Emmanuel Carrère, profane en son Royaume

CONNAITRE | Avec "Le Royaume", Emmanuel Carrère mène une double enquête savamment intriquée, sur sa «crise de foi» et sur les premiers chrétiens, prolongeant de manière virtuose le jeu de poupées russes qu’est devenue son œuvre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Photo : © JDD / SIPA


630 pages sur l'histoire des premiers chrétiens… Après avoir relaté la vie de l'auteur illuminé Edouard Limonov, de la bohème branchée parisienne aux camps de redressement russes sous Poutine, Emmanuel Carrère semble effectuer dans Le Royaume un spectaculaire grand écart. Sauf que son œuvre est devenue, depuis ce tournant décisif qu'était L'Adversaire, où il se confrontait littérairement et littéralement à l'affaire Jean-Claude Romand, un labyrinthe dans lequel chaque livre entre en écho avec le précédent, quand il n'en est pas le prolongement naturel ou, c'est presque pareil, la réponse contradictoire.

Le Royaume, justement, trouve sa source dans les années qui précèdent la rédaction dudit Adversaire : moment de dépression lié à un mariage qui prend l'eau, panne d'inspiration et, dans une continuité logique que Nietzsche aurait appréciée, conversion soudaine et absolue au christianisme. Époque oubliée par Carrère dont les traces — des cahiers où il se livre à une exégèse des Évangiles — ressurgissent par un de ces hasards qui parsèment ses livres, où le désir de faire de sa vie un roman est un défi presque occulte lancé à la réalité.

Paul, Luc et les autres…

Passée cette brillante première partie où, avec la distance et l'humour qu'on lui connaît, Carrère raconte sa «crise de foi» — avec un épisode hallucinant où surgit une babysitter américaine maboule qu'on dirait échappée d'un thriller — Le Royaume inverse la proposition. Il ne s'agit plus d'aller trouver dans la vie de l'auteur la matière à une enquête extraordinaire, mais d'enquêter avec l'œil du sceptique sur cet événement extraordinaire qu'est la résurrection du Christ, pour le ramener à sa réalité la plus profane : une lutte intestine entre diverses factions pour forger les dogmes d'une secte encore confidentielle, muée au fil des siècles en religion majeure.

Avec pour héros d'abord Paul, le converti, radical et ambitieux, parcourant le monde pour vendre à tout prix la parole du Christ en annonçant une apocalypse prochaine, puis Luc, son disciple, qui tente une synthèse entre l'enseignement de son maître et son patient travail pour retourner aux sources du verbe christique. Carrère trouve en Luc une forme d'alter ego, curieux et rigoureux, mais surtout doué d'un talent romanesque dont les autres apôtres sont dépourvus. Avec lui, il chemine dans les méandres des Évangiles en traçant de sublimes lignes de fuite avec le stalinisme ou les personnages de Dostoïevski, sans oublier un détonnant détour par le porno amateur sur Internet. Du porno dans un livre sur le christianisme ? On ne voit que Carrère pour réussir ce mariage contre nature — et, sous sa plume, parfaitement naturel…

Emmanuel Carrère
À la libraire Passages, jeudi 9 octobre
Le Royaume (P.O.L.)


Emmanuel Carrère

Pour son livre "Le Royaume"
Librairie Passages 11 rue de Brest Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Emmanuel Carrère

Pour son livre "Le Royaume"
Théâtre François Ponsard 4 rue Chantelouve Vienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Emmanuel Carrère

Pour son livre "Le Royaume"
Librairie Lucioles 13 place du Palais Vienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Emmanuel Carrère, de retour pour “Retour à Kotelnitch”

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Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

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Si vous avez manqué la présence de l’écrivain, scénariste et cinéaste Emmanuel Carrère à l’occasion de son passage lors de La Fête du Livre de Bron, l’institut Lumière vous offre une séance de rattrapage avec la projection de son documentaire Retour à Kotelnitch (2004), suivie d’une rencontre. Ce qui ressemble à un bégaiement de l’Histoire constitue à la vérité une très adroite et singulière mise en abyme : son film étant lui-même issu de pèlerinages successifs en terres russes dans la petite ville de Kotelnitch, où Carrère avait à l’origine effectué un reportage pour Envoyé Spécial. S’attachant aux lieux et à ses interlocuteurs, sans doute travaillé par ses origines (il est, comme chacun le sait, d’ascendance géorgienne), le cinéaste avait ressenti le besoin de marquer de nouvelles étapes ; de susciter des confidences supplémentaires, pensait-il. En réalité, chacun de ses voyages l’a entraîné dans une spirale se resserrant inexorablement autour de sa propre personne et conduit à poursuivre un cycle de récits introspectifs : Un roman russe (2007), conséquence et approfondissement littéraire de Kotelnitch ; Limon

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Emmanuel Carrère Avec Le Royaume, imposant volume de 600 pages où il mène une double enquête sur la «crise de foi» qui l’a transformé en croyant fervent pendant deux brèves années et sur les premiers chrétiens, l’auteur de L’Adversaire poursuit son impressionnante exploration des "autres vies que la sienne". Ici, le vertige saisit le lecteur devant l’imbrication virtuose entre les questions que l’homme et le romancier se posent et la tentative de ramener la mythologie chrétienne à son point le plus profane : une secte d’évangélistes traversée par des luttes intestines, des enjeux de pouvoir et le désir d’écrire à plusieurs mains le roman du Christ ressuscité. Christophe Chabert Le 9 octobre à PassagesLe 27 novembre à Lucioles à Vienne    

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Christophe Chabert | Mardi 25 juin 2013

Des réalisateurs qui ont la carte

En 2013, la SRF (Société des Réalisateurs de Films) ne s’offre pas qu’un combat épique en son sein, terminé par une prise de pouvoir des cinéastes ayant choisi de s’opposer radicalement à la nouvelle convention collective fixant la rémunération des techniciens de cinéma. Elle a aussi quelques idées plus festives comme cette Carte blanche qui se déroulera au Comœdia du 3 au 7 juillet, où les membres de la SRF présenteront des doubles programmes constitués d’un court et d’un long métrage, certains classiques, d’autres en avant-première. Rayon reprises, trois films incontournables : le premier long de Jacques Rozier, Adieu Philippine, un des trois points culminants — avec La Peau douce et Le Mépris — d’une Nouvelle Vague arrivée à maturité ;  un Kore-eda des débuts, devenu très rare, Maborosi ; et surtout l’exceptionnel documentaire d’

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Les Revenants

ECRANS | Fabrice Gobert Studio Canal Vidéo

Christophe Chabert | Jeudi 3 janvier 2013

Les Revenants

Lors de sa diffusion en décembre, Les Revenants a provoqué un véritable raz-de-marée critique, suivi d’excellentes audiences sur Canal +. On y entendait sans cesse le même refrain : enfin, la série télé française n’a plus à rougir de la comparaison avec les Américains. Au lieu d’inspirer confiance, cela redoublait au contraire notre scepticisme. Car cela fait bientôt cinq ans qu’on entend cette chanson, notamment sur toutes les «créations originales» de Canal + ; or, d’Engrenages à Mafiosa, de Braquo à Kaboul Kitchen, les séries souffraient toujours des mêmes maux, dénoncés depuis belle lurette par ceux qui n’ont pas comme unique référence la toute puissante HBO, à savoir un manque hallucinant de quotidienneté dans le dialogue, une représentation stéréotypée des «métiers» (au premier rang desquels les flics, mais aussi les médecins, les juges, les hommes politiques, etc) et une audace qui se limite à mettre de la violence et du cul partout, comme si c’était cela qui avait fait l’originalité des Soprano, de Six feet under ou de The Shield (pour ne citer que les séries «historiques»). Revenons aux

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Entretien avec Emmanuel Carrère

CONNAITRE | Pourquoi vous êtes-vous mis à écrire à la première personne avec L’Adversaire (paru en 2000) ?Emmanuel Carrère : L’Adversaire est un livre que j’ai mis (...)

Nadja Pobel | Dimanche 11 décembre 2011

Entretien avec Emmanuel Carrère

Pourquoi vous êtes-vous mis à écrire à la première personne avec L’Adversaire (paru en 2000) ?Emmanuel Carrère : L’Adversaire est un livre que j’ai mis longtemps à écrire ; le fait divers est survenu en 1993 et le livre est sorti en 2000. J’ai essayé de l’écrire de toutes sortes de façons à la troisième personne comme j’avais toujours écrit auparavant, ça ne m’était jamais venu à l’esprit d’écrire à la première personne. Ce n’était même pas quelque chose que j’avais écarté après considération mais vraiment ça ne me venait pas à l’esprit. Et après avoir essayé de toutes sortes de manières différentes, j’ai abandonné ce récit avec un certain soulagement ; je m’éloignais de cette terrible affaire. J’ai alors eu envie d’écrire pour moi, à usage personnel, un mémo de cette histoire, les rencontres faites, le procès... Je le faisais à la première personne et je me suis aperçu que ça devenait le livre que j’avais été incapable d’écrire pendant des années. Pour le moment, j’ai du mal à envisager d’écrire autrement. Il y a une espèce de bascule qui s’est opérée à ce moment-là et je suis toujours dans cet usage qui m’est désormais

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Carrère à cœur ouvert

CONNAITRE | Depuis plus de dix ans et son Adversaire mémorable, Emmanuel Carrère écrit à la première personne. Pas par exhibitionnisme mais par souci de véracité, parce que c’est sa façon d’être écrivain. Questions sur cette introspection qui a ouvert au monde l’un des plus grands auteurs français couronné le mois dernier par le Prix Renaudot pour Limonov. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 2 décembre 2011

Carrère à cœur ouvert

Dans une lettre de Jean-Claude Romand qu’Emmanuel Carrère publie à la fin de L’Adversaire, le meurtrier lui écrit : «Il est cruel de penser que si j’avais eu accès à ce "je" et par conséquent au "tu" et au "nous", j’aurais pu leur dire tout ce que j’avais à leur dire [à sa famille qu’il a abattue] sans que la violence rende la suite du dialogue impossible». Quand on lui remémore cet extrait, Emmanuel Carrère s’étonne que cette phrase ait été énoncée si clairement. Elle est d’une limpidité qui, rétrospectivement, éclaire de manière très forte son œuvre. Entre le fait divers survenu en 1993 et la parution de L’Adversaire s’écoulent sept ans durant lesquels il cherche en vain une façon de dire cet effroyable récit et rédige même son dernier roman de fiction paru à ce jour, La Classe de neige. «J’ai tenté d’écrire L’Adversaire à la troisième personne, dit-il, il ne m’était jamais venu à l’esprit de le faire autrement mais après avoir essayé des manières différentes, j’ai abandonné ce récit avec un certain soulagement ; je m’éloignais de cette terrible affaire. J’ai alors eu envie d’écrire pour moi un mémo de cette histoire, l

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Emmanuel Carrère

CONNAITRE | "Limonov" P.O.L.

Nadja Pobel | Mardi 13 septembre 2011

Emmanuel Carrère

Après deux romans infiniment personnels - même si le dernier était ouvert à d’autres vies que la sienne -, il y avait une pointe de crainte à voir Emmanuel Carrère se dissoudre dans la biographie qu’il signe en cette rentrée de l’écrivain russe Edouard Limonov. Dès l’entame de son ouvrage, Carrère est là. Via le «je» qu’il a souvent employé, via son ton d’enquêteur et de journaliste. Octobre 2006, pour un magazine, il doit aller recueillir des témoignages de personnes qui ont connu Anna Politovskaïa qui vient d’être assassinée. Carrère a les deux pieds dans le réel. Par un hasard qui n’en est peut-être pas un, et puisqu’il est à Moscou, il se rend aux cérémonies de commémorations du 4e anniversaire du massacre de l’école de Beslan et y croise Edouard Limonov. La vie de Carrère est ainsi faite que les événements viennent à lui pour lui soumettre un sujet de bouquin (l’affaire Roman, le tsunami au Sri Lanka…) à moins, plus vraisemblablement que ce ne soit là son premier talent : faire œuvre de littérature de ce qui advient. D’ailleurs, il est bien question de prétexte à matière pour un récit et non de souci de véracité, car, comme le dit Carrère lui-même dans une

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Le Royaume de Ga'hoole

ECRANS | De Zack Snyder (ÉU, 1h39) animation

Christophe Chabert | Dimanche 24 octobre 2010

Le Royaume de Ga'hoole

Un film d’heroïc fantasy avec des hiboux en images de synthèse et en 3D par le réalisateur de "300" et "Watchmen" : la curiosité face à ce "Ga’Hoole" était goguenarde, mais réelle. Soit une famille de chouettes dont les deux frères sont enlevés par des hiboux fascistes : l’un deviendra soldat, l’autre refusera sa condition de travailleur forcé et s’échappera pour rallier le mythique Royaume de Ga’Hoole et y devenir un gardien, garant de la liberté et du respect des faibles. À partir de là, plusieurs conclusions s’imposent : le cinéma d’animation pour enfants a manifestement cette année des choses à dire sur le totalitarisme et le système concentrationnaire. Après "Toy story 3", "Ga’Hoole" expose quelques visions glaçantes, notamment celle de ces jeunes chouettes au regard vide qui cherchent du métal dans les pelotes rejetées par les hiboux ; l’enfant esclave de la merde fabriquée par les adultes ?. Dès que Snyder quitte cette part sombre du récit, il s’égare dans l’éternel jargon de l’heroïc fantasy, avec des dialogues indigestes que seul un geek peut entendre sans développer une grosse migraine. Il faut attendre la dernière demi-heure pour que le cinéaste retrouve sa virtuosité

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Touche-à-tout

MUSIQUES | Création / «Le Royaume d’en bas», création mondiale mais surtout ovni visuel et musical de Pierre Jodlowski est donné au Théâtre national Populaire dans le (...)

Pascale Clavel | Samedi 27 février 2010

Touche-à-tout

Création / «Le Royaume d’en bas», création mondiale mais surtout ovni visuel et musical de Pierre Jodlowski est donné au Théâtre national Populaire dans le cadre de la biennale Musiques en scène. «Le Royaume d’en bas constitue un non-lieu de l’espace et du temps, une zone zéro du savoir, l’évocation d’un état vidé se situant avant toute tentative de structuration», analyse Pierre Jodlowski. Le décor est posé. Son «Royaume d’en bas» est une œuvre qui mêle savamment musiques, textes, images, lumières. «Au commencement, il y aura un conte, une histoire….» qui peut rappeler à chacun, selon son enfance, une forêt sombre et inquiétante ou l’univers d’Alice. Dans la confrontation des univers que propose Pierre Jodlowski, le texte n’est pas premier, la musique renvoie à l’image, l’image elle-même n’est qu’un vecteur pour rebondir sur le texte. Cet alchimiste joue avec tous les concepts, rien n’est figé, tout est à égale hauteur et la pensée musicale reste ouverte. Électron libre, Pierre Jodlowski crée tout, du concept aux textes, de la vidéo à la composition. Tout concevoir, certains s’y sont cassé les dents, compositeurs mais pas réellement doués pour l’image, écrivains mais piètres vidéa

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Vie des hommes infâmes

CONNAITRE | Livres / Avec D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère poursuit un «feuilleton de soi» en forme de poupées russes, où les récits s’imbriquent les uns dans les autres en changeant de média et de format. Mais ce tour de lui-même devient ici un pas de géant vers l’autre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 19 mars 2009

Vie des hommes infâmes

En dix ans, Emmanuel Carrère est devenu un des plus grands écrivains français. C’est d’autant plus étonnant que durant cette période, ses ouvrages se sont éloignés de l’obsession littéraire pour fureter entre le journalisme, le récit de soi et la partie écrite d’un grand récit multi-supports. D’autres vies que la mienne, fulgurant nouveau livre, poursuit ce feuilleton dont Carrère est le héros torturé, commencé avec L’Adversaire, puis poursuivi au cinéma avec Retour à Kotelnitch et enfin à travers ce sublime et terrible texte qu’était Un roman russe. Carrère y romance encore sa vie, œuvrant en scénariste traçant des perspectives dans son existence, ou en monteur quand il choisit de coller dans le même récit un tsunami au Sri-Lanka et la mort de sa belle-sœur. Cette manière d’intercaler des événements publics (le tournage puis la sortie de son premier long-métrage de fiction, La Moustache) avec leur décorum privé, de superposer vie artistique et vie intime, relève chez l’auteur d’un voyeurisme trompeur. À la manière d’un Chabrol, il nous force à regarder un événement pour mieux nous intéresser ensuite à celui qui, en apparence anecdotique, est en fait le véritable enjeu du récit.

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Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal

ECRANS | Le quatrième volet des aventures de l’archéologue au chapeau est une bonne surprise : Spielberg et Lucas retournent à leur avantage les invraisemblances du récit et la vieillesse de leur héros pour en faire un blockbuster fier de son charme rétro. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 22 mai 2008

Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal

Lucas en plein déprime post-Star Wars ; Spielberg essoufflé après un marathon de films conclu par son magnifique Munich ; Harrison Ford peinant à trouver des rôles à sa mesure. Il n’y avait, dans le fond, que des mauvaises raisons à rempiler pour un quatrième Indiana Jones, reprise tardive d’une franchise qui, on a tendance à l’oublier, a marqué une révolution dans un genre, le film d’aventures, totalement déserté par Hollywood à l’époque. D’autant plus que des succédanés peu glorieux comme l’immonde Benjamin Gates ont méchamment pillé l’héritage de la série, tout en générant de copieux dividendes au box-office. La bonne surprise de ce Royaume du crâne de cristal, c’est que Spielberg, Ford et Lucas n’ont pas cherché la surenchère ; au contraire, avec une malice de vieux grigous, ils transforment systématiquement leurs handicaps en points forts, se moquant ouvertement de l’air du temps. Vas-y dans le rétro ! Si Indiana Jones n’a plus vingt ans, son fils, joué par le très fade et du coup très bien Shia LaBeouf, les a jusqu’au ridicule. Permanenté façon Fonzie, roulant en cuir et Harley à la f

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