Affichez-vous avec Nicolas Winding Refn

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

Lorsque que vous aurez découvert le hobby de Nicolas Winding Refn, vous ne serez plus étonné par la musique qu'il choisit pour habiller ses œuvres — ni par aucune d'entre-elles, d'ailleurs. Le réalisateur de Drive et de Pusher, qui pratique en effet les lumières hurlantes et les sonorités aussi tranchées que des sashimis par goût de l'authenticité référentielle, collectionne les affiches de films.

Pas celles des chefs-d'œuvres du 7e art, à l'instar de Gaspar Noé ; plutôt les productions de seconde zone diffusées dans les salles interlopes : films de blaxploitation, érotiques ou sous-séries Z. Des affiches aux tons criards, aux slogans aguicheurs, généralement ornées de dames nues et de messieurs menaçants. Acquéreur d'un énorme lot auprès d'un autre collectionneur, le journaliste Jimmy McDonough, NWR (comme les initiés, appelez-le par ses initiales) a contemplé l'étendue de ses richesses et pris une sage décision : réunir dans un ouvrage 316 de ces réalisations graphiques.

Contribution à l'histoire souterraine et déviante de la communication cinématographique, le recueil de ces merveilles s'intitule sobrement L'Art du regard — c'est beau comme du Deleuze — pour mieux surprendre les néophytes. Officiellement, la sortie de cette somme en tirage très limité n'est prévue que le 28 octobre. Mais l'institut Lumière étant coéditeur (avec La Rabbia et Actes Sud), elle sera déjà disponible lors de son festival. Comptez 80€ le plaisir des yeux.

Nicolas Winding Refn
Au Bal des Ardents mardi 13 octobre


Nicolas Winding Refn

Pour son livre "L'art du regard"
Le Bal des Ardents 17 rue Neuve Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"The Neon Demon" : l'objet du désir

Critique | Retour en grâce pour NRW — c’est ainsi qu’il sigle son nom au générique — avec un conte initiatique : celui d’une gamine partant à la conquête du monde de la mode. Le récit d’une ambition dévorante et dévorée, à la superbe… superbe.

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Comme une promesse, ou une métaphore de cette foire aux vanités qu’est l’industrie de la mode, la première séquence de The Neon Demon offre un condensé glaçant de sang, de flashes et de voyeurisme. Mais on aurait tort de se fier à ce que l’on a sous les yeux : derrière la splendeur et la perfection sans défaut de l’image ; derrière les surfaces lisses et les miroirs, tout est factice. La beauté pure n’existe pas, et lorsqu’elle surgit sous les traits de Jesse, elle est perçue comme une anomalie, une monstruosité dans cet empire des apparences et de l’illusion. Un élément discordant qui va se corrompre en pervertissant son entourage — la pomme cause-t-elle le ver, ou bien le ver détruit-il la pomme ; toujours est-il que la réunion des deux gâte l’ensemble. Talent haut Aux antipodes de la superficialité clinquante de l’ère des supermodels, et de sa foule de mondains papillonnant dans la lumière,

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Nicolas Winding Refn : « La créativité n’a aucune limite »

The Neon Demon | Revenu bredouille de Cannes, The Neon Demon avait pourtant tout pour plaire à George Miller : c’est un film d’horreur adolescent. Explications par ce pince-sans-rire élégant qu’est Nicolas Winding Refn.

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Nicolas Winding Refn : « La créativité n’a aucune limite »

Pourquoi avoir jeté votre dévolu sur le milieu de la mode ? En fait, je ne l'ai pas choisi, je voulais faire un film sur la beauté. Tout le monde a un avis sur cette notion : soit pour la considérer comme étant dépourvue d’intérêt, soit comme étant une valeur absolue. Même si elle apparaît largement dans de nombreuses facettes de notre vie, c’est évidemment dans l'univers de la mode qu’elle est la plus célébrée. Nous vivons dans un monde totalement obnubilé par la beauté, elle est devenue une obsession artistique et générale. Cette “monnaie” n’a jamais été dévaluée, mais sa durée de vie devient de plus en plus éphémère et se récolte de plus en plus jeune. The Neon Demon n’est-il pas plus particulièrement un film sur l’intoxication par la beauté — ce qui, au passage, vous a fait encourir un risque de surdose en dirigeant Elle Fanning ? (rires) Il n’y aurait pas de film sans Elle, c’est sûr ! La diversité d’opinions qui existent sur ce thème est très intéressante. Les gens partent d

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Jean-Paul Belmondo à Lumière

ECRANS | Deux ans après l'hommage que lui a rendu par Quentin Tarantino en ouverture, Jean-Paul Belmondo fait son retour au festival Lumière. Il accompagnera (...)

Benjamin Mialot | Mardi 6 octobre 2015

Jean-Paul Belmondo à Lumière

Deux ans après l'hommage que lui a rendu par Quentin Tarantino en ouverture, Jean-Paul Belmondo fait son retour au festival Lumière. Il accompagnera son fils Paul mardi 13 octobre à 15h au Pathé Bellecour pour assister à la projection de Belmondo par Belmondo, le documentaire qu'il lui consacre avec le concours de Régis Mardon. Plus d'infos sur le film Billetterie

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Lumière 2015 : le mystère Desplat

ECRANS | Georges Delerue, Michel Legrand, Maurice Jarre, Gabriel Yared et désormais, Alexandre Desplat. Aussi prolifique que ses prestigieux aînés, le compositeur (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

Lumière 2015 : le mystère Desplat

Georges Delerue, Michel Legrand, Maurice Jarre, Gabriel Yared et désormais, Alexandre Desplat. Aussi prolifique que ses prestigieux aînés, le compositeur a enfin rejoint cette année le cercle fermé des Français récompensés pour leurs partitions à Hollywood, après 6 cérémonies infructueuses. C’est The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson qui lui a valu sa statuette… alors qu’il était également en lice avec Imitation Game de Morten Tyldum. Deux films rigoureusement différents, mais Desplat est coutumier du grand écart. Travaillant avec une égale facilité dans tous les styles, sans opérer de distinction pour les supports — il n’accorde pas moins d’attention à un téléfilm qu’à une superproduction — Desplat s’inscrit dans la fidélité, ajoutant volontiers de nouveaux noms à son palmarès. Compositeur attitré de Jacques Audiard et de Florent Emilio-Siri depuis toujours, il est devenu celui de Wes Anderson, de Polanski, de Matteo Garrone, de Clooney… Mais si chacun s’accorde à reconnaître à Desplat son talent, la richesse de ses arrangements et son incroyable polyvalence, le grand public serait bien en peine de siffloter l’u

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Lumière 2015 : au Ciné-Mourguet, vive la péloche !

ECRANS | En moins d’une décennie, la projection cinématographique a migré du support pellicule 35mm classique au numérique : désormais, les films arrivent dans les (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

Lumière 2015 : au Ciné-Mourguet, vive la péloche !

En moins d’une décennie, la projection cinématographique a migré du support pellicule 35mm classique au numérique : désormais, les films arrivent dans les salles sur des disques durs, et non plus sur bobines. Les exploitants n’ont eu d’autre choix que de s’adapter, donc de s’équiper — bénéficiant il est vrai d’aides professionnelles et territoriales. Dans la Métropole lyonnaise, tous les sites est désormais passé au numérique. Se défaisant au passage de ses archaïques projecteurs, faute de place, d’usage et de moyens. Tous ? Pas exactement : l’institut Lumière conserve naturellement, en sa qualité de musée vivant du cinéma, de quoi effectuer une projection à partir de n’importe quel source. Autre exception notable, le Ciné Mourguet de Sainte-Foy-lès-Lyon, bien connu pour sa Caravane des cinémas d’Afrique. Flambant neuf (il a été inauguré en septembre 2014), ce petit complexe a opté pour le double équipement dans ses deux salles, rachetant même un projecteur 35mm. Il faut préciser que, parmi les très nombreux bénévoles qui font vivre ce cinéma associatif classé art et essai, figurent d’authentiques passionnés de la pellicule, aptes à valoriser cette richesse.

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Lumière 2015 : qui êtes-vous, Larissa Chepitko ?

ECRANS | Qui êtes-vous Larissa Iefimovna Chepitko ? De vous, on ne sait presque rien ; à peine a-t-on déchiffré un jour votre nom figurant au palmarès de la Berlinale, (...)

Benjamin Mialot | Mardi 6 octobre 2015

Lumière 2015 : qui êtes-vous, Larissa Chepitko ?

Qui êtes-vous Larissa Iefimovna Chepitko ? De vous, on ne sait presque rien ; à peine a-t-on déchiffré un jour votre nom figurant au palmarès de la Berlinale, parmi les récipiendaires de l’Ours d’Or. On radote beaucoup sur Jane Campion et sa Palme en 1993, mais en 1977, vous étiez déjà la deuxième femme à recevoir la récompense suprême à Berlin. C’était pour L’Ascension, votre quatrième long métrage. Vous n’en ferez pas d’autre : un accident de voiture deux ans plus tard, alors que vous préparez votre film suivant, Les Adieux à Matiora, vous emporte en compagnie d’une partie de votre équipe de tournage. Vous n’avez que 41 ans. Vous n’aurez pas eu le temps d’accompagner l’évolution de l’URSS comme vous l’auriez souhaité ; de goûter à la Pérestroïka et à l’assouplissement du régime. En mourant pendant le règne de Brejnev, vous avez été statufiée dans l’oubli comme cinéaste soviétique. Et "soviétique", même si l'on est ukrainienne comme vous ; même si l’on a connu dans sa carrière, comme vous, les foudres de la censure, cela reste une tache indélébile. Cela vous politise à votre insu, vous marginalise. Ajoutez à cela

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Lumière 2015 : Scorsese, un cinéphile parmi nous

ECRANS | ​Proposer à un amateur de cinéma de faire escale au festival Lumière, c’est comme donner à un bec sucré l’opportunité de passer la nuit dans une pâtisserie. Et quand Martin Scorsese s’infiltre aux fourneaux, comment résister à la tentation de goûter à toutes les délices qu’il se propose de servir ? Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

Lumière 2015 : Scorsese, un cinéphile parmi nous

Même si le festival Lumière ne débute que le lundi 12 octobre, Martin Scorsese est déjà parmi nous. Sur les murs, les abribus, les vitrines et surtout, dans les esprits. D’aucuns attribuent sa venue en terres lyonnaises à la proximité de l’hommage que lui consacre la Cinémathèque française (dès le 14 octobre). On mettra volontiers cette conjonction sur le compte du hasard : même s’il ne fait pas son âge, Scorsese est désormais entré dans une période de sa vie où se succèdent les honneurs et les life achievements. Lui qui, pendant des lustres, a attendu qu’on lui remette son Oscar (c’était en 2007), parcourt aujourd’hui la planète de musées en célébrations — le MoMa de New York achève en ce moment même une exposition-rétrospective présentant une partie de sa collection personnelle d’affiches. Cela, bien évidemment, sans que Marty ne cesse de tourner. Ni de voir des films : s’il exerce depuis près d’un demi-siècle son métier de cinéaste, il n’a certes pas abandonné sa carrière de cinéphile, engagée une quinzaine d’années plus tôt. Un comble pour cet homme qui a renoncé à la prêtrise : Scorsese semble entré en cinéphili

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La rentrée de l'Institut Lumière

ECRANS | Frappé par la perte de son historien maison Raymond Chirat fin août, l'institut Lumière trompe son deuil en s'investissant sur tous les fronts. La frénésie scorsesienne semble contagieuse…

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

La rentrée de l'Institut Lumière

La rentrée s’est déjà effectuée rue du Premier-Film. Tristement, d'abord, avec la disparition de l'une des mémoires des lieux ; l'un de ceux qui, avec Bernard Chardère, avaient milité pour que Lyon se dote, à l'endroit où le 7e art était né, d'une institution cinématographique digne de ce nom. Cruelle ironie du sort : Raymond Chirat est mort la veille de la soirée de reprise de saison. Une saison ne célébrant plus d'énigmatique chiffre moyennement rond (les 120 ans de l'invention du Cinématographe, à l'instar de la Maison Gaumont), mais qui s'annonce conquérante sur le site historique, comme hors les murs. Dans la ligne de mire, le Festival Lumière (du 12 au 18 octobre) avec un hommage à Pixar, une Nuit de la Peur et le Prix Lumière décerné au cinéaste Martin Scorsese. Pour réviser son œuvre récente, les quatre films qu’il a tournés avec sa nouvelle muse Leonardo DiCaprio (Aviator, Les Infiltrés, Shutter Island et Le Loup de Wall Street) seront projetés en septembre. La salle du Hangar accueillera également Costa-Gavras à l’occasion d’une jolie rétrospective (le grand Const

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Martin Scorsese : un Prix Lumière en majesté

ECRANS | Immense cinéphile et cinéaste majeur, Martin Scorsese avait depuis le début le profil d’un prix Lumière parfait. Son sacre aura lieu au cours de l’édition 2015 du festival Lumière, dont la programmation, même incomplète, est déjà enthousiasmante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 juin 2015

Martin Scorsese : un Prix Lumière en majesté

Plus encore que Quentin Tarantino, qui est un peu son héritier débraillé et furieux, Martin Scorsese avait depuis la création du festival Lumière la stature parfaite pour recevoir un Prix Lumière. D’abord parce que son apport au cinéma est considérable ; ensuite parce que sa passion pour la conservation et la redécouverte des films est au diapason de la mission que se sont fixée Thierry Frémaux, l’Institut Lumière et le festival : célébrer le patrimoine cinématographique comme une histoire vivante qu’on se doit de conserver et de diffuser aux générations nouvelles. Il aura donc fallu attendre sept années où Scorsese n’a pas chômé — quasiment un film par an, et quels films ! pour qu’il vienne recevoir à Lyon le précieux trophée qui ira grossir sa collection déjà bien chargée — Palme d’or cannoise pour Taxi Driver, Oscar du meilleur réalisateur pour Les Infiltrés… Ce sera de plus l’occasion unique de revoir son œuvre, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle raconte le cinéma américain contemporain mieux qu’aucune autre. Violence et passions Débutée dans le sillage de son ami John Cassavetes (Who’s That Knocking at My Doo

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Only God forgives

ECRANS | Nicolas Winding Refn rate le virage post-Drive avec ce film vaniteux qui ressemble à l’œuvre d’un chef décorateur surdoué cherchant sans y parvenir quelque chose à raconter. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 mai 2013

Only God forgives

Quand on avait découvert Drive, Nicolas Winding Refn n’était plus un inconnu : la trilogie Pusher et le génial Bronson avaient déjà montré l’étendue de son talent et de ses ambitions. Si surprise il y avait, c’était celle d’un cinéaste qui synthétisait dans une forme pop et romantique un creuset d’influences et de codes qu’il arrivait à régénérer. Avec Only God forgives, Winding Refn tombe dans son propre maniérisme et ce qui hier relevait du plaisir se transforme ici en effort désespéré pour faire autre chose que de l’imagerie pure et simple. L’argument, en soi, n’est pas plus original que celui de Drive : en Thaïlande, deux frères vivotent entre matchs de boxe et trafics de drogue. Le plus âgé, dans un coup de folie, tue une prostituée, avant d’être à son tour massacré par le père éploré, poussé dans son geste par un flic sadique adepte du karaoké. Débarque alors la maman de la fratrie, qui va pousser le frangin survivant à accomplir sa vengeance. Destockage à Bangkok Passons sur le sous-texte

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Road Mover

MUSIQUES | Sorti d'une hype assez discrète par le succès planétaire de son "Nightcall" en ouverture du "Drive" de Nicolas Winding Refn, le Parisien Kavinsky poursuit pied au plancher avec l'album "Outrun", bande-son rétro-futuriste des pires et meilleurs fantasmes d'excès de vitesse. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 19 avril 2013

Road Mover

2'43''. C'est le temps qu'il aura fallu à Kavinsky pour devenir culte. Soit la durée du générique de Drive de Nicolas Winding Refn. Dans toutes les salles, la même réaction, renforcée par l'incroyable concordance de la musique et de l'image léchée du réalisateur danois : «qu'est-ce que c'est que ce truc ?!». Ce truc c'était Nightcall, passé relativement inaperçu deux ans plus tôt, lors de sa sortie en maxi, – le "relativement" est important, car avant cela, Kavinsky avait tout de même tourné avec Daft Punk et SebastiAn sur la fois de quelques EPs. Cette petite merveille de rétro-futurisme 80's où Lovefoxx (CSS) dialogue avec ce qui semble être la «Chose» de John Carpenter sous le patronage libidineux de Giorgio Moroder, devenait d'un coup le morceau sur lequel, effectivement, on voulait conduire pendant des heures. Cela tombe bien puisque Kavinsky, né Vincent Borgeley, ne compose que des musiques à se taper des crampes aux mollets et des crises d'épilep

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Lumière, clap de début

ECRANS | Ce lundi, le festival Lumière démarre à la Halle Tony Garnier avec sa rituelle soirée d’ouverture pleine de "stâââârs" qui monteront sur scène pour en donner le (...)

Christophe Chabert | Jeudi 4 octobre 2012

Lumière, clap de début

Ce lundi, le festival Lumière démarre à la Halle Tony Garnier avec sa rituelle soirée d’ouverture pleine de "stâââârs" qui monteront sur scène pour en donner le coup d’envoi. OK. Mais il y aura aussi au cours de cette soirée un grand film et un grand cinéaste à l’honneur, ce qui est quand même l’essentiel pour un festival qui s’intéresse au patrimoine cinématographique. En l’occurrence Jerry Schatzberg et son Épouvantail daté 1973, parfait résumé de ce Nouvel Hollywood qui s’intéressait aux outsiders de l’Amérique et les emmenait sur les routes pour des trajets autant physiques qu’existentiels. Au centre, le tandem Hackman/Pacino, l’un jovial, l’autre torturé, soit une certaine idée de la perfection dans le jeu. La mise en scène de Schatzberg capte leur énergie entre désir de classicisme (le Scope, les grands espaces) et modernité (un fabuleux travail de déconstruction sonore et visuelle qu’il avait déjà expérimenté dans Portrait d’une enfant déchue, son premier film). Le lendemain, c’est bombance avec le début des grandes rétros

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Lumière est un long film fleuve tranquille

ECRANS | Plus éclatée que lors des éditions précédentes, la programmation de Lumière 2012 ménagera films monstres, raretés, classiques restaurés, muets en musique et invités de marque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Lumière est un long film fleuve tranquille

Elle aura tardé à arriver, mais la voici, presque définitive — manquent encore le film d’ouverture et le film choisi pour la remise du Prix Lumière à Ken Loach : la programmation du festival Lumière 2012. Autant dire tout de suite que par rapport à ce qui avait été annoncé en juin, beaucoup de choses ont changé ou se sont affinées : ainsi, la rétro Ken Loach se concentrera sur la deuxième partie de sa carrière, de Raining stones à Route Irish, avec en guise de curiosité le téléfilm Cathy Come Home. En revanche, plus de traces des raretés du cinéma américain des années 70, remplacées par l’intégrale de la saga Baby Cart, fameux sérial cinématographique hongkongais avec son samouraï promenant un bébé dans une poussette. Six films qui auront droit à une journée de projection au Cinéma opéra, ce qui marque d’ailleurs une des tendances du festival cette année : les marathons cinématographiques. Que ce soient les quinze heures de The Story of film (documentaire monstre sur l’histoire du cinéma), les 4h15 d’Il était une fois en Amérique dans sa versio

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Drive

ECRANS | Déjà remarqué avec la trilogie Pusher et le brillant Bronson, Nicolas Winding Refn s’empare d’un polar de série B trouvé par son acteur Ryan Gosling et le transforme en magnifique geste de mise en scène, jouissif d’un bout à l’autre, remettant au goût du jour les élans pop du cinéma des années 80. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 28 septembre 2011

Drive

Dix minutes chrono. Il suffit de dix minutes pour que Nicolas Winding Refn fasse battre notre pouls au rythme de son nouveau film. Dix minutes chrono, c’est le temps (réel) que met un mystérieux chauffeur sans nom (Ryan Gosling) pour conduire une poignée de voyous masqués et les aidés à accomplir un casse parfait, sans accroc ni violence. La méticulosité du personnage, sa science de la route, des distances, du temps qu’il faut à une voiture de police pour arriver sur les lieux du crime, fusionne avec celle du cinéaste, expert en fluidité cinématographique qui se paye le luxe de souligner son art en laissant bourdonner un beat techno métronomique et hypnotique sur la bande-son, au diapason de son découpage et de son montage. Au terme de cette introduction étourdissante, on a redécouvert le sens du mot virtuosité, ce bonheur de se laisser absorber dans un spectacle jouissif. Sexy beast À vrai dire, on ne se hasardera pas à louer les qualités scénaristiques de Drive. On peut même dire que le script n’a rien de renversant, et qu’entre de mauvaises mains, il aurait pu donner une série B anodine qui aurait fini sa route directement dans les bacs DVD. Le

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Cannes jour 10 : Bonne conduite

ECRANS | Drive de Nicolas Winding Refn. This must be the place de Paolo Sorrentino.

Dorotée Aznar | Samedi 21 mai 2011

Cannes jour 10 : Bonne conduite

Dans la dernière ligne droite du festival, celle où l’on risque à tout instant la sortie de route, les organisateurs de ce Cannes 2011 ont eu la bonne idée de programmer un film qui s’appelle Drive. C'est logique et bienvenu, car le nouveau Nicolas Winding Refn, qu'on l'aime ou pas, a fait l'effet d'un shoot de red bull sur les festivaliers. Le cinéaste danois avait tenté une première fois l'aventure hollywoodienne avec Inside job (rien à voir avec le docu coup de poing sorti l'an dernier), dont l'échec public et critique l'ont renvoyé direct et la rage au cœur vers son pays natal. Depuis, entre la fin de sa trilogie Pusher, l'incroyable Bronson et le très personnel Valhalla Rising, Winding Refn est devenu un des cinéastes qui compte dans le paysage mondial. Mais Drive n'a rien d'un film personnel, c'est une commande ouvertement commerciale qu'il a reprise au pied levé et sur laquelle il a pu déverser sa cinéphilie et son incontestable talent de metteur en scène. On y suit un cascadeur de cinéma qui, la nuit tombée, devient chauffeur pour des hold-ups millimétrés. Un super-héros à l'enve

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Bronson

ECRANS | Avec un acteur principal habité et de circonvolutions esthétiques incroyablement maîtrisées, Nicolas Winding Refn nous démontre avec brio que oui, une biographie filmée peut avoir un point de vue dans sa mise en scène. François Cau

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Bronson

Le monologue introductif impose illico le personnage comme son traitement cinématographique. Toute sa vie, Michael Peterson a voulu devenir célèbre. C’est donc en habit de clown blanc qu’il vient commenter à son public imaginaire les différentes étapes de son existence, avec une causticité des plus bourrines. Le braquage minable d’un bureau de poste, les années d’incarcération, ses coups d’éclat derrière les barreaux, l’interlude saisissant en hôpital psychiatrique, les émeutes et autres prises d’otages, sa courte libération (69 jours avant de retourner à l’ombre), son changement de patronyme lors de combats clandestins, l’enfer des cellules d’isolement… Bronson est une brute, une force de la nature conchiant toute forme d’autorité, aux motivations mal dégrossies, dont Nicolas Winding Refn livre sa propre vision kaléidoscopique. Le réalisateur ne propose aucune justification à la violence de ses actes, ne cède jamais à une empathie complaisante, mais crée un dispositif cinématographique complexe, puissamment sensoriel, un marabout-de-ficelle visuel dont le seul lien n’est autre que ce colosse imprévisible. Grande évasion Bien

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