Aux Invites, l'art fait le trottoir

CONNAITRE | Fidèles à leur ethos d'ouverture au monde et de revalorisation de la notion de citoyenneté, Les Invites fêtent l'arrivée officielle des beaux jours avec quatre jours de déambulations tragi-comiques. Suivez le guide. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 16 juin 2015

Treize ans que Les Invites tordaient le cou aux idées reçues sur les artistes de rue et/ou engagés – des zonards qui creusent le trou de l'intermittence, en gros. Et soudain, patatras : les mains sont moites, les réflexes peut-être émoussés, on lâche prise et on se retrouve avec un concert du Collectif 13, "super" groupe de chanson pas contente et néanmoins décontractée du dreadlock où émargent des mecs de La Rue Ketanou, de Massilia Sound System, de Tryo...

Le reste de la programmation musicale de cette quatorzième édition, bien qu'il ne renoue pas avec l'exubérance des têtes d'affiche de ces dernières années (Jean-Louis Murat et son orchestre, Har Mar Superstar, SKIP&DIE, La Femme, Rachid Taha...), propose une approche heureusement beaucoup plus authentique et subtile de l'altérité culturelle.

Chercheurs d'or black (l'éclectique radio host Gilles Peterson, pour un Black Atlantic Club hors les murs qui devrait faire date, les ethnomusicologues du label francfortois Analog Africa, le baroudeur de longue date DJ Oil), bluesmen passés maîtres dans l'art du désensablement d'esgourde (le quatuor Songhoy Blues, privé de désert malien par Damon Albarn) ou sommités encore vertes du groove sud-américain (Cumbia All Stars), Villeurbanne bruissera en effet plus que jamais des rythmes chargés d'histoire de la sono mondiale.

Militants quotidiens de l'humanité

Côté théâtre et cirque, pas de surprise, il y en aura (des surprises) comme d'habitude à tous les coins de rue. A celui de la rue Léon Chomel par exemple, où Les Grandes Personnes d'Aubervilliers délaisseront leurs marionnettes géantes au profit de santons, acteurs d'une étonnante reconstitution miniature des luttes syndicales qui agitèrent l'usine Renault de Cléon.

À celui de la Rue princesse, du nom d'une recréation scénique des très moites et très colorées soirées dansantes d'Abidjan (par la compagnie ivoirienne N'Soleh).

À celui de l'avenue Henri Barbusse, où le vénérable et protéiforme Teatro del Silencio (rassemblant plasticiens, acteurs, danseurs, musiciens et autres acrobates, il a été fondée en 1988 au Chili) retracera l'histoire russe contemporaine, le long d'un défilé plein de fureur et aux proportions littéralement soviétiques.

Sur la place Lazare Goujon, où le chorégraphe Patrice Bénédetti interprétera Jean, un «solo pour monument aux morts» (avec béquilles) aussi physique que dérangeant.

Ou sur le parvis de l'Hôtel de ville, où Yoann Bourgeois présentera Cavale, une version dédoublée de sa Fugue, minimaliste et gracile variation pour un escalier et un trampoline sur le mythe de Sisyphe (qu'il reprend d'ailleurs aux Subsistances ce mercredi 17 juin).

Autant de spectacles et quelques autres qui, au milieu du vacarme de lamentations nombrilistes (et souvent hypocrites) dont les périodes de crise sont fécondes – suivez notre regard, pas très loin, jusqu'à la place Lazare-Goujon – disserteront d'une manière salutairement festive sur la fragilité et l'iniquité de la condition humaine.

Les Invites
Du mercredi 17 au samedi 20 juin

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Ça décale aux Fêtes Escales

Fêtes Escales | Le rendez-vous musiques du monde de l’agglomération lyonnaise s’enrichit cette année d’une programmation rap : KLM et Dosseh partageront l’affiche avec Cumbia All Stars ou encore Pat Kalla & le Super Mojo. Rendez-vous à Vénissieux du 12 au 14 juillet.

Nina Roussel | Mardi 11 juin 2019

Ça décale aux Fêtes Escales

Proposer un festival de trois jours entièrement gratuit : c’est le défi que la Ville de Vénissieux a choisi de relever pour la 21ème année consécutive. Le 12 juillet, direction l’Amérique latine avec une soirée cumbia. Le groupe Sonido del Monte, dont le concert avait été annulé l’an passé pour cause d’orage, tentera de prendre sa revanche. En prime : la présence de la formation péruvienne des Cumbia All Stars, l’un des plus éminents représentants du genre. Les musiques du monde seront également à l’honneur lors de la soirée de clôture, avec une programmation afro. La grande nouveauté est pour le 13 : le festival tente un interlude rap, en partenariat avec la salle de la ville, Bizarre!. En début de soirée, l’une de ses protégées, la rappeuse lyonnaise KLM fera vibrer de ses textes engagés, avant de laisser la place au Sétois Rachid Daïf, alias Demi-Portion, puis à Dosseh. Révélé au grand public par son titre Habitué, cet artiste cultive un profil singulier dans le paysage du rap français. En addition à ces trois soirées de concerts, petits et grands pourront profiter de spectacles vivants

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Une Biennale tonique avec Maguy Marin et Peeping Tom

Biennale de la Danse | La programmation de la prochaine Biennale de la Danse a été dévoilée cette semaine, et réunit, a priori, tous les ingrédients d'une édition réussie : risquée, créative, pluridisciplinaire.

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 10 juin 2018

Une Biennale tonique avec Maguy Marin et Peeping Tom

À deux exceptions japonaises près, la Biennale de la Danse 2018 est une Biennale européenne. Elle s'annonce donc moins exotique qu'à l'accoutumée, mais plus exigeante artistiquement, et plus aventureuse dans ses formes d'expression... L'un des fils rouges de cette édition est celui des liens entre la danse et les images, images issues des nouvelles technologies notamment. Ce fil rouge ira, par exemple, de l'utilisation par Merce Cunningham (1919-2009) du logiciel informatique DanceForms (mouvements et enchaînements générés par ordinateur) pour sa pièce Biped, à des créations s'étayant sur la réalité virtuelle par le chorégraphe suisse Gilles Jobin ou par le poète circassien Yoann Bourgeois (artiste très présent dans cette Biennale avec trois spectacles). 27 créations et premières Parmi les 42 spectacles programmés en salles, on compte 27 créations et premières françaises qui constituent le cœur de cette Biennale et, bien souvent, celui de nos attentes... Maguy Marin cré

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Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou : ils sont vraiment Tout Puissant !

Afro Funk | Le légendaire Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou fait une halte au Ninkasi : l'occasion pas si fréquente de voir l'un des plus passionnants représentants de l'âge d'or du funk africain dans une salle lyonnaise.

Sébastien Broquet | Mardi 13 juin 2017

Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou : ils sont vraiment Tout Puissant !

Au mitan des sixties, au fil des indépendances, l'Afrique de l'Ouest voit naître nombre d'orchestres qui vont accompagner le mouvement d'émancipation politique et dynamiter les codes musicaux, profitant des vinyles qui débarquent dans les sacs de marins ou les valises des voyageurs : de Johnny Halliday à Jimi Hendrix en passant par James Brown, les influences sont larges et nourrissent les set-lists de ces groupes habitués à jouer de longues heures pour animer clubs et hôtels. Ce qui explique l'infinie variété des styles abordés par le Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou, légendaire association de maîtres du beat et du funk actifs depuis plus de cinquante ans - les débuts datent de 1966. Calme-toi, Mick Jagger ! Car le Tout Puissant (remis en selle par une journaliste fureteuse partie à leur recherche au fin fond du Bénin en 2007 - Élodie Maillot, pour France Culture), en a profité pour s'offrir une carrière internationale qui les boudait jusque-là, et allonger une liste de productions discographiques déjà démentielle (on parle de plus de cinquante albums) que

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L'Afrique séduit Nuits Sonores

Tendance | Outre une scène dédiée le vendredi soir, les influences africaines se disséminent dans tout le festival. Sélection.

Sébastien Broquet | Mercredi 4 mai 2016

L'Afrique séduit Nuits Sonores

Tony Allen L'inventeur de la pulse afrobeat, le batteur historique de Fela Kuti : à eux deux, depuis Lagos, ils ont inventé ce genre qui fait aujourd'hui l'unanimité sur toute la planète, entre transe extatique et revendications politiques. Tony Allen a su ensuite porter loin l'expérimentation, avec Doctor L en particulier, avant de revenir à ce groove aussi unique que fondateur. Grand monsieur. Au Sucre le jeudi 5 mai à 18h15 Mbongwana Star Ces natifs de Kinshasa ont mis une grande claque dès leur premier album déboulé un peu par surprise : Coco Ngambali et Theo Nzonza, d'anciens membres de Staff Benda Bilili, se sont acoquinés avec Doctor L (encore lui), pour saisir l'air du temps dans une capitale congolaise électrique, où l'énergie dégagée est quasi punk et l'atmosphère électro. Irrémédiablement moderne, voire futuriste. Halle 3 le vendredi 6 mai à 23h30 Konono n°1 Les maîtres du tradi-moderne, fers de lance de la série Congotronics, adeptes d'une transe absolument unique qu'ils savent transposer live comme nul autre. De Björk

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L’Estival de la Bâtie – Du 1er au 25 juillet à Saint-Étienne-le-Molard (42)

SCENES | À la Bâtie, tout est question de chemins de traverse, d'échappées belles ou de Fugues, en l'occurrence celles de Yoann Bourgeois. Pensées pour un seul (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

L’Estival de la Bâtie – Du 1er au 25 juillet à Saint-Étienne-le-Molard (42)

À la Bâtie, tout est question de chemins de traverse, d'échappées belles ou de Fugues, en l'occurrence celles de Yoann Bourgeois. Pensées pour un seul artiste, ces performances au trampoline (dont il est un vrai et rare spécialiste) ou avec balles, versions réduites de son Art de la fugue, sont autant d'occasions d'apprécier à quel point ce circassien se joue de la pesanteur avec virtuosité. Plus terre-à-terre est Boxe boxe de Mourad Merzouki. Celui qui, avec sa compagnie Käfig, a porté la danse hip-hop sur les plus prestigieuses scènes du monde, reprend ici une pièce créée à la Biennale de la danse de Lyon en 2010. En invitant sur scène le Quatuor Debussy, il a su faire évoluer son art vers plus de théâtralité pour mieux dé-ghettoïser cette pratique urbaine. Le festival lui-même a beau se dérouler principalement dans l’imposant château éponyme, plusieurs «escapades» (on y revient) permettent de se balader le long de la Loire via dix communes qui accueilleront, par exemple, la mezzo-soprano Karine Deshayes et l’ensemble Contraste, les polyphonies cosaques de

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A voir et à revoir

SCENES | Secret d'une fin saison triomphale, le nouveau cirque est aussi cette année celui d'une rentrée haute en couleurs, Biennale oblige. Deux artistes (...)

Benjamin Mialot | Mardi 9 septembre 2014

A voir et à revoir

Secret d'une fin saison triomphale, le nouveau cirque est aussi cette année celui d'une rentrée haute en couleurs, Biennale oblige. Deux artistes devraient comme à leur habitue s'y jouer des frontières entre danse et contorsion. D'un côté le démiurge James Thierrée qui, quatre ans après l'insulaire Raoul, compose avec Tabac rouge (du 10 au 22 septembre au TNP) un conte baroque plein de peine et de fureur : celles d'un peuple opprimé par un roi crapoteux régnant sur un fatras de miroirs rouillés, d’échafaudages de guingois et de meubles poussiéreux. De l'autre Yoann Bourgeois, qui poursuit avec Celui qui tombe (les 20 et 21 septembre à l'Opéra), pièce pour six interprètes sur un sol mobile, ses délicates études du corps en déséquilibre. Également au programme de la grand-messe de la chorégraphie, la compagnie XY, qui avec Il n'est pas encore minuit... (aux Célestins du 12 au 18 septembre puis à Villefranche en mai), une création pour pas moins de vingt-deux acrobates, démultiplie son art du porté jusqu'au vertige, et l'ex-athlète

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Les petits fugitifs

SCENES | Danse / En juillet 2010 à Grenoble, on découvrait Yoann Bourgeois, niché au sommet de la Bastille (un ancien fort militaire qui surplombe la ville), avec (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 28 octobre 2011

Les petits fugitifs

Danse / En juillet 2010 à Grenoble, on découvrait Yoann Bourgeois, niché au sommet de la Bastille (un ancien fort militaire qui surplombe la ville), avec son spectacle Cavale : une chorégraphie aérienne vertigineuse qui bluffa l'assistance. Pour L'Art de la fugue (du 8 au 10 novembre au Théâtre de la Croix-Rousse), sa première grande création en intérieur, ce circassien et danseur, ancien interprète chez Maguy Marin, a imaginé une «dramaturgie de la déconstruction», jouant avec un immense cube qui se déploiera au fil de la représentation. Une scénographie inventive pour un spectacle pensé autour de l’œuvre du même nom de Bach, basée sur la notion de contrepoint : une forme d’écriture musicale ayant pour objet la superposition organisée de lignes mélodiques à partir de laquelle Yoann Bourgeois et la pianiste Célimène Daudet s’amusent à chercher une «analogie entre le motif musical et la figure de cirque». Nous avons pu voir deux extraits de la pièce en répétition : deux moments d’une très grande force où le circassien et la danseuse Marie Fonte défient le principe de gravité en utilisant par exemple un trampoline et un escalier. Regarder l’artiste se je

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