendance géorgienne), le cinéaste avait ressenti le besoin de marquer de nouvelles étapes ; de susciter des confidences supplémentaires, pensait-il. En réalité, chacun de ses voyages l’a entraîné dans une spirale se resserrant inexorablement autour de sa propre personne et conduit à poursuivre un cycle de récits introspectifs : Un roman russe (2007), conséquence et approfondissement littéraire de Kotelnitch ; Limon

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Bron, commune des livres

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Stéphane Duchêne | Mardi 3 mars 2015

Bron, commune des livres

Rarement sans doute les différentes rencontres, dialogues et débats réunissant les auteurs invités par la Fête du Livre de Bron auront constitué de la sorte les pièces d'un puzzle thématique qui n'a sans doute jamais été aussi commun – et n'a donc jamais aussi bien porté son nom. «Qu'est-ce qu'on a en commun ?», donc, pose la question inspirée de l'essai de Christian Dardot et Pierre Laval, évidemment invités pour parler du vaste sujet de leur livre : à savoir proposer une révolution politique, sociale et écologique pour le XXIe siècle, celle du commun. Pour commencer, on pourrait dire plus précisément ici que ce qu'on a en commun, c'est la ou les littératures, quelles qu'en soient les approches. Littérature, qui cette année porte donc à la Fête du Livre une série de regards sur le contemporain à travers les enjeux du commun. Qu'ils passent par l'évocation du monde social et le plus souvent de son effritement (les rencontres "roman choral, roman social" avec Olivier Adam et Donal Ryan, "La France à hauteur d'homme" avec Florence Aubenas, "L'Italie, un nouveau monstre" avec Silvia Avalone et Simonetta Greggio) ; de l'histoire et de la mémoire ("La mém

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Russell Banks, morts à crédit

CONNAITRE | Avec "Un membre permanent de la famille", formidable recueil de nouvelles, Russell Banks révèle une face cachée de son talent, simple, intense et hantée par la mort et la crise, économique et existentielle. Il en parlera lundi 12 janvier au Théâtre de la Croix-Rousse. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Russell Banks, morts à crédit

Il y a parfois tout à redouter d’un grand auteur américain qui décide de publier un recueil de nouvelles, tant cela sent parfois le fond de tiroir ou la commande transformée en digest de sa propre œuvre. La bonne surprise d’Un membre permanent de la famille, c’est que non seulement ces douze textes, parfois très brefs, ne dépareillent pas face aux grands romans de Russell Banks, de De beaux lendemains à American Darling, mais surtout ils offrent une vision insoupçonnée de son talent, l’inscrivant spontanément dans la lignée d’un Raymond Carver ou d’un John Fante. Car si Banks s’est toujours intéressé aux contrastes de l’Amérique, il l’avait rarement fait avec autant de clarté qu’ici, naviguant sans cesse entre deux extrêmes : la grisaille des alentours de New York et ses valeurs libérales d’un côté, le bling bling ensoleillé et superficiel de la Floride de l’autre. Parfois, certaines nouvelles mettent en scène le voyage de l’un à l’autre, comme cette femme récemment retraitée qui, d’abord partie pour une villégiature temporaire avec son mari à Miami, décide d’y rester pour démarrer une nouvelle vie, soudain libérée par le décès de son

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Régis (Loisel) est un bon

CONNAITRE | L'heroic fantasy n'a pas attendu l'adaptation pour le petit écran des boucheries consanguines de Game of Thrones pour accéder à la maturité. Pas même leur (...)

Benjamin Mialot | Mardi 11 novembre 2014

Régis (Loisel) est un bon

L'heroic fantasy n'a pas attendu l'adaptation pour le petit écran des boucheries consanguines de Game of Thrones pour accéder à la maturité. Pas même leur écriture : dès 1983, le scénariste Serge Le Tendre et le dessinateur Régis Loisel entreprirent ainsi d'arpenter les sentiers battus du genre pour mieux les désherber. La série qu'ils forgèrent en chemin s'intitule La Quête de l'oiseau du temps, on y suit le périple d'une coterie d'aventuriers charismatiques mais faillibles – là réside tout l'enjeu – à la recherche d'un puissant artefact, et elle demeure encore aujourd'hui l'alpha et l'omega du merveilleux médiéval à la franco-belge. Y compris sur le plan graphique, le trait d'artisan consciencieux de Loisel rivalisant d'expressivité avec ceux des grands noms de l'illustration de contes. Au point que c'est une variation sur le Peter Pan de Barrie – de 1990 à 2004, il imagine la genèse du personnage dans ce Londres misérable que magnifia Gustave Doré – qui l'imposera définitivement comme un maître. Comme tout dépositaire de ce titre, Loisel a ses disciples

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Dans une galaxie proche, toute proche

CONNAITRE | La rencontre d'Alain Damasio et Bruce Sterling, l'un des pères fondateurs du cyberpunk, fut le moment fort du Lab de Nuits Sonores 2014. Cette fois, (...)

Benjamin Mialot | Mardi 14 octobre 2014

Dans une galaxie proche, toute proche

La rencontre d'Alain Damasio et Bruce Sterling, l'un des pères fondateurs du cyberpunk, fut le moment fort du Lab de Nuits Sonores 2014. Cette fois, c'est pour le festival des Intergalactiques que le maître lyonnais de la fresque polyphonique se prêtera à l'exercice de la rencontre au sommet, puisqu'il y discutera apocalypses écologiques et écosystèmes extra-terrestres avec le pionnier de la SF (et vert notoire) Jean-Pierre Andrevon. Il se prêtera aussi à celui de l'extinction de bougies, à l'occasion des dix ans des insoumises éditions La Volte, animées par les inventions langagières et théories révolutionnaires qui sous-tendent La Zone du dehors, le récit d'anticipation orwellien qui l'a fait connaître. D'autres figures locales du genre, furent-elles des romanciers (Jean-Marc Ligny), des nouvellistes (Sylvie Lainé) ou des essayistes (Raphaël Colson, auteur d'une belle somme sur Hayao Myiazaki, qui animera une projection de Nausicäa), ainsi que de nombreux éditeurs se presseront à cet événement qui s'attache avec succès à mettre en lumière la pertinence sociale et politique des littératures de l'imaginaire. Décollage le 23 oct

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Emmanuel Carrère, profane en son Royaume

CONNAITRE | Avec "Le Royaume", Emmanuel Carrère mène une double enquête savamment intriquée, sur sa «crise de foi» et sur les premiers chrétiens, prolongeant de manière virtuose le jeu de poupées russes qu’est devenue son œuvre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Emmanuel Carrère, profane en son Royaume

630 pages sur l’histoire des premiers chrétiens… Après avoir relaté la vie de l’auteur illuminé Edouard Limonov, de la bohème branchée parisienne aux camps de redressement russes sous Poutine, Emmanuel Carrère semble effectuer dans Le Royaume un spectaculaire grand écart. Sauf que son œuvre est devenue, depuis ce tournant décisif qu’était L’Adversaire, où il se confrontait littérairement et littéralement à l’affaire Jean-Claude Romand, un labyrinthe dans lequel chaque livre entre en écho avec le précédent, quand il n’en est pas le prolongement naturel ou, c’est presque pareil, la réponse contradictoire. Le Royaume, justement, trouve sa source dans les années qui précèdent la rédaction dudit Adversaire : moment de dépression lié à un mariage qui prend l’eau, panne d’inspiration et, dans une continuité logique que Nietzsche aurait appréciée, conversion soudaine et absolue au christianisme. Époque oubliée par Carrère dont les traces — des cahiers où il se livre à une exégèse des Évangiles — ressurgissent par un de ces hasards

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Des paroles et des acts

CONNAITRE | Au départ simple frat party réflexive pour professionnels de la profession, le European Lab est devenu au fil des ans un véritable festival dans le (...)

Benjamin Mialot | Mardi 27 mai 2014

Des paroles et des acts

Au départ simple frat party réflexive pour professionnels de la profession, le European Lab est devenu au fil des ans un véritable festival dans le festival, sorte d'écho numérique et citoyen au Mode d'emploi de la Villa Gillet visant à «donner la parole à une nouvelle génération d’acteurs européens pour réinventer les modèles culturels de demain». Ce vaste programme, Arty Farty le déclinera principalement à l'Hôtel de région en conférences à géométrie variable (et en apéros et soirées au Sucre, on ne se refait pas) dont les sujets, des mécanismes de starification au potentiel d'innovation des friches en passant par le rôle de la culture dans l'agencement de l'espace urbain, ne manquent sur le papier pas d'intérêt. L’aréopage de journalistes, élus, universitaires, entrepreneurs, artistes (le cinéaste-bidouilleur Michel Gondry, l'auteur de science-fiction Alain Damasio, dont le visionnaire et polyphonique La Zone du dehors mériterait un cycle d'exégèse à lui seul) et autres figures du milieu musical (Matt Black, moitié de Coldcut et co-fondateur du label Ninja Tunes, Dan

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Pacôme Thiellement, yogi pop

CONNAITRE | Essayiste érudit et volubile, Pacôme Thiellement propose une approche sacrée et exégétique de la culture pop et de ses totems, nourrie par les lectures mystiques. Une démarche tout entière contenue dans le recueil d’articles "Pop Yoga". Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Lundi 9 décembre 2013

Pacôme Thiellement, yogi pop

S’il fallait un livre pour entrer dans l’univers de Pacôme Thiellement, auteur d'ouvrages sur Nerval, Lost, David Lynch, Led Zeppelin, Zappa, les Beatles, Pop Yoga serait sans doute celui-ci. Riche de 42 articles, l'ouvrage documente au mieux la cohérence de l'approche analytique des marottes précitées – et de bien d'autres : théologie et théophanie (apparition ou révélation d’une divinité ou d’un caractère divin), démonologie, gnose (à la fois doctrine promettant à ses adeptes la connaissance de Dieu par une révélation intérieure et connaissance ésotérique parfaite et initiatique contenant tous les savoirs sacrés). «Une méthode pour accéder à l’union par l’étude active des œuvres de la pop culture», voilà en quoi consiste le «Pop Yoga» de Pacôme Thiellement, soucieux de rendre à la culture de masse sa dimension mythologique, les mouvements, les transcendances et les liens invisibles qui la traversent. Pour l'auteur, le «Pop Yoga» est un « ta’wil » : l'acte, tel que défini dans la religion musulmane, de «ramener une parole vers le résultat qu’on veut lui donner en expliquant son sens ou en déterminant ses effets

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Des réalisateurs qui ont la carte

ECRANS | En 2013, la SRF (Société des Réalisateurs de Films) ne s’offre pas qu’un combat épique en son sein, terminé par une prise de pouvoir des cinéastes ayant choisi (...)

Christophe Chabert | Mardi 25 juin 2013

Des réalisateurs qui ont la carte

En 2013, la SRF (Société des Réalisateurs de Films) ne s’offre pas qu’un combat épique en son sein, terminé par une prise de pouvoir des cinéastes ayant choisi de s’opposer radicalement à la nouvelle convention collective fixant la rémunération des techniciens de cinéma. Elle a aussi quelques idées plus festives comme cette Carte blanche qui se déroulera au Comœdia du 3 au 7 juillet, où les membres de la SRF présenteront des doubles programmes constitués d’un court et d’un long métrage, certains classiques, d’autres en avant-première. Rayon reprises, trois films incontournables : le premier long de Jacques Rozier, Adieu Philippine, un des trois points culminants — avec La Peau douce et Le Mépris — d’une Nouvelle Vague arrivée à maturité ;  un Kore-eda des débuts, devenu très rare, Maborosi ; et surtout l’exceptionnel documentaire d’

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Les Revenants

ECRANS | Fabrice Gobert Studio Canal Vidéo

Christophe Chabert | Jeudi 3 janvier 2013

Les Revenants

Lors de sa diffusion en décembre, Les Revenants a provoqué un véritable raz-de-marée critique, suivi d’excellentes audiences sur Canal +. On y entendait sans cesse le même refrain : enfin, la série télé française n’a plus à rougir de la comparaison avec les Américains. Au lieu d’inspirer confiance, cela redoublait au contraire notre scepticisme. Car cela fait bientôt cinq ans qu’on entend cette chanson, notamment sur toutes les «créations originales» de Canal + ; or, d’Engrenages à Mafiosa, de Braquo à Kaboul Kitchen, les séries souffraient toujours des mêmes maux, dénoncés depuis belle lurette par ceux qui n’ont pas comme unique référence la toute puissante HBO, à savoir un manque hallucinant de quotidienneté dans le dialogue, une représentation stéréotypée des «métiers» (au premier rang desquels les flics, mais aussi les médecins, les juges, les hommes politiques, etc) et une audace qui se limite à mettre de la violence et du cul partout, comme si c’était cela qui avait fait l’originalité des Soprano, de Six feet under ou de The Shield (pour ne citer que les séries «historiques»). Revenons aux

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Entretien avec Emmanuel Carrère

CONNAITRE | Pourquoi vous êtes-vous mis à écrire à la première personne avec L’Adversaire (paru en 2000) ?Emmanuel Carrère : L’Adversaire est un livre que j’ai mis (...)

Nadja Pobel | Dimanche 11 décembre 2011

Entretien avec Emmanuel Carrère

Pourquoi vous êtes-vous mis à écrire à la première personne avec L’Adversaire (paru en 2000) ?Emmanuel Carrère : L’Adversaire est un livre que j’ai mis longtemps à écrire ; le fait divers est survenu en 1993 et le livre est sorti en 2000. J’ai essayé de l’écrire de toutes sortes de façons à la troisième personne comme j’avais toujours écrit auparavant, ça ne m’était jamais venu à l’esprit d’écrire à la première personne. Ce n’était même pas quelque chose que j’avais écarté après considération mais vraiment ça ne me venait pas à l’esprit. Et après avoir essayé de toutes sortes de manières différentes, j’ai abandonné ce récit avec un certain soulagement ; je m’éloignais de cette terrible affaire. J’ai alors eu envie d’écrire pour moi, à usage personnel, un mémo de cette histoire, les rencontres faites, le procès... Je le faisais à la première personne et je me suis aperçu que ça devenait le livre que j’avais été incapable d’écrire pendant des années. Pour le moment, j’ai du mal à envisager d’écrire autrement. Il y a une espèce de bascule qui s’est opérée à ce moment-là et je suis toujours dans cet usage qui m’est désormais

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Carrère à cœur ouvert

CONNAITRE | Depuis plus de dix ans et son Adversaire mémorable, Emmanuel Carrère écrit à la première personne. Pas par exhibitionnisme mais par souci de véracité, parce que c’est sa façon d’être écrivain. Questions sur cette introspection qui a ouvert au monde l’un des plus grands auteurs français couronné le mois dernier par le Prix Renaudot pour Limonov. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 2 décembre 2011

Carrère à cœur ouvert

Dans une lettre de Jean-Claude Romand qu’Emmanuel Carrère publie à la fin de L’Adversaire, le meurtrier lui écrit : «Il est cruel de penser que si j’avais eu accès à ce "je" et par conséquent au "tu" et au "nous", j’aurais pu leur dire tout ce que j’avais à leur dire [à sa famille qu’il a abattue] sans que la violence rende la suite du dialogue impossible». Quand on lui remémore cet extrait, Emmanuel Carrère s’étonne que cette phrase ait été énoncée si clairement. Elle est d’une limpidité qui, rétrospectivement, éclaire de manière très forte son œuvre. Entre le fait divers survenu en 1993 et la parution de L’Adversaire s’écoulent sept ans durant lesquels il cherche en vain une façon de dire cet effroyable récit et rédige même son dernier roman de fiction paru à ce jour, La Classe de neige. «J’ai tenté d’écrire L’Adversaire à la troisième personne, dit-il, il ne m’était jamais venu à l’esprit de le faire autrement mais après avoir essayé des manières différentes, j’ai abandonné ce récit avec un certain soulagement ; je m’éloignais de cette terrible affaire. J’ai alors eu envie d’écrire pour moi un mémo de cette histoire, l

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Emmanuel Carrère

CONNAITRE | "Limonov" P.O.L.

Nadja Pobel | Mardi 13 septembre 2011

Emmanuel Carrère

Après deux romans infiniment personnels - même si le dernier était ouvert à d’autres vies que la sienne -, il y avait une pointe de crainte à voir Emmanuel Carrère se dissoudre dans la biographie qu’il signe en cette rentrée de l’écrivain russe Edouard Limonov. Dès l’entame de son ouvrage, Carrère est là. Via le «je» qu’il a souvent employé, via son ton d’enquêteur et de journaliste. Octobre 2006, pour un magazine, il doit aller recueillir des témoignages de personnes qui ont connu Anna Politovskaïa qui vient d’être assassinée. Carrère a les deux pieds dans le réel. Par un hasard qui n’en est peut-être pas un, et puisqu’il est à Moscou, il se rend aux cérémonies de commémorations du 4e anniversaire du massacre de l’école de Beslan et y croise Edouard Limonov. La vie de Carrère est ainsi faite que les événements viennent à lui pour lui soumettre un sujet de bouquin (l’affaire Roman, le tsunami au Sri Lanka…) à moins, plus vraisemblablement que ce ne soit là son premier talent : faire œuvre de littérature de ce qui advient. D’ailleurs, il est bien question de prétexte à matière pour un récit et non de souci de véracité, car, comme le dit Carrère lui-même dans une

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Laurent Mauvignier

CONNAITRE | Il y a quatre ans, avec "Dans la foule", Laurent Mauvignier signait un des plus beaux romans évoquant le football jamais écrit. Il n’y avait pourtant pas (...)

Nadja Pobel | Dimanche 28 février 2010

Laurent Mauvignier

Il y a quatre ans, avec "Dans la foule", Laurent Mauvignier signait un des plus beaux romans évoquant le football jamais écrit. Il n’y avait pourtant pas de match entre ses lignes, mais la tragédie du Heysel. Pas de hooligans non plus alors qu’une centaine de supporters anglais avaient provoqué une bagarre avec les italiens, faisant tomber les barrières de sécurité et provoquant la mort de 39 personnes. Mauvignier ne s’est jamais substitué au journaliste. Pas d’enquête à posteriori, mais le récit de personnages qui n’auraient pas du se rencontrer et qui, dans des conditions de panique et de peur, se trouvent. Avec son dernier roman paru à l’automne, "Des hommes", Mauvignier aurait pu se faire historien. Mais là encore, il reste avant tout un écrivain. Dans une langue aride, brute, il explore la guerre d’Algérie. Dans un village français, une famille d’Algériens est agressée chez elle par un homme qui, quarante ans plus tôt, était appelé sur le font de cette «sale guerre». Mauvignier pointe alors tous les non-dits et les conséquences à retardement de ce conflit qui coule encore comme un poison dans les veines de ses protagonistes. NP Laurent MauvignierÀ la Salle des Pari

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Laurent Mauvignier

CONNAITRE | Des hommes (Minuit)

Aurélien Martinez | Lundi 26 octobre 2009

Laurent Mauvignier

Laurent Mauvignier est l’un des très rares écrivains contemporains dont on peut lire n’importe quelle page au hasard en ayant la certitude qu’elle est issue de sa plume. Son style inimitable, circulaire et polyphonique, qui nous donne parfois l’impression de lire en dolby stéréo, nous avait déjà émerveillés dans son précédent roman, Dans la foule, consacré au «drame du Heysel». Des hommes confirme la force d’une écriture qui parvient à représenter l’histoire collective à travers la voix d’une génération, tout en incarnant les histoires individuelles dans des personnages d’une épaisseur incomparable. C’est le cas de Feu-de-bois, alias Bernard, que l’on découvre dans une première scène d’une brutalité inouïe : qu’est-ce qui pousse cet ours solitaire et silencieux, imbibé d’alcool, à débouler dans la maison du seul Algérien du village pour tenter de violer sa femme et terroriser ses enfants ? C’est ce que l’on découvre dans la troisième partie du livre, intitulée ‘Nuit’, dans laquelle Mauvignier nous plonge, quarante ans plus tôt, en Algérie, au cœur de la guerre a laquelle Feu-de-bois a participé. La violence, la peur, la cruauté des hommes : Mauvignier parvient à repré

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Vie des hommes infâmes

CONNAITRE | Livres / Avec D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère poursuit un «feuilleton de soi» en forme de poupées russes, où les récits s’imbriquent les uns dans les autres en changeant de média et de format. Mais ce tour de lui-même devient ici un pas de géant vers l’autre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 19 mars 2009

Vie des hommes infâmes

En dix ans, Emmanuel Carrère est devenu un des plus grands écrivains français. C’est d’autant plus étonnant que durant cette période, ses ouvrages se sont éloignés de l’obsession littéraire pour fureter entre le journalisme, le récit de soi et la partie écrite d’un grand récit multi-supports. D’autres vies que la mienne, fulgurant nouveau livre, poursuit ce feuilleton dont Carrère est le héros torturé, commencé avec L’Adversaire, puis poursuivi au cinéma avec Retour à Kotelnitch et enfin à travers ce sublime et terrible texte qu’était Un roman russe. Carrère y romance encore sa vie, œuvrant en scénariste traçant des perspectives dans son existence, ou en monteur quand il choisit de coller dans le même récit un tsunami au Sri-Lanka et la mort de sa belle-sœur. Cette manière d’intercaler des événements publics (le tournage puis la sortie de son premier long-métrage de fiction, La Moustache) avec leur décorum privé, de superposer vie artistique et vie intime, relève chez l’auteur d’un voyeurisme trompeur. À la manière d’un Chabrol, il nous force à regarder un événement pour mieux nous intéresser ensuite à celui qui, en apparence anecdotique, est en fait le véritable enjeu du récit.

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Les mots pour le dire

CONNAITRE | Rencontres / La Villa Gillet ouvre sa saison par une soirée consacrée à la rentrée littéraire avec la venue de cinq écrivains français dont on n'a pas fini de parler : Clémence Boulouque, Vincent Delecroix, Louise Desbrusses, Éric Reinhardt et Olivia Rosenthal. Yann Nicol

| Mercredi 10 octobre 2007

Les mots pour le dire

Les cinq écrivains invités lundi 8 octobre ont pour mission de choisir un mot-clé susceptible de symboliser leur dernier roman. On leur souhaite bonne chance, puisque les cinq livres présentés, bien que très différents, ont en commun de reposer sur une structure narrative stratifiée et complexe qui s'accommode fort mal des raccourcis. C'est peut-être Éric Reinhardt qui aura la partie la plus facile. Le titre de son roman, Cendrillon, a tout de la porte d'entrée idéale pour introduire ce récit gigogne qui se permet des détours par la finance internationale, le monde de l'entreprise, la classe moyenne et la bourgeoisie de gauche pour finalement livrer une vision du monde transcendée par le culte du présent, l'enchantement amoureux et la poétisation de l'existence. L'exercice est plus délicat en ce qui concerne le dernier roman de Clémence Boulouque, Nuit ouverte, qui met en scène la figure de Regina Jonas, première femme rabbin au monde dont le destin singulier s'acheva tragiquement à Auschwitz en 1944. L'héroïne de ce texte, une jeune comédienne pressentie pour incarner cette femme à l'écran, voit en ce rôle un moyen d'exorciser les fantômes traumatisants d'une famille au passé coll

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Dans la foule

CONNAITRE | Laurent Mauvignier Les Éditions de Minuit

| Mercredi 10 janvier 2007

Dans la foule

Mauvignier est passé maître dans l'Art du monologue. Ils sont stupéfiants, jamais fades, ni ennuyeux, - alors que cette forme s'avère souvent perilleuse -, sous sa plume, ils deviennent profonds. Sans doute parce que l'auteur avance par petites touches, avec une infinie empathie, pour décrire l'âme du personnage. Il décrit son quotidien, ses petits gestes, ses menues observations avec une justesse unique. On pense à Apprendre à Finir (en 2002), où la narratrice décrit d'une voix sensible la désagrégation du couple. Ou à Ceux d'à côté (2002), pour ses meilleurs. Mais surtout à Dans la Foule, publié cette année. 2006 est une année faste pour Mauvignier. Dans la foule lui vaut le Prix des Lecteurs de la Fnac, mais surtout une reconnaissance accrue, méritée. Le roman tend, avance vers un évènement : en mai 85 a lieu la finale de la Coupe d'Europe opposant les Reds de Liverpool et la Juventus de Turin à Bruxelles. Le stade s'effondre. Les hooligans massacrent. Autour de cet évènement grave, Mauvignier construit comme à l'accoutumée une architecture de monologues, de voix. Le roman devient polyphonie humaine. Et résonne longtemps. On est dans les têtes de Jeff, Tania, Gabriel, Geoff, des

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