Un jour en France

CONNAITRE | En général, lorsqu'un journaliste se déplace dans un village, c'est parce qu'il s'y est produit une catastrophe. Florence Aubenas y est allée pour rencontrer des français normaux, sans histoire. Ou peut-être que si justement : des histoires à hauteur d'homme, qu'elle a compilée dans son nouvel ouvrage, "En France", dont elle discutera à la Fête du livre de Bron. Valentine Martin

Valentine Martin | Vendredi 6 mars 2015

Photo : Patrice Normand


De l'Irak à la Syrie, elle a sillonné tous les points chauds du globe. Mais depuis quelques années, elle a enfin posé ses valises en France pour de bon. Grand reporter, Florence Aubenas s'est du coup vu proposer par le journal Le Monde (où elle travaille depuis 2012) une nouvelle expérience : tenir une chronique sur le quotidien des Français. Après avoir couvert les grands procès de France et s'être fait passer pour une demandeuse d'emploi dans Le Quai de Ouistreham, elle n'a pas hésité une seconde.

Entre 2012 et 2014, Florence Aubenas a régulièrement pris sa voiture (ou le train de 5h du matin) direction la province, à la découverte ce que tout le monde croit connaître déjà. En France est un recueil de des chroniques qu'elle a tirées de ces déplacements, une fine mosaïque de portraits qui retrace des bouts de vies, des moments de tous les jours. Florence Aubenas ne voulait pas cibler une population particulière, alors elle les a toutes rencontrées : paysan, chauffagiste, syndicaliste, jeune dealer, maman au foyer...

Pourtant une classe sociale se dessine : celle dite moyenne, voire moyenne moins, celle qui se lève tôt et qui ne parvient pas toujours à joindre les deux bouts. Ce sont eux que la journaliste a rencontrés et écoutés. Plus important, elle leur a donné la parole, à eux qui ont l'impression d'être les grands perdants de la crise. «Plus personne ne nous trouve intéressants : on n'a même plus le droit d'être des consommateurs» constate ainsi avec amertume un jeune homme dans un village où la dernière station service est en passe de disparaître.

C'est arrivé près de chez nous

Le livre est découpé en trois parties. La première, "En campagne", est à comprendre dans les deux sens du terme ; la campagne géographique et la campagne électorale. Cette dernière se termine avec les élections municipales à Hénin-Baumont qui virent Steeve Briois, représentant du FN, l'emporter au premier tour.

La deuxième, intitulée "Au camping", se déroule durant la première quinzaine d'août 2013 à Piémanson, seule plage de France où le camping sauvage est encore autorisé et où un royaume de la débrouille et de l'entraide s'invente le temps d'un été, libéré des contraintes d'une société asphyxiante.

La dernière, "Une jeunesse française" est la plus intrigante et la plus brutale : une immersion dans la vie de jeunes en marge de la société. Le recueil se termine ainsi sur l'histoire de Narcissa, une jeune fille rom vivant dans un immeuble insalubre et rêvant de devenir danseuse.

Dans tous les cas, Florence Aubenas ne s'encombre pas d'un style trop littéraire, au-delà de quelques métaphores bien choisies. Reportage oblige – ce qu'elle sait de toute façon le mieux faire – les mots sont simples et les phrases courtes, ciselées pour aller droit au but : dire un quotidien méconnu et pourtant trop commun.

Invitée cette année à la Fête du livre de Bron, Florence Aubenas se penchera sur une autre acceptation du terme. Le commun, il en est question de façon presque anecdotique dans ce recueil, lorsqu'un syndicaliste explique que désormais, les manifestations ne rassemblent plus. Que ce sont les petites causes individuelles qui font bouger les gens. C'est plutôt en filigrane que Florence Aubenas pose la question : qu'a-t-on en commun avec les personnes qu'elle a rencontrées, fut-ce un électeur FN ou une jeune fille qui devient mère pour avoir «un statut» ? Car leurs histoires dessinent «en pointillé un territoire, la France», mais aussi un «nous». Attention cependant, il ne s'agit pas ici d'un énième discours moralisateur ou d'une théorie sur le vivre ensemble. Florence Aubenas le déclare d'emblée dans son introduction, elle n'est pas là pour ça. Elle ne juge pas, n'émet pas de commentaire, se contentant de tendre l'oreille et de rapporter les voix de ceux qui ne se sentent pas entendus. Á nous de dresser le constat.

La France à hauteur d'homme
Rencontre avec Florence Aubenas
A l'Hippodrome de Parilly samedi 7 mars


La France à hauteur d'homme

Avec Florence Aubenas
Hippodrome de Parilly Avenue Pierre Mendès-France Bron
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Florence Aubenas et Ted Conover, undercover

Non Fiction | À la Villa Gillet, pas de pause : sitôt fermée les portes de la perception de La Chose Publique, reprennent les rencontres avec un duo d'enquêteurs hors-normes : Florence Aubenas et Ted Conover.

Sébastien Broquet | Mardi 27 novembre 2018

Florence Aubenas et Ted Conover, undercover

Du dernier livre de Florence Aubenas, nous ne pourrons pas vraiment vous parler : sa parution, prévue cet automne, étant repoussée au 7 février 2019. Son sujet : le meurtre de Catherine Burgod, gérante de la poste de Montréal-la-Cluse, dans l'Ain, le 19 décembre 2008, tuée de 28 coups de couteaux. Meurtre pour lequel en 2013 est arrêté Gérald Thomassin, toujours mis en examen, mais relâché en juin 2016 au bout de trois ans de détention provisoire. Et pour lequel, depuis, un autre homme a été arrêté et mis en examen à son tour, en septembre dernier - d'où le report du livre, dû à ce rebondissement judiciaire. L'histoire ne pouvait que passionner la plume la plus élégante du journalisme en France : Gérald Thomassin n'est en effet pas un inconnu et son parcours est un roman. Enfance à la DDASS, casting réussi pour Jacques Doilllon qui le fait tourner dans Le Petit Criminel en 1990, César du meilleur jeune espoir masculin dans la foulée, puis défonce et quelques autres apparitions à l'écran, retrouvailles avec Doillon en 2008 pour Le Premier venu, installation dans l'Ain, un peu de rue et de zone... Voilà une enquête que l'on a hâte de lire, habit

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Une saison à la Villa

Villa Gillet | Toujours aussi éclectique dans ses choix littéraires et scientifiques et exigeante dans ses thématiques, la Villa Gillet inaugure une saison de rencontres qui s'annonce aussi dense que passionnante.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2018

Une saison à la Villa

Entre sciences humaines, sciences tout court et bien sûr littérature, c'est à un automne bien chargé que nous invite la Villa Gillet pour ses rencontres de saison – comprendre, hors Assises Internationales du Roman et La Chose Publique. Cela avait débuté avec un prolongement haïtien du Festival America et se poursuit dès ce mercredi 3 octobre avec le premier volet de rencontres intitulées Le Temps de... On commence donc avec Le Temps du temps à l'Institution des Chartreux le 9 octobre où les toujours passionnants physicien et historien Étienne Klein et Patrick Boucheron, qu'on ne présente plus, se demanderont, en compagnie de la femme rabbin Delphine Horvilleur, directrice de la revue Tenov'a, ce qu'est le temps et si simplement nous en avons la moindre idée. Le cycle se poursuivra le 9 novembre au Grand Amphi de l'Université Lyon 2 avec les écrivains Philippe Sands (Retour à Lemberg, Albin Michel) et Javier Cercas (Le Monarque des Ombres, Actes Sud) pour Le Temps de la Mémoire sur les liens qu'entretienne

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Florence Aubenas et Ted Conover à la Villa Gillet

Journalisme | Outre la programmation du festival d'idées La Chose Publique qui commence à se dévoiler, la Villa Gillet continue sa programmation de rencontres et (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 30 août 2018

Florence Aubenas et Ted Conover à la Villa Gillet

Outre la programmation du festival d'idées La Chose Publique qui commence à se dévoiler, la Villa Gillet continue sa programmation de rencontres et conférences. Le jeudi 29 novembre seront ainsi conviés autour du thème de l'enquête et de l'immersion Florence Aubenas et Ted Conover. Grand reporter pour Le Monde, Florence Aubenas est l'une des journalistes les plus en vue en France actuellement. L'Américain Ted Conover est lui un spécialiste de l'immersion au long cours, s'étant fait embaucher comme gardien de prison à Sing Sing pour l'ouvrage Newjack. La rencontre aura lieu au Grand Amphi de l'Université de Lyon.

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Résultat du concours Fête du livre de Bron

CONNAITRE | A l'occasion de sa 29e édition, la Fête du livre de Bron s'est associée au Petit Bulletin pour vous faire gagner une sélection d'ouvrages d'auteurs (...)

Benjamin Mialot | Samedi 7 mars 2015

Résultat du concours Fête du livre de Bron

A l'occasion de sa 29e édition, la Fête du livre de Bron s'est associée au Petit Bulletin pour vous faire gagner une sélection d'ouvrages d'auteurs invités. Pour cela, il vous fallait vous fendre d'un texte répondant à la question posée cette année par la Fête : "qu'est-ce qu'on a en commun ?". Vous avez été nombreux à participer (et nous vous en remercions) mais, comme dans Highlander, il ne pouvait en rester qu'un. Il se nomme Daniel Ostfeld et voici sa production : Quelques poils sur le bord de mon oreille. En désordre. Ils me dérangent. J'ai vu les mêmes chez mon voisin et cela m'agace. Quand je regarde mon visage de très près dans la glace, des tempes jusqu'au menton, j'aperçois les pores qui constellent la surface de ma peau, et de toutes petites lignes qui les relient les uns aux autres. Ici et là, quelques poils égarés. Tout cela compose une toile d'une relative harmonie. Ces petites lignes, qui ne sont pas encore des rides mais pourraient le devenir, je les ai vues aussi sur le poignet de mon bébé, ça m'a ému. Comme si elles étaient la preuve qu'il était membre de plein droit de la communauté des hommes. Des

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Belle de nuit

CONNAITRE | Après avoir remporté le prix interallié en 2012 avec "Oh...", le prolixe Philippe Djian revient en forme avec un roman rocambolesque que lui seul pouvait orchestrer : "Chéri-chéri", dont il est invité à débattre à la Fête du livre de Bron. Valentine Martin

Valentine Martin | Vendredi 6 mars 2015

Belle de nuit

Il le dit souvent, c'est la première phrase qu'il écrit qui lui indique quelle suite prendre. Philippe Djian est un auteur qui travaille sans plan et, jusqu'à présent, cela lui a plutôt réussi. Pour décrypter son nouveau roman, Chéri-chéri (Gallimard), il importe donc de se pencher sur sa première phrase, et même sur son premier paragraphe : «Le jour on m'appelait Denis. J'étais un écrivain qui connaissait un certain succès et qui avait la dent dure, comme critique. Certains soirs on m'appelait Denise. Bon, je dansais dans un cabaret.» Tout est dit. Écrivain le jour, travesti la nuit, Denis est plutôt bien dans sa vie. Il a une femme, Hanna, poupée blonde aux gros seins, qui ne voit pas le problème d'avoir un mari portant des bas résilles. Elle le surnomme même chéri-chéri. Bref, tout serait parfait sans Paul. Ce dernier est le père d'Hanna, et il ne supporte pas la double vie de son gendre. L'ennui, c'est qu'il est aussi mafieux sur les bords et décide de mener la vie dure à Denis en le forçant à travailler pour lui. Au moins avec Véronica, la mère d'Hanna, il n'y a pas de problème, elle aime bien Denise. Peut-être même un peu trop finalement...

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Bron, commune des livres

CONNAITRE | Rarement sans doute les différentes rencontres, dialogues et débats réunissant les auteurs invités par la Fête du Livre de Bron auront constitué de la sorte (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 3 mars 2015

Bron, commune des livres

Rarement sans doute les différentes rencontres, dialogues et débats réunissant les auteurs invités par la Fête du Livre de Bron auront constitué de la sorte les pièces d'un puzzle thématique qui n'a sans doute jamais été aussi commun – et n'a donc jamais aussi bien porté son nom. «Qu'est-ce qu'on a en commun ?», donc, pose la question inspirée de l'essai de Christian Dardot et Pierre Laval, évidemment invités pour parler du vaste sujet de leur livre : à savoir proposer une révolution politique, sociale et écologique pour le XXIe siècle, celle du commun. Pour commencer, on pourrait dire plus précisément ici que ce qu'on a en commun, c'est la ou les littératures, quelles qu'en soient les approches. Littérature, qui cette année porte donc à la Fête du Livre une série de regards sur le contemporain à travers les enjeux du commun. Qu'ils passent par l'évocation du monde social et le plus souvent de son effritement (les rencontres "roman choral, roman social" avec Olivier Adam et Donal Ryan, "La France à hauteur d'homme" avec Florence Aubenas, "L'Italie, un nouveau monstre" avec Silvia Avalone et Simonetta Greggio) ; de l'histoire et de la mémoire ("La mém

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Dans la tête des Inconfiants

ARTS | L'écrivain Tatiana Arfel et l'artiste Julien Cordier publient Les "Inconfiants", fruit d'une résidence à l'hôpital psychiatrique du Vinatier. La Ferme éponyme leur consacre une rencontre et une exposition. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 mars 2015

Dans la tête des Inconfiants

Invités en résidence par la Fête du livre de Bron à l'hôpital psychiatrique du Vinatier (de mars à septembre 2014), Tatiana Arfel et Julien Cordier y ont d'abord animé des ateliers afin de rencontrer patients, soignants et autres personnels de l'hôpital. Un hôpital en l'occurrence en mutation, qui regroupait alors ses services de psychiatrie adulte pavillonnaire en un seul et grand bâtiment. Plus généralement, les deux comparses mettaient les pieds dans «un monde de fous» (pour reprendre le titre de l'ouvrage du journaliste Patrick Coupechoux publié en 2006) où la psychiatrie affronte les affres des normes gestionnaires et les impératifs d'efficacité à court terme. «Le vieux pavillon s’est disparu, pfuiiiiit. Il ne respire plus, le bâti passé où je vins de par mes années vertes – celles où les infir-mères et les mets-deux-saints priaient encore en moi, paumes jointes, Vierge et Esprit, où ils pensaient que oui, j’irons bien un jour» fait dire à l'un de ses "personnages" Tatiana Arfel, dans sa langue toujours vive et truculente. Chaque chapitre du livre donne ainsi la voix à un individu différent (patien

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Désordre littéraire

CONNAITRE | Ça n'est peut-être qu'un événement pour ses thuriféraires, mais c'en est surtout un pour la littérature tout court et pour la Fête du Livre. Car Eugène Savitzkaya (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 3 mars 2015

Désordre littéraire

Ça n'est peut-être qu'un événement pour ses thuriféraires, mais c'en est surtout un pour la littérature tout court et pour la Fête du Livre. Car Eugène Savitzkaya se fait au moins aussi rare que son œuvre, s'étalant sur 43 ans, mérite une mise en lumière bien plus importante – même si cet archétype de "l'écrivain Minuit" a obtenu en 1994, le prix triennal du roman pour Marin de mon cœur et si, surtout, il fut célébré en son temps comme un auteur remarquablement précoce. Chose réparée donc par la programmation de Bron pour le poète (le fameux Cochon farci), dramaturge et romancier (Fou trop poli, Exquise Louise) belge qui entretint également une belle correspondance avec Hervé Guibert, la seule que ce dernier avait accepté de laisser paraître en guise de dernière volonté (Lettres à Eugène). De ce parcours entre les lignes, parfois un peu dans les limbes de la littérature officielle, Savitzkaya donnera un salvateur aperçu au cours d'une lecture baptisée "L'indocile" et qui se tiendra le samedi 7 mars à 18h30. On pourra avoir à l'esprit en écoutant cet auteur fondamentalement hybride, cette phrase tir

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Concours d’écriture Fête du Livre de Bron

CONNAITRE | À l’occasion de sa 29e édition, du 6 au 8 mars 2015, la Fête du Livre de Bron et le Petit Bulletin vous invitent à participer à un concours d'écriture sur le (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 16 janvier 2015

Concours d’écriture Fête du Livre de Bron

À l’occasion de sa 29e édition, du 6 au 8 mars 2015, la Fête du Livre de Bron et le Petit Bulletin vous invitent à participer à un concours d'écriture sur le thème de l’édition : Qu’est-ce qu’on a en commun ?  A gagner : une publication sur les sites du journal et du festival ainsi que 5 livres de littérature française ou étrangère sélectionnés par la Fête du Livre. Plus d'informations en suivant ce lien.

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Fête du livre de Bron 2015 : les premiers noms

CONNAITRE | Qu'est-ce qu'on a en commun ? C'est la question que se posera la 29e édition de la Fête du livre de Bron du 4 au 8 mars prochain. Tenteront d'y répondre (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 18 décembre 2014

Fête du livre de Bron 2015 : les premiers noms

Qu'est-ce qu'on a en commun ? C'est la question que se posera la 29e édition de la Fête du livre de Bron du 4 au 8 mars prochain. Tenteront d'y répondre les auteurs suivants : Olivier Adam, Florence Aubenas, Silvia Avallone, Ramona Badescu, John Burnside (en dialogue avec José Carlos Somoza), Alain Choquart, Pierre Dardot, Patrick Deville, Simonetta Greggio, Serge Joncour, Olivier de Solminihac,   Laurent Mauvignier, Hubert Mingarelli, Raphaële Moussafir, Sylvain Prudhomme, Eric Reinhardt (le temps d'une lecture musicale avec Bertrand Belin), Eugène Savitzkaya, Eric Vuillard (notre cover boy de la rentrée littéraire, en dialogue avec Olivier Rolin) ou encore Valérie Zenatti.

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Florence Aubenas

MUSIQUES | Le Quai de Ouistreham (L'Olivier, 2010)

Nadja Pobel | Jeudi 25 février 2010

Florence Aubenas

Grand reporter à "Libération" puis au "Nouvel Observateur", Florence Aubenas a rendu compte de nombreux conflits du globe jusqu'à être prise en otage en Irak en 2005. Loin des terrains de guerres, elle a décidé l'an dernier de prendre six mois de congé sabbatique et s'est inscrite à Pôle emploi avec une situation inventée : elle vient d'être quittée par son compagnon, qui jusque là l'entretenait, et elle a besoin de trouver un travail mais n'a pas de qualification. Seul ce postulat de base est une fiction. Car pour le reste, Florence Aubenas est dans le réel. Elle a gardé son identité, s'est juste teint les cheveux en blond et a chaussé des lunettes. Puis vogue la galère. Dans «Le Quai de Ouistreham», elle relate en détails, de manière plus journalistique que littéraire, cette expérience qui l'a vue devenir femme de ménage et accepter les amplitudes des horaires de travail infernales, le salaire calculé au quart d'heure de labeur près. Si elle s'est fait des amis au cours de ses stages «CV» et formations «hygiène», Florence Aubenas nous montre surtout salutairement à quel point le travail précaire aliène l'individu jusqu'à la nausée. NP Florence Aubenas, "Le Quai de Ouistreham"

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